mercredi 7 octobre 2009

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C'est terrible d'espérer toujours, quand on n'a plus rien à espérer.

Internet...

... tu me fais tourner la tête.
Je viens de découvrir deux nouveaux blogs, trop tard : Les idées heureuses et Si tu vois ce que je veux dire. Leurs auteurs les ont interrompus, l'un pour se consacrer totalement à sa belle écriture, l'autre par une sorte de lassitude, ressentant un "certain dégoût" pour la blogosphère et ayant d'autre "besoin" à satisfaire, également l'écriture. Ce que je comprends. Quand je vois la qualité de ces blogs, je me dis qu'à peine commencé le mien, il est temps que je m'arrête. Mais, mon blog n'en est pas un : pas de commentaires (c'est mon choix), des billets sous forme de Journal (c'est mon choix), sans aucune intention littéraire ni de style (heureusement, ainsi j'ai moins honte), pas d'intention de livrer des renseignements, de commenter les événements du monde, seulement les ressentir, juste parler de moi... pour moi.
Egocentrisme total.
Combien de temps tiendrai-je le coup? Le temps de la solitude. Ça risque donc de durer quelque temps...

mardi 6 octobre 2009

La Lettre

En attendant le bonheur de te voir, je me livre, ma tendre amie, au plaisir de t'écrire; et c'est en m'occupant de toi, que je charme le regret d'en être éloigné. Te tracer mes sentiments, me rappeler les tiens est pour mon coeur une vraie jouissance; et c'est par elle que le temps même des privations m'offre encore mille biens précieux à mon amour. Cependant, s'il faut t'en croire, je n'obtiendrai point de réponse de toi : cette Lettre même sera la dernière; et nous nous priverons d'un commerce qui, selon toi, est dangereux, et dont nous n'avons pas besoin.
(...)
(...)
Sans doute, une Lettre paraît bien peu nécessaire, quand on peut se voir librement. Que dirait-elle, qu'un mot, un regard, ou même le silence, n'exprimassent cent fois mieux encore? Cela me paraît si vrai que, dans le moment où tu me parlas de ne plus nous écrire, cette idée glissa facilement sur mon âme; elle la gêna peut-être, mais ne l'affecta point. (...)
Mais depuis, nous nous sommes séparés; et dès que tu n'as plus été là, cette idée de Lettre est revenue me tourmenter. Pourquoi, me suis-je dit, cette privation de plus? Quoi! pour être éloignés, n'a-t-on plus rien à se dire? Je suppose que, favorisés par les circonstances, on passe ensemble une journée entière; faudra-t-il prendre le temps de causer sur celui de jouir? Oui, de jouir, ma tendre amie; car auprès de toi, les moments même du repos fournissent encore une jouissance délicieuse. Enfin, quel que soit le temps, on finit par se séparer, et puis on est si seul! C'est alors qu'une Lettre est si précieuse; si on ne la lit pas, du moins on la regarde... Ah! sans doute, on peut regarder une Lettre sans la lire, comme il me semble que la nuit j'aurais encore quelque plaisir à toucher ton portrait...
Ton portrait, ai-je dit? Mais une Lettre est le portrait de l'âme. Elle n'a pas, comme une froide image, cette stagnance si éloignée de l'amour; elle se prête à tous nos mouvements : tout à tour elle s'anime, elle jouit, elle se repose... Tes sentiments me sont tous si précieux! me priveras-tu d'un moyen de les recueillir?
Es-tu donc sûre que le besoin de m'écrire ne te tourmentera jamais? Si dans la solitude, ton coeur se dilate ou s'oppresse, si un mouvement de joie passe jusqu'à ton âme, si une tristesse involontaire vient la troubler un moment; ce ne sera donc pas dans le sein de ton ami que tu répandras ton bonheur ou ta peine? tu auras donc un sentiment qu'il ne partagera pas? tu le laisseras donc, rêveur et solitaire, s'égarer loin de toi? Mon amie... ma tendre amie! (...). J'ai voulu discuter seulement, et non pas te séduire; je ne t'ai dit que des raisons, j'ose croire que j'eusse été plus fort par des prières. Je tâcherai donc, si tu persistes, de ne pas m'affliger; je ferai mes efforts pour me dire ce que tu m'aurais écrit... (...).
Adieu, ma charmante amie; l'heure approche enfin où je pourrai te voir : je te quitte bien vite, pour t'aller retrouver plus tôt.
Le chevalier Danceny à la Marquise de Merteuil.
Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses.

