Quelques petites phrases retenues hier :
De l'importance de l'amour.
"Si je n'avais pas eu la combustion de l'amour, je n'aurais pas pu écrire".
"L'amour c'est le comble de la sagesse et de la folie".
"Le baiser est un échange d'âme. Il y a la recherche de sa propre âme dans l'autre".
Edgar Morin (88 ans).
"Cultiver son jardin est plus important que de faire de la politique".
Denis Grozdanovitch, L'art difficile de ne presque rien faire.
Et j'ai repensé à cette phrase :
"Le jardin, cette récente passion est maintenant ta métaphore préférée, évidente; tu te dis cela en souriant et en souriant tu couves du regard cette vie, la plus variée, la plus disparate possible". Philippe Annocque, Par temps clair.
samedi 9 janvier 2010
Avant Après
Voilà ce que je vois de mes fenêtres aujourd'hui...

...et ce que je voyais il y a un peu plus d'un an.
J'essaie de ne pas être trop nostalgique de cette campagne que j'aime tant et de me dire que la ville a aussi son charme. J'ai tout de même eu de la chance de trouver un endroit où de mes fenêtres j'aperçois les vieilles pierres chargées d'histoire du plus ancien quartier de ma ville. Et puis, il faut savoir tourner les pages d'une vie. J'ai même réussi à garder mon vieux banc anglais, celui-là m'a suivi dans mes trois déménagements. Je l'adore ce banc (il me parle aussi de toi). Nous l'avions acheté pour l'intérieur, dans l'atelier. Ma soeur se réjouissait déjà à l'idée de le récupérer : tu ne pourras pas le garder si tu vas dans un appartement me disait-elle. Avec un pincement au coeur, je lui disais oui. Mais grâce au ciel? à mon ange là-haut? j'ai eu aussi une terrasse avec l'appartement! Quand j'ai quitté Paris et l'atelier, évidemment le banc s'est retrouvé dans le jardin; les premières années je le brossais et l'huilais au printemps, puis j'ai arrêté de l'huiler, je voulais le laisser vieillir et devenir gris, comme ceux qu'on voit en Angleterre et maintenant, je n'ai plus le courage de le brosser. Bof, il va bien avec la couleur du caillebotis de la terrasse. Celui-là aussi il faudrait que je le brosse, au printemps. Il faudrait, il faudrait...
Parfois je regarde mes photos de la campagne; ma maison avait du charme mais je me console, très rapidement, en repensant au froid qu'il y faisait l'hiver. Désormais, quand je veux m'évader, quand je suis en manque, je prends ma voiture et en quinze minutes je suis dans cette nature, qui me prend dans ses bras.
vendredi 8 janvier 2010
Par temps clair
"Tu es mort.
... depuis toujours, tu meurs."
Ce sont les premiers et les derniers mots (j'ai lu tumeur) de ce livre que je viens de terminer : Par temps clair* de Philippe Annocque. Un livre que l'on a du mal à refermer tant qu'il n'est pas terminé, et même là, on ne le ferme pas; les pensées de Paul nous poursuivent.
Cet écrivain a une écriture, un style très particulier une manière de disséquer ses pensées dans les moindres détails, avec une pointe d'humour et de dérision. Je n'ai lu que deux livres de l'auteur, avec le même plaisir. Encore de la jubilation à venir j'en suis sûre avec Les chroniques imaginaires de la mort vive et Liquide.
"Lire, c'est comme s'assoupir : le livre dans les mains, alors qu'il reste encore tant d'autres choses à faire, s'ouvre au hasard; le titre d'un chapitre accroche le regard. Quand tu t'en rends compte, tu as déjà lu trois pages; à quoi bon s'arrêter?
Il te parle de toi, bien sûr. Ce subit réveil du dipneuste africain*, quand tombe la première averse depuis des mois, depuis des années (lui qui tout ce temps s'était évanoui, enkysté dans la vase; dont même la discrète respiration, pulmonaire, démentait l'existence d'un poisson); c'est le tien, bien sûr, ce réveil - le mien, plutôt, celui d'un compagnon virtuel et latent convoqué par l'évidence, soudaine comme la saison des pluies, de ta solitude."
Toujours le même problème avec cet auteur pour parler de son roman; trouver l'extrait adéquat, quand c'est tout le livre que vous voudriez souligner.
"Tu te sens trop penser, en quelque sorte tu t'entends presque, très souvent; et çà n'est pas bien agréable.
(...)
Ta pensée s'est tue un instant, tu t'en es rendu compte, dans un sursaut tu l'as relancée, voilà : tu l'entends de nouveau".
"C'est comme çà que tu te perds de vue, que tu te perds : regarde comme un mot, pour peu que tu le répètes au-delà de ce que la raison tolère, voit son sens se défaire, se dissoudre.
Dans la répétition s'opère la perte du sens et la naissance du rite".
Dans une interview, l'auteur parle de son livre :
"Ce qui m'intéressait dans Par temps clair, c'était de montrer comment on devient égoïste, ou lâche, sans s'en rendre compte, à son corps défendant, par un simple réflexe d'autoprotection qui dégénère au fil des années. Montrer que ce qu'on est à un moment n'est pas l'ébauche reconnaissable de ce qu'on sera plus tard, qu'on reste le jouet d'une évolution qui nous dépasse et qui n'a pas de sens - d'où la référence à Steven Jay Gould en exergue, et les allusions à l'évolution biologique qui parcourent le texte".
