lundi 18 février 2013

Respirer, oublier, vivre

Il faut que j'écrive rapidement ici, n'importe quoi, pour échapper à mes interrogations existentielles. Dérision des blogs et... de ce que j'écris. Derrière l'écran, des êtres de chair et de sang. L'écran comme bouée de sauvetage? Pour se noyer il n'y a pas mieux! Mes pensées se bousculent au portillon depuis hier et, cette tristesse d'une disparition.

La journée était ensoleillée, lumineuse, il ne fallait pas sombrer, cesser de cogiter, j'ai regardé le ciel au lieu de regarder ma balle, j'ai joué comme un pied mais je respirais... j'oubliais*... je vivais.

En rentrant, ces "fumées" dans le ciel qui me ramènent toujours vers toi, mon "fumeur de havanes".


Hier j'ai planté ces rouges-gorges en tôle dans un pot, ça c'est du concret. Vont-ils attirer les vrais piou-piou?


* On n'oublie jamais...

dimanche 17 février 2013

Hommage

C'est dimanche, un beau dimanche ensoleillé et je viens d'apprendre la nouvelle.
Je suis bouleversée.
Dominique Chaussois nous a quitté.
Je n'étais pas fidèle pour commenter ses billets mais j'étais une fidèle lectrice.  Le contenu de ses billets m'importait plus que les commentaires qu'ils suscitaient.
Je m'inquiétais ces dernières semaines, ces derniers jours de son absence, pressentant une mélancolie, mais pas un instant je n'ai pensé qu'il pouvait nous avoir définitivement quitté. Il y a dix jours il répondait encore à un commentaire...

Je récuse l'appellation de "virtuels" pour parler des relations , des échanges via les blogs. Nous choisissons nos blogs et par là leurs auteurs, parce que nous les aimons.

Mes sincères condoléances à sa famille, ses proches amis qui ne me connaissent pas.

Pour lui, là où il est, une phrase de cet auteur qu'il aimait :

« Les mots sont une vie indépendante de notre raison. Jouer avec eux nous révèle un monde étrange qui pourtant est le nôtre. »

Robert Pinget, Monsieur Songe.

On meurt donc aussi sur la Toile c'est bien la preuve que l'écran est vivant. Non? Naïve je suis, naïve je resterai! Il est de ceux dont j'aurais aimé croiser le chemin...

samedi 16 février 2013

"C'est quoi être naturel dans un monde d'artifices?"

Hier soir vu la deuxième partie du Regard Aveugle de Fayçal A. Bentahar.

La première partie m'avait touchée : beauté des images, des personnages et du regard généreux du cinéaste.
Moi aussi j'aime "le petit cinéma" surtout quand il est Grand.
Émotion, des séquences magnifiques : beauté du carreleur philosophe; la conversation sous l'arbre "aux oiseaux", la solitude de l'aveugle "musicien"... les couleurs de la terre marocaine... il y a tant à dire.

La seconde n'a fait que conforter mes premières impressions.
Je ne saurai pas en parler savamment et puis tout est simplement beau.
Mais c'est déjà trop dire que d'en parler. Le silence s'impose, place au regard... ouvert. Film lumineux.


(Cliquer pour agrandir)

"Un jeune vidéaste tangérois, traverse une période de spleen et manque d'inspiration, suite à une rupture sentimentale. Remettant en question son désir même de filmer sa propre ville, il va être poussé par des amis à retourner au Sud, plus précisément à Agdz, un village de la Vallée du Drâa, où jadis le tournage d'un premier film autour d'une fille aveugle, vira à l'échec.

Voyage incertain, ouvert, s'écrivant au fur et à mesure d'un devenir hasardeux, ce retour s'avère pourtant un cheminement où la rencontre avec sa propre solitude, la nature et l'amitié des autres devient, et pour son regard, et pour son désir de cinéma, rédemptrice, bien que sous un angle tout à fait imprévu..."


Fayçal A. Bentahar a mis en ligne gracieusement Le Regard Aveugle... pour le plus grand plaisir des yeux :

Fraction 1
Fraction 2

"La beauté est vérité, la vérité beauté" (Keats)

vendredi 15 février 2013

***

Plus envie de faire aucun effort, d'aucune sorte.
La coupe est pleine.

jeudi 14 février 2013

Lire aux cabinets (suite)

Bien vu Chevillard :

"Têtes grises ou blanches (rousses quelquefois, mais on ne me la fait pas) seules moutonnent désormais dans les rangs des théâtres et les auditoires des rencontres littéraires… Quelques marées encore et il n’y aura plus que des crânes qui tintent dans des gradins de catacombes."

Eric Chevillard, L'autofictif, post 1829.

Voilà l'auteur que je lis au waterre (0_0), je n'invente rien. Ben oui, il ne faut pas se prendre la tête ("grise ou blanche ou rousse") au Petit Coin. Tsss!

