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dimanche 11 novembre 2018

Centenaire : "la nécessité de dire et la conscience qu'il n'y a rien à dire"







C'est à lui, Philippe Annocque, que je pensais aujourd'hui; à ces cartes postales qu'il avait retrouvées, de son "Jeune grand-père" et qu'il avait retranscrites dans son blog, y mêlant ses commentaires, ses réflexions, ses questionnements (en italiques) pour une meilleure compréhension pour le lecteur.
Ces écrits ont fait l'objet d'un livre aux éditions Lunatique, collection Parler debout.

Je trouve celle-ci (mais il y en plein d'autres) émouvante, par les mots de Philippe Annocque. Edmond (le Jeune grand-père) évoque sa cousine Lucie Mangot qui lui a écrit une longue lettre :

"Elle est toujours très emballée et très confiante. [Edmond le disait déjà dans sa carte du 27 avril]. Sa lettre est très bien tournée. Elle me demande de faire mes mémoires, elle me dit que cela me fera du travail pour l’hiver, mais ce n’est pas le travail qui me manquera. Et puis, je n’ai rien d’assez intéressant à raconter."
 Et Philippe Annocque insère ce texte, bouleversant, s'adressant à son Jeune grand-père :

"« Elle me demande de faire mes mémoires. » Me voici. Je suis le bras armé de la vive cousine de mon grand-père, une jeune fille dont je connais à peine l’existence. Je suis là, Edmond, pour te dire de raconter que tu n’as rien d’intéressant à raconter. Que c’est le rien d’intéressant à dire qui est vraiment intéressant, à la fin. J’ai toujours eu ce sentiment, j’ai toujours vécu dans cette contradiction entre la nécessité de dire et la conscience qu’il n’y a rien à dire. Un instant je me plais à imaginer que c’est l’héritage d’une captivité vieille d’un siècle."
Philippe Annocque, in Mon jeune grand-père, éditions Lunatique, collection Parler debout, 2018.
" Philippe Annocque s’est appliqué à déchiffrer les cartes postales que son grand-père, Edmond, adressait à ses parents alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne, de 1916 à 1918. Ses mots d’aujourd’hui — explications, réflexions, exclamations, questions — se mêlent à ceux écrits pour dire, 100 ans plus tôt, le rien des jours qui se succèdent indéfiniment et se ressemblent infiniment. Mais, le rien n’est pas anodin, et le prisonnier de guerre, contraint par la censure, occupe de son écriture resserrée jusqu’à l’illisible l’espace restreint des cartes, pour dire tout simplement qu’il est vivant. Dans Mon jeune grand-père, l’auteur superpose sa lecture à ce qu’il retranscrit, et cette lecture aussi il la donne à lire."

Samedi 17 novembre l'auteur sera l'après-midi au Salon de l'Autre Livre, 48 rue Vieille du Temple à Paris, toujours pour Mon jeune grand-père,
 
Dimanche 18 novembre il sera toute la journée au Salon des Essarts-le-Roi, rue du 11 novembre et ça tombe bien puisque ce sera le centenaire de la libération de Mon jeune grand-père et de quelques millions d'autres personnes ; il y aura aussi bien sûr Seule la nuit tombe dans ses bras et même quelques autres titres.

Pour les autres programmations voir son blog.

dimanche 18 mars 2012

***

Dimanche de 5 à 7, je m'attarde sur le blog de Philippe Annocque (Hublots) dont j'ai apprécié les ouvrages.
J'en ai parlé ici à plusieurs reprises. J'aime son style, si particulier, ses interrogations existentielles : suis-je ou ne suis-je pas?
Je redécouvre ce billet : Je ne suis je qu'à cause de vous,
en cliquant sur son Tu.

J'attends toujours avec impatience ses nouvelles publications.

samedi 10 avril 2010

Sixième jour


Mardi 30 mars.

