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lundi 15 août 2016

Tout ce qui tremble et palpite...Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter




De la Borie de Provence, en pierre sèche
 au Nid d'hirondelles de Bretagne, en... fiente sèche...
ce n'est qu'une question de volume! 

 

Les dégâts ont été nettoyés il y a quelques jours. Mais pas pour longtemps. Le nid est toujours là, photographié cette fois de l'extérieur. Un nid en béton pour ces poids-plumes! Pas le courage de le détruire, il est beau, me fait penser aux Bories de Gordes en Provence. A chacun son imagination et, ses souvenirs...

Donc, ce nid dans les voliges de notre toit est une espèce de mini borie à l'envers! Bon, quand les nouvelles fientes formeront une vraie borie sur le toit, on avisera. Mmm!



Cliquer sur l'image, puis clic droit pour "afficher l'image"  et + pour agrandir

Petit rappel des dégâts




J'écrivais tout ceci il y a quelques jours...

Et vlatypa que, vendredi dernier, 12 août, je fais une découverte.
Je démarrais mon parcours de golf à 13 heures sous un ardent soleil et ne tardais pas à mettre ma casquette.




Au trou n° 3, je faisais déjà une pause sous les arbres près de la rivière "enchanteresse", (souvenir parisien), rapidement, car deux joueurs me suivaient. 



En revenant vers le green, je sentais le soleil de plomb qui me liquéfiait autant qu'il me rôtissait. Je buvais un peu d'eau. Au trou suivant, j'enlevais ma casquette trouvant qu'elle empêchait l'air de passer sur mon crâne et je m'aspergeais le visage et les cheveux avec mon brumisateur; arrivée au green, cheveux secs. Je remis la casquette. Je devais être écarlate. Il faisait trop chaud et pourtant les températures n'étaient pas encore caniculaires, j'avais le souvenir d'une insolation au golf il y a quelques années. Je décidais alors de terminer mon parcours en passant du 6 au 9 et j'allais m'abriter un peu du soleil dans les ruines pour, une nouvelle brumisation rafraîchissante. Et là, que vois-je sur le sol de plus en plus cra-cra, ça :


Évidemment, ça me rappelait quelque chose. Je levais alors la tête et découvrais ce nid-mini-borie sur la poutre. Décidément, quelle coïncidence (il faut rappeler que mon bien-aimé m'appelait Sherlock). Je posais mon brumisateur et prenais ces photos.





Je m'étais bien rafraîchie, je devais avoir la mèche rebelle, la coiffure décoiffante, le visage ensoleillé décomposé mais je m'en fichais complètement, ça allait avec le reste. Je passais comme une flèche devant la terrasse du club-house.

[...]

Dans ma voiture... flottait un air de liberté. Je me sentais à nouveau disponible pour ma bien (mal) aimée, solitude. Je revenais à mes amours, fidèles, celles qui me donnaient autant de moments de joie que de grande mélancolie et d'angoisse. Je venais de faire un grand pas.

Je décidais au retour d'aller déposer quelques vêtements et accessoires chez Emmaüs; les "déposants" étaient très nombreux, j'étais étonnée, par cette chaleur.

In my sweet home je m'installais sur la terrasse, à l'ombre of course. Je regardais le ciel d'un bleu magnifique, deux oiseaux planaient au loin : deux points minuscules  avec des ailes, dans le ciel, un noir et un blanc. Je les enviais. Mes fleurs aussi avaient pris un coup de Penn Bazh.

   
Installée sur mon banc en sirotant un thé, je pensais à mille choses, mille souvenirs, jamais mon cerveau ne s'arrête de penser et, je regardais ces galets, de loin j'y voyais une paire de fesses. Ma foi, pourquoi pas... Des fesses en forme de poires, il y en a plein les rues, on passe de la pomme à la poire. Hi! On peut aussi être une pauvre pomme et une vraie poire. (o_0)


Le long week-end du 15 août commençait, je pensais (et oui encore) à toi maman... et j'ai peur j'ai peur... de mourir comme toi.
Je passe du rire au drame! Respirez, soufflez!

