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mardi 17 février 2015

"La danse est la langue cachée de l'âme" (Martha Graham*)

Un beau visage, un regard emplit de lumière.


 La danseuse et chorégraphe Noemi Lapzeson, en 2008. 
[Charles Sigel - RTS]

"Un corps qui a dansé sans relâche, une vie durant, un côté félin, et des yeux tout à la fois bleus, gris et verts qui vous traversent. Telle est Noemi Lapzeson."   

 

Écouté ce matin un entretien de Laurence Froidevaux avec la chorégraphe. Noemi Lapzeson a la voix de son visage : douce, posée, sereine et sûrement un corps qui pense, titre d'un ouvrage que lui consacre la danseuse Marcella San Pedro.

 

* Noemi Lapzeson a travaillé de nombreuses années aux côtés de "Martha Graham, considérée comme l'une des chorégraphes fondatrices de la danse contemporaine."

 

Noemi Lapzeson évoque Martha Graham : C'était une dame avec une réputation énorme, elle n'était pas du tout ouverte à la parole, ni à se connaître. J'avais 16 ans, elle avait l'âge que j'aie maintenant [74 ans], donc il n'y avait pas relation entre nous. Après une année de son enseignement M. Graham me demande de rentrer dans la Compagnie; j'ai hésité puis accepté. C'était quelqu'un de terriblement brutal; il y avait en elle une forme de cruauté, de cynisme...

 

Dans cette vidéo où l'on voit Martha Graham, très âgée, lors d'un cours de danse, il est évident que son visage n'a rien de la douceur de celui de Noemi Lapzeson.


vendredi 22 février 2013

Pierre Rigal un régal

Hier soir au théâtre, elle était assise devant moi après avoir vérifié le numéro de son fauteuil. J'ai eu le temps d'apercevoir son visage, naturel, sans maquillage, ses cheveux retenus par une grosse pince lui donnait l'air sérieux. La salle se remplissait rapidement, en dix minutes elle fut comble. La lumière a commencé à décliner, le spectacle allait commencer. Alors elle a ouvert la pince de ses cheveux, a secoué légèrement la tête, l'a penchée sur le côté et la longue chevelure soyeuse s'est déployée. Ensuite elle a glissé ses doigts sur le dessus du crâne pour dégager son front. Quelques secondes ont transformé ce chignon sérieux en une masse de sensualité.

Place au spectacle!

"Etres étranges et futuristes, venus d’une planète hors du temps et de l’espace, ils vont se livrer - sous nos yeux et ceux des scientifiques à l’origine d’une mystérieuse expérience- à un ballet des relations humaines. S’aimer, se détester, se rapprocher, se détruire, se relever et reconstruire l’harmonie du groupe. Quelle est donc cette logique intrinsèque qui pousse les hommes à se faire la guerre pour ensuite se relever? Vaste sujet, question qui reste en suspens, sans autre réponse que les corps des danseurs engagés sur le plateau dans cette mécanique implacable, ce cycle absurde du vivre ensemble et de la haine."
(Claire Hazan)

Une pièce pour 9 danseurs coréens.
Crédit Photos : Sungjin Jun


Cliquer pour agrandir





C'était grandiose : mise en scène, chorégraphie et musique (j'en ai oublié mes acouphènes!). Les danseur(se)s coréens : grâce et énergie.


Je savais que je ne serai pas déçue, ma jubilation fut aussi vive que lors de mon premier spectacle de Pierre Rigal (presque trois ans déjà).


"Depuis plusieurs années, mon travail chorégraphique se situe à l'intersection de différentes formes comme le théâtre de mouvement, la danse, l'acrobatie, les arts plastiques et audiovisuels ainsi que la musique synthétique ou acoustique. Cette recherche d'intersection m'a conduit à mettre en scène des acteurs-danseurs au profil différent. [...] Mon passage à Séoul en Corée du Sud en 2010 et mon travail pédagogique au sein de la Korea National Contemporary Dance Company m'ont permis de découvrir la richesse technique et la créativité de nombreux danseurs coréens. L'énergie et la vitalité de ces personnes ont aiguisé mes désirs."
(Pierre Rigal).