* Par temps clair, Philippe Annocque (Melville, Ed. Léo Scheer, 2006)
* J'avoue qu'il m'a fallu chercher la signification de ce "dipneuste africain"!
Le dipneuste respire à l'air libre et peut descendre jusqu'à 30 mètres de profondeur. Il peut ramper dans la boue (Neoceratodus fosteri d'Australie). Certains dipneustes (Protoptère d'Afrique et Lépidosirène d'Amérique) s'enkystent en été : ils creusent un terrier dans la vase en début de saison sèche, et sécrètent un mucus qui les enferme dans un cocon.
jeudi 7 janvier 2010
Mes favoris
Sur les conseils de mon beau-frère à qui je disais l'autre jour : mon ordi est sûrement trop plein, il rame de plus en plus, et qui me dit : fais voir tes favoris? et il pousse un grand cri!
- Mais c'est çà qui ralentit ton pc, tu as vu TOUT ce que tu as?
- Et alors? Quand je ne les ouvre pas ils ne gênent pas?
- Ben si! Ils sont là, en veille, avec TOUT ce qu'ils contiennent.
- T'es sûr?
- Certain.
Bon, sur ses conseils donc (je me demande quand même s'il a raison, il bosse chez "Clémentine", je me méfie - il faudra que je me fasse confirmer par mon neveu qui lui est ingénieur chez "Untel";o)) je fais le tri dans mes favoris et ce n'est pas plus mal. Certains n'ayant plus de raison d'être dans ma liste, plus ceux de sociétés diverses, de sites que je peux retrouver d'un clic sur Google etc. des agences de voyages (que je n'ai pas faits;o), ah pourtant je garde celui-ci, il me fait trop rêver, depuis des lustres. Et si j'y allais? Mais j'aurai préféré avoir une chance d'y rencontrer Stendhal ou Litz plutôt que George Clooney (ben non, il ne me fait pas du tout du tout rêver).
Mes favoris se comptent maintenant sur les doigts des deux mains, tout de même.
***
1er décembre 2007.
Volume de musique poussé à fond, je danse seul sous la boule à facettes suspendue au plafonnier de ma chambre. Devant ma porte, un vigile noir colossal repousse avec fermeté mes parents mécontents. Tenue correcte exigée, messieurs dames. Or ils sont en pyjama!
Eric Chevillard, L'autofiction.
Lu ce matin, au petit coin. Fait pipi de rire.
Volume de musique poussé à fond, je danse seul sous la boule à facettes suspendue au plafonnier de ma chambre. Devant ma porte, un vigile noir colossal repousse avec fermeté mes parents mécontents. Tenue correcte exigée, messieurs dames. Or ils sont en pyjama!
Eric Chevillard, L'autofiction.
Lu ce matin, au petit coin. Fait pipi de rire.
mercredi 6 janvier 2010
***
Je ne m'étais pas sentie aussi vivante depuis trois mois. J'avais cru que je ne serai plus jamais enthousiaste, non pas que ma vie serait devenue triste ou monotone, mais qu'elle serait sans vagues, sans remous, plate, sans flux et reflux; qu'elle serait sereine sans doute mais trop sage. La sagesse! Je crois que jamais je ne serai sage. Même au plus calme de ma vie, je sais qu'il y a toujours une tempête qui sommeille, je ne suis pas une "fille" de l'atlantique pour rien et j'aime quand l'océan gronde, comme dans mon coeur en ce moment, comme une rébellion pour ne pas me laisser emporter par la révolte de savoir que celle qui voulait mourir dignement est en train de s'éteindre à petits feux, devenue un petit être recroquevillé, décharné, dément. Ma démarche n'a servi à rien. Il semblerait qu'elle n'en ait plus pour très longtemps.
Peut-être est-ce pour cela, parce que mes pensées vont vers elle aussi, que je me sens si vivante aujourd'hui? Peut-être... peut-être...
Se sentir vivante et heureuse sans être aimée - je veux dire sans amour - je pensais que cela était impossible.
Je viens de voir le téléfilm sur Albert Camus avec Stéphane Freiss, excellent, d'après le livre d'Olivier Todd : Albert Camus, Une vie. Olivier Todd! Je l'ai vu il y a quelques jours à la télévision, mon Dieu, je ne le voyais pas aussi vieux, mais il est né en 1929; je me souviens de ses articles dans le Nouvel Observateur dans les années 70, je le trouvais beau et j'aimais ses idées, ses prises de position.
Peut-être est-ce pour cela, parce que mes pensées vont vers elle aussi, que je me sens si vivante aujourd'hui? Peut-être... peut-être...
Se sentir vivante et heureuse sans être aimée - je veux dire sans amour - je pensais que cela était impossible.
Je viens de voir le téléfilm sur Albert Camus avec Stéphane Freiss, excellent, d'après le livre d'Olivier Todd : Albert Camus, Une vie. Olivier Todd! Je l'ai vu il y a quelques jours à la télévision, mon Dieu, je ne le voyais pas aussi vieux, mais il est né en 1929; je me souviens de ses articles dans le Nouvel Observateur dans les années 70, je le trouvais beau et j'aimais ses idées, ses prises de position.
Petite merveille...

... "Fish never sleep" que l'on peut voir ici aujourd'hui sur le blog de François Matton qui, lui aussi, fait des merveilles. Peintre mais surtout dessinateur et j'ai envie de rajouter poète, tant les textes qui accompagnent ses dessins sont délicieux. Son dernier ouvrage publié est un petit bijou Autant la mer , double plaisir : celui du dessin et des légendes.