Vestiges...

... d'une Saint Valentin à Jersey, 14 février 1978!



You're Mine
To my Love
Love is Lovely


(Celle-ci sans flash pour voir les inscriptions)

Aujourd'hui, ils sont dans mes cabinets [Rires].

mercredi 13 février 2013

Il faut se laisser aller!

Hôtel
Cabinets avec vue...
... sur le lac!
Au petit-coin place à la méditation, à la rêverie, à l'introspection.



"Le fait que vous lisiez tel genre de littérature aux cabinets et tel autre ailleurs devrait être lourd de sens pour le psychiatre. Le fait même que vous lisiez ou que vous ne lisiez pas aux cabinets devrait être lourd de sens pour lui. On ne parle malheureusement pas assez de tels problèmes. On estime que ce que chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n'en est rien. Cela concerne l'univers tout entier."
4e de couverture.
Henry Miller, in Lire aux cabinets, éditions Allia.



J'ai emprunté ce charmant ouvrage - minuscule, 50 pages - à la bibliothèque. En note à la fin du livre :

"Lire aux cabinets ("Reading in the Toilet") constitue le chapitre 13 des Livres de ma vie (The Books in my life), publié originellement à New York (New Directions) en 1952 et traduit en 1957 aux éditions Gallimard. "Ce livre a été un échec en Amérique, mais je l'aime beaucoup. J'avais même l'intention d'écrire un deuxième tome", confia Miller (Flash-Back, Stock, 1976). Ce second volume, qui aurait rassemblé des textes sur Gilles de Rais, Céline, la pornographie, etc. ne vit jamais le jour."

Extraits :

" Il existe  un aspect de la lecture qui vaut, je crois, qu'on s'y étende un peu, car il s'agit d'une habitude très répandue et dont, à ma connaissance, on a dit bien peu de choses... je veux parler du fait de lire aux cabinets. Quand j'étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets. Depuis ce temps de ma jeunesse, je n'ai plus jamais lu aux cabinets. Quand je cherche la paix et la tranquillité pour lire, je m'en vais dans les bois. Je ne connais pas de meilleur endroit pour lire un bon livre que dans les profondeurs d'une forêt. De préférence auprès d'un torrent.
[...]
D'après ce que j'ai pu glaner au cours de conversations avec mes amis intimes, ce qu'on lit aux cabinets,  c'est presque toujours de la lecture futile. Ce que les gens emmènent pour lire aux cabinets, ce sont des digests, les magazines illustrés, les feuilletons, les romans policiers ou les romans d'aventure, tout le rebut de la littérature. Il paraît qu'il y a des gens qui ont une étagère avec des livres dans leurs cabinets.
[...]
Je crois que c’est le moment de placer un conseil sûr. Si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un médecin herboriste chinois ! Ne lisez pas pour distraire votre esprit de l’opération en cours. Ce qu’aime le système autonome, et ce à quoi il répond, c’est à une concentration profonde, que ce soit sur le fait de manger, de dormir, d’évacuer, ou de ce que l’on voudra. Si vous ne pouvez pas manger, ou si vous ne pouvez pas dormir, c’est parce que quelque chose vous préoccupe. Vous avez quelque chose « dans la tête », autrement dit, là où il ne faudrait pas. La même chose vaut pour la selle.  Débarrassez votre esprit de tout ce qui n’est pas l’affaire en cours. Quoi que vous fassiez, abordez-le avec un esprit libre et une conscience nette. C'est un conseil vieux comme le monde, mais sûr. La méthode moderne c'est d'essayer plusieurs choses à la fois, afin "d'utiliser son temps au maximum", comme on dit. C'est une méthode profondément malsaine, contraire à l'hygiène et inefficace. Il faut se laisser aller! "Occupez-vous des petites choses et les grandes se feront d'elles-mêmes."
[...]
Si chaque instant de la vie est tellement précieux à vos yeux, si vous tenez absolument à vous persuader que la portion de sa vie que l'on passe chaque jour aux cabinets n'est pas négligeable - certaines personnes préfèrent "w.-c." ou "Petit Coin" à cabinets - alors demandez-vous au moment où vous vous saisirez de votre lecture favorite : est-ce que j'ai besoin de ça? Pourquoi?
[...]
[...] recouvrir les murs du waterre comme disent les Français, avec des tableaux. Comme c'est agréable, reposant, calmant et instructif, tandis que l'on répond à l'appel de la nature, de laisser son oeil errer sur quelques chefs-d'oeuvre choisis de l'art!"

Un moment délicieux que cette lecture, trop brève et qui me donne envie d'aller lire les autres chapitres de son, Livres de ma vie, mais pas dans mes cabinets!



dimanche 10 février 2013

La saveur et le savoir

Le Gai Savoir.

Sujet du jour :

Noces d’Albert Camus.

