dimanche 16 mars 2014

De, l'écriture durassienne


 
Marguerite Duras (1914-1996), en 1955.
Photo : Roger Viollet



« Je cherche une phrase, ivre un peu oui, à ma table. Je cherche une phrase qui ne vient pas. La phrase planait hier, fragmentée en moi, elle ne se reconstruit plus. Elle était longue, animée d’un balancement de chanson, de rengaine, elle ressemblait à une plainte scandée, régulière, des mots dont je me souviens y étaient pris : vase, mort, ventilateur, oiseau effarouché, voleur ; je cherche la phrase. Quelle douleur adorable de ne pas la trouver ce soir. Elle me reviendra demain, comme une chienne vers son maître après la chasse, inavouable, de la nuit. »

Extrait de : Marguerite Duras, les silences et les ombres. L’humeur vagabonde, de Charles Sigel.



« Quand on écrit on est souvent dans un état difficile à décrire, pas clair. C'est pratiquement impossible à expliquer. Je crois qu'on écrit vraiment que lorsqu'on croit ne plus écrire, ne plus être tout à fait maître de ce qu'on fait. En général tout le début est jeté. C'est quand je me laisse aller qu'il se passe quelque chose. Il y a à ce moment-là une sorte de désespoir de l'écrivain, d'abdication même : l'écrit arrive seul, dirait-on, fait. »