Béance de mon coeur qui m'empêche d'écrire, alors je transcris ce qui me transperce. Je m'en vais "faire mes efforts pour me dire ce que vous m'auriez écrit..." J'aurai dû naître au XVIIIè siècle;-)

Le goût

Le palais, la glotte, les papilles, la langue, la voix, tout concourt au goût.
Hédonisme du goût, plaisir, gourmandise.
Je vous goûte, je vous savoure et je vous dévore.
Érotisme du goût.
Comment ne pas penser au baiser en parlant du goût.
Baisers... sucrés... salés... volés...
Chaque baiser a une saveur, un goût particuliers.
Autant de baisers, autant de saveurs.

Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portais à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine, mais à l'instant même où la gorgée, mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi, un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause et m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse, ou plutôt, cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D'où avait pu venir cette puissante joie? Je sentais qu'elle était liée au goût du gâteau mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l'appréhender?
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu.

Extrait de l'émission "Les nouveaux chemins de la connaissance". (Thème de la semaine : les cinq sens).

lundi 5 octobre 2009

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Le toucher.
Je vous caresse des yeux.
Je vous touche du regard.
Je vous touche mais je ne lis pas dans vos pensées.
Je vous effleure, je ne vous possède pas.
Je me touche, donc je suis.

La mort, l'amour, l'amitié

J'y suis allée en traînant un peu les pieds, après une journée épuisante pour mes jambes (musée, métro, marche dans Paris).
J'y suis allée pour mettre un peu de légèreté dans ce court séjour qui débuta dans la tourmente : j'avais approché la mort, je voulais donc caresser la vie, même de manière futile.

J'étais à Paris pour trois jours et je n'avais pas de tenue de cocktail dans ma valise pour faire honneur à l'invitation imprévue d'un ami. Quelle importance me dit-il, tu viens comme tu es! OK, tenue de cocktail : jean, pull Monoprix (cashmere, hé oui) et Converse, le tout enveloppé d'une brume de mon parfum préféré. Je ris... de me voir si belle en ce miroir... non, là je plaisante.
J'y suis donc allée, à cette invitation très parisienne. J'ai retrouvé cet ami généreux, très dandy avec son blazer et son foulard en soie, avec un plaisir non feint, son regard et son sourire m'accueillant à bras ouverts. Il tint à me présenter à quelques-unes de ses relations, avec une chaleur exquise. Au fond de la boutique (peut-on parler de boutique dans ce lieu de la haute couture?) son épouse et une amie m'attendaient pour trinquer.

Redevenue provinciale, je pensais m'y ennuyer mortellement, ne pas être dans mon élément. Que nenni! J'ai repensé à mes années chez le couturier A. Les amuse-bouches étaient savoureux? La crise? Quelle crise?

Je me suis amusée comme une gamine, j'ai même dansé (oublié mes jambes fatiguées). J'étais comme un poisson dans... le champagne!

C'était chez Jean-Paul Gaultier;-). Futile? J'étais avec des amis, c'était là l'essentiel.
La veille j'avais passé un doux moment, plus intense, avec mes "petites chéries" près de L'écume des pages (ma librairie), dans ce lieu très surfait peuplé de pseudo-intellectuels qu'est Le Flore. Je ne voyais personne, seulement ces deux visages animés, leur fraîcheur, leur regard pétillant de la joie de nos retrouvailles.

En trois jours j'ai côtoyé la mort, l'amour, l'amitié.

"Nous sommes, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir."
Céline, Voyage au bout de la nuit.