« Ici même, je sais que jamais je ne m’approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. »
Albert Camus, in Noces.

"Noces est le plus beau texte de Camus, le plus léger, le plus dense, le plus chatoyant et le plus profond. Faut-il que cet homme ait du génie pour avoir commencé son oeuvre par un texte qui en est aussi le dernier mot ! Faut-il adorer la vie pour mêler à ce point la saveur et le savoir... Mais est-ce en nous le sage ou l’adolescent qui aime tant ces textes et leurs sanglots de soleil ? C’est indécidable, et quelle importance?
[...]L’amour est « difficultueux », l’amour ne va pas de soi, l’amour n’est pas un don du ciel, l’amour est un don de la terre, c’est un don difficile, c’est un apprentissage, ça passe par le silence, il faut aimer sa mère qui ne nous parle pas, il faut aimer le monde qui ne nous dit rien, il faut aimer les hommes dont l’existence pourtant peut être aisément sacrifiée au bien-être de mon égoïsme. L’amour c’est un effort mais c’est un effort qui culmine dans un oubli de soi, où l’on retrouve la gloire c’est-à-dire le droit d’aimer sans mesure."

Dixit Raphaël Enthoven.


Soixante minutes de soleil dans un dimanche au silence assourdissant.

***

Parvenir à apprivoiser le silence.
S'en faire un allié plutôt qu'un ennemi.
Se libérer de son poids quand il devient trop lourd.
L'évacuer, dans un cri.

vendredi 8 février 2013

Spleen, énième

ENIVREZ-VOUS

Il faut toujours être ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas  les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Baudelaire, Petits Poëmes en prose (Le Spleen de Paris).


***

Mes nuits sont remplies de rêves dont je me souviens chaque matin. Je me les remémore tellement bien que je me demande si ce sont des rêves. Pourtant je sais que tu es mort papa, depuis si longtemps. Pourquoi es-tu venu me voir cette nuit? Cette fois je n'ai pas crié, je n'ai pas eu peur, je ne me suis pas réveillée en hurlant. C'était un doux rêve, tendre. Tu portais une barbe grise (tu n'as jamais eu de barbe), tu t'es assis dans mon canapé, je me suis assise près de toi, j'ai posé un baiser sur ton front (il était froid), tu as posé ta tête sur mon épaule, tu as fermé les yeux, tu es devenu tout blanc (comme quand tu avais la migraine), cadavérique, tu reposais contre moi... Puis je me suis aperçue que tu étais mort. C'était étrange, pas triste. Cette fois j'étais près de toi, j'avais pu t'embrasser avant que tu meures. La première fois que tu es mort, j'étais loin, je ne t'ai vu que dans la boîte.

Mes rêves m'épuisent.


Picasso, Le rêve 1932

jeudi 7 février 2013

***

Chaque nouvel achat est une promesse de vie.
Je dois l'amortir.
J'hésite pour les gros investissements.
Restons dans le court terme.

mardi 5 février 2013

Dans la tourmente, la lumière...



Allongés sur leur chaise longue deux touristes en cure somnolaient.
Derrière la baie vitrée je filmais la mer et le ciel; le vent soufflait en tempête.
Soudain apparut un arc-en-ciel.
Je tentais de leur faire ouvrir l'oeil et partager cet instant superbe en interpellant ces inconnus : "Vous avez vu l'arc-en-ciel?".
Peine perdue, aucune réponse, ils continuaient leur sieste.
Qu'auront-ils vu de leur séjour à la thalasso?
- Des jacuzzis; des salles de massages, de cardio-training, des vapeurs de sauna, des couloirs où ils traînent leurs tongs en peignoir, une tisanière où ils peuvent se désaltérer en espérant perdre quelques kilos superflus puis, lessivés par la balnéothérapie, les modelages, le hammam, ils s'endorment dans le salon de repos, face à une baie magnifique qu'ils n'apprécient sans doute que sous un ciel bleu. Celui d'aujourd'hui, tourmenté - où pluie et vent se disputaient l'honneur -, m'était réservé, pour moi toute seule. Le luxe n'est pas toujours où l'on croit.
Ô ce ciel, cette mer, ce vent qui siffle, cette pluie, quelle beauté!



Puis, je suis allée chercher une tisane (ben oui, je traîne mes tongs moi aussi et, gag, la tisane du jour s'appelait : Nuit d'été) et je suis revenue lire mon bouquin. En fait, il est resté sur mes genoux, je préférais regarder la pluie dégouliner sur les vitres et écouter siffler le vent. C'est incroyable d'ailleurs un vent qui siffle, on dirait vraiment un couvreur joyeux sur son toit.

dimanche 3 février 2013

Mariage... (suite)

"J'aime tellement les homosexuels que j'aimerais leur éviter le mariage."
Jean d'Ormesson

Les week-ends se suivent et se ressemblent, seules changent les convictions, et les partisans de la manif d'hier n'avaient pas du tout du tout le même look que ceux de la précédente! Oserai-je dire, moins sympathique? Hum!









