Il y a bien longtemps que je n'avais pas été terrassée par la fièvre.
Hier, j'ai tenté vainement de rester debout mais fébrile, entre suées et frissons, secouée par les quintes de toux, je suis restée couchée.
Dans une somnolence ouateuse j'ai écouté une lecture de Proust sur France Culture , je me suis laissée bercer par ces textes merveilleux et je pouvais dire à 15 heures : (Longtemps) je me suis couchée tôt...
J'apprends à la fin de l'émission qu'il va y avoir une lecture de Proust à l'Odéon le 23 mars*. Malheureusement je ne peux pas avancer mon départ, quel dommage.
"Lire Proust c'est faire un expérience existentielle". Ecouter ces lectures dans un état cotonneux , sous ma couette, c'était aussi doux que le souvenir de ma mère m'apportant des crêpes au lit quand enfant j'étais malade.
Aujourd'hui je suis debout, parce qu'il le faut! Il fallait bien que j'aille à la pharmacie chercher les antibiotiques, la cortisone et tous ces "louzous" comme disait mon grand-père, qui parfois nous font plus de mal que de bien, que le médecin m'a prescrits, en me disant : à la fin de la semaine vous serez d'attaque!
"Elle a.... la fièvre, la migraine, Tout ce qu'on peut avoir.... la mort au fond du coeur..."
(Francois LANOUE, dit Lanoue Bras de Fer, Coquette corr. V, 1)
*Mardi 23 mars à 18h
Lecture d’extraits de Du côté de chez Swann de Marcel Proust et rencontre avec Daniel Mendelsohn.
Animé par Daniel Loayza.
Au Théâtre de l’Odéon – Salon Roger Blin
Réservation : 01 44 85 40 40.
lundi 8 mars 2010
samedi 6 mars 2010
Balade du jour

Le port.
Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.
Charles Baudelaire, poème en prose.
vendredi 5 mars 2010
Salon du livre 2010
Zut, je suis triste. J'avais tant espéré la voir cette femme extraordinaire et elle ne viendra pas. Bon, je me consolerai en rencontrant d'autres écrivains, que j'apprécie. Mais elle, cette femme, je me réjouissais tellement de la voir. Bien sûr, je n'aurai pas pu l'approcher, comme lorsqu'on va au Louvre voir la Joconde, mais elle, elle est vivante. Et je veux qu'elle le reste, qu'elle se préserve, donc je lui pardonne sa défection, ô oui, comme je vous pardonne chère Doris Lessing.
En attendant Godot
En attendant Godot
Je pense que si l'on fait une recherche sur Google on trouvera des dizaines de billets de blogueurs et d'articles sur cette pièce. Alors je m'en tiendrai à ces quelques mots après l'avoir vue il y a deux jours.
Tout d'abord le théâtre était - comme d'habitude ici - archi plein et merveille j'étais entourée de jeunes gens et jeunes filles, des lycéens, des étudiants; évidemment pensai-je, ils étudient Beckett, on leur a dit : vous devez aller voir En attendant Godot, peut-être viennent-ils à contre coeur? Mais il suffisait de sentir leur intérêt et même parfois d'entendre leur rire discret et même plus appuyé, leur émotion, oui leur émotion je la percevais, en même temps que la mienne, pour savoir qu'ils ne regrettaient pas d'être venus. Et çà participait à mon bonheur de partager ce moment avec cette jeunesse.
""1953 : pièce d'avant-garde. 1956 : pièce bourgeoise. 1961 : spectacle officiel" ainsi résumait-on la carrière d'En attendant Godot, il y a près d'un demi siècle. On l'a qualifiée de nihiliste, de poétique, de choquante, d'insolite, de féroce, de révolutionnaire et même de classique. Des images devenues des clichés : deux vagabonds en chapeau melon, un arbre étrange, un homme qui mène au bout d'une corde son esclave aux cheveux blancs. Un pièce métaphysique jouée par des clowns! La condition de l'homme et son immense difficulté à "être"."
Je pense que chacun prend ce qu'il veut de cette pièce, de ce texte, de la désespérance ou de l'espérance, de ces deux amis qui n'arrivent pas à se quitter, et après ces deux heures dix sans entracte on ne peut qu'applaudir, siffler de bonheur d'avoir été ému grâce à Samuel Beckett, à la mise en scène de Bernard Levy et à Vladimir et Estragon (Gilles Arbona, Thierry Bosc). Ce fut pour moi encore une soirée jubilatoire et enrichissante.
Réussir à faire passer tant d'émotions dans une pièce où il ne se passe rien, c'est magnifique.
