Bouh! que c’est difficile de parler d’un livre dont on a aimé TOUTES les pages !
Comme d’habitude, quand je parle d’un livre que j’ai aimé, je ne saurai sans doute pas dire l’essentiel mais tant pis, je veux tout de même en dire quelques mots, pas savants du tout, à ma façon.
Il s’agit de ce livre dont j’ai commencé à parler ici, avant lecture : La leçon de choses en un jour de "Alain Bagnoud, écrivain Suisse, né en 1959 à Chermignon, dans les vignobles valaisans (c’est bien mieux que dans un chou !). Ancien collaborateur au Nouveau Quotidien, il enseigne actuellement le français à Genève."
Ce livre serait donc un roman ! J’ai envie de croire qu’il est autobiographique.
Le narrateur (un jeune garçon) raconte une journée, celle de son anniversaire : « il va entrer dans l’âge de raison. Un état qu’il attend avec impatience… ». Je pourrai poursuivre en « récitant » ce que je lis sur la quatrième de couverture mais ce qui est dit ici est bien mieux.
Dès les premières lignes j’ai su que j’allais aimer la suite. Quelques extraits qui sont restrictifs, sortis de leur contexte. Pour en saisir la poésie, il faut lire l'ouvrage!
« Des heures ont passé. Le gris du jour monte dans le ciel. Un coup d’œil prudent à la fenêtre me persuade que le vieux Milon est parti. Derrière le jardin potager et les arbres autour du torrent encaissé, sous les maisons et la grande croix qui marque l’entrée du village, les vignes en terrasse quadrillent comme une robe aux motifs géométriques les courbes féminines du coteau. L’humidité froide et le murmure du torrent montent jusqu’à moi avec une odeur de feuilles et de terre. C’est l’heure bleue où les oiseaux de nuit se sont tus, où ceux du jour n’ont pas encore commencé leurs chants. Les arbres sont seuls, immobile dans l’attente que le jour commence. Que la vie, la vraie vie, ma vie commence ! »
Page 9.
« Notre petite maison, située tout au bas de la commune, dominait le Rhône. Elle avait été bâtie au XIXe siècle pour des Anglais qui construisaient un chemin de fer le long du fleuve. […]
En sortant, on se trouvait devant la cabane aux lapins, pressés les uns contre les autres, le nez contre le grillage. J’en possédais un qu’on m’avait offert le jour de Pâques, presque un an plus tôt, dont je m’étais occupé avec application pendant quelques semaines.
C’était mon Jeannot. Qu’il était gentil ! Je le sortais, je le prenais sur mes genoux. Grands yeux soumis, nez frissonnant et dents aiguës. Mes mains sur la fourrure douce, je chantonnais dans ses longues oreilles des refrains improvisés qui exaltaient les aventures magiques que je vivrais bientôt, demain, plus tard, quand je serais grand, quand le monde sera à moi. »
Pages 17 – 18
« Je dis merci pour le bon dîner à ma mère. Elle est appuyée contre la cuisinière, attendant que l’eau bouille pour le café. Je suis précoce, adulte, raisonnable.
- Vraiment, un vrai repas d’anniversaire ! C’était quoi, la viande qu’on a mangée ?
[…]
[…]
Mais déjà je m’étais jeté sur le lit. J’avais enfoui ma tête dans l’oreiller odorant. Je sanglotais sans vouloir me contrôler, trouvant une volupté âpre dans ces larmes, dans le chagrin qui me broyait la poitrine, dans le sentiment de perte qui m’étouffait. Cette affliction globale n’eut bientôt plus que des rapports confus avec […]. C’était un désespoir plus entier qui, semble-t-il, touchait à l’essence de ma vie, couvrait toute mon existence.
Par moments, une douceur emplissait ma poitrine. Je continuais à pleurer en me disant que rien n’allait comme je voulais, que tout était perdu. Cette pensée vague me donnait une plénitude d’autant plus agréable que je savais bien, au fond, que ce n’était pas vrai.