En visionnant cette vidéo je me dis que l'écran ici est très réducteur de ce qu'on peut ressentir en voyant réellement les artistes sur scène, en chair et en sueur!

vendredi 7 mai 2010

La culture est en danger


J'y suis allée sans enthousiasme, me demandant ce que j'allais voir, mais mon billet était réservé, j'ai un abonnement pour bénéficier d'un bon prix.
13 euros! J'ai payé 13 euros pour une heure de bonheur, d'émerveillement, c'est donné. J'en suis encore plus consciente puisque hier, c'était la Journée nationale d'actions pour défendre l'art et la culture. La culture est en danger, l'équipe du théâtre est venue, avant le spectacle, nous faire part de ses inquiétudes : restrictions budgétaires d'où moins de spectacles, difficultés pour maintenir des tarifs attractifs afin d'offrir à tous le droit à la culture, restrictions de personnel, moins d'embauches d'intermittents etc.
Avec le Pass, 13 euros au lieu de 24. Et donc hier soir : 13 euros pour une heure de bonheur!
(Après Une journée de rien remplie de vide, une soirée de rien remplie de magie ).

Le spectacle intitulé :
Press
Pierre Rigal
Danse
Tragédie chorégraphique ou l'inquiétante étrangeté de l'ordinaire.

"Press met en situation l'image de l'homme moderne dans son immense banalité. Le corps de cet individu-produit, est mû par l'enchaînement standardisé de ses propres automatismes, mais aussi par les rouages de son étroit espace vital. Peut-être avec consentement, il se retrouve captif dans une pièce quasiment vide. Les modifications mécaniques de cet environnement physique et mental agissent sur son corps, l'obligeant à adapter en permanence son positionnement et son mouvement. Il est alors entraîné dans une absurde et angoissante impasse".
Voilà ce que j'avais lu me laissant penser à un ennui certain.
Que nenni, ce comédien? cet artiste! cet athlète était stupéfiant et la mise en scène - et en sons -fantastiques. Je ne pensais même plus à mes acouphènes quand le son tonitruant (j'imaginais qu'il pouvait être celui d'un tremblement de terre, d'une éruption de volcan, d'une explosion gigantesque, d'un éboulement, d'une avalanche, d'un "chamboulement" géant) remplissait la salle, mon ventre et ma tête. J'étais dans le corps de ce "danseur" désarticulé, stupéfaite par la performance physique. (Bizarre cette phrase, bon je la laisse).




Le silence fut total dans la salle jusqu'au moment où, le plafond s'écrase sur le corps de l'individu, et je n'ai pas pu me retenir dès que les applaudissements ont retenti de crier : bravo bravo bravo, de concert (de conserve? je ne sais toujours pas lequel employer) avec les sifflements de contentement qui fusaient çà et là, comme une enfant remplie d'étoiles dans les mirettes! La jeune fille assise près de moi me regardait avec un sourire complice, de cet instant de bonheur partagé.

Pierre Rigal serait le bien nommé Pierre Régal tant j'ai jubilé.
Alors, messieurs les politiciens, monsieur Fred, pitié, vous qui voulez retirer les 30 millions d'euros au seul secteur de la création en 2011, allez vous faire...! Je veux que ma ville et son théâtre, son centre d'art contemporain, ses musées perdurent dans tout ce qui fait d'elle une ville culturelle à part entière.
J'en parle ici avec mes mots riquiquis, "neuneu" (petit clin d'oeil au vagabond) sans style, mon ressenti d'ingénue, sans "une once de talent", tsss! mais avec ma "chair". Et hier soir "elle" n'était pas triste (pas hélas) "elle" était vibrante, terriblement "enchairie"!

A lire ici et là... et une brève biographie.

Les photos, figées, sont très réductrices de ce qu'est ce spectacle tout en mouvements.