Les Justes
Ce matin, dans les NCC la voix de Maria Casarès m'a envoûtée, dans cet extrait des Justes, entre Dora et Yanek.
- Yanek, si l'on pouvait oublier ne serait-ce qu'une heure l'atroce misère de ce monde et se laisser aller enfin; une seule petite heure d'égoïsme, peux-tu penser à cela?
- Oui Dora, cela s'appelle la tendresse.
- Tu devines tout mon chéri, cela s'appelle la tendresse. Est-ce que tu aimes la justice avec tendresse? Est-ce que tu aimes notre peuple avec cet abandon et cette douceur ou au contraire avec la flamme de la vengeance, de la révolte? Tu vois? Et moi? M'aimes-tu avec tendresse?
- Personne ne t'aimera jamais comme je t'aime.
- Oui je sais, mais ne faut-il pas mieux aimer comme tout le monde?
- Je ne suis pas n'importe qui et je t'aime comme je suis.
- Tu m'aimes plus que la justice? Plus que l'organisation?
- Je ne te sépare pas, toi, l'organisation et la justice.
- Réponds-moi mais réponds-moi je t'en supplie : m'aimes-tu dans la solitude, avec tendresse, avec égoïsme? M'aimerais-tu si j'étais injuste?
- Si tu étais injuste et que je puisse t'aimer ce n'est pas toi que j'aimerais.
(...)
- M'aimerais-tu, jeune et insouciante?
- Je meurs d'envie de dire oui.
mardi 5 janvier 2010
Eric Rohmer
Je viens de revoir un vieux (résolument moderne) film de Eric Rohmer , le premier des six films de sa collection Comédies et Proverbes (série qui vient après les Contes Moraux) : La femme de l'aviateur ou "On ne saurait penser à rien". Toujours cette poursuite de l'exploration des jeux et des hasard amoureux. C'est très émouvant de voir Philippe Marlaud qui n'aura pas eu le temps de faire carrière dans le cinéma. Il est mort en 1981, il avait 22 ans, un an après avoir tourné dans ce film, brûlé lors d'un incendie dans sa tente de camping.
Je ne me lasserai jamais des films de ce cinéaste. Et je n'ai pas pu m'empêcher de faire un lien entre Eric Rohmer et Philippe Annocque. J'aurai très bien imaginé Rohmer tirer un film de Une affaire de regard. Le ton de ce livre, son écriture, se prêteraient bien à ceux des films de Rohmer.
Le sous-titre "On ne saurait penser à rien" est l'antithèse de l'oeuvre d'Alfred de Musset "On ne saurait penser à tout".
Et cette phrase de François (Philippe Marlaud) - "Vous commencez à me faire douter de tout. D'ailleurs je me demande si je rêve ou si je suis éveillé" - me fait penser à Herbert dans le roman de Philippe Annocque.
C'est ma lecture, c'est ma vision, peut-être sont-elles subjectives mais j'en parle objectivement.
Je ne me lasserai jamais des films de ce cinéaste. Et je n'ai pas pu m'empêcher de faire un lien entre Eric Rohmer et Philippe Annocque. J'aurai très bien imaginé Rohmer tirer un film de Une affaire de regard. Le ton de ce livre, son écriture, se prêteraient bien à ceux des films de Rohmer.
Le sous-titre "On ne saurait penser à rien" est l'antithèse de l'oeuvre d'Alfred de Musset "On ne saurait penser à tout".
Et cette phrase de François (Philippe Marlaud) - "Vous commencez à me faire douter de tout. D'ailleurs je me demande si je rêve ou si je suis éveillé" - me fait penser à Herbert dans le roman de Philippe Annocque.
C'est ma lecture, c'est ma vision, peut-être sont-elles subjectives mais j'en parle objectivement.
Il est des jours heureux
Trois livres dans ma boîte à lettres ce matin!
Liquide de Philippe Annocque que j'avais commandé et dont je reparlai sûrement et Le roi du bois et Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon qu'un ami très cher vient de m'envoyer. En lisant les 4èmes de couverture je comprends que cet ami a encore fait preuve de délicatesse et de sensibilité en choisissant ces deux ouvrages puisque l'un évoque le peintre Claude Gellée dit le Lorrain et l'autre Vincent Van Gogh qui disait "Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparussent comme des apparitions."
Oui, il est des jours heureux qui mettent de la chaleur dans un matin gelé mais néanmoins lumineux. J'aurai dû prévoir que la matinée allait être magnifique en regardant le soleil se lever (ce que je fais trop rarement) : au loin je voyais les hauteurs boisées du Mont Frugy éclairées d'une lumière orangée; c'était tellement beau que j'ai pensé un instant prendre mon appareil de photo et je me suis ravisée, me disant : çà ne pourra jamais être aussi beau que ce que je vois.
Liquide de Philippe Annocque que j'avais commandé et dont je reparlai sûrement et Le roi du bois et Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon qu'un ami très cher vient de m'envoyer. En lisant les 4èmes de couverture je comprends que cet ami a encore fait preuve de délicatesse et de sensibilité en choisissant ces deux ouvrages puisque l'un évoque le peintre Claude Gellée dit le Lorrain et l'autre Vincent Van Gogh qui disait "Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparussent comme des apparitions."