Je dors de mieux en mieux dans ce studio, il faut dire que j'enfonce mes boules Quiès jusqu'à la gorge! Ni volets ni rideaux aux fenêtres, j'avais heureusement prévu mon "loup" pour occulter la lumière.
Petit déj. en écoutant F. Inter, comme chez moi; je suis conquise par ce studio, le propriétaire m'avait laissé sa chaîne hi-fi, sa radio, sa télé (pas beaucoup regardée).
Je pars rue Montorgueil - çà devient une habitude - prendre un café serré. Il fait toujours très frisquet.

Je retourne au Salon du livre cet après-midi; je sens que je commence à être fatiguée. Je n'arrête pas de marcher depuis maintenant cinq jours. Un jeune homme vend des billets d'entrée à 5 euros au lieu de 9 à la sauvette; je crains de me faire arnaquer, suis un peu c.. et je vais acheter mon billet à l'entrée principale à 9 euros. Pfff! Vendredi j'avais une invitation. Je refais le tour, m'arrête au studio de France Culture espérant y faire une pause mais à l'heure où je passe pas d'émission en direct. Sur le stand de France Info, Katherine Pancol; je l'ai déjà beaucoup entendue parler de ses livres, je n'ai pas envie de m'arrêter. Je m'attarde sur quelques stands de livres d'art; à vrai dire, je voudrais pouvoir m'asseoir un peu en feuilletant des livres mais pas un banc, pas une chaise dans ce Salon. Je crève de chaud et me dirige vers un bar que j'aperçois pour prendre une petite bouteille d'eau pétillante; on me donne un verre en plastique. Il y a quelques tables et chaises toutes occupées. Je sens que je commence à saturer; je rêve d'être dans une librairie silencieuse, entourée d'ouvrages où se trouverait un petit salon avec des fauteuils clubs comme celle que j'affectionne dans ma ville et qui s'appelle Les vents m'ont dit (titre d'un livre de Xavier Grall). Je remarque que mes librairies favorites portent des noms évocateurs (Les vents m'ont dit - L'écume des pages...). Je me souviens aussi de cette délicieuse librairie découverte à Noirmoutier Trait d'union et de son charmant jardin de curé où l'on pouvait siroter un café en feuilletant des livres, des revues.



Je passe chez l'éditeur P.O.L. pour compléter un peu ma collection d'ouvrages de François Matton mais là je crois qu'il me faudra faire un billet à part pour parler de ce merveilleux dessinateur-écrivain et du livre acheté DE PIÈCES EN PIÈCES Chroniques sur des oeuvres nomades. Ce livre d'art est riche et nous parle d'art contemporain sans emphase... Les dessins et les textes de François Matton sont devenus pour moi le baume au coeur qui me redonne le sourire quand je vais mal, grâce à lui TOUT VA BIEN.

En fait je suis revenue aujourd'hui au Salon du livre (le Saloon de la foire du livre comme l'a dénommé cette année France Inter) pour rencontrer Philippe Annocque et me faire dédicacer son dernier livre Liquide (j'apprendrai que le prochain va sortir cet automne). C'est un écrivain dont j'ai déjà parlé; découvert grâce à son blog et dont j'ai beaucoup aimé les livres. Dès que je l'aperçois je le reconnais, je m'approche, intimidée, je me présente (il me reconnaît me dit-il, ben oui, à force d'échanger des commentaires sur le blog on finit par imaginer l'autre et parfois on ne se trompe pas). Mais que je suis nulle; je n'ai pas su lui parler, je lui avais déjà tellement dit combien son écriture m'avait séduite que je n'osais plus rien dire; il était pourtant très chaleureux. Bon, ce n'est pas grave, j'avoue que j'aurai préféré un endroit plus intimiste (où j'aurai pu m'asseoir enfin), avec aussi du vrai liquide;o) pour faire disparaître le trac : une librairie, voire un bistrot où il aurait fait une lecture ou nous aurait parlé de lui, bref il m'a fait une très jolie dédicace et je suis repartie, trop rapidement, assoiffée, avec mon Liquide sous le bras, saturée du Salon. Je déteste les Salons (chut).