Si la vie paraissait quelquefois, comme une simple suite de déceptions, en réalité, elle menait vers autre chose. »
Pages 95 – 97.
Au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture, je notais des passages entiers en me disant : c’est celui-là que je citerai, puis à peine quelques pages plus loin, je notais un autre passage et encore un autre. Puis, je suis arrivée à la fin du livre, notant et soulignant de plus en plus de textes que j’aimais. J’étais touchée, émue - mais j’ai souvent souri et ri - par cette écriture, les sentiments, la sensibilité, les rêveries de cet enfant de sept ans qui a soif de reconnaissance et qui s’invente des qualités humaines, espérant ainsi qu’on le remarquera, le félicitera, l’aimera. L’histoire de Dogane, ce petit immigré, est un des « personnages » de ce « roman » (hum !) dont le narrateur - l’enfant donc (l’auteur ?) - parle, qui m’a particulièrement touché. Ce regard qu’il porte sur lui, c'est celui, méprisant, que certains villageois portent sur les étrangers.
Alors qu’il reçoit pour son anniversaire un merveilleux cadeau qu’il sera impatient de lire : Heidi. Quelle ne fut sa surprise quand il apprend que Dogane connaît ce livre et qu’il les a tous lus : « Heidi, Heidi grandit, Heidi jeune fille, Heidi et ses enfants, Heidi grand-mère… »
« Il me paraît évident que j’ai mal entendu.
Comment ces étrangers auraient-ils connu une héroïne qui nous était réservée ? Et même s’ils avaient été renseignés depuis qu’ils vivaient chez nous, il était impossible que Dogane ait lu ces livres avant moi ! Moi qui étais d’ici.
[…]
Cet étranger détenir un tel trésor romanesque, qui plus est un trésor confédéral ? »
Page 261.
A la fin du récit de cette longue journée, il peut enfin lire l’ouvrage reçu en cadeau pour son anniversaire :
« « Sur ce chemin étroit, par un clair matin ensoleillé de juin, une jeune et solide fille du pays conduisait par la main une fillette aux joues d’un rouge tellement éclatant que leur couleur perçait à travers le hâle… »
Mais ce décor, ce trajet, je les reconnaissais ! […]
[…]
Le décor de l’alpage également me rappelait des souvenirs.
[…]
Pourtant, les murailles de pierre que j’avais vues étaient moins impressionnantes que celles du livre, qui devenaient spectaculaires à cause des mots rares qui les décrivaient. Des mots qui étaient merveilleux parce que personne ne les utilisait. Escarpés. Arides.
Je devinais leur sens mais je savais que je ne les utiliserais pas. Le seul lieu dans lequel ils pouvaient vivre naturellement était le livre, où ils contribuaient à rendre l’histoire riche, complète, profonde. Ils auraient été déplacés dans ma bouche. Ils auraient crevé la page des mes compositions comme des termes étrangers.
[…]
[…] Heidi, elle, buvait les rayons d’or du soleil, se gorgeait de la fraîcheur de l’air, aspirait le délicat parfum des fleurs et ne désirait rien d’autre que rester toujours ainsi.
Pourtant, cette plénitude que je n’avais pas ressentie sur place, je l’éprouvais dans ma lecture. »
Pages 286 - 289 - 290.
Alain Bagnoud, in La leçon de choses en un jour, éditions de L'Aire, Vevey, 2006.
Cette dernière phrase je la trouve belle parce que j’ai souvent éprouvé cela avec la littérature. Mais il ne faut rien dévoiler de plus de ce joli « roman », de la fraîcheur et de l’innocence de ce petit garçon qui m’a fait rêver avec sa Leçon de choses en un jour.
On comprend mieux un auteur si l’on connaît son enfance. Que serait Alphonse Daudet sans Le petit chose ?
J’ai passé quelques heures délicieuses avec ce livre; émotion, rires, sourires : « Alléluia, allé-hé-luia… ». J’ai découvert qu’un peintre avait « inventé un mouvement pictural, le sensationnisme ». J’étais contente de trouver le verbe « boulotter » dans la bouche de cet enfant : « Magnifiques petits fauves. Tellement attachés à leur maître qu’ils allaient le boulotter quelques années plus tard, à sa mort, quand il ne les nourrirait plus. ».
