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mercredi 10 décembre 2014

"Oh ! L'implacable essaim de devoirs parasites"

 

Dessin de François Matton

Le temps perdu 


Si peu d’œuvres pour tant de fatigue et d'ennui !
De stériles soucis notre journée est pleine :
Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine,
Nous pousse, nous dévore, et l'heure utile a fui...

"Demain ! J'irai demain voir ce pauvre chez lui,
"Demain je reprendrai ce livre ouvert à peine,
"Demain je te dirai, mon âme, où je te mène,
"Demain je serai juste et fort... pas aujourd'hui."

Aujourd'hui, que de soins, de pas et de visites !
Oh ! L'implacable essaim des devoirs parasites
Qui pullulent autour de nos tasses de thé !

Ainsi chôment le cœur, la pensée et le livre,
Et, pendant qu'on se tue à différer de vivre,
Le vrai devoir dans l'ombre attend la volonté.


Sully Prudhomme, Tendresses et Solitudes. 

mercredi 25 décembre 2013

***

"Le sort des livres est curieux. Un ouvrage peut être composé par un homme sérieux, par un esprit superficiel ou par un sot; il peut être jugé par un sot, par un homme superficiel, ou par un esprit sérieux. Combinez deux à deux ces divers caractères et vous apprécierez les chances d'une réputation.

[...]

Je ne connais rien de plus doux au monde que l'entretien avec un ami sur des sujets tristes."

Sully Prudhomme, Pensées.


lundi 19 septembre 2011

L'irrémédiable s'est accompli

Jeudi 15 septembre.


 Je regardais le ciel et mes pensées allaient vers toi

Je prenais ces photos quand mon téléphone sonna


Adieu frangin.

Le Coucher du Soleil

Si j'ose comparer le déclin de ma vie
A ton coucher sublime, ô Soleil! je t'envie.
Ta gloire peut sombrer, le retour en est sûr :
Elle renaît immense avec l'immense azur.
De ton sanglant linceul tout le ciel se colore,
Et le regard funèbre où luit ton dernier feu,
Ce regard sombre et doux, dont tu couves encore
Le lys que ta ferveur naguère a fait éclore,
Est triste infiniment, mais n'est pas un adieu.

Sully Prudhomme, Tendresses et Solitudes.


mercredi 13 octobre 2010

Poésie

Joies sans causes

On connaît toujours trop les causes de sa peine,
Mais on cherche parfois celles de son plaisir;
Je m'éveille parfois l'âme toute sereine;
Sous un charme étranger que je ne peux saisir.

Un ciel rose envahit mon être et ma demeure,
J'aime tout l'univers, et, sans savoir pourquoi,
Je rayonne. Cela ne dure pas une heure,
Et je sens refluer les ténèbres en moi.

D'où viennent ces lueurs de joie instantanées,
Ces paradis ouverts qu'on ne fait qu'entrevoir,
Ces étoiles sans noms dans la nuit des années,
Qui filent en laissant le fond du coeur plus noir?

Est-ce un avril ancien dont l'azur se rallume,
Printemps qui renaîtrait de la cendre des jours
Comme un feu mort jetant une clarté posthume?
Est-ce un présage heureux des futures amours?

Non. Ce mystérieux et rapide sillage
N'a rien du souvenir ni du pressentiment;
C'est peut-être un bonheur égaré qui voyage
Et, se trompant de coeur, ne nous luit qu'un moment.

Sully Prudhomme, Tendresses et Solitudes.

lundi 22 février 2010

Nostalgie

Une semaine sur le thème de la nostalgie dans les NCC .
Voilà qui me réjouit! Mais la nostalgie ne mène pas, comme la mélancolie, à la folie.
Après mon spleen d'hier... je me suis endormie avec ce poème, et j'ai fait un beau rêve :

L'Âme

J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Une âme invisible et présente :
Ceux qui doutent la chercheront;
Je la répands pour qu'on la sente.

Partout scintillent les couleurs,
Mais d'où vient cette force en elles?
Il existe un bleu dont je meurs,
Parce qu'il est dans les prunelles.

Tous les corps offrent des contours,
Mais d'où vient la forme qui touche?
Comment fais-tu les grands amours,
Petite ligne de la bouche?

Partout l'air vibre et rend des sons,
Mais d'où vient le délice intime
Que nous apportent ces frissons
Quand c'est une voix qui l'anime?

J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Une âme invisible et présente :
Ceux qui doutent la chercheront;
Je la répands pour qu'on la sente.

Sully
Prudhomme, Tendresses et solitudes.

vendredi 30 octobre 2009

Et la Tendresse Bordel!


Chez mon nouveau libraire cette semaine :
- Pourriez-vous me commander le dernier Bordel?
- Pardon?
- Oui, le dernier Bordel, il est sorti le 8 octobre!
- Jamais entendu parler.
(Il me regarde et croit que je blague).
- Un instant je regarde sur l'ordinateur. Le nom de l'auteur s'il vous plaît?
- Euh, il y en a plusieurs : Fanny Salmeron! Et l'éditeur c'est Stéphane Million.
- Ah, je l'ai : Imposteur.
- Non, celui-là je l'ai, le nouveau c'est Rat quelque chose...
- The RAT PACK?
- Oui c'est çà.
- Il est disponible, je l'aurai jeudi.
Ouf! je vais pouvoir lire ma petite Fanny... ma petite folie... mon p'tit brin de fantaisie...

Ce soir, j'ai découvert une autre librairie magique : Le Piano Livre. Quand le libraire n'est pas occupé avec un client, il joue du jazz sur son piano tandis que vous parcourez les rayons remplis de vieux livres. Délicieux. Sur les quais de la Seine il y a les bouquinistes, j'ai découvert le mien, pianiste, sur les quais de l'Odet. Magique. Mon acquisition : Tendresses et Solitudes de Sully Prudhomme. Il n'y a pas de date de l'imprimeur (Lemerre). Un coup d'oeil sur Internet. Je découvre que j'ai fait une affaire (8 euros)! Il est à vendre :

PRUDHOMME SULLY TENDRESSE ET SOLITUDES
LIBRAIRIE A. LEMERRE. non daté. In-18In-18 Carré. Broché. Etat d'usage. Couv. convenable. Dos satisfaisant. Non coupé. 117 pages. Bandeaux et culs-de-lampe en noir et blanc. Couverture contre-pliée. Légèrement débroché.
Petite-Collection Rose.
€ (euro) 49.50 [Appr.: US$ 74.4 £UK 45.75 JP¥ 6830]
-- Le-livre.com. Book number: RO30060813


C'est exactement le mien. Il doit dater de 1865 ou 1869. Il contient son poème le plus célèbre : Le vase brisé. Mais je découvre celui-ci :

Je t'aime...

Je t'aime. Il est des jours. Il est des jours sacrés
Où l'âme sent tout bas renaître
La mémoire des morts qu'on a trop peu pleurés
Et qu'on fit trop pleurer peut-être.
Allons sur les tombeaux de nos parents perdus
Réparer cet ancien outrage.
On ne donne aux vieillards les pleurs qui leur sont dus
Que le jour où l'on a leur âge.

Un hommage à mes chers disparus en ce week-end de Toussaint.

J'aime les vieux livres, reliés avec un fil de soie et les pages qu'il nous faut ouvrir, soigneusement, avec un coupe papier. Mes goûts sont éclectiques... comme la tendresse, bordel!