Je ne savais même pas qu'il y avait cette manifestation. J'avais seulement prévu d'aller boire un chocolat au XXI où j'aime l'ambiance lycéenne. Je ne me sentais pas à l'aise parmi ces manifestants et, malchance, bon nombre d'entre eux se sont retrouvés dans ce même café où ils ont pris place avec une certaine fatuité, dans ce lieu même où ils ne mettent jamais les pieds... pour de mauvaises raisons sans doute. Le "couple" charmant et toujours accueillant s'est précipité pour prendre leur commande, de bonne grâce.
Près de ma table deux femmes chuchotaient en dégustant avec gourmandise leur chocolat viennois : "ils feraient mieux de manifester pour que les chômeurs trouvent du boulot"! Petit sourire complice.

Le matin j'aperçus par la fenêtre cette magnifique voiture : boudiou! elle ne rentrerait pas dans ma place de parking!




vendredi 1 février 2013

On ne vit bien que dans l'ombre

Marcel Jouhandeau, 1888-1979

Je n'ai rien lu de Marcel Jouhandeau, j'ai tout à apprendre sur cet écrivain, sa vie, son oeuvre.
J'ai emprunté à la bibliothèque Chronique d'une passion, attirée par le titre.
En 4e de couverture je lis :

"Chronique amoureuse que Jouhandeau avait d'abord publiée dans une édition confidentielle en 1938. Il fallut attendre 1964 pour qu'il la laisse paraître en édition courante.
Plus que jamais, dans ce livre, il se montre un écrivain de la passion. Son écriture a l'élégance de la glace et du feu; impatience, cynisme, tendresse, violence, profondeur, humour : ces divers états d'âme se fondent en un seul, miracle d'une éternelle adolescence du coeur et du corps."

J'ai pêché des informations sur Wikipédia, personnage ambigu, antisémite, ce dont il se défendra plus tard et on apprendra que  c'est Élise, sa femme, l'"antisémite forcenée".
"Élise meurt en 1971. Ce couple infernal occupe une place importante dans l'œuvre. Atteint de cécité, Jouhandeau cesse d'écrire en 1974.
À la fin de sa vie il assumera son homosexualité. Il en parle ouvertement dans divers ouvrages comme Chronique d'une passion, Du pur amour, Tirésias."

Ensuite j'ai écouté la Radioscopie de Jacques Chancel du :

08/09/1976 - 56min42s (extrait de quelques minutes ici)

"Marcel JOUHANDEAU, écrivain : se sent heureux, parle de ses parents, est âgé de 89 ans, comment il vit la vieillesse, évoque les souvenirs avec ses amis, sa femme, vit à l'écart au calme, sa philosophie, la sagesse, a fait le tour de sa vie. Dit n'avoir aucune imagination pour l'écriture, joue de l'orgue. Son prochain livre et les critiques de Claude GALLIMARD lui disant que ses livres ne se vendent plus, la postérité lui importe peu, les gens qu'il a blessés à travers ses écrits. Sa foi catholique, la qualité des écrivains du XVIIème siècle, propos sur la vieillesse, parle de l'enfant qu'il a adopté, la rancoeur de la ville de Guéret contre ses écrits, a été atteint par la mort de Paul MORAND et celle d'Henry de MONTHERLANT, sa rencontre avec André Gide, anecdote sur André MAUROIS, Max JACOB, comment il a connu Louis-Ferdinand CÉLINE, regarde le monde avec stupeur."

Puis l'interview de Bernard Pivot dans Apostrophes
 22/12/1978 - 01h00min02s (extrait ici)

"Numéro spécial d'Apostrophes, entièrement consacrée à Marcel JOUHANDEAU qui vient de fêter ses 90 ans. Devenu aveugle, il ne peut plus lire ni écrire, mais accepte cette situation avec sérénité. Bernard PIVOT s'entretient avec l'écrivain, chez lui. Marcel JOUHANDEAU évoque sa vie. Pivot insiste sur son homosexualité, des rapports terribles avec sa femme Élise, "les scènes de ménage, oh c'était délicieux, des écrivains qu'il a rencontré. Bernard PIVOT parle de la beauté de son style et cite des extraits de "Chaminadour" et de "Le gourdin d'Elise". La question du réel et de l'invention : "L'imagination ne me plaît pas, c'est une faculté pour laquelle je n'ai pas de respect". A la fin de l'émission Marcel JOUHANDEAU parle du livre qu'il considère comme son meilleur, une "Réflexion sur la vieillesse et la mort"."

Il faut consacrer un peu de temps pour les visionner (une heure chaque entretien et il faut être abonné  à l'INA pour voir l'intégralité mais ça vaut le coup).