Oui, il est des jours heureux qui mettent de la chaleur dans un matin gelé mais néanmoins lumineux. J'aurai dû prévoir que la matinée allait être magnifique en regardant le soleil se lever (ce que je fais trop rarement) : au loin je voyais les hauteurs boisées du Mont Frugy éclairées d'une lumière orangée; c'était tellement beau que j'ai pensé un instant prendre mon appareil de photo et je me suis ravisée, me disant : çà ne pourra jamais être aussi beau que ce que je vois.
lundi 4 janvier 2010
***
Déjeuner tardif et rapide au pub du coin après avoir fait la corvée de la semaine, remplir le frigo. Je m'oblige à sortir (et pourtant je voulais m'inspirer des résolutions de Virginia W.), pour continuer de m'habituer au bruit de la rue, des bistros, du percolateur, de la musique toujours trop forte et insupportable de leur foutue radio où il y a de la pub. Je les habitue tellement au silence mes oreilles.
En attendant ma quiche-salade verte je lis un article sur le nouveau film de Jeanne Campion, Bright Star, un film romantique sur les dernières années de la vie du poète John Keats et celle qui lui a inspiré ses plus beaux poèmes, Fanny Brawne. Je n'ai vu que le magnifique La leçon de Piano de cette cinéaste, ce dernier me tente.
Ma quiche arrive, je ferme le journal, je regarde la clientèle animée, des tablées d'hommes et de femmes qui travaillent et font la pause; ils parlent forts, ils ont l'air de parler boulot (de quoi d'autre pourraient-ils parler), avec un ton qui donne de l'importance à ce qu'ils disent, à ce qu'ils font. J'en vois une qui approuve en hochant de la tête tout ce que dit le type en face d'elle, qui, soit dit en passant a l'air d'un petit chef boudiné dans son costume et son gros noeud de cravate; costume et cravate noirs, on dirait un croque-mort.
Ils vont retourner bosser et moi je vais vite fait commander mon café, parce que je n'en peux plus de ce boucan. J'aurai mieux fait de me réchauffer un potage en écoutant Arnaud Laporte dans le calme bienfaiteur de mon sweet home. Mais bon, j'applique tellement facilement la résolution de Virginia "... ne pas m'obliger à sortir, mais rester plutôt seule à lire tranquillement dans l'atelier..." que parfois j'ai besoin de vérifier que je suis encore capable de m'intéresser au monde qui m'entoure.
En attendant ma quiche-salade verte je lis un article sur le nouveau film de Jeanne Campion, Bright Star, un film romantique sur les dernières années de la vie du poète John Keats et celle qui lui a inspiré ses plus beaux poèmes, Fanny Brawne. Je n'ai vu que le magnifique La leçon de Piano de cette cinéaste, ce dernier me tente.
Ma quiche arrive, je ferme le journal, je regarde la clientèle animée, des tablées d'hommes et de femmes qui travaillent et font la pause; ils parlent forts, ils ont l'air de parler boulot (de quoi d'autre pourraient-ils parler), avec un ton qui donne de l'importance à ce qu'ils disent, à ce qu'ils font. J'en vois une qui approuve en hochant de la tête tout ce que dit le type en face d'elle, qui, soit dit en passant a l'air d'un petit chef boudiné dans son costume et son gros noeud de cravate; costume et cravate noirs, on dirait un croque-mort.
Ils vont retourner bosser et moi je vais vite fait commander mon café, parce que je n'en peux plus de ce boucan. J'aurai mieux fait de me réchauffer un potage en écoutant Arnaud Laporte dans le calme bienfaiteur de mon sweet home. Mais bon, j'applique tellement facilement la résolution de Virginia "... ne pas m'obliger à sortir, mais rester plutôt seule à lire tranquillement dans l'atelier..." que parfois j'ai besoin de vérifier que je suis encore capable de m'intéresser au monde qui m'entoure.
Résolutions, Virginia Woolf
Vendredi 2 janvier 1931.
C'est le renversement du cours des saisons. Les jours allongent. Aujourd'hui il a fait beau d'un bout à l'autre de la journée, première belle journée que nous ayons eue, je crois, depuis que nous sommes là. J'ai fait ma première promenade jusqu'à Northease et, à trois heures, j'ai vu une lune mince et pâle qui naviguait dans le ciel d'un bleu sans mélange, au-dessus de vastes étendues de champs nivelés par la brume, à se croire en juin, au petit matin.
Voici mes résolutions pour les trois mois qui viennent, premier tour de piste de l'année :
D'abord, n'en prendre aucune. Ne pas s'engager. Ensuite, défendre ma liberté et me ménager; ne pas m'obliger à sortir, mais rester plutôt seule à lire tranquillement dans l'atelier...
Mener Les Vagues à bonne fin.
Ne pas me soucier de gagner de l'argent.
En ce qui concerne Nelly, maîtriser mon exaspération en me persuadant bien que rien ne mérite que l'on cède à l'exaspération. Si Nelly commence à m'exaspérer, la renvoyer (...).
Puis... enfin, la résolution qui vient en tête est la plus importante : s'abstenir de toute résolution. Tantôt lire, tantôt ne pas lire. Sortir, oui : mais savoir rester à la maison même si je suis invitée. Quant à l'élégance, je compte faire l'achat de vêtements soignés.
Virginia Woolf, Journal intégral.
C'est le renversement du cours des saisons. Les jours allongent. Aujourd'hui il a fait beau d'un bout à l'autre de la journée, première belle journée que nous ayons eue, je crois, depuis que nous sommes là. J'ai fait ma première promenade jusqu'à Northease et, à trois heures, j'ai vu une lune mince et pâle qui naviguait dans le ciel d'un bleu sans mélange, au-dessus de vastes étendues de champs nivelés par la brume, à se croire en juin, au petit matin.