Je ne pouvais pas traîner, une soirée très douce, m'attendait chez mes plus chers amis au monde, dans leur atelier : mes anciens voisins parisiens.


Un couple merveilleux, lui, Michel Rousseau, est artiste-peintre et sculpteur, elle, sa muse. Je ne séjourne jamais à Paris sans passer les voir. J'avais besoin de leurs bras ce soir, qui savent si bien m'envelopper de leur douceur, de leur tendresse, de leur amitié, de leur amour, tout ce qui me manque au quotidien. Elle me dit : j'ai fait un pot-au-feu (elle sait que j'adore son pot-au-feu qui nous réunissait le soir de Noël, oui un plat simple pour ce réveillon qui n'avait besoin d'autre chose que ce nous partagions richement). Aïe et moi j'ai apporté une bouteille de Valpolicella, j'avais tellement apprécié la veille celle dégustée avec mes petites chéries! Mais ça sira très bien me dit-elle avec son accent catalan que j'adore. Je les ai quittés les yeux brillants du bonheur d'avoir passé cette soirée avec eux. Trop de choses à dire sur ces quelques heures précieuses pour pouvoir les écrire.

Je prends le métro, la ligne est directe, il est 23 h 30. Je pense à toi, si tu savais comme tes amis parlent toujours de toi, comme si tu étais vivant, je veux dire, comme si tu n'étais pas mort. C'est fou çà. J'aurai comme une envie d'être amoureuse ce soir... de quelqu'un d'autre, tsss! Ma vie amoureuse est un désert!

jeudi 28 janvier 2010

Philippe Annocque, clap 4ème


Vitrail de l'église de Moustier, Sainte-Marie.

" Ceux qui s'agenouillaient ressemblaient aux figures des vitraux de l'église de Moustier, et pendant qu'ils sondaient de leurs doigts la profondeur des plaies tu voyais avec étonnement remonter à la surface de ton esprit des images des crèches d'autrefois".

Philippe Annocque, Chroniques imaginaires de la mort vive (Melville éditeur, 2005)

J'éprouve un sentiment étrange en refermant Chroniques imaginaires de la mort vive de Philippe Annocque. Après avoir lu Une affaire de regard, Par temps clair, Liquide (dans cet ordre-là) j'avais réussi - me semble-t-il - à donner un nom au narrateur, donc à me les approprier un peu ("nommer c'est déjà posséder"). Avec ce dernier livre lu (qui est en fait son second livre publié) je ne me suis pas posé la question de savoir (comme pour les autres) si c'était une autofiction, non, c'est de la fiction; et j'ai donc découvert un auteur, toujours le même et pourtant ce livre-là est complètement différent, enfin presque, car le style de l'écrivain est bien là avec ce questionnement identitaire, ces retours à la ligne, qui sont cette respiration ou ces silences que l'on retrouve dans Liquide et que j'aime tant.

Dans Chroniques imaginaires de la mort vive c'est plutôt le suspens, le mystère, mon imaginaire est sollicité; on est loin de la légèreté et de l'ironie du regard de l'écrivain dans Une affaire de regard et Par temps clair. Philippe Annocque ne cesse de me surprendre. Mais je suis presque sûre que si on me présentait son prochain livre à lire en blind test, je reconnaîtrais immédiatement son auteur. Je me répète, ce style est unique et certainement inspiré par quelques maîtres... (Il en parle ici).

On peut lire les premières pages de son ouvrage dans ses Hublots mais j'ai choisi les deux extraits ci-dessous qui me parlent particulièrement :