Je ne vais pas en rester là, je viens de commander… la suite ? : Le jour du Dragon et Le blues des vocations éphémères.
Le blog de l'auteur ici.
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mardi 2 août 2011
lundi 18 juillet 2011
Journal. Quand une Leçon de choses m'emmène vers un faisceau de lumière
J’ai reçu ce matin le livre commandé par Internet.
J’ouvre fébrilement l’enveloppe cartonnée comme lorsque j’ouvre une enveloppe contenant des photos tirées sur papier, prises avec mon appareil argentique (je ne m'en sers pratiquement plus, c'est dommage). Vont-elles être réussies ? Avec le numérique nous n’avons plus cette délicieuse attente.
Le livre est intact, en parfait état. Va-t-il me plaire ?
Je n’ai rien lu de cet auteur découvert via un blog suisse : Blogres, le blog d’écrivains où j’ai également découvert Jacques-Etienne Bovard. Je n'ai pas été déçue puisque après en avoir lu un j'ai eu envie d'en lire d'autres.
J’aime déjà « l’illustration » de la couverture, de… Jean Hirtzel : A travers le faisceau de mon œil vert. Je me précipite sur Google pour savoir qui est cet « artiste ». J’apprends qu’il a mis fin à ses jours et qu’il a passé les vingt dernières années de sa vie aux Bains-de-l’Alliaz non loin des Avants où résidait en 1922 Ernest Hemingway qui y a écrit ses expériences et plaisirs de la course en luge dans plusieurs chapitres de L'Adieu aux armes. (Source Wikipédia). Le Musée Jenisch à Vevey exposa ses oeuvres en 2002.
Je ne sais pas si c’est l’éditeur ou l’auteur qui a décidé de la couverture mais cette illustration m’a déjà emmenée vers de belles découvertes ! Ce choix me plaît et me laisse à penser que je vais aimer l’ouvrage, même si celui-ci n’a peut-être (sans doute?) rien à voir avec "A travers le faisceau de mon oeil vert"; il y a sûrement quelque chose qui relie l’écrivain à l’artiste, comme ce "tropisme" dont parle Nathalie Sarraute : "Nathalie Sarraute utilise le terme tropismes pour décrire un sentiment fugace, bref, intense mais inexpliqué." J’y pense car j’ai vu hier soir un documentaire qui lui était consacré dans l’émission : Une maison, un écrivain.
Suspense : titre du livre et son auteur ?
Un écrivain Suisse. Evidemment, je suis encore en immersion suisse, depuis mon dernier voyage et c’est un prolongement que je m’offre avec la lecture…
La leçon de choses en un jour de Alain Bagnoud, éditions de L’Aire.
Je n’ai pas trouvé de reproduction de cette œuvre de Jean Hirtzel : A travers le faisceau de mon œil vert mais j’aime aussi celle-ci, de même facture. (Les titres sont très poétiques) :
... et cette autre, différente :
Je me suis éloignée de mon sujet : La leçon de choses en un jour de Alain Bagnoud, mais j’y reviendrai, après l’avoir lu.
Si j'avais reçu ce livre dans cette version, très chic, je n'aurais pas fait ce billet. Ah ah!... Et je n'aurais pas découvert Jean Hirtzel. Petit mot de l'éditeur :
Photo un peu floue, comme un voile "à travers le faisceau de mon oeil vert (noisette)".
* 30.10.11. Je relis ce billet ce jour et constate que les liens vers la collection d'oeuvres d'art Nestlé ne marchent plus. Après vérification, le site a été bloqué.
J’ouvre fébrilement l’enveloppe cartonnée comme lorsque j’ouvre une enveloppe contenant des photos tirées sur papier, prises avec mon appareil argentique (je ne m'en sers pratiquement plus, c'est dommage). Vont-elles être réussies ? Avec le numérique nous n’avons plus cette délicieuse attente.