dimanche 4 octobre 2009

Un dimanche d'automne monotone

Impossible de lire un livre, de me concentrer. Je n'ai réussi qu'à parcourir quelques magazines : ELLE, Philosophie magazine. Dans ce dernier, le journal de bord de Stéphane Ferret m'a fait sourire :
"L'animal qui se lavait les dents". Oui, c'est vrai, je suis obsédée par les dents.
"Pourquoi l'être humain se lave-t-il les dents?"
1. Par hygiène
2. Pour séduire, par le sourire.
3. Pour une raison métaphysique. "Se brosser les dents, c'est brosser des petits cailloux vivants qui sont soi et qui ne sont pas soi, c'est tenter d'échapper au monde et à sa viscosité. (...) Seulement voilà, se laver les dents, ce n'est pas sortir de soi, mais être soi, au plus près de soi".
Faire de la philo en se brossant les dents, voilà une idée qui me fait sourire dans la grisaille de cette journée.
A propos de "L'Opinion", l'article de Raphaël Enthoven m'a sorti de ma somnolence :
"Elle (l'opinion) dit "je" à tout bout de champ, mais "on" en est le sujet véritable - et "on dit", le plus souvent, lui sert de prétexte : l'expression particulière d'une opinion, c'est toujours le cri de ralliement d'un troupeau. (...) Peu importe l'opinion qu'on brandit, seule compte la tranquillité vindicative qu'elle garantit à l'esprit engourdi : "quand on voit ce qu'on voit, raconte Coluche, et qu'on entend ce qu'on entend, on a raison de penser ce qu'on pense." Avec l'opinion, tout est dit."
Oui, décidément, la philo çà me ragaillardit, surtout quand c'est Coluche qui philosophe!

J'ai réussi, un peu, à remplir le vide de vous. Depuis que je ne vous manque plus je ne suis plus inspirée.

Le désir et l'amour

... sont antagonistes (dixit Eric Zemmour*, qui a le don de m'énerver mais là son explication m'a plutôt convaincue, d'autant qu'il parlait du dernier livre* d'Alexandre Jardin, toujours aussi benêt).

"Pour l'homme le premier amour est celui de sa mère et cet amour devient le tabou absolu. Les stratégies érotiques sont faites pour dériver l'amour, pour faire oublier l'amour, parce que l'amour provoque le tabou, l'amour provoque la mort du désir".

Voilà pourquoi l'homme préfère parler de désir que d'amour. L'amour lui fait peur. Bien sûr, c'est une conclusion hâtive qui demande à s'extraire de la généralité.

*En revanche, face à Tariq Ramadan, il n'a vraiment pas fait le poids et l'intervention d'A. Jardin réclamant plus d'amour à T. Ramadan était d'une niaiserie!

* Quinze ans après.

samedi 3 octobre 2009

Passage du désir


J'ai compris son "ai-je jamais aimé"? Il m'a seulement désirée. Je devrais être fière d'être désirée à mon âge mais je préfère être aimée. "Je ne fais pas de différence entre désirer et aimer" me disait-il. Moi si.
Le désir n'est que de passage.

J'ai mis fin à l'attente. Que faire après une rupture? Combler le vide avec mes amours, fidèles : la musique, la littérature.

vendredi 2 octobre 2009

Le Journal intime

Parler de soi, de son quotidien le plus banal, de ses sentiments, de ses pensées, ne devrait intéresser que celui ou celle qui l'écrit, à moins qu'il ne témoigne d'une période ou d'une vie particulière comme le Journal d'Anne Frank.
La plupart des journaux intimes des écrivains ne sont publiés qu'après leur mort. Il me semble que si celui qui écrit son Journal sait qu'il va être lu de son vivant, il ne peut être sincère véritablement; la part d'intime ne peut être révélée sans appréhension.

Pourquoi aimé-je autant lire les Journaux, les correspondances et toute cette littérature qui ne parle que de l'ego? Est-ce pour m'y retrouver? Pour me faire croire que je suis capable d'en faire autant? Je sais que je ne le suis pas et, je ne suis pas écrivain. Je ne sais, mais quand je lis les extraits qui vont suivre, j'ai un vrai plaisir de lecture. La banalité de certains textes me ravit. C'est dans leur simplicité que j'y trouve de la profondeur.


3 juillet 1876.
« Ce pauvre journal qui contient toutes ces aspirations vers la lumière, tous ces élans qui seraient estimés comme des élans d’un génie emprisonné, si la fin était couronnée par le succès, et qui seront regardés comme le délire vaniteux d’une créature banale, si je moisis éternellement ! Me marier et avoir des enfants ! Mais chaque blanchisseuse peut en faire autant. A moins de trouver un homme civilisé et éclairé ou faible et amoureux. Mais qu’est-ce que je veux ? Oh ! vous le savez bien. Je veux la gloire ! Ce n’est pas ce journal qui me la donnera. Ce journal ne sera publié qu’après ma mort, car j’y suis trop nue pour me montrer de mon vivant. D’ailleurs, il ne serait que le complément d’une vie illustre. »

Journal, Marie Bashkirtseff.


