lundi 7 décembre 2009

Jubilation

Hier soir, en commençant les premières nouvelles de Autoportrait (A l'étranger) de mon chouchou, je cherchais le verbe qui correspondait à mon état dès les premières lignes. Et j'ai trouvé! Je jubilais!
Oui, c'est tout à fait cela : Jean-Philippe Toussaint est jubilatoire.
Hop, hop, j'arrête là (faut pas pousser, tout de même;o))

En fait c'est bien de cela qu'il s'agit. La littérature doit me faire jubiler, qu'elle soit de détente ou de réflexion, et c'est ce que je ressens avec mes écrivains fétiches.

Ce soir je suis lessivée.
Passé la matinée dans une usine de radiologie qui ne désemplissait pas! Salle d'attente bourrée. En sortant, déluge, je n'avais pas d'autre porte de sortie que de rentrer dans la première brasserie pour déjeuner à l'abri! Là aussi c'était plein, pas une table de libre. Allez, au bar comme dans le bon vieux temps où je bossais à Paris! Et de m'assoir sur l'unique tabouret, près d'un type qui était aussi dans la salle d'attente du cabinet de radiologie!
- Quel temps! me dit-il.
Je regarde ce qu'il a dans son assiette : une choucroute. Je prends la même chose avec un verre de Gewurtz. Après moi le déluge (déjà qu'il a eu lieu...).
Nous conversons théâtre. Bien bien.
Café. Faut que je rentre à pieds, petite accalmie.
Au revoir et bonne santé. Mais non, je n'ai pas dit çà. (Il n'était pas mal du tout cet homme, j'aurai dû faire un effort).
Flûte, il reflotte. Tant pis, j'y vais, sans parapluie; de toute façon avec le vent il serait inutile.
Je rentre trempée.
Que faire une après-midi de pluie? Prendre un bain! Jouissif.
Quelle dure journée.
Ce soir je suis lessivée.

***

Cette fois c'est contre moi que j'enrage. Je suis archi-nulle en informatique, et Internet m'a eue!
Tsss! Je n'ai plus qu'à espérer l'intégrité d'un inconnu et... j'y crois, naïve que je suis.
Tiens, je vais me faire un thé blanc (pour me soûler).

dimanche 6 décembre 2009

Monsieur

Un mot "(tout de même)" sur Monsieur de Jean-Philippe Toussaint que je viens de terminer.
Même humour que dans tout ce que j'ai lu de cet écrivain. Celui-ci fut écrit après La salle de bains, Toussaint avait 29 ans. C'est drôle, délicieux, et toujours ses petites expressions entre parenthèses qui jalonnent ses livres avec cet humour si particulier.

C'est l'histoire d'un homme sans nom et sans qualités, qui ne fait qu'être, tous désirs éteints, toute agitation abolie. Quelques signes distinctifs : vingt-neuf ans, directeur commercial chez Fiat-France.
Monsieur, la plupart du temps, est toujours “ en train d'être assis sur une chaise ”. “ Il ne demandait pas davantage à la vie, Monsieur, une chaise ”. Dans les moments les plus intenses, comble de l'excitation, il monte sa chaise sur son toit, “ s'éloignant de tout ”, et va voir le ciel, sans toutefois le scruter trop fort, de peur, sans doute, d'offusquer l'ordre des constellations.
"(les gens tout de même)".
Le narrateur (il s'appelle au sens transitif – “ Monsieur ”, et parle de lui à la troisième personne, mais nous savons bien qui il est) se trouve confronté à la plus invraisemblable théorie de fâcheux et d'emmerdeurs que l'on puisse trouver dans les beaux arrondissements de Paris. Tout semble absurde dans la vie de Monsieur. Je pense à Beckett.

Ici il dîne au restaurant avec Anna Bruckhardt rencontrée un mois plus tôt. Soudain toute la salle est plongée dans le noir et dehors c'est la nuit, plus une lumière aux fenêtres, les réverbères se sont éteints :
"On prend quand même un dessert? dit-il, ou je demande l'addition. Au moment où on leur porta l'addition, Monsieur demanda à Anna B. si elle désirait qu'il l'invite ou si elle préférait partager. Anna B. n'avait pas de préférence. Après quelques instants de réflexions, Monsieur lui confia qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il convenait de faire dans ces cas-là. Anna B., le rassurant, lui dit qu'il n'y avait pas de règle en la matière.
Parfait. Dans ce cas-là, c'était devenu tout à fait insoluble. Qu'est-ce qu'on fait, alors? dit Monsieur et, baissant la tête, il se plongea dans la contemplation de ses doigts dans l'obscurité. Anna B., qui commençait à sourire de sa perplexité, lui répéta que c'était vraiment comme il voulait. Finalement, proposant de couper la poire en deux, Monsieur, ne s'en sortant pas, suggéra de diviser l'addition en quatre et de payer lui-même les trois parts (c'est le plus simple, dit-il, d'une assez grande élégance mathématique en tout cas)."

