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mercredi 17 avril 2019

Ô mon Paris, Ô Notre-Dame


Nostalgie







Et voilà ce que j'écrivais  il y a 8 jours, laissé dans mes brouillons :

Dimanche 7 avril, 10 heures

Je consulte les programmes de cinéma ce matin, pas vraiment inspirée par ce qui passe dans ma ville. Si, peut-être : C'est ça l'amour (bonnes critiques).  Je lève la tête,  regarde les nuages et soudain, une folle envie d'aller à Parisd'aller faire la queue au CHAMPO (tiens, je ne savais pas qu'il s'appelait aussi espace Jacques Tati) d'aller manger des scones au Tea-Caddy, de traîner chez Gibert à Saint-Michel, de m'attarder à l'Écume des pages, de prendre un café au Bonaparte à Saint-Germain, de revisiter l'IMA (mais non, pas pour le foot) etc etc. 
Ce n'est plus cinq jours ou une semaine qu'il me faudrait, mais au moins deux ! Et je pourrais alors étreindre mes plus chers amis au moins deux fois.
Il ne faut pas que cela reste une envie,  je veux, je dois y aller.

(Je suis allée voir C'est ça l'amour Un film magnifique de Claire Burger, avec un acteur que je ne connaissais pas, Bouli Lanners qui m'a chamboulée).

dimanche 10 décembre 2017

"Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir." (Sylvain Tesson)




LES FENÊTRES

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, Le Spleen de Paris.


Ce poème de Baudelaire a ravivé quelques souvenirs de mes séjours parisiens dans le studio que je louais. Je m'étonnais toujours - avec bonheur - de voir ces fenêtres éclairées, sans rideaux, qui laissaient l'imagination vagabonder. J'apercevais une silhouette qui allait et venait puis de temps en temps venait s'accouder au-dessus des plantes. Les fenêtres de l'étage au-dessus, éclairées également, étaient trop hautes pour que je puisse y distinguer ses occupants; mais je les imaginais. J'adorais cette idée de laisser des fenêtres sans rideaux même quand le vis-à-vis est très proche. Que j'étais loin de la vie étriquée de province où tout le monde ferme ses rideaux quand ce ne sont pas ses volets, parce que la curiosité est malsaine. Ici, à Paris, rien de malsain, chacun vit sa vie comme il veut, sans se soucier des autres et du coup, tout cela est naturel. La fenêtre... comme une ouverture sur le monde. Mais la vision de Baudelaire est sûrement plus propice à l'imaginaire, à inventer la vie des autres : quand la fenêtre est fermée.
 "Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?"