Voici mes résolutions pour les trois mois qui viennent, premier tour de piste de l'année :
D'abord, n'en prendre aucune. Ne pas s'engager. Ensuite, défendre ma liberté et me ménager; ne pas m'obliger à sortir, mais rester plutôt seule à lire tranquillement dans l'atelier...
Mener Les Vagues à bonne fin.
Ne pas me soucier de gagner de l'argent.
En ce qui concerne Nelly, maîtriser mon exaspération en me persuadant bien que rien ne mérite que l'on cède à l'exaspération. Si Nelly commence à m'exaspérer, la renvoyer (...).
Puis... enfin, la résolution qui vient en tête est la plus importante : s'abstenir de toute résolution. Tantôt lire, tantôt ne pas lire. Sortir, oui : mais savoir rester à la maison même si je suis invitée. Quant à l'élégance, je compte faire l'achat de vêtements soignés.
Virginia Woolf, Journal intégral.
dimanche 3 janvier 2010
***
Non, non. Il ne faut pas. Il ne faut pas que je pense au temps qui passe.
Le temps ne compte pas, ne se compte pas.
Je viens de l'avoir au téléphone. "L'avenir n'existe plus pour moi" m'a-t-il dit. Puis il s'est ressaisi, comme s'il voulait me consoler (un comble) et m'a dit dans un petit rire : "Au jour le jour..." et je ne savais plus que lui dire. Je serrai le téléphone dans ma main. Les crabes marchent pourtant à reculons.
Le temps ne compte pas, ne se compte pas.
Je viens de l'avoir au téléphone. "L'avenir n'existe plus pour moi" m'a-t-il dit. Puis il s'est ressaisi, comme s'il voulait me consoler (un comble) et m'a dit dans un petit rire : "Au jour le jour..." et je ne savais plus que lui dire. Je serrai le téléphone dans ma main. Les crabes marchent pourtant à reculons.
De l'humour à l'ironie
Pourquoi j'aime l'humour teinté d'ironie en littérature alors que, souvent, l'humour en images sur un écran, ou entre amis, en famille, exprimé de vive voix me donne des démangeaisons. Sans doute parce que dans le premier cas c'est moi qui donne le ton de ce que je lis, ton qui est relié à une histoire, qui touche à ma sensibilité, et s'il me touche c'est qu'il est élégant, sans vulgarité (oh la gonflée); tandis que dans le second cas, c'est un visage que je vois, celui de la personne qui fait de l'humour, qui croit faire de l'humour avec une histoire plus ou moins drôle et dont je n'entends plus que la vulgarité du ton. D'ailleurs j'aime que le l'humour me fasse sourire plus que rire, qu'il m'invite à la réflexion; j'aime aussi l'idée qu'il n'y a que moi qui décèle cet humour derrière les mots, parce que, bien sûr, les autres lecteurs n'ont pas le même sens de l'humour que moi (oh la gonflée - bis - Narcisse quand tu nous tiens). Je suis allée voir chez les philosophes ce qu'ils pensent de l'humour et de l'ironie.
"L'humour est une caractéristique de l'âge adulte. L'enfant et l'adolescent en sont incapables." Olivier Reboul.
"L'ironie est une attitude profondément philosophique parce qu'on commence toujours en philosophie par le doute ou par l'étonnement : Platon disait "l'étonnement, l'émerveillement, c'est le sentiment tout à fait caractéristique du philosophe"
"Ainsi, l’ironie invite plus ou moins rudement l’interlocuteur à se prendre lui-même pour objet de réflexion. Et c’est par là qu’elle fait la transition vers l’humour.
En effet, l’humour est un rapport de soi à soi, et ce rapport n’est pas d’emblée conceptuel, mais affectif. La vieille formule tant ressassée: “se moquer de la philosophie, c’est encore philosopher” (et n’importe l’auteur!) révélait déjà ce rapport, cette mise à distance de soi, et la verticalité de ce dédoublement: une metaphilosophie par dessus une philosophie, de même qu’une vraie morale se moque d’une morale qu’elle surplombe.
(...)
Ainsi, l’humour est philosophique par excellence, en ce qu’il nous implique en personne, au lieu de prendre à l’extérieur ses objets. En cela, il constitue un test philosophique. Car le sérieux philosophique veut qu’on ne se prenne pas au sérieux. N’a pas le sens de l’humour quiconque abhorre l’hétérodérision et ne sait pas en faire son miel".
Et maintenant je vais écouter Des papous dans la tête, là ce n'est pas moi qui donne le ton et néanmoins çà me fait sourire.
"L'humour est une caractéristique de l'âge adulte. L'enfant et l'adolescent en sont incapables." Olivier Reboul.
"L'ironie est une attitude profondément philosophique parce qu'on commence toujours en philosophie par le doute ou par l'étonnement : Platon disait "l'étonnement, l'émerveillement, c'est le sentiment tout à fait caractéristique du philosophe"
"Ainsi, l’ironie invite plus ou moins rudement l’interlocuteur à se prendre lui-même pour objet de réflexion. Et c’est par là qu’elle fait la transition vers l’humour.