Ce soir je dînais sur la terrasse en compagnie des oiseaux qui avaient l'air de danser au son du piano que j'écoutais à la radio : La Bagatelle op 126 de Beethoven.



Il était 21 heures. Soudain une corneille (ou un choucas) fit son apparition sur le bord du toit et sautilla jusqu'à l'endroit exact où se trouve le nid d'hirondelles, au-dessus de ma fenêtre. Alors là tout s'éclaircit : les deux oisillons morts tombés du nid avaient été dénichés par l'un de ces oiseaux noirs! Conclusion peut-être hâtive de Miss Holmes...



J'ai enclenché la vidéo trop tard...



La lumière était belle au soleil déclinant. 




La vie pouvait-elle encore l'être aussi?






Dimanche 14 août  : promenade en fin d'après-midi après être restée enfermée dans une pièce à 22° quand il faisait dehors dans les 30° sous abri! Je n'avais que trois pas à faire pour une balade rafraîchissante le long de la rivière. Je rasais tout de même les murs et les arbres pour avoir un semblant d'ombre. 




Ils font déjà demi tour!
C'est sûr ils vont plus vite que moi et pour avoir de l'air
c'est mieux qu'un ventilateur!


  
Mais ils font plus de bruit que celui-ci avec son canoë!



J'ai moi-même fait demi tour après une demi heure de marche, il faisait encore très chaud. J'avais mis un vieux bob sur la tête et mes lunettes de soleil, mais j'étais loin de ressembler à Meryl Streep dans Out of Africa et j'aurais bien aimé être shampouinée par Robert Redford pour me rafraîchir la tête! 

Lundi 15 août : bonne fête ma petite maman chérie. 
Lecture du dernier livre emprunté à la médiathèque : Béton de Thomas Bernhard. Jamais déçue par cet écrivain.  J'ai l'impression quand je le lis qu'il n'a écrit que pour moi (prétentieuse)!

.../... Samedi et dimanche, écouté Michel Onfray, toujours aussi drôle, oui oui!
A propos des  Nématodes (vers parasites), imagé par M. Onfray :
"Barboter dans une piscine ça vous tue un nématode en deux secondes (le chlore, les poils humains, les crottes de nez etc.)"
A vous dégoûter d'aller dans les piscines.
Autres citations :
"Pas de paradis pour les blaireaux. Je parle des animaux..."
"Si vous avez mal au dos, c'est que vous en avez plein le dos" (Théorie de Groddeck). Je vous dis pas si vous avez mal au rectum..." Eh oui! c'est imagé je vous le dis!
"Le mulot a du toupet!" "Vous pouvez le twitter" dit-il en riant.
"J'ai connu des arrières-trains solaires" dit-il en contrepoint d'une citation où l'on parlait d'arrières-trains lunaires. Mmm!
Tout cela sorti du contexte de sa conférence n'est pas sérieux (shame on me), mais ça l'est (sérieux). A réécouter, on ne s'ennuie pas une seconde. Un intervenant en fin d'émission sur La théorie du fumier, n'a pas démonté Onfray.
Puis il revient sur Schopenhauer, le pessimiste positif, avec Le monde comme volonté et comme représentation. M. Onfray nous rappelle qu'il influença Nietzsche qui fut un disciple de Schopenhauer :

"Nietzsche, le plus grand des disciples de Schopenhauer, célébrera toute sa vie le génie de  son éducateur qui lui a ôté des yeux « le voile de l'optimisme ». Dans ses Considérations inactuelles, il écrit au sujet de son maître : 
« Je suis, dit Nietzsche, un de ces lecteurs de Schopenhauer qui, après avoir lu la première page de lui savent avec certitude qu'ils iront jusqu'à la dernière, et qu'ils écouteront chaque parole sortie de sa bouche. Ma confiance lui a été acquise dès l'abord, et après neuf ans écoulés elle est encore la même. Pour tout dire en un mot et avec un sentiment peut-être outrecuidant, je le compris comme s'il avait écrit pour moi."
(Source)
   C'est sûr, il devait y avoir plus de monde sur les plages à "barboter" - dans des eaux moins parasitées espérons-le que dans les piscines -, qu'à l'écoute de France Culture.