jeudi 10 avril 2014

Un merveilleux dimanche à Paris



Lettre d’Henry Miller à Emil Schnellock

9 mars 1930

Premier dimanche à Paris,

Peut-être le plus merveilleux dimanche de ma vie ! Réveillé très tôt par les cris des marchands ambulants, chacun poussant son air, un air très beau pour mes oreilles d'étranger. Je me suis précipité dans la rue, et me suis demandé  soudain si c'était dimanche, car les boutiques étaient ouvertes, les ménagères furetaient dans les ruelles, chaussées de pantoufles, les bras chargés de victuailles. L'air est léger, le soleil chaud : un ciel bien de Paris, pas éclatant comme dans le Sud, et pourtant aveuglant, à cause, je pense, de la réverbération sur les murs légèrement gris. Je me promène rue Saint-Séverin, ayant décidé d'aller y jeter un coup d'œil avant le petit-déjeuner. Le service de nettoiement s'affaire avec de grands balais fabriqués avec de longues branches de chanvre grossier. De minces filets d'eau coulent le long des trottoirs, entraînant les ordures dans les fameux égouts, que l'on ne peut, hélas, visiter avant l'été.
Saint-Séverin se dresse dans toute sa beauté éprouvée - très abîmée, très ancienne, très belle dans ce superbe dimanche matin. Je suis presque tenté d'y entrer. Mais pour quoi faire ? C'est beaucoup mieux dehors qu'à l'intérieur, dans la fumée des cierges, et les prières des fidèles. Je m'arrête dans un café proche du Pont-Saint-Michel - « Au Départ », c'est son nom - pour prendre un café crème-croissants. Le bar est plein de monde, sans doute parce que c'est dimanche et que tout le monde s'est levé tôt pour profiter de cette journée de congé. J'examine les visages, bien portants, aimables à mon égard - des visages de paysans, d'une grande énergie, vifs, sensibles, naturels. Ils sont heureux comme nous autres, Américains, ne le serons jamais. Ils paraissent jouir du quotidien comme il se présente, prenant leur plaisir avec simplicité et sans façons, ne demandant rien de plus que d'être ensemble, de bavarder les uns avec les autres, de boire de bons vins, de prendre plaisir à leur savoureuse langue, d'aller au marché aux oiseaux peut-être et d'en ramener un canari ou un pigeon qui roucoule. Cet arche aux oiseaux n'est pas loin - il faut seulement traverser le pont de l'Ile-Saint-Louis, à l'ombre de Notre-Dame. Une chose aussi simple qu'un marché aux oiseaux ou un étal de fleuriste, qui sont nombreux ici, nous en dit beaucoup sur les Français. Des violettes à 1 franc le bouquet - et pas pour un événement particulier, comme d'amener ta petite amie au théâtre, ou de te souvenir brusquement que c'est l'anniversaire de ta femme, mais pour tous les jours, et pour tout le monde.
C'est tranquille et beau, le long de la Seine. Et il y a tant de ponts, chacun portant un nom illustre. Ils m'apparaissent ce matin tels que je les ai vus très souvent sur les peintures. L'eau frissonne doucement et l'ombre des arches tremble et palpite. Des pêcheurs sont là, avec de longues cannes, sur les deux bords du fleuve, et tout au long de son cours, aussi loin que l'on puisse voir. Derrière les contreforts du fleuve, les maisons épousent ses courbes paisibles. Elles s'appuient les unes aux autres, avec paresse, et rayonnent d'une douce et riche lumière. On s'émerveille de leur ancienneté, de ce qu'elles se dressent depuis si longtemps dans leur sérénité et leur éclat. A chaque époque, il y eut des écrivains pour déplorer la disparition du vieux Paris, familier à leur jeunesse, ou qu'avaient décrit leurs parents. C'est vrai qu'il est difficile d'envisager un nouveau Paris. Je crois que Paris paraîtra toujours âgé, comme ses vieux peintres à la barbe vénérable, au regard pétillant. Je crois qu'il aura toujours une saveur merveilleuse comme ses breuvages aux couleurs chatoyantes.
Me voici maintenant Rive Droite ; j'ai dépassé l'Hôtel de Ville, et me retrouve soudain dans le misérable, miteux quartier Saint-Antoine. Beaucoup d'enfants, ici, et on est obligé de les remarquer car on peut se promener pendant des kilomètres quelquefois sans jamais en rencontrer un. Ici, les rues sont terriblement tordues, sombres et étroites. Les maisons paraissent converger au-dessus de nos têtes, et les murs, crasseux et décolorés, montrent de terribles cicatrices. Les ordures s'accumulent ici, au cœur même du vieux Paris. C'est ici qu'un jour de juillet les citoyens ont pris les armes, assoiffés de vengeance. A travers ces rues mêmes, ils ont afflué comme des rats qui désertent un navire en détresse. Ce n'est pas loin d'ici à la Bastille. Plus haut, c'est la rue Saint-Antoine, envahie en ce moment par des charrettes à bras. Scène typique de ghetto, et pourtant bien parisienne. On voit des agents, comme dans toute grande ville, houspillant de pauvres vendeurs, leur cherchant querelle, de façon révoltante, avec l'aide de quelques lois minables. Et comme ces misérables créatures du trottoir sont la plupart du temps des Juifs, ça fait plaisir d'entendre leurs réparties, d'observer les grimaces qu'ils font par derrière, comment ils tirent la langue et font des pieds-de-nez. Il est impossible de décrire toutes les marchandises entassées le long de cette ruelle populeuse. Oranges déjà pelées, lapins écorchés, toutes sortes de coquillages, galoches, champignons, bas de soie à 7 francs la paire (!). Par-dessus tout, les vins et les liqueurs : vieux Porto, très âgé, authentique, d'origine, etc. à moins de 50 centimes le quart de litre, Malaga, Bourgogne, vins d'Anjou, Cognac, fine, whisky, Bénédictine, Chartreuse, Curaçao, crème de menthe. J'ai acheté un flacon de Bénédictine pour 2,50 F et je l'ai descendu au déjeuner. La meilleure chose au monde pour réchauffer le gésier et incendier les entrailles. J'en ai laissé un doigt, pour que la serveuse ait son petit verre, car ça ne se fait pas d'apporter ses propres alcools au restaurant.
Arrivé à la Bastille, je sens que j'ai encore assez d'énergie (à la vue de ce monument à la gloire du courage et du défi) pour continuer. Le bus me transporte, pour 3 centimes, jusqu'à la Porte-Saint-Denis, grande relique délabrée du temps de Louis le Fou. Je sais maintenant que je me trouve dans ce qui est considéré comme la plus vieille rue de Paris : la rue du Faubourg-Saint-Denis. Et quelle rue ! Une des plus fabuleuses du monde, sans doute, vraiment plus intéressante que tout ce que j'ai vu à Londres ou à New-York. Ici, encore plus de charrettes à bras, de boutiques, de foule grouillante, piétinant des tas de détritus dans les caniveaux. Et souvent, de temps à autre, des traverses menant aux rues voisines, certaines couvertes, d'autres à ciel ouvert, la lumière du soleil inondant fortement les pavés. Je pénètre dans ces passages et j'en explore les couloirs et les écuries, je frôle les murs humides, j'examine les panneaux suspendus devant les portes. Lieux fétides, où des sages-femmes font leur réclame et des professeurs de danse garantissent qu'ils peuvent transmettre leur science en douze leçons...

Henry Miller

samedi 22 février 2014

"Il était né pour écrire..."


Ernest Hemingway en 1923
(Photo de son passeport)
Engagé en novembre 1921 comme correspondant étranger du Toronto Star, il déménage à Paris, où il habite, avec sa femme Hadley, au troisième étage du 74 rue du Cardinal-Lemoine, dans le Quartier latin de Paris, de à .


La Closerie des Lilas en 1909.


Aujourd'hui, la terrasse est clôturée et
la clientèle hétéroclite est à l'abri du regard des badauds.

"Je m'assis dans un coin, dans la lumière de l'après-midi qui filtrait par-dessus mon épaule, et je me mis à noircir mon cahier. Le garçon m'apporta un café crème et j'en bus la moitié quand il fut un peu refroidi et laissai l'autre moitié dans la tasse pendant que j'écrivais.
[...]

[...]