En effet, l’humour est un rapport de soi à soi, et ce rapport n’est pas d’emblée conceptuel, mais affectif. La vieille formule tant ressassée: “se moquer de la philosophie, c’est encore philosopher” (et n’importe l’auteur!) révélait déjà ce rapport, cette mise à distance de soi, et la verticalité de ce dédoublement: une metaphilosophie par dessus une philosophie, de même qu’une vraie morale se moque d’une morale qu’elle surplombe.
(...)
Ainsi, l’humour est philosophique par excellence, en ce qu’il nous implique en personne, au lieu de prendre à l’extérieur ses objets. En cela, il constitue un test philosophique. Car le sérieux philosophique veut qu’on ne se prenne pas au sérieux. N’a pas le sens de l’humour quiconque abhorre l’hétérodérision et ne sait pas en faire son miel".
Et maintenant je vais écouter Des papous dans la tête, là ce n'est pas moi qui donne le ton et néanmoins çà me fait sourire.
samedi 2 janvier 2010
La déraison de vivre
Ce matin la terre est gelée et mon cœur est brûlant, sans raison.
Le ciel est d'un bleu métallique et mon regard le traverse en douceur dans cette lumière glacée, sans raison.
Juste parce que je vis.
Bonheur de vivre, dans la déraison.
Libellés :
Déraison,
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Raison,
Réflexions
vendredi 1 janvier 2010
Bonnes résolutions...
"Toutes les fameuses résolutions prises à l’occasion de la nouvelle année nous engagent à plus de discipline, d’ordre, d’hygiène, de rigueur, alors que rien ne vaudrait mieux pour nous que de mettre plutôt notre petit système en vrac."
Eric Chevillard, L'autofictif.
Pourrais pas dire mieux! Je vais mettre un peu de bordel dans mon esprit trop "bien rangé".
C'est drôle, j'entendais tout à l'heure dans une redif. sur F. Culture, David Foenkinos parler de son livre La délicatesse et à un moment il parle de l'humour dans les romans en disant que c'était mal perçu. Il donnait alors l'exemple de Jean-Philippe Toussaint (youpi), faisant l'éloge de cet écrivain et de son humour. C'est fou çà! Il aurait pu parler de celui de Philippe Annocque du même coup.
(les gens tout de même).
Rajout le 18 mars 2012 : j'avais emprunté à la médiathèque La Délicatesse de Foenkinos, il m'est tombé des mains. Grosse déception.
Eric Chevillard, L'autofictif.
Pourrais pas dire mieux! Je vais mettre un peu de bordel dans mon esprit trop "bien rangé".
C'est drôle, j'entendais tout à l'heure dans une redif. sur F. Culture, David Foenkinos parler de son livre La délicatesse et à un moment il parle de l'humour dans les romans en disant que c'était mal perçu. Il donnait alors l'exemple de Jean-Philippe Toussaint (youpi), faisant l'éloge de cet écrivain et de son humour. C'est fou çà! Il aurait pu parler de celui de Philippe Annocque du même coup.
(les gens tout de même).
Rajout le 18 mars 2012 : j'avais emprunté à la médiathèque La Délicatesse de Foenkinos, il m'est tombé des mains. Grosse déception.
Philippe Annocque
Regard, d'après une photo de Olivier Roller
Un nom qu'on ne peut pas oublier quand on plonge dans un de ses livres. Et ces derniers jours j'ai eu du mal à sortir la tête du "Hublot" tellement j'étais à (au) fond dans son roman , Une affaire de regard*. Une nouvelle fois je jubilais en découvrant un écrivain et en fermant mon livre tout à l'heure je ne pensais qu'à une chose : vite, lire le suivant, parce que se dire en arrivant à la dernière page qu'on aimerait qu'il fut sans fin, c'est assez rare pour vouloir lire tous les autres! C'est donc que ma jubilation est grande puisqu'il m'arrive le même "truc" qu'avec Jean-Philippe Toussaint (mon chouchou contemporain) : vérifier que ses autres ouvrages me procurent le même plaisir. Philippe Annocque n'aimerait sans doute pas que je fasse un rapprochement avec Toussaint et il aurait raison car un écrivain est toujours quelqu'un de singulier, d'incomparable, mais, justement, c'est pour cela que je parle aussi de Toussaint en parlant de Annocque. (C'est confus ce que je dis mais je me comprends;o))
Une affaire de regard est le premier roman de l'auteur. Le narrateur parle de lui à la troisième personne "Il" et j'avoue que souvent j'avais très envie de croire au "Je". Dans les quelques critiques que j'aie lues de ce livre on parle parfois d'échec dans tout ce qu'entreprend le narrateur, de dérision de ce regard qu'il porte sur lui-même. Je n'ai pas vraiment ressenti cela, j'y ai vu comme une éducation sentimentale (je voudrai bien mais j'y arrive pas) au sortir de l'adolescence, avec ses inquiétudes, son humour, ses questions existentielles, son introspection, sans complaisance. "Il" apprend la vie avec tous ses questionnements, des plus simples aux plus fouillés. J'y ai lu de la douceur, de la délicatesse, de l'ironie sur ce regard porté sur lui-même, je suis rentrée à fond dans les pensées de ce narrateur, ses incertitudes et séduite par le style de l'auteur. Et j'ai ri et souri, souvent, y trouvant beaucoup de fraîcheur, une légèreté profonde et un humour bien particulier, qui m'a séduite.
"En même temps, il n'est pas là. Et il est content, d'une certaine manière de n'être pas là, d'être ailleurs, nulle part, disons quelque part en lui-même; là finalement on n'est pas mal, là finalement on est plutôt bien".