Fin de ce long week-end. Chaleur étouffante, les 22° à l'intérieur sont passés à 26. A l'extérieur il fait encore 32°, pas un souffle de vent pour faire courant d'air. Mal de gorge, sans doute à cause des douches et du ventilateur. Faut faire des choix : crever de chaud ou attraper une angine... Allons prendre une énième douche de toute façon le mal est fait. Il est 23 heures...

samedi 30 juillet 2016

Le TEMPS d'écoulement de la bouteille

Vendredi 29 juillet.

Après les trois fenêtres - dimanche, mardi, jeudi - j'entamais ce matin la peinture d'une porte-fenêtre. A midi j'entendais sonner les cloches de l'église, ça faisait donc une heure que je peaufinais... ma tendinite. Midi! Sans doute était-il sur le parcours? Nous devions jouer ensemble, je m'en réjouissais. Je m'en réjouissais tellement. Je m'en réjouissais trop! Mon bras me faisait si mal jeudi matin que j'annulais mon départ de ce vendredi... et je ne faisais rien pour améliorer mes douleurs. Je ne pensais qu'à lui et je me demandais même si ma tendinite (réelle) était vraiment le prétexte pour annuler mon départ. Je ne savais plus. Je ne savais rien d'ailleurs. Je ne savais pas s'il avait vraiment envie de jouer avec moi ce vendredi ou les autres jours. J'en arrivais à me demander si, le fait que ça me fasse autant de plaisir de jouer avec lui - car c'est sûr, il le savait - ne devenait pas une contrainte pour lui voire une gêne, en tout cas, quelque chose de pesant au lieu d'être léger et agréable, nonobstant sa galanterie, sa gentillesse intactes pour chercher mes balles et relever le drapeau! Bref, il était toujours - pour moi -  un adorable partenaire de golf.  
En cet instant, je l'imaginais, je le voyais se placer derrière la balle pour voir sa ligne avant de taper son drive, c'est un joueur discret, coups réussis ou moyennement, il ne commente pas; c'est formidable, j'appréçiais cette discrétion, cette placidité, loin de la mienne. Je continuais de peindre, de peiner, de m'appliquer pour ne pas mettre de peinture sur la vitre. Il y avait du vent et, sur la dernière marche de l'escabeau j'étais tendue, un peu crispée. Aujourd'hui, le travail manuel ne m'empêchait pas de penser à autre chose qu'à ce que je faisais, je pensais à lui, comme une idiote, idiote comme je le suis quand je suis avec lui. Je ne lui dis rien, rien de tous ces mots que j'ai en moi, de ces phrases que je prépare et qui restent bloquées quand nous sommes ensemble. Lui non plus ne dit pas grand chose. Et de quoi lui parlais-je l'autre jour en buvant  nos cafés? Hum! De la mort! Complètement idiote? Non, carrément dingue! Eh bien là, nous avons finalement bavardé sur le sujet pendant presque une heure; nous avions commencé par parler de peinture - mais non, pas de mes fenêtres -, d'artistes-peintres.  Nous nous quittions ensuite comme deux potes? Non, ce n'est pas vrai, nous ne sommes pas des potes, nous sommes des amis de golf. Mais oui, alors, tout va bien! Arrête de te triturer les méninges. Cependant, je crois qu'il serait préférable de ne pas prévoir nos départs ensembles, qu'il vaudrait mieux laisser le hasard décider, ou pas, de nos rencontres sur le parcours. J'ai le cœur qui bat trop vite quand j'ai rendez-vous avec lui, et lui retrouvera sa liberté.

Il est 13 h 30, je viens de terminer la porte-fenêtre et ce pénible panneau de petits carreaux; plus qu'une porte-fenêtre à faire et ce sera enfin terminé! J'ai un peu mal au crâne et très faim.

Photos du jour

Une araignée morte (je vérifie qu'elle est bien morte)



Pause café sous un ciel gris et sieste pour la mouette espionne




Et ce soir, en attendant une amie pour dîner 



Où ça?
A Sainte-Mariiiiiiiiiiiiiine!