Il n'était pas de bon café plus proche de chez nous que La Closerie des Lilas, quand nous vivions dans l'appartement situé au-dessus de la scierie, 113, rue Notre-Dame-des-Champs, et c'était l'un des meilleurs cafés de Paris. Il y faisait chaud, l'hiver; au printemps et en automne, la terrasse était très agréable, à l'ombre des arbres, du côté du jardin et de la statue du maréchal Ney, et il y avait aussi de bonnes tables sous la grande tente, le long du boulevard. Deux des garçons étaient devenus nos amis. Les habitués du Dôme ou de La Rotonde ne venaient jamais à la Closerie. Ils n'y trouvaient aucun visage de connaissance et nul n'aurait levé les yeux sur eux s'ils étaient venus. En ce temps-là beaucoup de gens fréquentaient les cafés du carrefour Montparnasse-Raspail pour y être vus et, dans un certain sens, ces endroits jouaient le rôle dévolu aujourd'hui aux "commères" des journaux chargées de distribuer des succédanés quotidiens de l'immortalité.
La Closerie des Lilas était, jadis, un café où se réunissaient plus ou moins régulièrement des poètes, dont le dernier, parmi les importants, avait été Paul Fort, que je n'avais jamais lu. Mais le seul poète que j'y rencontrai jamais fut Blaise Cendrars, avec son visage écrasé de boxeur et sa manche vide retenue par une épingle, roulant une cigarette avec la main qui lui restait. C'était un bon compagnon, tant qu'il ne buvait pas trop et, à cette époque, il était plus intéressant de l'entendre débiter des mensonges que d'écouter les histoires vraies racontées par d'autres. Mais il était le seul poète qui fréquentait La Closerie des Lilas en ce temps-là, et je ne l'y rencontrai qu'une seule fois. La plupart des consommateurs étaient de vieux barbus aux habits râpés, qui venaient avec leurs femmes ou leurs maîtresses, et arboraient ou non le fin ruban rouge de la Légion d'honneur au revers de leur veston. [...]
La présence de tous ces gens rendait le café accueillant, car chacun s’intéressait aux autres et aux apéritifs, cafés ou infusions qu'ils consommaient, et aux journaux et magazines fixés à des baguettes pour que leur lecture en fût facilitée, et nul ne songeait à se donner en spectacle.
On y rencontrait aussi d'autres consommateurs, des habitants du quartier fréquentaient la Closerie, certains d'entre eux décorés de la croix de guerre et d'autres avec le ruban jaune et vert de la médaille militaire, et j'observais avec quelle habileté ils remédiaient à la perte d'un de leurs membres, et évaluais la qualité de leurs yeux de verre et l'adresse avec laquelle leurs visages avaient été remodelés. [...]
En ce temps-là, nous n'avions aucune confiance en quiconque n'avait pas fait la guerre, mais nous ne faisons non plus entièrement confiance à personne, et pensions souvent que Cendrars aurait pu se montrer un peu plus discret sur la perte de son bras. J'étais heureux qu'il fût venu à la Closerie tôt dans l'après-midi, avant l'arrivé des habitués.
Ce soir-là, j'étais attablé à la terrasse, observant la lumière changeante sur les arbres et les maisons, et le passage des grands chevaux lents sur le boulevard. La porte du café s'ouvrit derrière moi, à ma droite, et un homme en sortit, qui se dirigea vers ma table.
"Ah! vous voilà", dit-il.
C'était Ford Madox Ford, comme il s'appelait lui-même alors, [...]."

Pages 104 - 105 - 106 - 107.

Ernest Hemingway, in Paris est une fête (A moveable feast), édition revue et augmentée, Gallimard, 1964 et 2011 pour la traduction française. (Avant propos de Patrick Hemingway).

"Cet ouvrage contient des matériaux tirés des remises de ma mémoire et de mon cœur. Même si l'on a trafiqué la première, et si le second n'est plus." (Ernest Hemingway).

(Mots en italiques, en français dans le texte).

4e de couverture :

"Édition revue en augmentée : Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur les «Vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année. Le livre, qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961. Ainsi, «Le poisson-pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d'une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à «Nada y pues nada», autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l’état d’esprit de l’écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu’il était né pour écrire, qu’il «avait écrit et qu’il écrirait encore »...

Ernest Hemingway est né en 1899 à Oak Park, près de Chicago. Il passa tous les étés de sa jeunesse en plein bois, au bord du lac Michigan. En 1917, il entre au Kansas City Star comme reporter. Il s'engage en 1918 comme ambulancier de la Croix-Rouge sur le front italien. Après la guerre, Hemingway reprend en Europe son métier de journaliste. En 1936, il devient correspondant auprès de l'armée républicaine en Espagne. Il fait la guerre de 1939 à 1945, participe à la Libération de Paris avec la division Leclerc, puis continue à voyager : Cuba, l'Italie, l'Espagne. En 1954, Hemingway reçoit le prix Nobel de littérature. En 1961, il met fin à ses jours."

Mes derniers souvenirs de la Closerie, l'endroit est beau mais il ne m'a guère enchantée, on est loin de sentir la présence des artistes qui l'ont fréquentée; aujourd'hui c'est devenu un "monument" à découvrir pour les touristes (j'en fus) et une clientèle parisienne "bobo" plus que bohême. Cependant mon plaisir est toujours aussi vif quand je retourne sur ces lieux mythiques de ma jeunesse estudiantine, lors de mes escapades parisiennes. Il serait d'ailleurs temps que j'y songe... je me sens si vieille, j'ai besoin d'un bain de jouvence.
 