"Il est normal que l'on voie les choses sous un angle différent au réveil, que minuit et neuf heures du matin sont des heures de nature, trop différentes. Maintenant que l'un l'a rassuré un autre peut plaisanter sur l'heure qu'il faudra conseiller au lecteur, en 4ème de couverture, pour qu'il puisse apprécier l'oeuvre dans les meilleures conditions".
"Et il est bien amené à faire un sort au langage lui-même; il ne doute pas au fond de lui, il s'en rend bien compte, que la plupart des gens ne doivent pas, ne peuvent pas avoir une pensée de nature aussi verbale, et que le verbe qu'il nourrit en lui et qu'il exerce à exprimer au plus près de la réalité, en cela même qu'il est le verbe, le coupe de cette réalité et lui en évite les heurts".
"... et déjà il se voit écrire (...) il se voit (...) en train de poursuivre son oeuvre, disons de poursuivre, mais surtout en train de."
C'est difficile de sortir des extraits de leur contexte pour en saisir le ton qui est celui du roman dans sa totalité. Il faut absolument le lire, entièrement.
* Une affaire de regard, Philippe Annocque (Le Seuil, 2001). Ici
2010, passons à autre chose
Jean-Michel Basquiat fait partir des pionniers de l'art contemporain. C'est un artiste surdoué, originaire d'Haïti, qui exerce son talent sur les murs de New York. Ami d'Andy Warhol, ses peintures s'arrachent à prix d'or. Et pourtant, malgré ce succès, Basquiat souffre. Souffrance qui le mènera à la mort en 1988, il allait avoir 27ans.
J'ai passé le réveillon avec le DVD du film que Julian Schnabel a réalisé pour lui rendre hommage. Jeffrey Wright est magistral dans son interprétation de l'artiste.
"Pourquoi attachons-nous tant d'importance à l'Art? Les pauvres respectent les peintres parce qu'ils se sortent honnêtement des bas-fonds, se servant d'eux-mêmes comme moyen d'expression. L'argent gagné étant la preuve pure et simple de la valeur de l'artiste. L'oeuvre du taulard au mur, chez sa mère, prouve que le beau est possible, même chez les plus déshérités. Et c'est bien une idée différente de la théorie, très chic, que l'art est une arnaque. Allez expliquer à qui se sert du don de Dieu pour asservir, que vous vous en êtes servi pour être libre." Jean-Michel Basquiat.
Interview de l'artiste dans son atelier.
- Pourriez-vous déchiffrer ceci pour nous lui demande le journaliste en lui montrant un de ses tableaux?
- Déchiffrer? C'est des mots.
- J'entends bien. Des mots de qui? Je veux dire d'où les tenez-vous?
- Vous demanderiez à un musicien, à Miles Davis "d'où tenez-vous cette note?" D'où tenez-vous les mots que vous employez?
- Effectivement. Et ceci? Les trois cercles?
- Là? C'est une puce.
- On dirait une poule.
- Croyez moi c'est une puce.
- Et là? Dans ce cadre noir?
- Ce sont des parasites.
- Puce, parasites. Et 46, 47?
- C'est écrit dessus : des sangsues. Les numéros 46 et 47 de la liste de toutes les sangsues de la planète.
- La différence entre les trois?
- Entre puce, parasite et sangsue? Pratiquement aucune.
- Pourquoi le tracé des gens est si grossier?
- Parce que la plupart des gens sont généralement grossiers. Je connais peu de gens raffinés.
- Vous définiriez-vous comme un expressionniste primal?
(Basquiat regarde le journaliste dans les yeux avec un sourire méprisant)
- Vous voulez dire, un primate? Un singe?
(Le journaliste ne se démonte pas)
- Etes-vous un peintre ou un peintre black?
(Basquiat ironique)
- J'utilise plein d'autres couleurs. Ce serait plutôt créole et par créole j'entends un mélange d'Africain et d'Européen, comme le français qui parle un Africain en Haïti.
- Votre père est Haïtien.
- Yès.
- Que faites-vous quand on vous traite de "négrillon du monde de l'Art?"
- Qui a dit çà?
- The Time Magazine.
(Basquiat de plus en plus ironique)
- Non c'était "l'Eddie Murphy du monde de l'Art".
- Oh, je me suis trompé. Passons à autre chose...
(Et l'interview continue).
J'ai passé un chouette réveillon. Je ne me sens bien qu'en compagnie des artistes.
Je vais devoir aussi passer à autre chose dans quelques heures : téléphoner à M. J'espère que la nuit va m'inspirer pour trouver les mots de réconfort... Je vais peut-être attendre midi et boire un peu de champagne pour me donner du courage, avant de décrocher le téléphone.
- Déchiffrer? C'est des mots.
- J'entends bien. Des mots de qui? Je veux dire d'où les tenez-vous?
- Vous demanderiez à un musicien, à Miles Davis "d'où tenez-vous cette note?" D'où tenez-vous les mots que vous employez?
- Effectivement. Et ceci? Les trois cercles?
- Là? C'est une puce.
- On dirait une poule.
- Croyez moi c'est une puce.
- Et là? Dans ce cadre noir?
- Ce sont des parasites.
- Puce, parasites. Et 46, 47?
- C'est écrit dessus : des sangsues. Les numéros 46 et 47 de la liste de toutes les sangsues de la planète.
- La différence entre les trois?
- Entre puce, parasite et sangsue? Pratiquement aucune.
- Pourquoi le tracé des gens est si grossier?