J'ai cru longtemps que je ne pouvais plus lire de romans mais avec Toussaint, j'en redemande.

"À vingt-neuf ans, l’âge de ses héros, Toussaint est déjà entré dans le clan des accoucheurs de monstres littéraires, du Jouhandeau des Pincengrain au Camus de La Chute, qui soumettent tout à l'intellect."
Michèle Bernstein (Libération, 4 septembre 1986)

Je rugis, j'enrage, il ne me reste plus qu'un livre à lire et j'aurai épuisé son oeuvre. Je suis déjà en manque.

samedi 5 décembre 2009

***

- Comment fais-tu pour supporter ta solitude? me dit-elle.
- Mais je la chéris! C'est moi qui suis insupportable. Seul un fou voudrait vivre avec moi.
(et je n'aime que les fous mais ils sont invivables).

Deadline au MAM

"Cette exposition Deadline au nom à tendance morbide rassemble douze artistes pour une centaine d’œuvres. Chaque artiste est décédé dans les vingt dernières années, d’une mort qu’il savait proche (maladie, sida, vieillesse…)."
Dans le reportage que j'ai vu à la télévision on voyait Hans Hartung sur un fauteuil roulant tenant un pinceau au long manche pour atteindre la toile; il avait quelques assistants pour l'aider dans son travail.
Il m'a semblé en voyant ce reportage que cette fin de l'artiste était complaisante et embellie. Personne n'est dans la tête de l'artiste pour prétendre savoir ce qu'il pense à ce moment-là.

Je me souviens de ton retour à l'atelier après ta énième hospitalisation et ton acharnement pour tenter de maîtriser tes pinceaux et brosses. Tu abordais la toile vierge avec un léger sourire puis tu te révoltais de ne plus pouvoir peindre comme avant. J'étais déchirée. Ta dernière toile représente la tempête qu'il y avait dans ton cerveau dévoré... C'est mon Nicolas de Staël à moi. Celui-ci n'a pas achevé son Concert et toi tu as signé d'une main tremblante (on dirait des lettres faites à l'encre sur un papier buvard) cette Tempête, bien qu'inachevée. Je l'aime beaucoup.

J'aime bien la critique des Inrocks, sans concession, sur cette exposition.

vendredi 4 décembre 2009

***

Elle est arrivée avec un bouquet de fleurs si énorme que je n'ai pas vu tout de suite son visage. Il était pâle, elle avait pleuré. A cet instant j'aurais voulu que ce bouquet fut pour elle mais elle me l'offrait :
- pour ton anniversaire
et timidement, elle sort de son sac un petit paquet :
- pour ton Noël. Je ne t'ai pas acheté de livre parce que j'avais peur de me tromper; tu as des goûts tellement spéciaux (sic).
J'ai pensé : tu as bien fait mais je n'ai rien dit.
Je l'embrasse, j'ouvre la paquet, un coffret de 3 CD, très bon choix, la remercie, je n'allais pas lui dire : c'est trop, et ce n'est pas encore Noël. Non, j'acceptais sa générosité, ce désir de me faire plaisir et surtout je comprenais une fois de plus que cela signifiait : aime-moi. Elle savait pourtant que je l'aimais cette petite femme fragile et tourmentée et que ses yeux qui avaient pleuré m'attristaient.
Les gens ont la rage de vous donner ce dont ils ont le plus besoin. C’est ce que j’appellerai l’insondable abîme de la générosité.
Oscar Wilde. Portrait de Dorian Gray