C'est en écoutant l'émission de Charles Sigel consacrée à Ernest Hemingway que j'ai eu envie de lire Paris est une fête

samedi 18 août 2012

Instantané

Je suis parcourue de délicieux frissons en écoutant Charles Sigel parler de Françoise Sagan. Sigel dans ses émissions sait dévoiler l'essentiel de ses "personnalités". Je pourrais même parler de la grâce de Sigel... Une belle émission entrecoupée de choix musicaux qui rajoutent à cette sensation de sérieuse légèreté d'un langage simple pour dire l'essentiel.

"Depuis qu'elle a quitté cette terre, énormément de biographies ont fleuri. Je suppose qu'elle aurait trouvé cela très ennuyeux ou très farce (des mots à elle). Ce qui n'était pas très ennuyeux (le pire des défauts pour elle), elle le trouvait très amusant ou très gai. Sa mélancolie avait la courtoisie d'être gaie. Un désespoir mezzo voce."
Charles Sigel.

Françoise Sagan écrit à propos de Jean-Paul Sartre, devenu aveugle à la fin de sa vie, qu'elle accompagnait à La Closerie des Lilas* :

"J'aimai le tenir par la main et qu'il me tînt par l'esprit".

La présentation de l'émission en quelques mots bien choisis :

"Si Montaigne, Matisse, Rimbaud, Nerval ou Colette étaient musique, quelle musique seraient-ils? Pour les auditeurs de l’Humeur vagabonde, Charles Sigel s’adonne avec un incroyable talent de conteur au jeu du portrait chinois.
Éclectique et forcément subjective, sérieuse mais avec légèreté, l’émission vous fera découvrir bien des choses sur le personnage auquel elle s’intéresse."

* Je me souviens en juin 2008, je n'avais pas encore commencé ce blog, je m'étais offert un séjour à Paris à l'Hôtel Beauvoir, sur le Boulevard de Port Royal extrêmement bruyant. Je m'étais fixé un objectif : marcher sur ses pas dans Paris. Ma chambre, au dernier étage, donnait  sur la Closerie des Lilas et à droite je surplombais le Jardin du Luxembourg. J'oubliais le bruit pour ne savourer que le lieu. Le soir je contemplais du balcon les lumières du célèbre café, une après-midi j'y suis allée prendre un thé et une très bonne tarte aux framboises faite d'une pâte feuilletée très fine et légère. Douceurs à la note salée. C'est durant ce séjour que j'ai rencontré Micheline Presle, au Luxembourg. Jolis souvenirs...


La Closerie des Lilas, dans la lumière bleutée (photo floue)

L'entrée du Luxembourg, côté Port Royal

mardi 21 septembre 2010

Voyage au wagon-bar

Lundi 13 septembre.
J’étais encore à Paris quand j’avais écrit ceci. Rien n’est à supprimer.
La matinée a vite passée, un dernier café au bout de la rue Montorgueil cette fois, près du Forum, porte Saint Eustache, au soleil, le cœur un peu nostalgique d’être toujours si solitaire. Puis il fallait remettre les affaires éparpillées dans la valise, laisser le studio propre, faire quelques photos de cet endroit, déjeuner sur le pouce, tout cela en ne pensant qu’à…mes chers ami(e)s, mais aussi à celui avec qui j’avais passé une chaleureuse après-midi dans les rues du Marais, je pensais à tout cela en grignotant mes nems, mon poulet sauce piquante avec le riz cantonnais achetés rue Montorgueil, mais je pensais je pensais je pensais à… Bref, l’heure est arrivée de quitter les lieux, je dis au propriétaire que tout était parfait et, que je reviendrai bientôt… le taxi que j’avais réservé était en bas, à l’heure, pour m’emmener à la gare.
Il était 15 h et c’était déjà le bordel rue Réaumur, c’est pour cela que j’avais pris de l’avance pour aller à la gare. C’était fou ces embouteillages mais ils faisaient partie, avec le bruit, de cette immersion; puis nous avons réussi à traverser la rue Réaumur, au forcing et j’ai pu regarder à travers la vitre le Carrousel du Louvre, la Cour Carrée avec la Pyramide, j’avais comme une envie de revenir en arrière huit jours plus tôt et de me remplir de ce que je n'avais pas eu le temps de voir - et de le revoir - plus longtemps et puis et puis et puis…
Je demande au chauffeur de me déposer porte Oceane (une pensée pour Oceania, dès que je vois ce nom je pense à elle maintenant. Près de chez moi, l'hôtel Oceania...), je suis en avance et je ne veux pas qu’il me dépose au départ des grandes lignes, c’est kafkaïen ! J’ai le temps d’aller boire un thé, ailleurs que dans la gare. J’ai hâte maintenant de retrouver mon sweet home.