- Parce que la plupart des gens sont généralement grossiers. Je connais peu de gens raffinés.
- Vous définiriez-vous comme un expressionniste primal?
(Basquiat regarde le journaliste dans les yeux avec un sourire méprisant)
- Vous voulez dire, un primate? Un singe?
(Le journaliste ne se démonte pas)
- Etes-vous un peintre ou un peintre black?
(Basquiat ironique)
- J'utilise plein d'autres couleurs. Ce serait plutôt créole et par créole j'entends un mélange d'Africain et d'Européen, comme le français qui parle un Africain en Haïti.
- Votre père est Haïtien.
- Yès.
- Que faites-vous quand on vous traite de "négrillon du monde de l'Art?"
- Qui a dit çà?
- The Time Magazine.
(Basquiat de plus en plus ironique)
- Non c'était "l'Eddie Murphy du monde de l'Art".
- Oh, je me suis trompé. Passons à autre chose...
(Et l'interview continue).
J'ai passé un chouette réveillon. Je ne me sens bien qu'en compagnie des artistes.
Je vais devoir aussi passer à autre chose dans quelques heures : téléphoner à M. J'espère que la nuit va m'inspirer pour trouver les mots de réconfort... Je vais peut-être attendre midi et boire un peu de champagne pour me donner du courage, avant de décrocher le téléphone.
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Saint Sylvestre
jeudi 31 décembre 2009
Saint Sylvestre
"Je n'aime pas le 31 décembre. Ou plutôt je l'ignore, superbement. Je n'invite pas et décline les invitations. Je préfère la solitude. J'ai horreur de toutes les liesses, surtout les récurrentes. D'ailleurs, c'est simple, mes mots et moi, nous traversons, comme des amnésiques, tous les calendriers. Nos jours de fêtes sont d'une autre espèce. Ce qui les détermine c'est la rencontre d'une écriture ou d'une femme, du corps de l'une dans le corps de l'autre. Il n'y a pas d'almanach pour çà. Le calendrier est aussi la cause, chez mes semblables, de quelque accès de fièvre chronique, tournant autour du pont. Faire ou ne pas faire le pont, c'est la question qui hante tous les esprits, certains en tombent malades. Ils voudraient bien vivre de pont en pont, même quand ils ont le pont triste, désoeuvré. En général, dans nos sociétés, où les riches vies intérieures sont une rareté, les grands ponts s'écroulent sitôt qu'on les jette, ou qu'on les franchit. Ils ne relient à rien, sauf à l'Ennui.
Cela me semble terriblement suspect, une joie à date fixe, après quoi la quotidienneté revenue n'en est que plus pesante, ou misérable, jusqu'à la prochaine fois. (...) Les ponts sont sans cesse coupés entre le désir du corps et celui de l'esprit.
Jusqu'à présent, je ne vois que la puissance du langage qui soit en mesure de promettre à cet homme la "permanence de l'exception", pour peu que son corps soit habité par cette puissance."
Marcel Moreau, Une philosophie à coups de rein.
(De la danse du sens des mots dans la vie organique).
Cela me semble terriblement suspect, une joie à date fixe, après quoi la quotidienneté revenue n'en est que plus pesante, ou misérable, jusqu'à la prochaine fois. (...) Les ponts sont sans cesse coupés entre le désir du corps et celui de l'esprit.
Jusqu'à présent, je ne vois que la puissance du langage qui soit en mesure de promettre à cet homme la "permanence de l'exception", pour peu que son corps soit habité par cette puissance."
Marcel Moreau, Une philosophie à coups de rein.
(De la danse du sens des mots dans la vie organique).
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mercredi 30 décembre 2009
Les lumières de la ville

Nous avons pris un thé dans le plus vieux Café de la ville, mais je n'ai pas entendu les pas de Max Jacob qui avait son appartement au-dessus de nos têtes!
- Qu'as-tu fait le soir de Noël me demande-t-elle?
- J'ai regardé un DVD emprunté à la médiathèque.
- C'était quoi?
- Le Cri de la soie avec Marie Trintignant.
- Ah, je l'ai vu à la télé il y a longtemps, je n'avais pas aimé.
- Vraiment? Je l'avais adoré, j'ai voulu le revoir. Quelle sensualité dans ce fétichisme de la soie, cette femme qui s'évanouit de désir en touchant, en froissant la soie. Çà me donne des frissons.
- Ah bon! Je crois que je ne l'avais même pas regardé jusqu'au bout.
- Et toi qu'as-tu fait pour Noël?
- J'ai regardé "La télé est à vous" (sic).
- Ah! C'était bien?
- Bof.
- Pourquoi n'as-tu pas regardé Les lumières de la ville, il passait sur Arte? Moi je l'ai vu tant de fois que j'ai préféré regarder mon DVD, mais c'est un chouette film.
- C'est avec qui?
- Charlie Chaplin voyons. Dans le film c'est un vagabond qui s'éprend d'une aveugle. Elle le prend pour un homme riche... (je ne voulais pas m'étendre en explications, déjà qu'elle comprend rien).
- Merci, encore un film muet sans doute.
(Je reste sans voix). Puis on se quitte.
En longeant la rivière de l'Odet je vois les lumières de la ville, je traverse le pont Max Jacob, je me retourne pour voir la cathédrale illuminée, j'enfonce mes mains dans les poches, l'air est doux et humide et çà clignote dans ma tête; je cherche quel DVD je vais emprunter demain pour mon réveillon.
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