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vendredi 8 mars 2019

La chute

8 février - 8 mars.
Un mois. Rien.
Angoisse, anxiété, stress, vertiges. Puis...

Chute, renversée par un jeune cycliste, je courais sous la pluie pour aller au cinéma voir Celle que vous croyez, j'étais en retard; il arrivait rapidement, il tournait la tête sans me voir, il ne m'a pas vue, il m'a entendu crier,  sa roue avant sur moi, je tombais violemment sur le dos, il dérapa, tomba à son tour, attrapa ma grande écharpe pour retenir ma tête.  La place de la fontaine était vide. Il était bouleversé il m'avait renversée. J'étais choquée, mon dos semblait intact et ma tête aussi. Il répétait sans cesse : ça va ? Ça va ? Il m'aida à me relever, je lui dis ça va. Je tremblais, en tombant j'avais pensé au pire : fractures épaule, hanche, colonne vertébrale et je me suis mise à pleurer, j'avais du mal à me relever. Ma fesse était douloureuse. Il m'a fait asseoir sur le bord d'une vitrine, nous étions dans le centre ville piétonnier. La commerçante est sortie du magasin et m'a demandé si je voulais aller à l'hôpital.  Surtout pas lui ai-je dit. J'avais seulement très mal à la main droite, la pluie s'était arrêtée.  Je dis : non merci, ça ira. Le jeune homme était vraiment contrarié, j'avais le sentiment que c'était plus de ma faute que de la sienne... Il voulait me raccompagner, je le remerciai mais lui dis de ne pas s'inquiéter  que c'était aussi de ma faute et qu'il avait bien fait d'attraper mon écharpe pour protéger ma tête du choc.
Je suis rentrée chez moi en bus et là j'ai senti la douleur vive de ma main en serrant le pouce pour me tenir dans ce fichu bus qui freinait brutalement (souvenir) mais là je n'avais pas envie de rigoler. J'avais la tête lourde, encore envie de pleurer et comme une idiote je pensais que je n'allais pas pouvoir jouer au golf si mon pouce était cassé.  Je tâtais la poche arrière de mon pantalon, ma médaille de l'ADMD" ne pas réanimer" était toujours là.
Je me demande encore pourquoi je n'avais pas pu l'éviter,  il tenait son guidon et moi j'avais la tête dans le guidon ! 
Radio prévue lundi, une semaine après la chute. Depuis, je fais tout ce que je peux au cas où il y aurait fracture et plâtre. Pour le moment je peux conduire,  passer les  vitesses avec la paume de la main ça va, sauf la première et la seconde me font mal, je m'aide avec la main gauche. Il y a trois ans je  voulais changer de voiture justement pour avoir les vitesses automatiques, au cas où ce genre de truc m'arriverait.  Et puis je ne l'ai pas fait et maintenant je vais la garder jusqu'à... la fin. Amen !

Aujourd'hui, cinéma, cette fois  j'étais en avance sur l'heure de la séance, hum!. vu Grâce à Dieu. Effrayant, excellent film de François Ozon.


"S'attendre au pire, à quelque chose de pis que la chute, tout en chutant, c'était un peu la conception que j'avais de la vie."  
Christian Oster, Mon grand appartement.

samedi 27 octobre 2012

Journal

Vu hier soir : Dans la maison, de François Ozon. Excellent. Entre fantasme et réalité, j'ai adoré.






"Un professeur qui aurait aimé être un artiste (Fabrice Luchini) et un lycéen plein d'imagination (Ernst Umhauer)* s'affrontent sur le terrain de la fiction dans cette comédie noire étourdissante."
Le Monde
* (Ernst Umhauer est pressenti pour une nomination au César du meilleur espoir masculin).