Samedi 30 juillet.

Golf solo à l'heure du déjeuner. Temps agréable pour jouer. Perdu deux balles sur le même trou mais j'en avais trouvé deux, laissées en plan sur le green - sans joueur - d'entraînement! La bonne aubaine.

14 heures : me suis bien détendue en écoutant Michel Onfray. Sujet du jour : Le TEMPS.
Première partie : Création du TEMPS mort.
Je n'ai pas le temps de résumer mais ces quelques phrases à réécouter dans le contexte, m'ont fait éclater de rire : 
. Les machines à TUER LE TEMPS : télévision, smartphones, iPod, iPhone etc.
. Aujourd'hui, (cf. Twitter), il faut kiffer ou niquer! (0_0)
. On fabrique des sourds, on fabrique des illettrés!  
. Ici il parle de l'enregistrement d'une émission de télévision et du montage de l'émission; les plans séquences montrent une bouteille, dont la contenance varie. C'est LE TEMPS d'écoulement de la bouteille qui indique LE TEMPS de l'enregistrement . (Dit comme cela ce n'est pas drôle, mais dit par Onfray c'est désopilant. Si, si!)
. Toujours sur LE TEMPS. Il faut éviter  deux écueils : 1) Vivre comme si on n'allait jamais mourir. 2) Vivre comme si nous allions mourir demain.
. Si vous trouvez que la vérité se trouve dans le journal que vous lisez, dites-vous que la vérité se trouve dans le journal que vous ne lisez pas. 
Etc. Comment tuer LE TEMPS... ou plutôt, comment ne pas le tuer!

18 heures.

Je ne change rien à ce que j'ai écrit vendredi; ça n'a plus cours puisque je viens d'apprendre que mon adorable partenaire ne pouvait plus jouer sur ce parcours à partir du mois d'août. Donc, je n'avais pas à faire de "prévisions"; elles se faisaient naturellement. So long... comme disent les anglais. Mon cœur va retrouver son rythme, plus lent (0_0)! 

Allez, demain, peinture! Dernière étape. Ouf!  Et, si j'en ai Le TEMPS, transcrire un dernier extrait de Quelques pas sur les pas d'un ange.
Enfin, laissons Le TEMPS faire son chemin et... la bouteille se vider.

Photos du jour, ma découverte de ce matin.




Ça fait des semaines que des hirondelles ont fait leur nid dans les voliges au-dessus de ma fenêtre. Le nid est bizarre, compact, une partie dure (guano?), je ne peux pas le prendre en photo (j'ai tenté plusieurs fois avec un miroir) mais les dégâts de fientes sont peu ragoûtantes. J'ai le vertige et ne peux aller les enlever. Je vais prévenir le propriétaire de  ce toit. Et ce matin, en plus des fientes je découvre ces oisillons morts. Pourquoi sont-ils morts? Les hirondelles continuent leur va et vient vers le nid...  La mort rôde, dans mon environnement. Hum!
 

dimanche 24 juillet 2016

Je ne vivais pas, mais je le savais

Un dimanche sous un ciel gris, laiteux, orageux.
Pour chasser les pensées indésirables je m'attelais à un travail manuel et je commençais la peinture d'une fenêtre à midi, celle encore à l'ombre (oui, même derrière les nuages le soleil chauffe). Les autres attendront, dans la semaine, plus tôt dans la matinée ou, le soir...
Je déjeunais ensuite, vers deux heures,  de ce que j'avais dans mon frigo sans faire de préparation : tomate, œuf dur, yaourt, café, gâteau breton, en mettant la radio que je n'écoutais pas vraiment.. Hier à la même heure et en déjeunant aussi frugalement, j'écoutais - pas d'une oreille distraite - Michel Onfray, une de ses conférences, celle-là sur les Gitans, leurs coutumes. Intéressant. Intéressantes aussi ses réflexions sur le "ne rien faire", sur "les conversations des gens" qui, pour la plupart ne répètent que ce qu'ils entendent à la télévision, à la radio; il ne font "que répéter" alors qu'ils croient formuler leurs propres réflexions. Je trouvais cela tellement juste que je jubilais. Il l'exprimait plus clairement que moi. Je notais aussi cette formule : "Dire sa vie ce n'est pas la vivre"; je pensais à la mienne, je ne vivais pas, mais je le savais. Mais qu'est-ce que vivre?... Et il revenait à la vie des Gitans :
"Formule tzigane : après-demain, demain sera hier. Nous allons examiner la signification de cette expression qui n’est pas qu’un jeu de mots, mais qui concentre véritablement une philosophie, c'est-à-dire un rapport au temps, au cosmos, à soi et donc à l’univers."