Le dire
La journée cependant a passé sans que tu trouves les mots pour le dire. Le dire n'a jamais été votre fort à vous tous.
Le sommeil probablement est venu couvrir tout cela d'un voile trouble. Tu as dû te réveiller, te rendormir à plusieurs reprises, cette nuit-là; le nombre de fois nécessaire pour qu'au terme de la nuit, lorsque vint enfin l'heure de se lever, le doute subrepticement se fût glissé dans ton esprit : peut-être - vraisemblablement, certainement, indubitablement - avais-tu rêvé ces traces immenses qui se perdaient dans un brouillard fabuleux, le brouillard d'un monde tellement incompatible avec l'opaque blancheur brûlante du lait qui en se répandant de part et d'autre de ta langue y laissait son empreinte sapide.
A quoi bon dès lors aller distraire de leurs tâches ceux qui par bonheur étaient pourvus d'une imagination moins fantasque que la tienne.
[...]
Et tandis que tes yeux regardaient tes pieds s'enfoncer dans l'humus, tu devais sentir ta mémoire faire comme une manière de mouvement sur elle-même, pareille à une nappe qu'on replie, dans un effort gauche pour restituer devant les yeux de ton esprit toute la subtile réalité des empreintes qui croyais-tu s'y étaient imprimées la veille, et qui à chaque détail nouveau que tu croyais retrouver t'échappait derechef dans une sorte de fuite en avant.
(page 40-41).

La curiosité commençait à poindre : ta mémoire à présent était l'objet d'une fouille méthodique, en quête d'une indication relative à ce qui de plus en plus ressemblait à un domaine privé et assez étendu, - une fouille méthodique mais vouée à l'inanité : tes rêveries d'enfant et de jeune homme ne s'étaient jamais arrêtées si près de Vauvert, et les préoccupations de tes proches ne s'en étaient jamais autant éloignées.
Enfin tu vis le bout du chemin : au-delà d'un portail encore une vaste demeure - tu manquais du vocabulaire nécessaire pour la nommer plus précisément -, quelque chose de propre en tout cas à alimenter tes songeries enfantines d'autrefois, et où ton regard d'aujourd'hui s'attardait dans la contemplation comparée des traces d'abandon de vie mêlées.
Le portail cette fois était fermé d'une lourde chaîne, mais toi maintenant tu n'avais pas envie de t'arrêter; toute cette course derrière toi qui t'avait amené jusque-là te donnait l'élan d'un projectile aveugle
et avisant une brèche à droite du mur tu dis au chien d'attendre là.

(page 78)

Bien sûr, je me permets ces extraits sortis de leur contexte toujours avec la même réserve : un livre ne se ressent qu'après une lecture complète. Une autre lecture, plus experte, de ce livre ici.

Et maintenant, il va me falloir attendre le prochain Annocque, sans impatience - ce n'est pas de la littérature de gare - mais pas sans fébrilité.

vendredi 15 janvier 2010

Liquide






"Cette eau si claire de l'enfance, si limpide, si transparente; où les moindres détails du fond des galets ronds se dessinaient avec une netteteté franche depuis lors perdue,
n'était qu'une illusion de plus, une illusion déja"
J'ai fini Liquide de Philippe Annocque (éd. Quidam)
Très différent des deux précédents lus, Une affaire de regard et Par temps clair. Mais on perçoit toujours ce plaisir de l'auteur à manier les mots, on retrouve ce style littéraire si particulier, cette recherche d'identification, cette impression parfois, de n'être personne.
Il m'a bouleversée.
Les plus beaux passages du livre je ne les écrirai pas. Par pudeur et pour donner (et me donner) envie de le lire (de le relire).

D'ailleurs, il est impossible de réduire ce roman par des extraits; ou ils seraient trop courts et ce serait frustrant ou ils seraient trop longs. Parce que ce roman ne supporte pas la coupure. Il est une respiration (une aspiration?). C'est une écriture qui me touche profondément, séduisante, qui m'a séduite. On ne sait pas si l'auteur parle de lui ou d'un autre, je crois que c'est au lecteur de décider. Enfin, c'est un roman, il parle donc d'un autre. J'aime cette recherche, cette interrogation permanente sur soi, sur ce qu'on est ou qu'on n'est pas, et ce que l'on devient, malgré soi. Je ne sais pas en parler, je crois que je n'ai pas envie d'en parler, j'ai envie de le garder pour moi, comme si j'en étais l'unique lectrice, privilégiée.