Décembre 1904.
"Assez lu, pour cet après-midi. A présent, je voudrais écrire. En serai-je capable, je me le demande. Essayons. Non, je ne peux rien écrire du tout. J'ai des idées, mais je ne sais comment attaquer mon sujet (...) En tout cas rien de ce que j'écris n'a le moindre charme. C'est odieux et démoralisant. Mais il n'y a rien de tel que de s'exercer, aussi je vais faire une autre tentative."
20 février 1915.
"J'attends le déjeuner. A côté de moi, sur une chaise, je vois son ceinturon de cuir et son sabre. Quand il est parti, il était près de huit heures. je viens de me lever.
La journée est claire, mais je me sens le coeur lourd."

Katherine Mansfield, Journal.


Dimanche (Pâques) 20 avril 1919.
"En proie à cette impression de désoeuvrement qui succède toujours à un long article, j'ai sorti ce Journal et je l'ai lu comme on relit ses propres écrits, avec une sorte d'avidité coupable.
Je confesse que son style expéditif et décousu, si souvent incorrect grammaticalement, et qui réclamerait des corrections m'a plutôt consternée.
Je voudrais dire à la personne qui lira ceci que je suis capable d'écrire beaucoup mieux et que je ne consacre pas beaucoup de temps à ce Journal, et je lui interdis de le montrer à qui que ce soit".

Virginia Woolf, extrait du Journal intégral, 1915-1941.


19 août 1926.
"Je relis ces pages, et je m'étonne d'y trouver une image de moi si différente de moi-même. C'est que volontairement la partie la plus vivace de mon âme y reste dans l'ombre; à quoi bon écrire ce qu'on sent si intensément? Pourtant si je garde ce cahier, si je le relis plus tard quand je serais âgée et sans doute desséchée, il faut que je me souvienne qu'il y a eu autre chose pendant ces vacances".
2 novembre 1926.
"J'ai mal à la tête; j'ai sommeil. Je ne peux pas écrire rien de sensé. Mais je sais qu'une minute j'ai désiré éperdument t'avoir auprès de moi, le seul auprès de qui j'éprouve que la vraie réalité, que la vie en ce qu'elle a de plus concret, n'existe que dans nos âmes".

Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930.


Lundi 1er février 1864.
"Je me suis réveillé à six heures et j'ai pensé jusqu'à neuf heures. C'est une de mes voluptés les plus chère de passer quelques heures à rêver dans mon lit le matin. Mais cette habitude est mauvaise, car les pensées ne se forment pas bien dans de telles conditions; tout s'exagère et se noircit; les passions prennent un caractère particulier de violence et de désolation; le suicide paraît simple et on en discute gravement l'opportunité".

Sully Prudhomme, Journal intime.


Florence, 27 septembre 1811.
Je rentre à midi de ma tournée du matin. C'est le régime qui convient pour le repos des jambes et des yeux. J'ai toujours les jambes fatiguées depuis que je suis en voyage.
Il faut : café à huit heures, sortir, à midi déjeuner, à six dîner, promenade, une heure où je m'ennuie, et opéra".
Stendhal, Journal.

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Pour se libérer de l'attente je ne vois que la rupture.

jeudi 1 octobre 2009

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" Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprend pas : la solitude, l'indifférence, la patience, le silence." Georges Perec, L'homme qui dort.

Je m'en vais méditer là-dessus, coeur serré, dans le silence de la nuit.

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J'ai passé une exquise après-midi sur ma terrasse, en écoutant l'historien d'art Pascal Bonafoux parler de Renoir sur France Culture.

Renoir était peu sensible à la critique , il n'a que faire du discours littéraire que l'on peut faire autour de ses oeuvres. J'aime cette idée là; la peinture se regarde, ne se parle pas. Pour lui les écrivains ne comprennent rien à la peinture, ils feraient mieux de se taire.
Il disait aussi "on peint avec les mains", pour inventer une sorte de caresse, la caresse du regard, qui peut provoquer quelque chose qui ne passe pas par l'intelligence mais par le langage du corps, de l'émotion.


Délice de ce soleil d'arrière saison qui me fait remettre à plus tard quelques corvées.
Pour autant je n'ai pas réussi vraiment à chasser de mon esprit celui qui occupe mes pensées. Il le faudrait.