C'était dimanche, je traînais, mais pas plus que les autres jours. A 15 h 30 il était temps que j'aille mettre le nez dehors, je me décidais à aller au Quartier - qui va bientôt disparaître - et je vérifiais via Google l'heure de fermeture : 18 heures, ça me laissait du temps pour voir l'expo. J'arrivais à 16 heures et trouvais porte close (merci Google!). Tant pis, je reviendrai avant le 31 août; les dimanches d'ennui ne manquent pas. La façade avait subi des dégradations.





J'aurais dû m'en douter. En arrivant dans le centre ville tout était déjà barricadé, entrée payante, la foule des grands jour attendait le défilé final qui clôturait le Festival de Cornouaille.
Prise au piège, je faisais demi-tour et me retrouvais parmi les badauds, lesquels - ici devant la médiathèque - étaient plongés le nez dans leur écran ou se prenaient en photo. Aucune luminosité dans le ciel, il ne fallait pas se plaindre, le Festival se termine parfois sous la pluie, j'avais  tenté l'année dernière de trouver une place dans la foule pour voir celle qui serait élue Reine de Cornouaille mais c'était impossible. (Comme c'est étrange pour moi de relire ce billet de juillet 2013. Trois ans plus tard... je revis une tristesse encore plus grande; et je vieillis, deviens plus fragile, ma carapace ne me protège plus, je n'arrive plus à encaisser les coups durs. Ce blog Journal m'est utile, c'est ma mémoire).


Je m'éclipsais rapidement et prenais le chemin du retour par des petites rues calmes .



Sur le quai, le long de la rivière, j'entends une jeune femme : "it's nice, it's funny"; elle parlait à son compagnon qui prenait une photo. Je me retourne pour voir ce qui était nice et funny! Oh yes! A mon tour de le prendre en photo, discrètement, au zoom.


Very nice!


Very funny!


Original un motard en kilt!
Le coup de vent était trop léger;-) pour savoir si..., 
comme l'exigerait la tradition!




samedi 8 juin 2013

J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. (Arthur Rimbaud)

Donc!
Je devais prendre la route samedi dernier et... j'ai pris l'ambulance, direction les urgences.
Tombé à l'eau mon beau, mon doux, mon merveilleux... voyage.
Les vertiges ont eu raison de mon sort et ce n'était pas le vertige des montagnes, ni celui de l'amour.

Deux jours nauséeux, sous perfusion, sans pouvoir manger. On m'apporte enfin mon premier repas, le troisième jour. Je reste écoeurée devant mon assiette qui me soulevait le coeur.
Je n'y ai pas touché. 


Puis,  j'ai pu ouvrir un livre qui se trouvait par hasard dans mon sac à main.

  

... et cette lecture était plus nourrissante que celle que j'avais sous les yeux.
Chose étrange, la première phrase du chapitre parle de vertiges. 