La soirée allait bien se passer : apéritif de fête, champagne, toasts de saumon fumé sur pain de campagne. Ses yeux démaquillés retrouvaient la petite lumière qui s'était éteinte. J'ai osé lui demander pourquoi elle avait pleuré, je savais qu'il fallait qu'elle se libère de ce poids au moins le temps de notre soirée. Elle a parlé parlé parlé, vidé son sac pendant que nous dînions : raclette! Je savais qu'elle adorait çà. Pendant que nous mettions nos coupelles sur l'appareil elle me dit :
- çà sera sûrement moins bon que celle que tu me faisais dans ta maison quand nous faisions fondre le fromage dans ta cheminée! C'était si agréable.
- mais si tu vas voir; j'ai acheté du fromage fumé;o). Çà sera aussi bon! Et une raclette au champagne (çà vaut bien une raclette à la campagne), tu avoueras que c'est encore meilleur qu'avec un vin de Savoie!
Bien sûr, dîner près de la cheminée avait une saveur incomparable (petit instant de nostalgie pour moi) mais elle a pris plaisir à cette raclette sur mon mini appareil pour deux, Toi et Moi!
(Je rêvais fugacement que ce Toi fut un homme).

Bach par Glenn Gould nous a accompagné, elle m'a fait un très beau cadeau. Le mien le fut aussi j'en suis sûre.

C'était hier soir. Ce matin je regarde son bouquet, il est vraiment superbe.

jeudi 3 décembre 2009

Marcel Proust...

... mon illustre inconnu.
Comment n'ai-je pas eu l'envie de lire Proust plus tôt? Quand j'écoute ce passage de A la recherche... extrait de La prisonnière, je me dis que je suis enfin prête pour cette littérature.

Ecrivain reconnu, admiré du narrateur, Bergotte incarne le romancier-type de La recherche :

"... Même plus tard, quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à le continuer, j'en retrouvais l'équivalent dans Bergotte. Mais ce n'était qu'alors, quand je les lisais dans son oeuvre, que je pouvais en jouir; quand c'était moi qui les composais, préoccupé qu'elles reflétassent exactement ce que j'apercevais dans ma pensée, craignant de ne pas faire ressemblant, j'avais bien le temps de me demander si ce que j'écrivais était agréable. Mais en réalité il n'y avait que ce genre de phrases, ce genre d'idée que j'aimais vraiment; mes efforts inquiets et mécontents étaient eux-mêmes une marque d'amour, d'amour sans plaisir, et profond. Aussi quand tout à coup je trouvais de telles phrases dans l'oeuvre d'un autre, c'est-à-dire sans plus avoir de scrupule, de célérité, sans avoir à me tourmenter, je me laissais enfin aller avec délice au goût que j'avais pour elles, comme un cuisinier qui, pour une fois n'a pas à faire la cuisine, trouve enfin le temps d'être gourmand."*

Je me demande en fait, s'il ne faut pas avoir beaucoup lu, avoir un esprit critique aiguisé, pour apprécier toute la beauté de cette littérature et en savourer le suc.

*N'ayant pas le texte sous les yeux, la ponctuation est sans doute un peu égratignée.

mercredi 2 décembre 2009

Un orage dans le cerveau



Des personnages célèbres et migraineux, ont témoigné, par leurs œuvres, qu’il est possible de conjuguer activité créatrice et migraine. A défaut d’être un soulagement cela peut toujours être un encouragement de se le dire.

"La migraine qui broie la tête rend fou, égare les idées et disperse la mémoire ainsi qu'une poussière au vent, la migraine m'avait saisi. Pendant dix heures, j'ai enduré le supplice contre lequel il n'y a pas de remède". Guy de Maupassant décrit tous les affres d'une de ses crises de migraine. Blaise Pascal, Voltaire, Alfred de Vigny, Frédéric Chopin, George Sand, Guy de Maupassant, Freud, André Gide, Victor Hugo ont été des migraineux...

On pense parfois que seules femmes sont sujettes à ce supplice mais les hommes aussi, et en particulier les créateurs, subissent les affres de cette maladie. Combien de dîners ai-je dû annuler, combien de voyages gâchés par ces crises? Déclenchée à 3 heures ce matin, je sors à peine de ma léthargie; je ne me plains pas, parfois çà dure trois jours...
Je lis : "La migraine au masculin.
Oui, et il n'y a pas de honte à le dire, la migraine est aussi une maladie de mecs. Pire encore, certaines formes de mal de tête, plus fréquentes chez les hommes, surviennent lors de l'acte sexuel."
Intéressant! Curieusement, çà me soigne...

mardi 1 décembre 2009

Philip Roth 2.

