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dimanche 13 mars 2016

"L’Art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau." (Victor Hugo)

Photos d'hier!


(Cliquer pour agrandir)

 Que de noms célèbres sur cette affiche!
Georges Perros, André Malraux, Louis Pasteur, Christian Voltz (?)
Place de l'Enfer... (Dante, Rodin, Delacroix)
Mais aussi Victor Hugo :
"L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude".

 




L'ambiance était printanière dans le centre ville et les terrasses ensoleillées étaient prises d'assaut. Ces jeunes filles avaient trouvé la solution : s'asseoir par terre. Celle de gauche avait une peluche tête d'éléphant avec une énorme trompe, sur la tête. Trop tard, pas pu la photographier.
Je rentrais tranquillement le long des quais... je ne m'étais pas reposée, le temps d'un thé; j'en avais mal aux gambettes.  Ce n'était pas un temps pour les jambes cassées (0_0).


Le ciel de ce dimanche annonce encore une belle journée. 
Écouté ce matin une intéressante analyse par Jean de Loisy, en compagnie de Alain Fleisher, des œuvres érotiques et des personnalités de deux artistes : Victor Hugo et Auguste Rodin, à propos de l'exposition  (terminée) qui s'est tenue à la Maison Victor Hugo à Paris : Eros Hugo, entre pudeur et excès.
Passionnant.
Émission  Les Regardeurs sur France Culture.


Pour conclure l'émission :

J. de Loisy. - L’un des derniers livres – dont vous allez me rappeler le titre - que j’ai lu de vous, était le récit d’un jeune homme à Sils Maria, qui tout d’un coup devient l'héritier d’une collection tout à fait gigantesque.

A. Fleisher.- En effet, ça s’appelle Effondrement. C’est le premier livre dont je traite d’un sujet contemporain, parce que mes livres ont souvent été marqués par une sorte de mélancolie, de l’Europe disparue. Mais il est question d’Art Contemporain parce qu’en effet, ce jeune homme qui est pianiste, qui s’est éloigné de son père, sous l’influence de sa mère, hérite de la plus grande collection d’art contemporain qui soit, qu’il juge comme une accumulation de cochonneries, et qu’il décide de mettre en vente. Ce qui provoque un soulèvement du marché de l’art. Attention, je ne parle pas du milieu de l'art mais du marché de l'art.

J’ai la plus grande admiration pour des artistes contemporains, par contre je suis très critique par rapport au marché de l’art, c’est-à-dire, à l’art devenu marchandise.

J. de Loisy. - On peut dire que, ce dont on a parlé aujourd’hui, cette Odalisque de Victor Hugo, ces dessins de Rodin, on en est bien loin ; ce sont les parties les plus intimes du travail, celles qui n’ont été révélées que bien plus tard en fait.

A. Fleisher. – Et qui sont essentielles. Elles sont au cœur de la création artistique, elles sont des moteurs. Et je pense que, un des moteurs de tout artiste c’est le désir, qui peut prendre des formes différentes, mais le désir est essentiel. Sans désir  il n’y a pas d’art.

 

jeudi 8 mai 2014

"Il y avait trop de merveilles sur terre : je refusais d'être banni du festin"

http://eric-vasseur-classe.fr/ev/wp-content/uploads/2012/01/bruckner.jpg


En empruntant à la bibliothèque L'amour du prochain de Pascal Bruckner je m'attendais à un ouvrage de réflexion philosophique sur le sujet. Ah ah! Le fait que ce livre fût classé parmi les romans aurait dû m'alerter et, de plus, c'était écrit sur la page de couverture. Point de philosophie altruiste dans ce roman que je n'ai pas pu prendre au sérieux pendant une seconde, il l'est pourtant si j'en crois quelques critiques ou interviews de l'auteur. Et si je suis allée jusqu'au bout (en peinant un peu), ce fut par curiosité de découvrir, peut-être, une fin rédemptrice? Je ne le dirai pas! Si le mysticisme ici se passe en dessous de la ceinture, l'écriture se maintient à un niveau très convenable, d'où ma ténacité jusqu'à la dernière page. Non mais!  J'entendais la voix posée, plutôt douce, de Pascal Bruckner en lisant certaines phrases libertines (le mot est faible) et j'avoue que quelques éclats de rire m'ont souvent secouée. Cependant, je n'ai pas été convaincue par la "dimension mystique, quasi biblique" dont parle l'auteur et si ses "héros sont des martyrs", ce sont des martyrs consentants (oxymore ou lapalissade? je m'interroge). Pascal Bruckner n'a jamais craint d'aborder des thèmes subversifs : Lunes de fiel, Les voleurs de beauté. A vrai dire, celui que je cherchais à la bibliothèque et qui était déjà emprunté c'était celui-ci :  Un bon fils.
Pascal Bruckner : un écrivain romancier, essayiste et pour moi, insaisissable, étrange. Sybillin?