Piéger la mémoire

Le poète reclus dans le Harar invitait au dérèglement de tous les sens et à la nécessité de fixer les vertiges. Comment procéder avec les ivresses induites par le voyage? Ecrire? Noter? Dessiner? Envoyer des lettres? Et si oui, brèves ou longues? Préférer des cartes postales? Photographier? Transporter avec soi des carnets sur lesquels on consigne croquis et phrases, mots et silhouettes, chiffres et nombres? [...]
Car du perpétuel flot et flux d'informations on ne retient jamais l'intégralité. Le voyage fournit en effet une occasion d'élargissement des cinq sens : sentir et entendre plus vivement, regarder et voir plus intensément, goûter ou toucher avec plus d'attention - le corps en émoi, tendu et prêt pour de nouvelles expériences enregistre plus de données que d'habitude. [...]
Noter, donc. Noter ce qui, dans le déroulement temporel et fluide du temps réel, dégage du sens et quintessencie le voyage. [...]
[...]
Plus tard, le temps de l'événement loin derrière soi, il reste des instants congelés en des formes susceptibles de réactivations immédiates. Ces traces justifient moins le voyage qu'elles le rendent partiellement immortel. Rien de pire qu'un déluge de traces, une abondance de photographies - sinon l'hystérie contemporaine et touristique qui consiste à tout enregistrer au caméscope au risque de réduire sa présence au monde à la seule activité de filmer... [...]
Entre l'absence de trace et leur excès, la fixation des instants forts et rares remplace le long temps de l'événement en un temps court et dense : celui de l'avènement esthétique. [...] D'un voyage ne devraient rester  que trois ou quatre signes, cinq ou six, guère plus. En fait, autant que les points cardinaux nécessaires à l'orientation.

Michel Onfray, in Théorie du voyage, Poétique de la géographie.

De retour à la maison, ce n'est plus la nourriture in-hospitalière qui me soulève le coeur, c'est la mélancolie. 

 

Je ne reverrai pas mon Léman tant chéri et ses montagnes. J'y pensais depuis des mois à cette escapade, vitale. GPS inutile...




Photos mai 2012


samedi 6 avril 2013

"Le nomade... s'aventure dans un champ de forces inédit"

 

 
 
 
« On ne devient nomade impénitent qu’instruit dans sa chair aux heures du ventre maternel arrondi comme un globe, une mappemonde. Le reste développe un parchemin déjà écrit.
Plus tard, beaucoup plus tard, chacun se découvre nomade ou sédentaire, amateur de  flux, de transports, de déplacements, ou passionné  de statisme, d’immobilisme et de racines. »
[…]
« Toutes les destinations sont devenues possibles – question de temps. Dans ce champ des possibles comment élire un lieu ? Que choisir ? A quoi renoncer ? Et pour quelles raisons ? Dans les combinaisons pensables, laquelle préférer, et pourquoi ?
Là encore le déterminisme généalogique s’impose. On ne choisit pas ses lieux de prédilection, on est requis par eux. Dans le registre élémentaire des philosophes présocratiques, chacun peut se découvrir porteur  d’une passion pour l’eau, la terre ou l’air – le feu circulant dans le corps même du voyageur.
[…] Il existe toujours une géographie qui correspond à un tempérament. Reste à le trouver.
Un mot, un nom, un lieu, un endroit lisibles sur la carte retiennent alors l’attention. Celui d’un pays, celui d’un continent, d’une île ou d’une ville. L’indistinct, le viscéral se retrouvent dans une émotion déclenchée soudain par un nom fiché dans la mémoire : aller au Tibet, voir le fleuve Amour, gravir le mont Fuji, escalader l’Etna, cheminer sur les collines de N’Gong, nager dans l’océan Pacifique, aborder Guernesey, visiter Addis-Abeba, marcher dans les rues de Cyrène, naviguer dans la baie d’Along – chacun dispose d’une mythologie ancienne fabriquée avec des lectures d’enfance, des souvenirs de famille, des films, des photos, des images scolaires mémorisées sur une carte du monde un jour de mélancolie en fond de classe. Puis on passe à l’acte pour réaliser son rêve avant de mourir : stationner en silence  à l’endroit où se rejoignent l’Orient et l’Occident, dans le détroit du Bosphore, marquer un temps d’arrêt devant  la naissance d’une piste africaine en latérite rouge, se sentir interdit dans les rues de New York devant les jets de vapeur pulsés par les mufles de bouches d’égout, retenir son souffle  en survolant les lagons  de l’océan indien, constater que son cœur bat en franchissant l’équateur ou en passant le tropique  du  Capricorne, frissonner d’émotion au-delà du  Cercle Polaire. Rêver une destination, c’est obéir à l’injonction qui, en nous, parle une voix étrangère. Car un genre de démon socratique formule et trace à notre place cet éclair qui calcine en notre for intérieur l’indécis, l’imprécis ou le confus. A la manière dont le philosophe d’Athènes s’abandonnait à cette parole démiurgique, on laissera le choix d’un lieu, l’élection d’une destination à cette langue étrangère parlée par nous à notre corps défendant – à moins que précisément cette langue ne s’exprime raison défendante. Dans la multiplicité des possibles, le démon dit, reste pour la volonté à consentir. Alors le doigt s’arrête sur le planisphère dans les régions de l’âme correspondantes. On ne commet pas d’erreur en pratiquant ainsi. »
 