L'amour sans retour

Je lui envoie un texto : je t'ai vu en photo dans le journal. Tu fais de la sophrologie maintenant?
Il m'appelle aussitôt : Tu vas bien? Çà me fait plaisir que tu penses à moi!
Je n'allais pas lui dire : je ne pense pas à toi, simplement j'ai vu ta photo.
Je regrettais déjà mon texto.

La première fois que je l'ai vu, je l'ai trouvé beau. C'était il y a 15 ans. Il était dans son engin, sa grosse pelleteuse, il creusait, labourait, détruisait mon joli jardin pour trouver les tuyaux d'évacuation des eaux. Tout était bouché dans cette maison que je venais d'acheter à la campagne. Ce fut mon sauveur! C'était le week-end de Noël et il est venu, faisant fi des fêtes. Le temps était glacial et je lui offrais quelques cafés auprès de mon feu pour qu'il se réchauffe.
J'ai vu dans son regard brillant quelque chose de troublant; il avait un sourire éblouissant et j'aurai pu succomber. Pour lui j'étais la parisienne qui venait de s'installer à la campagne, seule, sans homme, ce qui paraissait étrange voire suspicieux aux habitants de ce joli hameau où ne vivaient que des paysans.

Après les travaux il est souvent venu me voir, timide, réservé. Je savais qu'il était marié et qu'il avait de jeunes enfants. Il me parlait peu, mais un jour il a osé m'avouer qu'il m'aimait, comme çà, simplement, sans sourire mais tremblant. C'était la première fois qu'un homme me faisait une déclaration d'amour que je sentais intense et sincère et à laquelle je ne pouvais répondre. Pas seulement parce qu'il était marié et beaucoup plus jeune que moi, mais parce que je n'éprouvais pas d'amour pour lui, seulement de la reconnaissance. J'étais émue par sa délicatesse mais je ne lui ai laissé aucun espoir... Il n'a plus osé s'arrêter et venir prendre un café. Il m'appelait de temps en temps, tard le soir; au moment de la moisson. Sa voix était toujours tremblante, intimidée; la voix de l'amour, celle qui bafouille, qui ne sait rien dire d'autre que : je pense à toi, tout le temps (à la campagne tout le monde se tutoie). Je riais pour le détendre. Je riais toujours quand il m'appelait, parce que je savais que son amour était vrai, profond et je voulais le rendre léger, pour lui, pour l'aider, en sachant que c'était impossible.

Quand il a appris, 15 ans plus tard, que j'avais vendu ma maison et que j'allais partir, il est venu me voir. Ses yeux brillaient de tristesse, de désarroi. Il m'a dit : "je passe tous les jours devant ta maison, je sais que tu es là et çà me rend heureux. Qu'est-ce que je vais devenir si tu n'es plus là." Je l'ai pris dans mes bras, il voulait m'embrasser, je l'ai repoussé mais je l'ai consolé. Je ne voulais lui laisser aucun espoir. Il m'a dit : appelle-moi pour t'aider à faire des cartons, à démonter tes meubles etc... tu sais que tu peux compter sur moi.

Au début j'avais cru que je l'intéressais parce que j'étais "la parisienne", que ma maison remplie de livres et de tableaux l'impressionnait, mais non, c'est moi qu'il aime depuis 15 ans, il m'appelle de temps en temps pour savoir si je vais bien, si je suis heureuse. Je sais qu'il y a un homme qui pense à moi, souvent. Il vient de passer son brevet de pilote. "Je ferai de la voltige au-dessus de ta terrasse" (sic).

mercredi 30 septembre 2009

Cas de divorce

Hier, en début d'après-midi, je rencontre l'ex-mari d'une amie en allant chez mon dentiste.
- Tu vas bien?
- Bof, je vais chez le dentiste.
- Ah, moi aussi!
Courte discussion, je ne vois que ses dents pendant qu'il parle, il sourit souvent et je me dis que je rêve. Les restes de son déjeuner bien incrustés entre chaque dent, les gencives enflammées.
- Bon, je te laisse, faut que j'y aille. Tu passes chez toi avant ton rendez-vous? (Je me dis que ce n'est pas possible qu'il ne se lave pas les dents avant son rendez-vous).
- Non non, j'y vais maintenant!
- Ciao... je ne t'embrasse pas, je suis enrhumée. (Pas du tout, aucune envie de sentir son haleine).