J'ai trouvé cette autre vidéo sur la rts (radio télévision suisse) : "Les Jouhandeau" qui ne dure que 18 minutes, du 17 janvier 1963 et qui mérite vraiment qu'on prenne le temps de s'y attarder; non seulement l'écrivain y est interviewé mais également Élise, sa femme. Exceptionnel en effet ce document. J'oserai dire qu'entre ces deux êtres, s'il y a de l'amour, c'est de l'amour... vache :

"Ce reportage de l'émission Préfaces constitue un document exceptionnel. En effet, il entre dans l'intimité du décrié écrivain français Marcel Jouhandeau. Célèbre tant pour ses écrits que pour ses rapports tumultueux avec sa femme Élise qu'il rencontra dans les années 20 et qu'il épousa, malgré son homosexualité."

"Un être comblé par l'existence ne m'intéresse pas".
"On ne vit bien que dans l'ombre". (Tiens, j'entends mon père! Enfin non, lui disait souvent : pour vivre heureux vivons caché; ce n'est pas tout à fait la même chose).
"Ma réussite c'est d'être arrivé à me connaître et à n'être rien".

Marcel Jouhandeau se revendique comme chroniqueur et surtout pas romancier. "La réalité, la vérité" voilà ce qui lui importe. Mais je n'en sais pas assez car l'oeuvre est importante et mériterait sans doute que je ne m'en tienne pas qu'à un seul ouvrage.

"L'amour n'est qu'une occasion pour un orage d'éclater : Ivre et inassouvi, on n'étreint jamais que l'ombre de ce qu'on croit tenir : aussi, peu importe le simulacre, pourvu qu'on lui donne les noms les plus doux tour à tour ou les plus cruels .
Il suffit de ne pas oublier que chacun est seul avec son Désir, dont l'Objet est inaccessible. Caresse au moins ta Chimère, sans le secours de personne; elle n'est qu'en toi".
Page 15

"Le coeur malade, comment songer au plaisir? L'amour seul rend délicat tout ce qu'on peut souhaiter. Encore une fois, cependant, ce n'est pas l'amour qui m'attire au premier chef dans l'amour, mais quelque chose d'indicible et de pur, d'infini et de parfait que je finirai bien par y capter et par définir.

Ne m'attache que cet état sublime qui participe à la fois de la Sainteté et de la Damnation, où nous jette la Passion seule, à partir d'un certain degré, quand elle nous délivre de tout, de Dieu, du Monde et de nous-même, pour nous enchaîner absolument et à jamais à un seul être."
Page 26

 

lundi 28 janvier 2013

Sculptures contemporaines

Promenade dominicale

Je trouve que ces carcasses rouillées et autres épaves portuaires
pourraient remplacer avantageusement quelques sculptures contemporaines!






"Les sculptures permettent une vision nouvelle d'un lieu
et participent à un subtil dialogue avec leur environnement"






dimanche 27 janvier 2013

Passion, déraison

Je ne l'ai pas fait exprès, je ne les ai pas cherchées ces BD, elles étaient sur la table dans la salle de l'exposition que je visitais hier :

Exposition Biographie et Bande Dessinée de Maximilien Le Roy.

Nietzsche me poursuit...et Thoreau aussi!



Puis j'assistais à une "conférence musicale" sur J.S. Bach. C'était assez ardu, très pointu, pour musicologues avertis, heureusement que Glenn Gould est venu me réconforter. J'ai bien noté la définition de la passion :
"Émotion forte qui va à l'encontre de la raison".
Là, j'ai tout compris et, aussi pourquoi je fus si souvent, folle. Pfff! Rien que d'écrire le verbe être au passé, ça me fout le bourdon.

samedi 26 janvier 2013

Rupture mais pas d'Adieu

Aurore Ecce Homo Par-delà Bien et Mal Humain trop humain Le Gai savoir Ainsi parla Zarathoustra Naissance de la tragédie Eternel retour Surhomme Volonté de puissance Amor fati Dyonisos Schopenhauer Sils Maria Malwida Lou Overbeck Rée Peter Gast Burckhardt Wagner...

Cette nuit je ne sais pas si je rêvais ou si j'étais éveillée mais ces mots - et bien d'autres - tourbillonnaient en boucle dans ma tête et je ne pouvais m'en défaire. Je crois qu'il est temps que je quitte Nietzsche, il occupe mon esprit, mes pensées, mon coeur et mon âme depuis plus de deux ans. Depuis deux ans il est mon (mes) livre de chevet. Le jour je parvenais à lire d'autres auteurs, pour apaiser ma tension. Il est temps que je passe à autre chose même si, je sais maintenant, qu'il restera ancré-encré en moi à jamais. Je peux dire aujourd'hui que je ne suis pas nietzschéenne, je n'adhère pas à tout ce que j'ai pu lire, à tout ce que j'ai pu comprendre, mais tout m'a passionnée. En quittant Nietzsche, je quitte ma passion.