Ce matin, petit déjeuner tardif, je suis déjà à l'heure d'hiver. Difficile d'avaler mes toasts en écoutant Alain Badiou dans Répliques. Vite, brisons là et écoutons du Bach pour commencer la journée.
Puis à 10 heures, passer de (l'ennuyeux) Alain Badiou à Stendhal avec Charles Sigel dans L'humeur vagabonde, c'est un enchantement.
"Stendhal, c’est un mouvement. C’est une plume. Qui avance. Nulla dies sine linea. C’est la vivacité incarnée. Le primesaut, l’impromptu."

Déjà midi, je n'ai pas encore pris le temps de regarder le ciel d'un bleu sans tâche, j'ouvre la porte-fenêtre, l'air est vif, sec, la lumière crue, le vent cinglant; enfin un temps frisquet qui me réjouit. Stendhal m'a donné envie d'écouter Don Giovanni. (Je pense à lui...).

lundi 22 novembre 2010

Sans voix je crie, j'écris, je ris

Ce besoin d’écrire est né du silence de mes jours. Ce silence comblé par l’écriture comme une parole sans voix. C’est un cri intérieur. Quand je reste des jours sans émettre un son je me mets à parler tout haut, il m’arrive aussi de lire à voix haute, pour vérifier que je ne suis pas aphone. Parfois, mon téléphone sonne, après des jours dans le silence ; je décroche, je sais qui est au bout du fil, le nom s’affiche et je parle, d’une voix éraillée, de cette voix qui n’a pas émis un son depuis des jours et qui s’est enrayée, à ne plus parler. Mon frère me dit : tu vas bien ? Tu es enrouée ! Alors je me racle la gorge pour éclaircir ma voix et au bout de quelques minutes je la retrouve. Je lui réponds : oui je vais bien, non je ne suis pas enrhumée, j’ai un chat dans la gorge et je me racle à nouveau pour, cette fois parler enfin d’une voix claire. Je ne vais tout de même pas lui dire : je n’ai pas parlé depuis…huit jours.

Alors j’écris, écrire pour moi c’est parler. Quand j’écris, même sans voix, je m’entends. Mes mots ont un son et c’est bien celui de ma voix.

Hier j’ai un peu parlé, à voix haute, en sortant du cinéma ; avec mon amie nous sommes allées voir Potiche. Moment de détente. J’ai trouvé ce film, excellent ? Oui !

Ce matin je repensais à cette phrase entendue la veille tirée d’un poème de Paul-Jean Toulet* (un ami éclairé vient de m'indiquer qu'il ne s'agit pas de Gérard de Nerval comme je l'avais supposé, et dieu sait qu'il s'y connaît!) : "Prends garde à la douceur des choses", je l’entendais comme un avertissement à ne pas me laisser submerger par mes sentiments. Mais comment ne pas l’être, en écoutant ce matin parler - une fois encore et un plaisir renouvelé - de Marcel Proust et d’entendre la merveilleuse analyse de A la recherche du temps perdu. Sujet de la matinée : Albertine.
"Albertine ne désire pas, elle jouit. Elle est sans arrêt dans la jouissance. On ne pénètre pas Albertine, on la caresse. Elle est le principe du plaisir absolu ".
Mais aussi cet étrange regard sur ses yeux, qui passent du noir au bleu.
Et sur la jalousie, cette intéressante réflexion : on n’est pas jaloux parce qu’on aime mais, on aime parce qu’on est jaloux.
Quelle délice d'écouter cela.

J’ai souvent rêvé, imaginé que je vivais avec un homme que j’aimais et que nous partagions des moments d’écoute, nous vibrions de concert, mus par les mêmes sentiments, au même instant. Je pensais que cet homme-là ne pouvait pas exister, qu'un homme ne pouvait pas aimer les mêmes choses que moi.
Ce matin en écoutant les NCC j’ai eu une impression étrange, comme s’il existait... quelque part...

*
Dans Arles, où sont les Aliscams,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses,
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd,

Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas si c'est d'amour,
Au bord des tombes.


Paul-Jean Toulet (1867-1920)