J'ai terminé Un homme. En lisant la 4ème de couverture je m'étais dit que çà allait être douloureux de le lire : la vieillesse, la mort ces "expériences qui nous sont communes et nous terrifient tous". Mais non, je n'ai rien lu de terrifiant, mais un roman puissant, d'une lucidité qui n'a rien à envier à la mienne sur notre devenir.
Je n'ai rien pu souligner dans ce livre emprunté à la bibliothèque!
Il me reste en mémoire que malgré son âge, malgré ses maux, malgré ses angoisses, le désir est toujours là. Et qu'importe de ne plus pouvoir assouvir ce désir, l'essentiel n'est-il pas qu'il existe?
Je voulais lire Exit, le fantôme dont je parle ici mais Un homme le précède et j'ai bien fait de commencer par celui-ci.

Je suis impatiente, le mot est faible, de retrouver Jean-Philippe Toussaint, j'ai aussi La dévoration de Richard Millet sous le coude. L'hiver s'annonce exquis.
...
...
Cà y est, les chariots sont interdits. Trop de pluies ces derniers jours, les fairways sont boueux. Quelques courageux (fous? en manque de leur drogue) - comme moi cette après-midi, solitaire, sac sur l'épaule, sous le crachin - continuent de taper dans la balle. Mon genou et ma hanche s'en souviennent encore à cette heure. C'est un défi au temps (pluvieux) et au temps (qui passe).

***

Il reprend peu à peu, lentement, frugalement, l'écriture. Cette belle écriture qui continue d'emballer mon coeur, même si ses mots ne sont plus pour moi. Il me laisse ce bonheur-là, de le lire, avec Un certain sourire.

lundi 30 novembre 2009

***

Il est possible d'un simple et unique clic de supprimer une longue histoire d'amour.
De l'amour, je ne garde que les souvenirs et les écrits... papier.
Cà allège beaucoup mes réserves sans alléger mon coeur.

Détail

Les Ambassadeurs, Hans Holbein


Anamorphose




Spoon "trick" to see the skull on "the Ambassadors" by Hans Holbein the Younger. Author : Dake


En écoutant les NCC ce matin dont le sujet était : Le détail dans le Nouveau Roman, Michel Butor, auteur de La modification et l'un des invités de cette passionnante émission, entrait dans le détail du tableau de Hans Holbein, Les Ambasssadeurs. Ce tableau foisonne de symboles. L'étrange objet figurant au bas du tableau, appelé souvent l'os de seiche, n'est rien d'autre qu'une tête de mort déformée par une anamorphose.

Il était très intéressant de suivre cette émission s'attachant au détail non seulement dans le Nouveau Roman mais en peinture. Le détail est parfois appelé la bagatelle, la broutille, l'amant des métaphores. Plus on rentre dans le détail et moins on voit l'objet.
"Approchez-vous approchez-vous et vous ne verrez rien dans la peinture de Monet". Il faut s'éloigner, prendre de la distance pour percevoir le moindre détail.

A ce titre, on peut penser que Flaubert fut l'un des précurseurs du Nouveau Roman. Madame Bovary est un énorme détail dans l'oeuvre énorme de Flaubert. Exemple :

La casquette de Charles Bovary
.

"C'était une de ces coiffures d'ordre composite où l'on retrouve les éléments du bonnet à poils, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton. Une de ces pauvres choses enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires puis s'alternaient, séparés par un bandeau rouge, des losanges de velours et de poils de lapin. Venait ensuite une façon de sac, qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée et d'où pendait au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or en manière de gland.
Elle était neuve, la visière brillait."

dimanche 29 novembre 2009

Sacré comédien

Le point sur Robert, Festival de Ramatuelle



"Les mots sont des planches jetées sur un abîme, avec lesquels on traverse l’espace d’une pensée, et qui souffrent le passage et non point la station." Paul Valéry, Tel Quel.

Avec son exaltation, Fabrice Luchini clôt le documentaire de la série Empreintes sur ces mots de Valéry.
Le film retrace les années de sa vie, faite de rencontres avec la littérature. On le sent constamment agité, à vif. Le bouffon de la télévision ne triche plus quand il est sur scène avec ses auteurs fétiches : Céline, Baudelaire, Cioran...
Michel Bouquet dit de lui : il est de la race de ceux qui comprennent.
Luchini se dévoile un peu, nous parle de son enfance, de son père italien, de sa mère.
J'ai beaucoup de mal à faire la part de sa sincérité, c'est son grand secret je pense.
Mais j'avoue que je ne me lasse pas d'entendre le comédien dire les textes qui l'habitent.
Et il a de très belles mains...

