"L'écriture c'est le coeur qui éclate en silence."
Christian Bobin, L'épuisement.
Il me fallait sortir de ma perplexité cet après-midi et ce fut avec Gros-Câlin de Romain Gary; un moment de bonheur, qui me conforta, enfin ? dans ce sentiment qu’il n’y a pas besoin d’un langage affecté pour faire passer des émotions.
Souvent lorsque je lis, je fais des pauses, rêveuses ; je pose mon livre ouvert à l'envers sur mes genoux, je regarde le clocher de l’église où j’aperçois quelques oiseaux qui s’engouffrent dans les ouvertures puis je regarde ma terrasse et là, que vois-je en ce moment ? toujours elle, et cette fois la toile est comme une couronne de perles de pluie autour de l’araignée. Mais c’est ravissant. Je ferme Gros-Câlin, la pluie s’est arrêtée, je vais la prendre en photo.
Et ces quelques minutes ont suffi à me réjouir. Décidément, je ne comprends pas pourquoi je me triture les méninges à essayer de comprendre ce qui me déstabilise quand la vie est si simple. Ce qui m’étonne tout de même, c’est que je n’ai besoin d’aucunes explications pour aimer un tableau abstrait qui serait hermétique à la plupart des quidams. Bien sûr d’aucuns trouvent encore des mots sophistiqués pour expliquer ce qu’a voulu exprimer le peintre. Mon regard seul suffit pour le laisser me pénétrer, sans mots.
Et là, ce soir, je contemple le ciel.
A l’heure où j’écris ces lignes je m’en veux encore, de n’avoir pas su lui dire mon incompréhension avec douceur, délicatesse, intelligence, simplicité, il faudrait que j’aille dans un atelier d’écriture ? Plutôt arrêter d’écrire, ici.