Dans le train, plus tard, je fais le bilan de ces jours passés, positif, malgré un rendez-vous manqué tout de même ou malencontreusement rapide.
J’étais en première, les prix maintenant sont devenus attrcatifs avec les prem’s et autres formules. Une place en « duo » avec une femme au visage fermé et au corps gras en face de moi. Elle allonge ses jambes, nos pieds se touchent, je ne sens rien d’aimable dans son regard, j’écarte les miens. Une demi heure que le train est parti et une odeur insupportable se dégage près de moi, je ne sais d’où elle vient, ça pue carrément des pieds, oui en première ça fouette! (comme disait ma mère qui me faisait rire quand elle disait ce mot). Il est 12 h 30, j’ai une petite faim, je ne vais pas manger ma quiche avec cette odeur dans le nez ! Je prends mon sac et je vais au wagon-bar. Je commande un café et je m’installe délicatement en face d’un type qui sommeille, la seule place, en duo, dans ce wagon. Il ouvre un œil et me sourit. Zut, je ne voulais pas qu’il se réveille. Il a deux fossettes de chaque côté de la bouche, un beau visage, il ressemble à William Holden avec les cheveux de Brad Pitt !. Je mange ma quiche, il est discret et détourne son regard. Ce wagon est bien aéré, il y a peu de monde au bar, pas de mauvaise odeur, je suis bien mieux ici, c’est un wagon de seconde classe, je m’en fiche, je vais rester là, ma place de première est juste dans la wagon attenant.
Je regarde le ciel plus beau qu’à l’aller.




"William" téléphone à son fils, apparemment c’est un grand voyageur, il lui dit :
- Je suis dans le train, je suis en France, je dors à Rennes et demain je remonte à Paris pour prendre l’avion pour Moscou. Mais oui, je vais te donner de l’argent de poche. Tu es gentil avec ta mère hein ! (Il lui a dit trois fois cette phrase).
Trop mignon cet homme qui demande à son fils d’être gentil avec sa mère, douce attention pour sa femme. Il descend effectivement à Rennes et me souhaite un bon voyage avec son beau sourire. Je m’installe à sa place, dans le sens de la marche. Le train se vide à Rennes. Je crois que je ne vais plus voyager en première, mais en seconde dans le wagon-bar, c’est impeccable. Je n’arrive pas à lire, trop de souvenirs de ces derniers jours. Je suis heureuse. La nuit tombe, je vois une femme dans la vitre…


Quand retournerais-je à Paris ?

lundi 20 septembre 2010

Un square, une fontaine, des cloches, suis-je à Paris?

Dimanche 12 septembre.
Départ demain après-midi, c’est donc presque le dernier jour. Et, pour cet avant-dernier jour, je fais ma balade du matin rue Montorgueil, je vais boire mon café serré sur la terrasse Au rocher de Cancale.


J'ai pris cette photo en mars 2010 lors de mon précédent séjour. Ce ne sont pas les terrasses de cafés qui manquent dans cette rue. Pourquoi ai-je choisi celle-là ? Pour Cancale je crois mais aussi pour le côté vieillot de sa façade, charmante mais qui aurait besoin d’être rénovée. En me renseignant sur Internet aujourd’hui je me dis que j’aurais dû aller à l’intérieur, voire, au premier étage, pour découvrir les panneaux de Gavarni qui subsistent encore. Je ne savais pas que ce café avait une histoire aussi intéressante ! En une semaine j’ai déjà mes habitudes, je dirai même ma place sur cette terrasse.La rue est très animée et ce dimanche encore plus que les autres jours. J’ai décidé de déjeuner dans le studio et je fais quelques courses chez l’italien ; il faut faire la queue.

Il est midi quand j'arrive dans le studio et, je me demande soudain si je suis chez moi ou à Paris! La rue si animée et bruyante dans la semaine est presque d'un calme provincial.


Dernier après-midi, il fait trop beau pour aller voir une expo, j’ai rendez-vous à 16 h avec ma beauté à la fontaine Saint Michel. J’en profite pour flâner une nouvelle fois dans ce quartier avant notre rendez-vous ; une visite à l’église , Saint-Julien-Le-Pauvre



puis dans le square René Viviani


d’où j’ai une très belle vue sur Notre Dame.


Un joli square à l’ombre de l’église et nous voilà au calme à deux pas de la rue de la Huchette beaucoup plus bruyante.
Il n’est pas de Paris sans amoureux, sans lecteurs dans les lieux ombragés.



Je m’attarde sur cet arbre impressionnant, majestueux ! Un arbre vénérable, l'un des plus vieux de Paris : le Robinier (Robinia pseudo acacia) 15 m de haut et 3,50 m de circonférence!





Il y a vraiment des havres de paix dans Paris.

Bientôt 16 heures, je retourne à la fontaine Saint Michel, un sms m’annonce : je suis là ! Je réponds : moi aussi et je la vois regardant son téléphone avec un sourire, ma perle dorée. Nous nous dirigeons vers le Tea Caddy. C’est elle la parisienne et c’est moi la provinciale (enfin, ex parisienne) qui lui fait découvrir ce lieu so british ! A vrai dire, je connais ce quartier comme ma poche ayant travaillé deux ans rue Saint-Jacques. Retour en métro, nous démarrons ensemble puis elle descend à Châtelet. Le métro redémarre, je la suis dans la foule… ce n’est qu’un au revoir ma jolie… Moi je rentre prendre une douche et repars chez le peintre et sa muse qui m’ont invité pour une douce soirée.
(Là, j'ai mis le paquet pour les photos;o))
A suivre...

dimanche 19 septembre 2010

Une vraie girouette

Samedi 11 septembre.
Voir ici… j’ai eu un grand moment de spleen et éprouvé le besoin de me libérer sur mon blog/journal. Je suis allée dans un cyber café et j’ai écrit, des mots de tourmente, puis je les ai effacés… le lundi.
Je m’étais réveillée dans une grande mélancolie ; je me sentais inutile, je sentais que ma vie allait se poursuivre, toujours, avec un manque, manque de je-ne-sais-quoi, que j’étais incapable de définir, mais qui se manifestait par une boule dans la gorge et la peur au ventre. Je venais d’écouter Michel Houellebecq avec Finkielkraut, ce n’était pas cela qui m’avait désespérée, je trouvais même les propos de Houellebecq réconfortants ; il y avait comme une tendre mélancolie dans ce qu’il expliquait, une nouvelle philosophie, une acceptation de l’irrémédiable, dont je me sentais proche. Oui cela me réconfortait mais ne m’a pas empêché de me sentir inutile. Je suis sortie de ce cyber café désemparée mais je savais que mon désarroi n’allait pas durer car j’allais passer l’après-midi avec mes plus chers amis. Je me suis ressaisie avant d’aller les voir. Je savais qu’ils allaient me prendre dans leurs bras, comme à chaque fois, et que j’aurais une vraie raison de pleurer, de joie.