Et puis je ne saurai mieux dire - et avec moins de talent - que ce qui a été dit au sujet de ce livre ici ou .

vendredi 8 janvier 2010

Par temps clair


"Tu es mort.
... depuis toujours, tu meurs."

Ce sont les premiers et les derniers mots (j'ai lu tumeur) de ce livre que je viens de terminer : Par temps clair* de Philippe Annocque. Un livre que l'on a du mal à refermer tant qu'il n'est pas terminé, et même là, on ne le ferme pas; les pensées de Paul nous poursuivent.
Cet écrivain a une écriture, un style très particulier une manière de disséquer ses pensées dans les moindres détails, avec une pointe d'humour et de dérision. Je n'ai lu que deux livres de l'auteur, avec le même plaisir. Encore de la jubilation à venir j'en suis sûre avec Les chroniques imaginaires de la mort vive et Liquide.
"Lire, c'est comme s'assoupir : le livre dans les mains, alors qu'il reste encore tant d'autres choses à faire, s'ouvre au hasard; le titre d'un chapitre accroche le regard. Quand tu t'en rends compte, tu as déjà lu trois pages; à quoi bon s'arrêter?
Il te parle de toi, bien sûr. Ce subit réveil du dipneuste africain*, quand tombe la première averse depuis des mois, depuis des années (lui qui tout ce temps s'était évanoui, enkysté dans la vase; dont même la discrète respiration, pulmonaire, démentait l'existence d'un poisson); c'est le tien, bien sûr, ce réveil - le mien, plutôt, celui d'un compagnon virtuel et latent convoqué par l'évidence, soudaine comme la saison des pluies, de ta solitude."


Toujours le même problème avec cet auteur pour parler de son roman; trouver l'extrait adéquat, quand c'est tout le livre que vous voudriez souligner.

"Tu te sens trop penser, en quelque sorte tu t'entends presque, très souvent; et çà n'est pas bien agréable.
(...)
Ta pensée s'est tue un instant, tu t'en es rendu compte, dans un sursaut tu l'as relancée, voilà : tu l'entends de nouveau".

"C'est comme çà que tu te perds de vue, que tu te perds : regarde comme un mot, pour peu que tu le répètes au-delà de ce que la raison tolère, voit son sens se défaire, se dissoudre.
Dans la répétition s'opère la perte du sens et la naissance du rite".


Dans une interview, l'auteur parle de son livre :
"Ce qui m'intéressait dans Par temps clair, c'était de montrer comment on devient égoïste, ou lâche, sans s'en rendre compte, à son corps défendant, par un simple réflexe d'autoprotection qui dégénère au fil des années. Montrer que ce qu'on est à un moment n'est pas l'ébauche reconnaissable de ce qu'on sera plus tard, qu'on reste le jouet d'une évolution qui nous dépasse et qui n'a pas de sens - d'où la référence à Steven Jay Gould en exergue, et les allusions à l'évolution biologique qui parcourent le texte".

* Par temps clair, Philippe Annocque (Melville, Ed. Léo Scheer, 2006)

* J'avoue qu'il m'a fallu chercher la signification de ce "dipneuste africain"!
Le dipneuste respire à l'air libre et peut descendre jusqu'à 30 mètres de profondeur. Il peut ramper dans la boue (Neoceratodus fosteri d'Australie). Certains dipneustes (Protoptère d'Afrique et Lépidosirène d'Amérique) s'enkystent en été : ils creusent un terrier dans la vase en début de saison sèche, et sécrètent un mucus qui les enferme dans un cocon.

mardi 5 janvier 2010

Eric Rohmer

Je viens de revoir un vieux (résolument moderne) film de Eric Rohmer , le premier des six films de sa collection Comédies et Proverbes (série qui vient après les Contes Moraux) : La femme de l'aviateur ou "On ne saurait penser à rien". Toujours cette poursuite de l'exploration des jeux et des hasard amoureux. C'est très émouvant de voir Philippe Marlaud qui n'aura pas eu le temps de faire carrière dans le cinéma. Il est mort en 1981, il avait 22 ans, un an après avoir tourné dans ce film, brûlé lors d'un incendie dans sa tente de camping.