Là, le sérieux, ici la folie.

La paix du slip!
- Vous allez bien?
- J'arrive un peu à dormir. Je suis un détraqué. Un détraqué çà pense à rien, le cerveau est vide; je le remplis de textes. Je vais avoir 60 ans. Je vais avoir la paix du slip (sic).

Un sentiment de solitude en regardant ce documentaire, la solitude du comédien, la solitude des êtres. Sûr, un immense artiste.

"Ne nous suicidons pas tout de suite, il y a encore quelqu'un à décevoir". Cioran.
Je vais me coucher, avec Philip Roth...

Morflez, beautés...

"C’est une grande femme sophistiquée qui passe, un manteau de cuir, des bottes, un chapeau élégant, un maquillage flagrant, femme féminisée jusqu'à la pointe des cheveux, redoublée par l’accessoire et l’apprêt, et qui incontestablement attire le regard. Puis surgit de sa gauche et sans intention la bouscule une grosse maladroite et claudicante personne, femme aussi, femme non moins, mais dans une informe parka, affligée d’un handicap mental dont son visage ingrat, dissymétrique, atteste brutalement.

Or voici que dans ce choc, c’est la beauté sapée qui morfle, et cède, ridiculisée par le soin de sa mise, la futilité de cette constante préoccupation de soi : et s’effondre avec elle en vrac sur le trottoir toute prétention humaine à la maîtrise, à l’art, à la sublimation. L'autre est restée debout."

Eric Chevillard, L'autofictif ce jour.

Cruel dilemme : être "la beauté sapée qui morfle" ou "la handicapée mentale qui reste debout"?
Mon choix est fait, merde, faut pas pousser hein! Avec une pointe de beauté plus... naturelle.
Mais la morale est belle.

samedi 28 novembre 2009

***

Cette phrase entendue ce matin dans Répliques d'Alain Finkielkraut est exactement ce que je ressens en surfant sur la toile.

"Je me sens dans ce monde comme un poisson hors de l'eau".
Renaud Camus, Loin éd. P.O.L.

vendredi 27 novembre 2009

Mon Bezo


J'avais 20 ans quand notre père est mort et elle, ma petite soeur, n'avait que 12 ans. Elle n'a pas pleuré, elle ne pleure jamais, elle garde tout à l'intérieur, elle encaisse tout, depuis toujours. Quand on parle de papa en famille, j'aime quand elle dit : j'étais sa préférée, il me l'a dit! Il me l'avait dit aussi! C'est merveilleux de croire qu'on est la préférée mais je suis sûre qu'il l'avait dit à chacun de nous (les trois filles et le garçon). Mais tu étais la petite dernière, celle qui n'aura pas eu son content d'amour paternel, et je veux que tu sois la préférée.

Quand tu es née j'avais 8 ans et notre mère tenait une épicerie de luxe avec notre soeur aînée. Maman n'avait pas beaucoup de temps pour s'occuper de toi et tu étais ma poupée pour de vrai. Je jouais avec toi, tu étais mon bébé, mon Bézo; c'est ainsi que je t'appelle encore. A un an et demi, je t'emmenais au jardin public, à cinq minutes de la maison : on va à bibique tu disais! Toute seule, j'avais à peine dix ans et une grande responsabilité; maman disait que j'étais une petite fille adorable. J'y retrouvai des petites copines. Nous jouions à la poupée!

Aussi quand, exceptionnellement, des larmes surgissent de tes yeux, que tu essaies encore de les retenir - mais le trop plein finit toujours par déborder - je suis bouleversée, parce que je sais que ce sont des larmes coupantes, des larmes de pierre. Incapable de te consoler par les mots, je te serre dans mes bras; je te sens réticente, tu n'as pas l'habitude d'être câlinée, puis tu te laisses aller.

Tu ne t'es pas assez lâchée mon Bézo et depuis un an tout ce trop plein de ta vie t'engloutit. Tu craques. Je vais t'aider, à pleurer. J'en connais un rayon, je pleure facilement et cela m'a sauvé.

