Lu ce texte sur le site La Revue des Ressources.
Le Nil coule à Bruxelles par Mohamed Kacimi
Je viens de débarquer à Bruxelles. J’aime Bruxelles car la ville à mes yeux a la beauté d’un Paris qu’on aurait vidé des Parisiens. Aujourd’hui sortant à la Gare du Midi j’ai pris le métro et là j’ai été frappé par l’ambiance extraordinairement exotique qui y régnait, un mélange de Casamance et de Rif, partout des jeunes filles voilées et des femmes drapées, des grands mères tchadorisées, des enfants, par grappes, pleurant, tétant, riant ou rotant. Il y régnait, selon l’expression des touristes français, une ambiance de souk, avec les parfums, les épices, les odeurs. Ah l’Orient en rut entre le Parvis de Saint Gilles et les Etangs noirs. Absorbé, fasciné par ce spectacle, je me suis cru au Caire et je n’ai pas de place ici pour dire l’amour que j’ai pour le Caire. Arrivé à Sainte Catherine, j’étais tellement convaincu d’être au Caire pour de vrai que j’ai arrêté un taxi et en prenant place j’ai dit au chauffeur dans un arabe classique parfait :
– La mosquée Al Hussein face au Khan Khalili s’il vous plait et que Dieu illumine votre visage.
Et le chauffeur, un flamand natif de Kloosterzande me répond dans un égyptien irréprochable :
– Alla rassi, ya Bacha, alla ayni. Bas toumour
(ce qui veut dire : « Je vous porterai sur ma tête, sur mes yeux, Ô
Pacha, il vous suffit de me commander. ») — Je ferme les yeux. La nuit
tombe. Les enceintes diffusent la voix de la diva Oum Kalsoum qui me
susurre :
« Ne me quitte pas, il faut oublier, oublier le temps des malentendus et le temps perdu à savoir comment oublier ces heures qui tuaient parfois à coups de pourquoi le cœur du bonheur. »
M. K.