Elle, m’attendait sur son banc, devant l’atelier, dans son petit jardin qu’elle a réussi à composer avec quelques plantes. Elle avait l’air d’une madone, habillée de noir - comme toujours, elle n’a jamais porté de vêtements d’une autre couleur – ses longs cheveux enroulés en natte, comme une couronne, elle s’est levée la muse, et j’ai vu son sourire et ses yeux s’illuminer en me voyant. Je me suis jetée dans ses bras, j’ai fermé les yeux, je n’ai pas pleuré. On est rentrées dans l’atelier et je lui ai dit :
- Michel n’est pas là ?
- Mais si bien sûr, il se fait beau pour toi.
- Oui, pardonnez-moi, je suis un peu en avance.
- Mais non, au contraire, nous t’attendions.
Et Michel était dans l’escalier pour nous rejoindre, chemise impeccable et son petit gilet et sa courte barbe… et…. et… et… tout lui magnifique, portant haut ses 82 ans, c’est moi qui l’ai serré dans mes bras, il sentait bon le frais, toujours la même eau de toilette. Il m’a dit :
- Comme tu sens bon.
- Toi aussi.
Et on a ri… et on a pris de nos nouvelles… et on a parlé de toi… et… et… et… les heures ont passé trop vite, mais je les ai revus le lendemain soir, pour un dîner, comme « avant » quand j’habitais l’atelier d’à côté et qu’ils m’invitaient à partager leur frugal repas quand tu n’étais plus là, et leur chaleur valait toutes les plus riches nourritures. Et puis, cet atelier, bien trop petit pour contenir les œuvres qui s’y amoncelaient mais tellement chaleureux, je m’y sentais comme dans un nid, au chaud, en sécurité.

Lorsque je repris le métro, je m’en voulais d’avoir eu ce spleen le matin ; je trouvais soudain la vie belle, je leur avais parlé de ma vie de solitaire mais parsemée parfois de vibrations amoureuses, sans m’attarder sur le sujet. Elle, me disait : vis ta vie pleinement, vis les moments présents, ceux-là seuls comptent. J’étais heureuse, oui. Malheureuse le matin, heureuse le soir, une vraie girouette !

A suivre...

samedi 18 septembre 2010

Ô mon Paris

Vendredi 10 septembre.
Matinée rue Montorgueil, il fait un temps superbe et chaud, un café en terrasse à l’angle de la rue côté Saint Eustache. Il fait tellement bon que je vais rester déjeuner d’une omelette-salade et puis, de ce côté-là, pas de circulation, l’endroit est relativement calme.

L’après-midi, je vais à Saint Germain, sans but précis. Ah si, aller voir les sacs Upla rue Saint Benoît, juste pour le plaisir des yeux, vite assouvi par les prix (et dire qu'avant mon déménagement j'en ai donné un - même pas démodé, ils sont indémodables - au Secours Populaire, tsss!). Passage obligé d’abord à L’écume des pages. Ensuite je flâne dans les petites rues en passant par la Place Furstenberg et, je m’arrête dans quelques galeries, rue de Seine. Je découvre que dans le quartier c’est la 9ème édition de Parcours des mondes, une manifestation dédiée aux arts premiers, il semble même que de nombreuses galeries inaugurent l’ouverture de cette manifestation : je comprends pourquoi il y a foule sur les trottoirs, des visiteurs sans doute invités et triés sur le volet, un verre de champagne à la main. Ce n’est pas vraiment le meilleur moment pour s’attarder sur les œuvres. Je préfère donc poursuivre ma balade, j’arrive à La Palette ; souvenirs mon Amour, nous aimions y prendre un verre, il y a.... très très très longtemps!




J’aimais leurs murs foisonnants de tableaux. J’ai l’impression que cet endroit a bien changé, avec sa terrasse qui, à l’époque, n’existait pas ou du moins était plus réduite, et est devenu un lieu branché. Nostalgie.
En face, dans une galerie, cette amusante ? (hideuse) « sculpture » !


Je pense en la voyant à Takashi Murakami dont les œuvres sèment la zizanie en ce moment à Versailles. Apparemment c’est une affaire de gros sous, je n’entrerai pas dans la polémique mais j’aime que des œuvres fassent un peu « tâche » dans des lieux sacrés. Certaines de Murakami ci-dessous ne me déplaisent pas, pour le fun, ayant découvert les mangas assez récemment.





... Notre Dame la magnifique derrière la librairie Shakespeare, je joue vraiment la touriste provinciale à Paris !



Impossible aussi de ne pas aller me lécher les babines au Tea Caddy de leurs merveilleux scones, où je dois retrouver une amie dimanche. Tant pis, deux fois valent mieux qu'une quand c'est trop bon.