Je ne me lasserai jamais des films de ce cinéaste. Et je n'ai pas pu m'empêcher de faire un lien entre Eric Rohmer et Philippe Annocque. J'aurai très bien imaginé Rohmer tirer un film de Une affaire de regard. Le ton de ce livre, son écriture, se prêteraient bien à ceux des films de Rohmer.
Le sous-titre "On ne saurait penser à rien" est l'antithèse de l'oeuvre d'Alfred de Musset "On ne saurait penser à tout".
Et cette phrase de François (Philippe Marlaud) - "Vous commencez à me faire douter de tout. D'ailleurs je me demande si je rêve ou si je suis éveillé" - me fait penser à Herbert dans le roman de Philippe Annocque.

C'est ma lecture, c'est ma vision, peut-être sont-elles subjectives mais j'en parle objectivement.

vendredi 1 janvier 2010

Philippe Annocque



Regard, d'après une photo de Olivier Roller

Un nom qu'on ne peut pas oublier quand on plonge dans un de ses livres. Et ces derniers jours j'ai eu du mal à sortir la tête du "Hublot" tellement j'étais à (au) fond dans son roman , Une affaire de regard*. Une nouvelle fois je jubilais en découvrant un écrivain et en fermant mon livre tout à l'heure je ne pensais qu'à une chose : vite, lire le suivant, parce que se dire en arrivant à la dernière page qu'on aimerait qu'il fut sans fin, c'est assez rare pour vouloir lire tous les autres! C'est donc que ma jubilation est grande puisqu'il m'arrive le même "truc" qu'avec Jean-Philippe Toussaint (mon chouchou contemporain) : vérifier que ses autres ouvrages me procurent le même plaisir. Philippe Annocque n'aimerait sans doute pas que je fasse un rapprochement avec Toussaint et il aurait raison car un écrivain est toujours quelqu'un de singulier, d'incomparable, mais, justement, c'est pour cela que je parle aussi de Toussaint en parlant de Annocque. (C'est confus ce que je dis mais je me comprends;o))
Une affaire de regard est le premier roman de l'auteur. Le narrateur parle de lui à la troisième personne "Il" et j'avoue que souvent j'avais très envie de croire au "Je". Dans les quelques critiques que j'aie lues de ce livre on parle parfois d'échec dans tout ce qu'entreprend le narrateur, de dérision de ce regard qu'il porte sur lui-même. Je n'ai pas vraiment ressenti cela, j'y ai vu comme une éducation sentimentale (je voudrai bien mais j'y arrive pas) au sortir de l'adolescence, avec ses inquiétudes, son humour, ses questions existentielles, son introspection, sans complaisance. "Il" apprend la vie avec tous ses questionnements, des plus simples aux plus fouillés. J'y ai lu de la douceur, de la délicatesse, de l'ironie sur ce regard porté sur lui-même, je suis rentrée à fond dans les pensées de ce narrateur, ses incertitudes et séduite par le style de l'auteur. Et j'ai ri et souri, souvent, y trouvant beaucoup de fraîcheur, une légèreté profonde et un humour bien particulier, qui m'a séduite.

"En même temps, il n'est pas là. Et il est content, d'une certaine manière de n'être pas là, d'être ailleurs, nulle part, disons quelque part en lui-même; là finalement on n'est pas mal, là finalement on est plutôt bien".

"Il est normal que l'on voie les choses sous un angle différent au réveil, que minuit et neuf heures du matin sont des heures de nature, trop différentes. Maintenant que l'un l'a rassuré un autre peut plaisanter sur l'heure qu'il faudra conseiller au lecteur, en 4ème de couverture, pour qu'il puisse apprécier l'oeuvre dans les meilleures conditions".

"Et il est bien amené à faire un sort au langage lui-même; il ne doute pas au fond de lui, il s'en rend bien compte, que la plupart des gens ne doivent pas, ne peuvent pas avoir une pensée de nature aussi verbale, et que le verbe qu'il nourrit en lui et qu'il exerce à exprimer au plus près de la réalité, en cela même qu'il est le verbe, le coupe de cette réalité et lui en évite les heurts".