Comment est-ce possible? Son dentiste va avoir du boulot...

mardi 29 septembre 2009

Pause

Mon amour,

Tu ne m'as jamais parlé de ta vie "d'avant" ton divorce et j'ai respecté ton silence. Je ne sais pratiquement rien de cette vie avant notre rencontre en 1977. Je n'ai pu qu'essayer d'en découvrir des bribes, souvent noires.
Je n'ai su que le bonheur de vivre que je t'avais redonné pendant nos dix années de vie partagée.
Ta palette avait retrouvé les rouges flamboyants, les jaunes solaires, les bleus profonds et toutes ces couleurs éclatantes éclaboussaient tes toiles d'un désir de vivre renaissant.
Tu es parti trop tôt mais tu m'as laissé dans le coeur le courage de vivre, la force qui était en toi et l'amour. L'amour que j'ai encore envie de partager - et qui parfois illumine ma vie - et sans lequel je ne peux vivre pleinement.

Une vie dans une boîte 4.

GALERIE
KATIA GRANOFF

13 quai de Conti - Paris 6è

exposition

C.


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DU 29 AVRIL

AU 23 MAI
__________

1975
Dans la presse.

"C. : Peintures"
à la Galerie Katia Granoff 6 Quai de Conti

C. fait sa première exposition parisienne à l'ombre de l'Académie Française, et à des années-lumières de tout académisme. C'est l'émotion à l'état pur. L'émotion traduite en vibrations.

Depuis 1970 il vit à Paris et depuis toujours sans doute, il vit dans un univers qu'il a construit, mais qu'il a laissé traverser par le malheur. Avant d'émerger, il s'est "colleté" avec la mort. Il lui a arraché son "autoportrait" d'un beige boueux où toutes les couleurs du monde sont venues mourir. Il a encore peint pendant ce combat une série de squelettes de plus en plus précis, aux ossements traités dans une pâte épaisse et saillante. Au bout de ce tunnel, il est arrivé devant un squelette plus mort que les autres qu'il a enfermé dans un placard. S'il était anglais je verrais là un lapsus freudien extraordinaire.

A quelle rupture affective totale a pu correspondre cette descente aux enfers? Je ne le sais. mais on émerge dans une nouvelle lumière. des camaïeux de bleus éblouissants, des spirales de nuit qui s'enroulent et tourbillonnent autour d'on ne sait quelles lueurs retrouvées. La toile que je préfère : "Aube orientale", est un nocturne troué de couleurs exotiques violentes, une forêt obscure traversée d'oiseaux de feu.

C. ne semble se rattacher à aucune école. Il prend des risques et peint sans porte-drapeau. Il jette avec force ses problèmes sur la toile et se bat avec les tourbillons de feu ou de nuit qui l'entraînent. Parfois le rythme s'apaise en une large symphonie d'où la mélodie a disparu.

(Le Chirurgien-Dentiste de France - 25 juin 1975)


EXPOSITIONS
Galerie Katia Granoff, 13 Quai de Conti - Paris 6è.

C.

Depuis quinze ans qu'il peint, C. , 38 ans n'a encore jamais permis d'exposition importante de ses oeuvres.

Il est pourtant "accroché" dans les appartements d'un monde relativement clos de connaisseurs, écrivains, hommes politiques, vedettes du spectacle...

Katia Granoff accueille sa première grande exposition du 29 avril au 23 mai, où il présente ses quarante dernières créations.

Difficile de rester insensible au jeu passionné et sincère des couleurs, de la matière et du relief qui éclairent et animent ses toiles. Un conseil : allez-y l'après-midi. Le peintre sera présent à la galerie et vous pourrez parler avec lui.

Philippe Ramond - Le Point

Une vie dans une boîte 3.

GALERIE 65
Tableaux Modernes

Cannes
65, Croisette
Tel. 38.15.33 Ce jeudi (?) 1965



Cher monsieur et Ami,

Je reviens de Paris et Monsieur Chambry me raconte votre accident de voiture.
Je suis vraiment désolée pour vous et votre femme. Je n'ai pas encore vu vos toiles. Il paraît qu'elles sont superbes.
Inclus un chèque de 1000 F à valoir.
Les temps sont vachement durs.