Il est temps que je rentre pour prendre une douche et reposer mes gambettes, une soirée de retrouvailles avec mes ami(e)s se profile… qui risque de se prolonger...
A suivre...

vendredi 17 septembre 2010

Il n'y a pas que des langoustines royales, le PQ aussi

Jeudi 9 septembre.
J’avais le cœur léger. Le soir je devais revoir" la femme de mon ancien boss" et quelques unes de ses amies. Ce fut une belle soirée, dans un superbe appartement dans le 8ème, standing de luxe, repas princier : langoustines royales (je n’en avais vues de ce gabarit – mais jamais mangées - qu’à la criée du Guilvinec ! ce port devenu célèbre avec ce gratiné "casse-toi pauv' c..) et saumon fumé en entrée suivi d’un loup en papillotte avec des petits légumes, le tout venant évidemment de chez l'un des meilleurs poissonniers de Paris. Elles étaient toutes les quatre au régime Dukan, hyperprotéiné ! Pas de pain. Dessert : du fromage blanc light avec du faux sucre. Pfff ! J’avais oublié ces années à l’agence où j’avais évolué dans un monde où l’argent semblait se gagner sans lever le petit doigt et pas à la sueur de son front. Je savais ce que signifiait la gauche caviar en ce temps-là. Le clou de ma soirée c’est lorsque je suis allée aux toilettes avant de quitter l’appartement : la salle de bains était d’un luxe inouï et le papier cul, je n’en avais jamais vu de pareil ; ce n’était plus du papier cul double triple ou quadruple épaisseur mais carrément l’épaisseur d’une couche !!! Un vrai molleton, absolument dingue ce PQ. Je me suis demandé où elle faisait (ou plutôt se faisait livrer) ses courses. Fauchon et Hermès ne vendent pas de papier cul ? Durant le repas, le sujet principal fut le régime Dukan et ses effets. Mortel ! Ensuite on s’est affalées dans les canapés moelleux et on a regardé (elles ont regardé, moi j’éclatais de rire) sur l’écran plat géant au mur, l’émission sur TF1, de cuisine, Master chef qu’elles avaient déjà suivie la semaine précédente. Non ce n’est pas une blague. Je riais de les voir regarder l'écran avec un sérieux qui me stupéfiait autant que le sérieux des chefs donnant des notes. C’était dramatique et je me demandais (répétition;o)) comment pouvait-on se prendre de passion pour toutes ces c….ries !
Bref, malgré tout j’étais heureuse d’avoir revu "la femme de mon boss" qui est une vraie beauté au naturel et sans maquillage (je ne l’avais pas vue depuis dix ans), d’entendre son rire lumineux que j'ai toujours aimé, de la retrouver avec son charme indéniable. Après tout, elle profite de sa chance - celle d'une classe aisée - avec générosité la partageant avec ses amies ; c’est elle qui avait amené langoustines, saumon et loup. Une des amies m’a ramené, tard, en voiture à mon studio.
Oui, j’ai passé une futile soirée délicieuse ; je me sens bien loin de ce monde aujourd’hui, nonobstant ma capacité d’adaptation.

L’après-midi je m'étais promenée, sans but, dans Paris, en restant dans « mon » quartier, celui où je logeais.




Je dus m’abriter à deux reprises de pluies torrentielles mais brèves. J'en profitais pour rentrer voir une exposition sur l'Europe en 160 caricatures, au CWB (Centre de Wallonie-Bruxelles) en face du Centre Pompidou.


(Cliquer ensuite sur progamme du centre)




Ce que j'aime dans Paris c'est découvrir toujours quelque endroit inattendu qui attire l'oeil et donne envie d'aller voir plus avant. Impossible de s'ennuyer.
Je rentrais assez tôt pour me détendre dans le studio avant de reprendre le métro juqu'à la Concorde où "la femme de mon boss" m'avait donné rendez-vous devant le Crillon pour m'emmener en voiture à notre soirée.

A suivre...

jeudi 16 septembre 2010

Amour contingente

Mercredi 8 septembre
Je me suis réveillée très tôt. Il fallait que je sois prête, je ne savais pas quel allait être le "programme" de cette journée, celui-ci ne dépendait pas de moi.
Mon téléphone sonna, enfin. Je m’attendais au pire, en espérant le meilleur, c’est-à-dire, pouvoir prendre du temps… avoir du temps… avoir le temps… de ne rien faire… de se taire… un temps infini…
Mon cœur battait la chamade, j’avais les joues en feu, une seule étincelle aurait pu m’enflammer, m’incendier ?
Je dus me rendre à l’évidence : le temps ne sera pas infini mais infiniment fugace. "Oxymorante" je suis. Je me souviens qu’il me l’avait dit et cela m’avait fait sourire.

Je ne peux pas déjeuner, je n’ai pas faim, je ne suis qu’attente.

Attente. Tumulte d’angoisse suscité par l’attente de l’être aimé, au gré de menus retards (rendez-vous, téléphones, lettres, retours).
« Suis-je amoureux ? – Oui, puisque j’attends ». L’autre, lui, n’attend jamais. Parfois je veux jouer à celui qui n’attend pas ; j’essaye de m’occuper ailleurs, d’arriver en retard ; mais à ce jeu, je perds toujours : quoi que je fasse, je me retrouve désoeuvré, exact, voire en avance. L’identité fatale de l’amoureux n’est rien d’autre que : je suis celui qui attend.

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, L’attente.

Mais après l’attente… je n’ai plus compté le temps. Je ne saurai dire s’il fut infini ou fugace. J’ai simplement eu l’impression qu’il s’était inversé en, fugacement infini.