Michel Onfray, in Théorie du voyage, Poétique de la géographie. Ed. Le Livre de Poche, Biblio essais.
 
J'avais acheté cet ouvrage (125 pages) pour l'offrir à un ami qui... ne l'a pas reçu! Il m'est revenu par la poste récemment. J'avais fait une erreur dans l'adresse. Je n'ai pas pu le réexpédier, cet ami est un nomade et ne reste jamais longtemps au même endroit. C'est étrange tout de même, ce n'est que la quatrième fois que j'achetais un livre à son intention et la troisième fois que je les retrouve dans ma bibliothèque. Un seul lui est tout de même parvenu.
Les deux premières fois ce n'était pas pour les mêmes raisons  : j'avais fait de longues recherches, je ne voulais pas faire d'erreur, il fallait absolument que ça lui plaise, qu'il ne les possédât pas, que je déniche donc des merveilles ou des introuvables, des livres épuisés. Ce que je fis. J'avais fait ces recherches le cœur battant, comme une amoureuse, alors qu'il ne s'agissait vraiment que d'un ami.
 
Je tairai les circonstances qui ont fait qu'il ne les a jamais reçus, j'ai mis très longtemps à m'en remettre. Maintenant ils sont dans ma bibliothèque. Quand je les prends, je les ouvre avec précaution; il m'arrive même de les sentir, de les respirer, le second en particulier. Bien sûr, c'est à lui que je pense en les feuilletant, en les lisant. Ce second donc, jamais je ne me le serais offert. C'est ma consolation.
 
Ce livre sur la Théorie du voyage m'a mené vers d'autres horizons que j'avais trop rapidement parcourus et où il est question aussi de nomadisme et surtout de belles découvertes si on prend le temps "d'ouvrir" quelques images...
 
 
 
 
 
 
"Sortir de toute identité fixe, de tout cadre établi, pour trouver un jeu d'énergies et, après avoir nomadisé, se retrouver, se reconnaître autre dans un espace multidimensionnel, polytopique.

Le nomade qui est en chacun de nous comme une nostalgie, comme une potentialité, n'a pas la notion d'identité personnelle, la “conscience de soi” lui est étrangère. Ne disant ni “je pense”, ni “je suis”, il se met en mouvement et, en chemin, il fait mieux que “penser”, au sens pondéreux du mot, il énonce, il articule un espace-temps aux focalisations multiples qui est comme une ébauche de monde. Le mouvement nomade ne suit pas une logique droite, avec un début, un milieu et une fin.
 
 
[...] 

"Depuis quelques années, le mot “nomade” est dans l'air. D'une manière vague, mais qui ne demande qu'à se préciser, il désigne un mouvement qui s'amorce vers un nouvel espace intellectuel et culturel. Mais dans nos cultures médiatisés, chaque mot, immédiatement sous-traduit, devient prétexte à une mode. Ce dont il est question ici n'est pas une affaire de mode, mais de monde.

Nietzsche constatait la mort de Dieu, Foucault annonçait la mort de l'Homme. Le nomade est celui qui, sans lamentation, prend son départ dans cette situation extrême et qui, contournant le domaine des sous-dieux et des sur-hommes, traversant le neutre, s'aventure dans un champ de forces inédit, le long de plages insolites." Suite...

 
Fayçal A. Bentahar