"... et déjà il se voit écrire (...) il se voit (...) en train de poursuivre son oeuvre, disons de poursuivre, mais surtout en train de."

C'est difficile de sortir des extraits de leur contexte pour en saisir le ton qui est celui du roman dans sa totalité. Il faut absolument le lire, entièrement.

* Une affaire de regard, Philippe Annocque (Le Seuil, 2001). Ici

vendredi 25 décembre 2009

Dévorations

Je viens de terminer le livre de Richard Millet. Entre malaise et admiration c'est ainsi que j'en ressors. Mais j'ai été littéralement emportée par cette histoire où je décèle encore de l'autobiographie bien que le narrateur soit une narratrice. Et l'auteur s'est mis dans la peau de cette femme, dans son mal être, dans ses tripes que c'en est époustouflant. Quelle tourmente dans cet être, dans cette femme, qui n'est sans doute que la tourmente de l'auteur.
L'écriture est à la fois violente et incandescente. La passion amoureuse de cette femme est dévastatrice et Richard Millet fouille dans ses entrailles avec des mots d'une crudité violente mais qu'on ne peut qu'admirer. Je voulais lire un texte un peu léger pour mieux digérer La vieillesse de Simone de Beauvoir, en cours de mes lectures mais là c'est un peu raté. Ceci étant je ne regrette pas cette lecture, nonobstant le sentiment de malaise qui m'a tenaillé en le lisant, mais ne pouvant m'en détacher tant je trouve fascinante l'écriture de cet auteur. Je vais pour me détendre, je l'espère, trouver ce qu'il me faut dans les livres de Philippe Annocque que je viens d'acquérir; j'ai déjà parcouru quelques pages qui me font sourire, c'est de bon augure.

Je ne saurai mieux résumer Dévorations qu'en reprenant cet extrait de Richard Blin paru dans Le Matricule des Anges.

"Un roman de Richard Millet, pour explorer la face cachée de la douleur d'être et de la mort amoureuse.
C'est le récit oralisé, l'envoûtante remémoration d'un amour impossible entre une serveuse de restaurant et un écrivain revenu de tout, qui a choisi de redevenir " maître d'école ". C'est elle qui raconte, elle qui ne connaît rien aux stratégies amoureuses, qui ne s'est même jamais montrée nue à personne. Et voici qu'arrive cet homme autour duquel sa vie va se mettre à tourner follement. Mais comment être quelqu'un aux yeux d'un autre quand on sait n'être rien, et n'y rien pouvoir ? Comment vivre quelque chose avec un homme, " habitué à n'être rien ", un écrivain n'étant qu'" une sorte de revenant " ?
C'est cet impossible qu'évoque Dévorations, en retraçant cette quête insensée d'un bonheur qui, " fût-il un mirage ou une destruction mutuellement consentie, n'en reste pas moins ce qui nous empêche de sombrer dans la folie ". "

mercredi 23 décembre 2009

***

C'est parfait! Je ne pouvais rêver mieux! Même pas besoin d'inventer de fausses invitations pour dire : non, désolée, c'est gentil de m'inviter, demain et jeudi! Depuis ce matin j'ai la goutte au nez, les yeux larmoyants d'éternuements, la boîte de kleenex qui se vide, je ne vais pas vous refiler mon rhuBe, et qui sait, vous gâcher votre chapon!
(Bizarre ce rhume soudain, c'est peut-être psy?)
Youpi, j'adore être mal fichue, et m'enfoncer dans mon canapé, avec un bon bouquin en savourant ma solitude, avec une pastilla au pigeon (merci Picard) arrosée d'un bon champagne, parce que, bon, faut pas se laisser abattre, quand tout le monde se tape la cloche ou le minuit chrétien.
A propos d'"arrosage", pour accompagner mon champagne;o), Liquide de Philippe Annocque va je pense parfaire cette soirée, un écrivain que je viens de découvrir.