Le livre est intact, en parfait état. Va-t-il me plaire ?
Je n’ai rien lu de cet auteur découvert via un blog suisse : Blogres, le blog d’écrivains où j’ai également découvert Jacques-Etienne Bovard. Je n'ai pas été déçue puisque après en avoir lu un j'ai eu envie d'en lire d'autres.
J’aime déjà « l’illustration » de la couverture, de… Jean Hirtzel : A travers le faisceau de mon œil vert. Je me précipite sur Google pour savoir qui est cet « artiste ». J’apprends qu’il a mis fin à ses jours et qu’il a passé les vingt dernières années de sa vie aux Bains-de-l’Alliaz non loin des Avants où résidait en 1922 Ernest Hemingway qui y a écrit ses expériences et plaisirs de la course en luge dans plusieurs chapitres de L'Adieu aux armes. (Source Wikipédia). Le Musée Jenisch à Vevey exposa ses oeuvres en 2002.
Je ne sais pas si c’est l’éditeur ou l’auteur qui a décidé de la couverture mais cette illustration m’a déjà emmenée vers de belles découvertes ! Ce choix me plaît et me laisse à penser que je vais aimer l’ouvrage, même si celui-ci n’a peut-être (sans doute?) rien à voir avec "A travers le faisceau de mon oeil vert"; il y a sûrement quelque chose qui relie l’écrivain à l’artiste, comme ce "tropisme" dont parle Nathalie Sarraute : "Nathalie Sarraute utilise le terme tropismes pour décrire un sentiment fugace, bref, intense mais inexpliqué." J’y pense car j’ai vu hier soir un documentaire qui lui était consacré dans l’émission : Une maison, un écrivain.
Suspense : titre du livre et son auteur ?
Un écrivain Suisse. Evidemment, je suis encore en immersion suisse, depuis mon dernier voyage et c’est un prolongement que je m’offre avec la lecture…
La leçon de choses en un jour de Alain Bagnoud, éditions de L’Aire.
Je n’ai pas trouvé de reproduction de cette œuvre de Jean Hirtzel : A travers le faisceau de mon œil vert mais j’aime aussi celle-ci, de même facture. (Les titres sont très poétiques) :
Surgit par la lucarne de mes yeux entrouverts, juin-juillet 1997.
Huile sur toile de lin, 65 x 81 cm. (Peint aux Bains de l’Alliaz.)
Collection Presses Centrales Lausanne SA
... et cette autre, différente :
qui m’a amené à découvrir la richesse de la collection d’art Nestlé* ! Extraordinaire. Voilà une occasion de plus pour me rendre en Suisse l’année prochaine. Hum ! Mais je ne sais pas si ces œuvres sont visibles au grand public, elles semblent accrochées dans les bureaux de "l’empire" Nestlé. Il faudra que je me renseigne auprès d’amis Suisses. Quelle chance de travailler dans un environnement d'oeuvres d'art.
Je me suis éloignée de mon sujet : La leçon de choses en un jour de Alain Bagnoud, mais j’y reviendrai, après l’avoir lu.
Si j'avais reçu ce livre dans cette version, très chic, je n'aurais pas fait ce billet. Ah ah!... Et je n'aurais pas découvert Jean Hirtzel. Petit mot de l'éditeur :
"Cette collection au format 12,5 x 18 cm dont le graphisme a été conçu par Frédéric Pajak a pris le risque de renoncer à une couverture illustrée. En effet, nous avons opté pour une élégance discrète en valorisant la lettre sur fond bleu. Cette couleur s’est imposée à nous, compte tenu de notre situation géographique à quelques mètres du lac."
La version que j'ai reçue :
* 30.10.11. Je relis ce billet ce jour et constate que les liens vers la collection d'oeuvres d'art Nestlé ne marchent plus. Après vérification, le site a été bloqué.
Libellés :
Alain Bagnoud,
J.E. Bovard,
Littérature,
Nathalie Sarraute
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