"Sa thèse de 3e cycle, consacrée à l'émancipation sexuelle dans la pensée du socialiste utopiste Charles Fourier (« Le corps de chacun est accessible à tous »), a été dirigée par Julia Kristeva (et soutenue en 1975 à l'Université Paris VII). Il est à cette époque proche des mouvements trotskistes et maoïstes, mais selon ses dires, non militant. Pascal Bruckner s’illustre d’abord, au milieu des années 1970, aux côtés des « nouveaux philosophes ».
[...]
"En novembre 2013, Pascal Bruckner signe le « Manifeste des 343 salauds » publié par la revue Causeur, qui défend les hommes faisant appel aux services de prostituées."
Source Wikipédia.

Vous écrivez : "Jésus s’est trompé. Au lieu de monter sur une croix, ensanglanté, il aurait dû s’allonger sur un lit, devenir une fille publique…" Vous ne craignez pas de choquer, de blesser ?
 
Le sexe excède toute forme de morale, conjugale ou sociale. Il est porteur d’une dimension religieuse ou spirituelle. On peut, dès lors, en faire l’expression d’une démarche fraternelle ou solidaire. Si j’aime mon prochain, je l’aime jusque-là. On soulage les malades, les souffrants, les miséreux en les soignant, en les nourrissant. Jamais en leur donnant du plaisir sexuel. Cela va faire hurler les religieux, mais mes héros sont des martyrs. Ils deviennent prêts à tout pour satisfaire celles et ceux qui leur demandent. Le sexe possède pour eux une dimension mystique, quasi biblique.
Le mysticisme lui-même est à la limite de l’érotisme. D’ailleurs, l’Église catholique a toujours admis avec beaucoup de réticence les vrais mystiques, ceux qui vivaient une passion physique pour Dieu, comme saint Jean de la Croix. Dans certaines religions, l’hindouisme, les cultes babyloniens, existaient des prostituées sacrées pour qui le sexe était un intermédiaire avec Dieu. Dans la Kabbale, il existe des textes magnifiques sur la dimension d’élévation des amants à un stade surhumain. Le sexe a partie liée avec la quête de l’immortalité. C’était sans doute plus facile autrefois lorsqu’il y avait des transgressions ; briser un tabou demandait une vraie volonté. Aujourd’hui, la sexualité est devenue tellement normative que même les médecins la recommandent ! Elle a acquis une dimension de respectabilité… C’est donc plus difficile de tutoyer le sacré !"

Le pitch comme dirait Ardisson qui, évidemment, ne pouvait passer à côté de la sortie du livre en 2005, sur un sujet un tantinet scabreux :

"Missionnaires du plaisir*
Sébastien a tout pour être heureux : jeune diplomate, heureusement marié, père de famille entouré d’amis fidèles… Jusqu’au jour où il se fait draguer par une femme qui lui propose de coucher avec elle contre de l’argent. Il devient prostitué. Avec Dora, sa compagne, il va inventer une nouvelle religion, celle où l’amour du prochain consiste à donner du plaisir à ceux qui n’en ont pas. Un roman brut et dérangeant, à épargner aux âmes sensibles. En revanche, les amateurs de langue forte, d’univers onirique aux portes du baroque et d’irrévérence absolue, ne manqueront pas d’aimer."

L’Amour du prochain de Pascal Bruckner (Grasset, 2005).

* Dans l'ouvrage, le titre exact du chapitre 7 est :  Les missionnaires de la charité.

"Vous connaissez ce sentiment : se trouver dans une réunion, ressentir la tragique insuffisance des êtres y compris de soi-même et ne pouvoir l’exprimer. Les mots ne venaient pas. Tous les éloges reçus ce soir rejaillissaient sur moi comme autant d'insultes. Je n'étais pas celui qu'ils croyaient, je n'aimais plus celui qu'ils chérissaient."
L'Amour du prochain, page 44.

samedi 9 octobre 2010

C'est dans le dire que ça se passe

Un billet a retenu mon attention ce soir en lisant un blog et m'a donné envie de m'attarder chez Philippe Sollers et sur cet entretien avec Ferdinand Couzon :
De la conversation criminelle.

F.G. : Vous envisagez l'érotisme comme une manière infinie d'accéder aux cinq sens...

Philippe Sollers : ... Voilà ! Le contraire de l'expropriation du corps.