Et ce matin, déjà je me dédis, en écoutant Charles Sigel parler de Wagner et donc, évidemment de Nietzsche.

jeudi 24 janvier 2013

Les années se suivent...


Quel sentiment étrange : j'écoute Pascal Bruckner parler de sa dernière publication dans La Grande Librairie, La Maison des Anges* et au même moment, près de l'église "sur la place où tout est tranquille, où pas même ne paraît un chien", j'aperçois la Maraude et la queue des Sans Abris qui viennent pour boire une soupe pour se réchauffer. 
La réalité dépasse la fiction. Les "créatures de l'ombre" de Bruckner existent; ils sont là près de chez moi et je ne veux pas occulter cette misère.

* "Énorme ? Oui. Outrancier ? Aussi. Sujet à polémique ? Bien sûr. Et pourtant, le lecteur entre sans effraction dans cette Maison des Anges. Qui a le mérite et la vertu d'appuyer là où ça fait mal, et de mettre en lumière l'ambivalence et l'hypocrisie de tous, des cyniques aux charitables, des bobos aux humanitaires... ".

Que suis-je dans cette liste?

mercredi 23 janvier 2013

Des mots, une voix (2)


Revue de presse du Web

Ce qui a attiré mon attention ce matin...



Sergio Belluz. CH, La Suisse en kit. Xénia.

mardi 22 janvier 2013

Spleen, énième...

Le ciel, ce matin


"Presque toutes nos tristesses sont, je crois, des états de tension que nous éprouvons comme des paralysies, effrayés de ne plus nous sentir vivre. Nous sommes seuls alors avec cet inconnu qui est entré en nous, pouvant vous être de quelque secours ou utilité. De grandes et multiples tristesses auraient donc croisé votre route et leur seul passage, dites-vous, vous a ébranlé. De grâce, demandez-vous si ces grandes tristesses n’ont pas traversé le profond de vous-même, si elles n’ont pas changé beaucoup de choses en vous, si quelque point de votre être ne s’y est pas proprement transformé. Seules sont mauvaises et dangereuses les tristesses qu’on transporte dans la foule pour qu’elle les couvre. Telles ces maladies négligemment soignées et sottement, qui ne disparaissent qu’un temps pour reparaître ensuite plus redoutables que jamais.
[...] 


Car au fond, et précisément pour les choses les plus profondes et les plus importantes, nous sommes inqualifiablement seuls."

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète. 


lundi 21 janvier 2013

Chant funéraire

Eze, vue du Sentier de Nietzsche
Photo : creafrance 



Jour de ma vie!
Tu descends vers le soir
Déjà brille ton oeil
A demi brisé;
Déjà ruissellent les gouttes de ta rosée,
Parsemées comme des larmes;
Déjà s'étend, paisible sur la mer laiteuse,
Ta pourpre aimée,
Ta dernière, tardive sérénité...

Plus rien à l'entour que les vagues et leur jeu.
Ce qui jadis fut difficile
A sombré dans un oubli bleu.
Inactive, ma barque est là.

Orages, voyages, combien désappris!
Les désirs, les espoirs sont noyés,

L'âme et la mer sont lisses.
Septième solitude!
Jamais je ne sentis
Plus proche de moi la douce sécurité,
Plus chaud le rayon de soleil.
- La glace de mon sommet ne brille-t-elle pas encore?
Argenté, rapide, un poisson
Glisse et fuit au long de ma barque...

Friedrich Nietzsche, Poème*

* "Jamais héros blessé entonna-t-il sur lui-même un chant funéraire plus beau?"
Daniel Halévy, in Nietzsche.

samedi 19 janvier 2013

Mariage...

Photos du jour


Manif Mariage Pour Tous

Tenue de mariage...

... (0_0)

vendredi 18 janvier 2013

Journal

Une page par jour, je n'ai jamais réussi à m'y tenir en commençant ou recommençant un Journal. Mon quotidien ne m'apporte pas la semence nécessaire  pour le nourrir.
Il y a des jours sans et des jours avec.
Cette semaine j'ai écouté en podcast les émissions, Hors-champs de Laure Adler avec Philippe Sollers. Chaque jour 45 minutes jouissives : Sollers et ses femmes. J'ai compris beaucoup de choses en les écoutant, lui et L. Adler, parler de son écriture. J'ai compris pourquoi je n'ai jamais vraiment réussi à lire ses romans et ces entretiens m'ont donné l'envie d'une nouvelle tentative avec Portraits de femmes.
Je ris - et même parfois aux éclats, comme ici, à la minute 04, il parle de DSK et il imite un pigeon! - quand j'écoute Philippe Sollers. Un vrai bain de jouvence. Sollers, solaire, c'est du soleil dans mes oreilles.