Faites mes amitiés ... (je n'ai pas la suite)




Professeur Raymond Vilain
Chirurgien des Hôpitaux
17, Avenue Montaigne
Paris VIIIè
Elysées 67-57 Le 5 février 1968



Monsieur le Docteur Chambaud

Cher Ami,

C. est mon peintre préféré et en voyant sa dernière production, j'ai pensé que l'air, le soleil et la mer pourraient entrer dans ton horizon quotidien. J'aimerais que tu choisisses une des toiles qu'il t'amène.
Si cette période douce et claire ne te satisfaisait pas actuellement, il reviendrait dans quelque temps avec autre chose.
Ne te crois donc absolument pas obligé de choisir maintenant si tu n'as pas le choc.

Avec ma gratitude. Toutes mes amitiés.
Raymond.

Une vie dans une boîte 2.

GALERIE HENQUEZ
Arts et Peintures
96 rue de Rennes
Paris VIè
LIT. 60-07 Le 15 octobre 1965





Cher Monsieur,


Bien reçu votre petit mot, la galerie a ouvert le 15 septembre et la saison ne reprend activement que depuis ce début d'octobre, c'est la raison pour laquelle j'ai tardé à vous répondre afin d'avoir des échos de vos toiles; je pensais également vendre une de vos petites toiles et vous l'annoncer mais le client n'est pas encore revenu, j'espère que cela se réalisera bientôt.

De toute façon vos gouaches suscitent de l'intérêt, quant à vos petites toiles elles plaisent bien.


J'ai plaisir à constater que vous vous organisez bien dans votre nouvelle demeure et que le travail marche bien, tous mes voeux de continuation.


Recevez, Cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.



La directrice
R. Henquez


Monsieur
17-23 rue
Paris XVè







GALERIE HENQUEZ
Arts et Peintures
96 rue de Rennes
Paris XVè
LIT. 60-07 Le 16 décembre 1965





Cher Monsieur,


Quelques brefs échos de l'exposition. Monsieur De Ricci est venu, nous avons parlé de votre évolution et de votre participation au Prix Pacquement; j'attends la visite de Monsieur Lévèque pour une critique dans l'Information, et surtout pour m'entretenir avec lui. Demain j'envoie un mot à Monsieur Cogniat pour Le Figaro. Il est un peu dommage que vous ne soyez pas à Paris, sinon je vous aurais envoyé contacter d'autres critiques. De toute façon nous aurons des critiques intéressantes et des points de contacts pour vos réalisations futures.


Recevez Cher Monsieur l'assurance de mes meilleurs sentiments et mon plus sympathique souvenir à Madame C.*



La directrice
R. Henquez

Monsieur
17-23 rue
Paris XVè


* Madame C. était sa première épouse.

Une vie dans une boîte 1.






Un press book artisanal d'un artiste, illustre inconnu.



MINISTERE D’ETAT
Affaires Culturelles


Le Chef de Cabinet 3 rue de Valois, Paris 1er


Cher Monsieur,

Monsieur André MALRAUX a bien reçu votre lettre toute récente et me charge d’y répondre.

Il regrette de ne pouvoir vous donner satisfaction mais il ne va jamais visiter d’expositions dans les galeries privées, quel que soit leur intérêt, afin de ne pas créer un précédent qui l’obligerait moralement à ne pouvoir refuser toutes les autres invitations qu’on ne manquerait pas de lui envoyer

J’ai transmis de la part du ministre votre lettre à la Direction de la Création Artistique, 53 rue Saint-Dominique, qui, elle, envoie souvent un représentant visiter les galeries.

Je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de ma considération la plus distinguée.

M. Brandin


Monsieur
17-23 rue
Paris 15è 1er décembre 1965




MINISTERE DES
Affaires Culturelles


Direction générale
des Arts et des Lettres
Création artistique 53 rue Saint-Dominique, Paris 7è


Monsieur,

Vous avez appelé l’attention de Monsieur le Ministre d’Etat chargé des Affaires Culturelles sur les travaux que vous avez entrepris, et exprimé le désir de recevoir sa visite.

Je ne puis que vous inviter à entrer en relations avec Monsieur François BRET Conseiller Artistique.

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
Pr. Le Ministre et par délégation
Le Chargé de mission
pour la Création Artistique

B. ANTHONIOZ


Monsieur
17-23 rue
Paris 15è 27 décembre 1965