F.G. : Et donc, qu'est-ce qu'un corps qui jouit? Ce qu'au fond, vous ne cessez de décrire dans vos livres: la conversation, avec une femme de préférence - c'est-à-dire l'ouïe, la voix contre cette survalorisation de l'œil, du regard, de l'image - mais aussi la jouissance d'un ciel bleu, d'une fleur, du monde qui nous anime, ou encore l'extase procurée par une œuvre d'art, bref tout ce qui a à voir avec le langage, la gratuité, la sensation, la contemplation. L'érotisme comme savoir sur la question de la jouissance ?

Philippe Sollers : Ce qui me paraît compliqué, c'est de répéter tout le temps le mot jouissance. J'ai écrit un texte qui s'intitule : « Je sais pourquoi je jouis. » Je préfère le savoir sur cette chose à la répétition du mot jouissance qui nous entraînerait dans une confusion. Ce qu'il faut se demander, c'est pourquoi y a-t-il une telle déflation dans le pouvoir dire plutôt que de se préoccuper de savoir jouir. Vous avez cité Dante qui dit quelque part que dire ça devient jouir. Les expériences dites érotiques, avant d'être le contact de deux physiologies, c'est dans le dire que ça surgit. C'est fondamentalement quelque chose d'asocial, de clandestin qui passe par le surgissement d'une langue secrète ou ce que les Anglais, bien inspirés pour parler de l'adultère, nommaient conversation criminelle. Comment ça se dit ? Dans quelle situation ? Pourquoi ? La question est là, sous vos yeux. Et c'est cela qui va être censuré : cette expérience-là et plus précisément une façon d'être dans la liberté. Vous avez dans mon livre Femmes le premier relevé du tournant de l'époque spectaculaire. Comme dans un tableau de Mendeleïev, vous avez les négatives et les positives. Les négatives, on les remarque éventuellement mais les positives : rien. Ce sont en général des personnages dont on peut remarquer la musicalité et une certaine vivacité de langage. Donc, je veux bien qu'on parle de jouissance mais en dehors du dire je ne sais pas ce que ça veut dire. En passant, il ne faut pas non plus oublier le plaisir nous ne sommes pas obligés d'aller vers une jouissance réitérée. Tout cela est de toute façon le fruit d'une expérience singulière. Toutes les choses dites érotiques qui ne sont pas dites doivent être considérées comme n'existant pas. C'est dans le dire que ça se passe, c'est-à-dire dans le langage qui se trouve aujourd'hui subir une torsion le plus souvent obscure ou obscurantiste. L'embarras physique se traduit par des embarras de langue ou de langage, voilà. Il y a très peu de choses que nous pouvons goûter avec les cinq sens à la fois et c'est ce que je nommerais relation érotique ou amoureuse. Cela va absolument à l'encontre de ce que Dieu, devenu Société et non plus le drame de la mort de Dieu se représentant dans la crise hystérique, ne peut pas supporter. C'est ce que j'appellerais tout simplement : une incarnation. Plus ça désincarne, mieux ça vaut pour le Dieu social et ses mannequins : suivez mon regard...


Et il va sans dire, que j'adhère à ces "dires" et à la "conversation" de Philippe Sollers.

(Les caractères gras sont de mon fait).

mercredi 28 avril 2010

Quelques réflexions à bâtons rompus


En faisant une recherche sur Rodin, j'ai découvert ce livre de Philippe Sollers sur les Dessins érotiques de Rodin.

Qu'y a-t-il sur vos murs?
"Presque rien. Un dessin de Rodin, un petit nu ; un magnifique rouleau que j’ai trouvé dans un coin à Pékin - de la calligraphie. Elle représente mon idéal, le paysage avec l’écriture, le tableau en même temps que le poème. C’est magnifique de ne pas accepter la dislocation entre d’un côté ce qu’il y a à voir et de l’autre ce qu’il y a à dire. C’est la même chose."

Je redécouvrais également lors de cette recherche les dessins de Matisse et leur correspondance chez Rodin, que ce soit dans les sculptures ou les dessins, la comparaison ne laisse de surprendre. Les artistes ont souvent été inspirés par des maîtres; je retrouve aussi le dessin ci-dessous de François Matton, un contemporain, qui, par le mouvement, autorise également la comparaison, le rapprochement.
Rodin, Femme nue aux longs cheveux renversée en arrière, vers 1900


Matisse, Grand Acrobate, pinceau et encre de chine. 1952.




François Matton, fusain, dessin.

J'aime quand dans l'érotisme d'un tableau, d'une photo, la lecture vient s'insérer; cela donne une spiritualité sensuelle à laquelle je suis très sensible.

 Antoine Wiertz, La liseuse de romans, huile sur toile. 1853.




Willy Ronis, Estelle, Paris. 1999