Il avait accepté de « se compromettre pour moi ». C'était pour moi une preuve d'amour.

Ce soir en transcrivant cette journée, je pense aux amours contingentes de Sartre et Beauvoir.
L’amour nécessaire et l’amour contingent(e).

La veille j’avais vécu un cauchemar, ce mercredi-là je vivais un rêve. Je pouvais finir mon séjour dans la joie et la sérénité - apaisée et retrouver tes amis que j'aime tant.
« Il y a toujours dans la vie une peau que vous n’oublierez jamais ». J’avais entendu cette phrase dans les Nouveaux Chemins dont le sujet était : le toucher dans une semaine sur les cinq sens .

A suivre...

mercredi 15 septembre 2010

L'espoir (de)

Mardi 7 septembre
Matinée d'incertitudes. "Bonjour tristesse". Un certain vertige.
Une jolie balade l’après-midi avec un ami, dans le Marais, c’est le jour de la grève et des manifestations.
Puis je me retrouve seule dans des embouteillages monstres. Trottoirs pris d’assaut par les cyclistes, les motards, qui tentent de gagner quelques mètres, le passage entre les voitures est devenu impossible. Je slalome entre les vélos, les motos, ça pue, les voitures ne bougent pas d'un pouce, mais pourquoi n'arrêtent-ils pas le moteur nom d'une pipe!, pendant ce temps j’oublie mon désarroi. Ce soir-là, pas de dîner "en ville", tant mieux, je suis éteinte, je vais me reposer dans ce studio si charmant où je me sens bien. Je me suis habituée aux bruits de la rue. Je regarde les fenêtres éclairées de l’immeuble en face ; l’appartement du dernier étage semble magnifique : de jolies poutres et des volets intérieurs en bois comme dans ces anciens hôtels particuliers qu’il m’est arrivé de fréquenter lorsque je faisais du baby-sitting dans des quartiers chics de Paris ; j’avais vingt ans.
Celui de l'étage en dessous, avec des géraniums aux balcons, a deux marguerites phosphorescentes qui s'éclairent la nuit; c'est amusant, j'aimerais en trouver pour en décorer ma terrasse la nuit.



Les photos sont floues, un tantinet ratées!

Puis je regarde un documentaire sur les oiseaux sur Arte. Les images sont superbes, je capture quelques photos; j’ai vraiment du temps à perdre !





Je voudrais être un oiseau.
Je vais me coucher, avec le catalogue de l’exposition de Lucian Freud qui est dans la bibliothèque du propriétaire.
J’attends demain… impatiemment. Je vais revoir tes amis, ceux qui t'ont aimé.
A suivre...

mardi 14 septembre 2010

L'aller

Lundi6 septembre.
J’appelle un taxi. Il pleut des cordes. Il arrive. Sale temps dis-je au chauffeur. Superbe me répond-il, ça fait ressortir le bronzage !
- Vous allez où ?
- A la gare.
- Oui mais dans quelle région ?
- A Paris.
- Ma pauvre dame!

Dans le train.
La vieille dame est arrivée accompagnée par un agent de la SNCF. Elle s’est assise, difficilement, dans notre compartiment, elle avait un visage avenant. Elle a posé sa canne sur la tablette, en empiétant sur celle de sa jeune voisine qui était en face de moi ; l’ordinateur de la jeune fille bloquait le passage de la canne ; j’ai pris la canne, je l’ai retournée pour la poser dans l’autre sens. La vieille dame m’a remerciée. La jeune fille la regardait de biais, avec un air de dire : elle m’embête avec sa canne la vieille. Je me disais que j’avais encore quelques belles années devant moi, mais je savais - au contraire de la jeune fille qui n’y songeait pas un instant, et c’est bien normal – qu’un jour peut-être je serais comme elle. A ma gauche, un homme jeune également sur son ordinateur. Sinon, une majorité de retraité(e)s dans le train ; il n’y a plus que des vieux qui voyagent ! et un très mignon king charles!


Le voyage ne m’a pas paru long : lecture, j’ai terminé Isabelle de Bourbon-Parme, Je meurs d’amour pour toi… d’ Elizabeth Badinter, j’ai rêvassé en regardant le paysage,


le ciel était bien sombre


mais allait s'éclaircir en se rapprochant de Paris.
J’avais le cœur rempli de joie à l’idée de revoir mes amis et plein d’enthousiasme à l’idée d’en rencontrer de nouveaux.
Quatre heures et demie plus tard… dans le bain parisien, veille de grève, les taxis se font rares, ils arrivent au compte-gouttes et dès qu'il y en a un, ils sont pour les personnes prioritaires et j'aperçois d'ailleurs, la vieille dame de mon compartiment sur un fauteuil roulant avec un accompagnateur SNCF dans cette zone.


il m’aura fallu faire la queue une heure quinze pour monter enfin dans un taxi. S’il n’y avait pas d’escaliers dans le métro, sûr je l’aurais pris, mais avec la valise même à roulettes il faut se coltiner les escaliers en portant celle-ci. Le jeune chauffeur de taxi malgré son GPS a complètement raté le parcours, il était paumé et au lieu de m’arrêter à la bonne adresse, il tournait en rond. Je voyais le compteur qui affichait une somme conséquente et je lui dis, agacée – car il repartait sur le boulevard – laissez-moi là je me débrouillerai; j’avais reconnu le métro près du studio, je savais que je n’étais plus bien loin.

A suivre…