"Ce que je veux dire est très simple. Une femme est faite ou non pour vous confronter à la vérité physique, à son abîme, à son sillage, à ses éclosions. Le corps libre et antisocial de « Guegna » acceptait le mien, c’est rare. L’une veut vous sortir vous faire voyager, une autre veut vous épouser, une troisième espère un enfant, une quatrième veut vous utiliser dans le marché d’animations culturelles et je ne parle pas de toutes celles qui veulent absolument écrire : trois romans dix recueils de poèmes, idéalisation, préciosité, romantisation. Celle-là au contraire a envie de moins s’ennuyer, aime la poésie vécue, les caresses le repos le sommeil les fleurs l’océan les arbres, les autres s’agitent, elle nage. En tant qu’homme vous avez gagné si, en plus de l’autorité souple qu’elle vous reconnaît, vous la faites rire et si vous devenez son frère, son partenaire de jeu et subrepticement, son enfant. Faites-vous aimer comme un enfant, espèce d’hommes, de là viennent parfois des liens indéfectibles."

Philippe Sollers, in Portraits de femmes, éditions Flammarion.

Des jours et des jours de pluie, pas une éclaircie dans le ciel gris. Trop d'heures devant cet écran, mon dos et mes articulations réclament des vacances. Bouger, je dois bouger pour dérouiller la bête. Repris des séances de piscine à la thalasso; quand je rentre dans l'eau (de mer) chaude mon corps se détend, sur le dos je ferme les yeux... si je pouvais mourir comme ça... en retrouvant la douceur du ventre de ma mère...

Hier après-midi, cinéma. Je n'irai plus au cinéma en semaine l'après-midi! Je voulais tester les nouvelles salles inaugurées à Noël; un complexe de huit salles avec tout ce que ce mot - affreux - "complexe" engendre... de commercial (complexe hôtelier, centre commercial et aujourd'hui des cinévilles) : halls immenses, des boissons et friandises dans des présentoirs, un petit coin salon avec des fauteuils, des tables hautes et tabourets de bar; avec un peu d'imagination je pouvais voir un tableau de Edward Hopper à travers ce décor. Dans la salle, de l'espace, des fauteuils confortables. Peu de monde, quelques retraité(e)s, comme moi. Tsss! Je m'installe et un couple (de retraités) se pointe à côté de moi. Mais bon sang, il y a de la place ailleurs; nous devons être une dizaine dans la salle immense. Après quelques publicités et bandes annonces des prochains films, la lumière s'éteint, le film commence : Alceste à bicyclette. Dès les premières images, la femme - à deux fauteuils du mien - rit, bêtement, elle glousse, même dans des situations où il n'y a pas lieu de rire; puis tous les deux se mettent à commenter, même pas à voix basse. C'est insupportable. Je tiens le coup dix minutes et je change de place, dans le noir. Je descends deux marches, me tords le pied (quelle c...loche) et je m'assois en bout d'une rangée où il n'y a personne. Mais c'est pas vrai! les deux femmes qui sont derrière moi commentent aussi et l'une dit carrément tout haut : "oh là là, le désordre" quand Luchini (Serge) montre sa chambre à Wilson (Gauthier). Je me demande ce qu'elle va comprendre à ce film. Bon, respirons un bon coup, restons zen, terminées les séances de ciné l'après-midi avec les vieux (même si j'en suis). Ô mon Champo tu me manques.
J'ai cependant réussi à me concentrer sur Alceste et Philinte. J'appréhende maintenant d'aller voir Luchini au cinéma, tellement il devient excessif à la télévision; je l'aimais tant et voilà qu'il m'agace. Je crains donc qu'il en fasse des tonnes dans les films. Eh bien non! Dans la maison il était épatant et dans Alceste à bicyclette aussi. Lambert Wilson l'est également. Et puis, il y a cette ravissante Italienne, Maya Sansa (Francesca) ; une voix, un sourire, un regard, une profondeur tout en sensibilité.
Ne lisez pas les mauvaises critiques de Télérama  ni des Inrocks, celle du Monde retranscrit ce que j'ai ressenti :  "Philippe Le Guay a écrit un film qui commence comme un pastiche pour s'épanouir ensuite en une comédie amère d'une discrète virtuosité." D'ailleurs, les critiques ne servent à rien. On va voir si on a envie... ou pas.

mercredi 16 janvier 2013

De, la simplicité

"Le triangle de ciel que je vois de ma place est dépouillé des nuages du jour. Gorgé d'étoiles, il frémit sous un souffle pur et les ailes feutrées de la nuit battent lentement autour de moi. Jusqu'où ira cette nuit où je ne m'appartiens plus? Il y a une vertu dangereuse dans le mot simplicité. Et cette nuit, je comprends qu'on puisse vouloir mourir parce que, au regard d'une certaine transparence de la vie, plus rien n'a d'importance. Un homme souffre et subit malheurs sur malheurs. Il les supporte, s'installe dans son destin. On l'estime. Et puis, un soir, rien : il rencontre un ami qu'il a beaucoup aimé. Celui-ci lui parle distraitement. En rentrant, l'homme se tue. On parle ensuite de chagrins intimes et de drame secret. Non. Et s'il faut absolument une cause, il s'est tué parce qu'un ami lui a parlé distraitement*. Ainsi, chaque fois qu'il m'a semblé éprouver le sens profond du monde, c'est sa simplicité qui m'a toujours bouleversé."

