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dimanche 6 avril 2014

"On arrête tout, on réfléchit"












"L’An 01 est adapté d’une bande dessinée de Gébé qui en fit un film avec l’aide de Jacques Doillon pour l’essentiel mais aussi de Jean Rouch et Alain Resnais.  Que raconte le film et en quoi peut-il faire du bien, c’est-à-dire nous purger de ces passions tristes dont Spinoza disait qu’elles empêchent d’agir ? L’An 01 raconte comment, un beau matin (et non un grand soir…), l’humanité est prise du sentiment profond de l’absurdité de sa condition dans une société de consommation qui était pourtant encore au mieux de sa forme à l’époque. Le film est une succession de sketchs joyeux et foutraques avec comme seule solution de continuité cet irrésistible et pacifique triomphe de L’An 01.
[...]

« On nous dit le bonheur, c’est le progrès, faites un pas en avant et c’est le progrès. C’est le progrès mais c’est jamais le bonheur. Alors si on faisait un pas de côté ? »
L’utopie rigolarde de L’An 01 est dans cette idée du « pas de côté ». Le film sous-entend qu’il y a assez peu de chance de renverser de manière révolutionnaire et frontale une société capitaliste persuadée de son excellence et qui a les moyens technologiques d’en persuader les masses. Dans le film, qui fait apparaître la fine fleur de la culture contestataire de l’époque : François Béranger, Higelin, Cabu, Choron, Romain Bouteille (le film avait été en partie financé par les lecteurs de Charlie Hebdo), à l’idée « du pas de côté » succède vite un autre slogan « On arrête tout, on réfléchit ». Le bon sens change de camp et notre monde apparaît dans toute son absurdité et celui qui vient, dans une innocence rieuse qui n’empêche pas de régler les difficultés concrètes.

[...] 
... tout le côté « daté » du film, son éloge de l’amour libre, son écologisme radical, sa vision rousseauiste de la propriété comme source de tous nos malheurs n’empêchent pas non plus, quand on compare cette utopie quadragénaire à notre présent désespérant, de se dire qu’il serait peut-être temps  de « faire un pas de côté », d’« arrêter tout et de réfléchir »." 

(Source Causeur)
 



Comme d'habitude, les programmes de télé le samedi soir manquent d'intérêt. Un petit tour sur la Toile, j'avais envie de voir un film de Jacques Doillon et je tombe là-dessus. Quelle trouvaille réjouissante! Un film de 1973 qui a échappé à mes années 70 parisiennes de cinéphile. Certaines séquences sont jubilatoires et "déjantées". L'extrait ci-dessus que j'ai enregistré est visible aussi ici pour une meilleure qualité.
Et, cadeau, film complet!

La jubilation du samedi soir, n'empêche pas le blues du dimanche  :


lundi 10 février 2014

Petit à petit l'oiseau fait son bonnet (0_0)







Vu il y a quelques jours un film de Jean Rouch : JAGUAR tourné en 1954 et finalisé en 1967.

Lam, Illo et Damouré sont trois jeunes gens qui décident de partir à l'aventure, en suivant la route de leurs ancêtres qui mène en Gold Coast, pour gagner beaucoup d'argent et ramener les merveilleuse marchandises de la Côte.
Lam est l'un de ces bergers nomades qui vivent dans la brousse du Niger. Illo, lui, est un chasseur d'hippopotames; il habite tout naturellement au bord du fleuve. Quant à Damouré, c'est un jeune élégant du village de Ayorou qui passe ses journées à monter à cheval. Autrefois, les hommes du fleuve, de la brousse et des villages se faisaient la guerre. Aujourd'hui, ils ne se rencontrent que chaque semaine au marché, où toutes les décisions importantes sont prises. Ainsi, Illo est venu vendre du poisson, Lam, un taureau, Damouré lui, fait l'écrivain public, le plus simplement du monde.


"C'est avec ce film que Jean Rouch inaugure une nouvelle façon de tourner, suite à une discussion avec Damouré Zika lors de La Chasse à L'Hippopotame : Damouré après la projection demande à Rouch de faire maintenant un vrai film de cinéma avec lui. Chaque matin les acteurs et Jean Rouch décident des scènes à tourner la journée, Rouch filme avec une caméra très légère à l'épaule (sans prise de son des dialogues), puis à la fin le film est projeté et les acteurs dialoguent et commentent le film afin d'en reconstituer la bande son. Le film influencera grandement ce qui deviendra la Nouvelle Vague."
(Source Wikipédia)

Jean Rouch (1917-2004) est un cinéaste-photographe-ethnologue, il fut également directeur de la Cinémathèque française. Voir ici sa filmographie, biographie, photos... (un beau site).

J'ai capturé quelques images du film et me suis permise ce petit montage, avec un accompagnement musical (Crawling' Kingsnake, Etta James) qui n'est pas du tout celui du film. Le temps de pause des images est un peu trop long mais je n'ai pas voulu "tronquer" la musique. Donc, à regarder, ou pas.




A voir (ou pas) ici film complet avec de meilleures images et le joyeux accent ensoleillé de Damouré et ses compagnons. On parlerait aujourd'hui d'un road-movie.

Je me suis demandée pourquoi le film était dédié à Gérard Philipe et quelques recherches m'ont appris que l'acteur était décédé deux ans après le tournage du film de Jean Rouch et que Anne Philipe était, avec Jean Rouch, à l'origine de la création du Comité du film ethnographique.

"Née le 20 juin 1917 à Bruxelles, Anne Philipe fait ses études en Belgique, puis s'installe en France au début de 1939. En 1951, elle épouse le célèbre comédien et acteur de cinéma Gérard Philipe (mort en 1959). En 1955 paraît sous le titre Caravane d'Asie le journal du voyage exceptionnel qu'elle a fait en 1948 après un séjour d'un an en Chine : elle avait entrepris de revenir vers l'Inde par la Route de la soie et était la première Française à traverser le Sin-Kiang avec une caravane de marchands qui se rendaient au Cachemire. Auteur de plusieurs documentaires sur l'Asie et l'Afrique, Anne Philipe est, avec Jean Rouch, à l'origine de la création du Comité du film ethnographique. Elle a publié notamment dans Le Monde et dans Libération des reportages sur Cuba, le Venezuela, le cinéma japonais, et a assuré pendant un temps dans Les Lettres françaises la critique des films scientifiques et documentaires. Elle a écrit aussi Le Temps d'un soupir, récit d'inspiration autobiographique paru en 1963, et Les Rendez-vous de la colline (1966). Anne Philipe est décédée en 1990."