Je n'ai pas eu d'enfant mais j'ai eu un bébé;-)

jeudi 26 novembre 2009

L'intime

C'est ce que j'ai au plus profond de moi et que je n'écrirai jamais ici car l'intime, le vrai, pour être sincère, sans masque, ne peut s'écrire que si l'on sait qu'il ne sera jamais lu. Je ne crois pas au Journal dit intime des écrivains qui le publie de leur vivant car alors il ne peut être que corrigé, remanié.
L'intime ne se corrige pas, c'est un visage de femme, démaquillé, c'est sans concession.
L'intime c'est trop beau ou trop laid pour être dévoilé.
L'intime c'est un rapport de soi à soi, c'est aller au-dedans de soi, pour s'y perdre ou mieux, pour en émerger. L'intime c'est personnel, charnel et spirituel.

"Taisez-vous, pensées humaines ; homme, viens te recueillir dans l'intime de ton intime".
Bossuet.

D'ailleurs ce soir, Je...

***

Je hais ces matins où je n'attends plus rien.
Comme j'aimerai retrouver ces jours où tout était ardent, où j'existais.

mercredi 25 novembre 2009

Le goût des livres

Çà y est, je me suis décidée à m'inscrire à la bibliothèque, ce qu'on appelle maintenant médiathèque; je continuerai de dire bibliothèque qui m'évoque quelque chose de plus précieux, de plus silencieux voire ouaté, de plus merveilleux que la médiathèque. Sans doute aussi parce que je pense que la bibliothèque a beaucoup plus d'intérêt pour la consultation sur place que pour l'emprunt d'ouvrages. Je sens déjà que je vais être frustrée en empruntant de ne plus pouvoir souligner, annoter mes livres; j'avais retrouvé ce petit plaisir en les achetant à nouveau et puis, savoir qu'un livre que vous avez aimé est là, à portée de main, que vous pouvez y retrouver ce passage souligné, pour telle recherche est tout de même important. Bien sûr, rien ne m'empêchera d'acheter un livre emprunté si celui-ci me plaît vraiment.

Aujourd'hui je n'ai pas perdu de temps dans ma recherche (celui-là aussi tiens, il faudra qu'un jour je m'y attelle : A la recherche du temps perdu); j'ai une longue liste en attente, de livres que je suis impatiente de lire et là encore petite frustration en ce qui concerne les "nouveautés". La liste d'attente des lecteurs est sans fin. Je voulais lire le dernier Philip Roth, Exit le fantôme (liste d'attente...), oui je sais, ce n'est pas gai (la vieillesse et ses maux) mais j'aime m'enfoncer le couteau dans la plaie, alors j'ai pris Un homme (même sujet). Il y a si peu d'écrivains qui osent parler crûment (on ne peut en parler que crûment) de la déchéance physique.
J'ai emprunté aussi deux Jean-Philippe Toussaint (je ris), Monsieur et Autoportrait (à l'étranger). Monsieur est son second roman, 1986 et Autoportrait (à l'étranger) date de 2000. Je trouve que son écriture a pris toute sa puissance à partir de 1991
Je vais commencer par le Roth, Toussaint pour moi est devenu comme une gourmandise qu'on se réserve pour la fin.
Et, entre deux romans, je poursuivrais mon étude approfondie de Virginia Woolf.

Dans une interview Philip Roth dit ne plus croire en l'avenir du roman, qui demande trop de concentration. « Le livre ne peut rivaliser ni avec un écran de télé, ni avec un écran d'ordinateur ».

En ce qui concerne le roman je n'en sais rien mais pour l'objet livre, je suis sûre qu'il ne disparaîtra pas et je pense même inversement que pas un écran ne peut rivaliser avec un livre.

mardi 24 novembre 2009

***

Il fallait que je me change les idées cette après-midi, pour ne pas ruminer sur les mauvaises nouvelles d'hier.
Cette petite balle blanche est magique, le coup frappé on ne pense qu'au suivant, vent contre ou avec, réussir son coup, même si le terrain est très gras, on s'énerve parfois, on s'amuse toujours! On compte ses coups les trois premiers trous, puis au quatrième on n'annonce plus son score, trop mauvais; on se console en disant que les fairways sont injouables au lieu de reconnaître qu'on a joué comme un pied! On rentre décoiffés, le visage rosi, on va prendre un verre, on rouspète parce qu'on vient de passer trois heures dans le vent et que le bar est irrespirable de chaleur, joues en feu, de rosies elles passent à rubicondes; puis on se quitte, heureux, impatients de nous retrouver dans la gadoue pour le prochain parcours!

Retour à la maison, un petit tour sur ma messagerie avant de lire un peu. Je passe du réel au virtuel, mail d'une amie qui m'a joint un document sur le vaccin de la grippe A. Il vaut son pesant de cacahuètes, j'éclate de rire!