Albert Camus, in L'Envers et L'Endroit, Gallimard 1958, collection Folio/Essais 2012.

* J'ai souligné cette phrase en gras car elle m'a fait penser à ce "C'est bien...ça" (qui signe la rupture d'une amitié) du film dont j'ai parlé précédemment : Pour un oui ou pour un non.

L'Envers et L'Endroit est le premier livre d'Albert Camus. Il paraît à Alger en 1937. Une oeuvre de jeunesse peut-être la plus autobiographique de l'auteur. Un recueil de cinq courtes nouvelles (essais) où il est question de silence, de solitude, de vie, de pauvreté, d'absurdité, de simplicité, de l'enfance de l'auteur; mais aussi, comme toujours, de soleil et de sensualité.  Il n'avait que 22 ans lorsqu'il a écrit ce livre et la réédition contient une Préface de vingt pages de Albert Camus, qui vaut à elle seule la lecture de cet ouvrage.

""Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre", ai-je écrit, non sans emphase, dans ces pages. Je ne savais pas à l'époque à quel point je disais vrai; je n'avais pas encore traversé les temps du vrai désespoir. Ces temps sont venus et ils ont pu tout détruire en moi, sauf justement l'appétit désordonné de vivre. Je souffre encore de cette passion à la fois féconde et destructrice qui éclate jusque dans les pages de L'Envers et L'Endroit. Nous ne vivons vraiment que quelques heures de notre vie, a-t-on dit. Cela est vrai dans un sens, faux dans un autre. Car l'ardeur affamée qu'on sentira dans les essais qui suivent ne m'a jamais quitté et, pour finir, elle est la vie dans ce qu'elle a de pire et de meilleur."

Une fois de plus, il ne s'est pas trompé l'ami qui m'a offert ce livre.

***


Psychanalyste, éditeur, écrivain et philosophe, Jean-Bertrand Pontalis est mort hier. Il avait 89 ans.
"J.B. Pontalis faisait partie depuis 1979 du comité de lecture des éditions Gallimard, pour lesquelles il avait créé les collections "L'Un et L'Autre" et "Connaissance de l'Inconscient"."

Lire et réécouter ici.

***

Je ne sais pas ce qui me donnerait envie de vivre.
Je sais ce qui me donnerait envie de ne pas mourir.
Si vivre c'est simplement ne pas mourir c'est comme si on était déjà mort.


"Ce n'est rien de mourir; c'es affreux de ne pas vivre."
Victor Hugo

mardi 15 janvier 2013

Ras-le-bol!


(Cliquer pour agrandir)

lundi 14 janvier 2013

Tragédie de l'être humain

De, l'amitié...

" [...] Gérard est la démesure même. Gérard déteste les frontières, les limites, les interdits. Il suffit qu'on prétende lui défendre de faire telle ou telle chose pour qu'il en ait une envie irrésistible. Gérard est mille personnes. Il est tous les rôles qu'il a tenus, dont il garde la vie en lui. Et tous ceux qu'il tiendra. Il est toutes les vies qu'il a eues. Et qu'il a encore. Parce que, faute de pouvoir vivre mille vies successives, il les vit simultanément.

[...] Et si son histoire fascine tant, si on en parle dans tous les médias du monde, c'est que Gérard Depardieu est bien plus que lui-même. Il est le nom qu'on donne aujourd'hui au mal-être français. Et même, plus largement, à celui de la condition humaine.

[...] Gérard Depardieu est donc aussi le nom qu'on peut donner à la tragédie de l'être humain, incapable d'échapper à son enveloppe charnelle. Et qui, malgré tous ses subterfuges, malgré le divertissement de  soi et des autres, sait qu'il reste mortel. Comme presque tous ceux qui ont cette lucidité-là, Gérard se déteste de se savoir mortel. Et il accélère ce qu'il redoute, pour ne pas avoir à l'attendre.

C'est cela qu'il faut le plus apprendre de Gérard Depardieu. Et c'est de cela qu'il faut le plus se méfier : que la fascination d'un peuple pour un homme, qui le représente si bien, ne le pousse pas à s'autodétruire."

Jacques Attali, L'Express. Chronique complète ici.