Beckett précise en janvier 1952 dans une lettre à Michel Polac :
« Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. »
jeudi 4 mars 2010
mercredi 3 mars 2010
Parle moi d'amour
Ce matin j'avais envie de parler d'amour, je trouvais qu'il y avait longtemps que je n'en avais pas parlé. Je me disais une fois de plus : c'est la seule chose qui aura vraiment compté dans ma vie et tous les mois, années que j'aurai vécus sans amour auront été des mois des années vides de sens. Je n'ai vécu, je ne vis que pour aimer, je crois que je pourrai mourir en me disant que j'ai bien vécu. Combien de mots, de lettres d'amour ai-je pu écrire dans ma vie? Impossible de les compter. Il ne me suffisait pas d'aimer, il fallait que j'écrive ma passion, mon amour. Hier je lisais dans les Chroniques de Philippe Sollers du JDD celle-ci sur les Lettres d'amour :
" Voyons maintenant ce qui se passait dans le sud-ouest de la France, entre 1783 et 1786. On vient de retrouver aux Archives nationales un tas de lettres d'amour adressées à son cousin par une jeune femme de 25 ans, Rose. La plupart sont codées pour échapper à la surveillance locale, et elles dorment là, en vrac, avec une mèche de cheveux blonds tressée à un ruban bleu. Vous lisez bien : "Je t'aime depuis que je respire et pour la vie." Et encore : "Plus l'amour est mystérieux, plus il a de charmes. S'il était su, mon coeur s'affaiblirait." Et encore : "Il suffit que deux coeurs s'entendent, ils ont mille moyens de communiquer sans le secours de la parole." Et encore : "Je n'aime pas les gens mélancoliques, je dois aller te voir demain, prépare-toi dès aujourd'hui à me faire gracieuse mine, je veux te voir un visage riant, je te jugerai en rentrant et si je n'en suis pas contente, je m'en retournerai aussitôt." Casanova dans une lettre à une de ses amies a le même ton décisif : "Sois gaie, la tristesse me tue.""
En lisant cela je me dis que si on trouvait mes lettres d'amour, on me brûlerait vive!
Hier soir, tout à fait par hasard, j'ai cliqué sur un nom et je suis tombé sur un blog que j'ai trouvé absolument terrible. La personne y parle ma foi de choses intéressantes : de ses écrivains favoris, de la musique qui la touche et de bien d'autre chose et puis, je découvre, sa vie, en temps réel, son Amour (malade) qu'elle ne veut pas perdre, lui demandant de ne pas mourir; bref en lisant cela on ne devrait avoir que de la compassion et les commentaires ne s'en privaient pas (et c'était peut-être çà le pire). Et je me suis sentie très mal à l'aise. J'ai trouvé çà gênant, et mon malaise - grandissant en lisant les commentaires - n'avait en fait de raison d'être que parce que je me suis sentie nulle, parce que ici aussi il m'est arrivé, il m'arrive de parler de mon Amour. OK il est mort mais l'autre amour, qui fut si bref, j'en ai parlé aussi. Mais c'est d'un nul. Parce que ici, c'est la toile, ce n'est pas mon Journal intime. Mais le pire, je ne l'ai pas atteint, heureusement, en ouvrant les commentaires. Parce que commenter un Journal intime, non merci. Ce qui est terrible en fait, c'est qu'on ne se rend pas compte quand on écrit qu'on est lu, on se croit seul derrière son écran et on oublie qu'il y a peut-être des tas de gens qui vont vous lire... même si vous n'ouvrez pas les commentaires.
Après avoir parcouru ce blog je me suis dit : il faut que tu arrêtes de parler de toi, de ta vie. Il faudrait donc que j'arrête d'écrire sur la toile, parce que je ne sais pas parler d'autre chose que de moi. Il me reste deux solutions : arrêter d'écrire ici ou fermer l'accès. Mais alors, ma-solitude-mon-amour va passer du virtuel au réel? Pfff!
Bon, En attendant... Godot, je vais y réfléchir! (Ce soir je vais voir la pièce de Samuel Beckett)...
" Voyons maintenant ce qui se passait dans le sud-ouest de la France, entre 1783 et 1786. On vient de retrouver aux Archives nationales un tas de lettres d'amour adressées à son cousin par une jeune femme de 25 ans, Rose. La plupart sont codées pour échapper à la surveillance locale, et elles dorment là, en vrac, avec une mèche de cheveux blonds tressée à un ruban bleu. Vous lisez bien : "Je t'aime depuis que je respire et pour la vie." Et encore : "Plus l'amour est mystérieux, plus il a de charmes. S'il était su, mon coeur s'affaiblirait." Et encore : "Il suffit que deux coeurs s'entendent, ils ont mille moyens de communiquer sans le secours de la parole." Et encore : "Je n'aime pas les gens mélancoliques, je dois aller te voir demain, prépare-toi dès aujourd'hui à me faire gracieuse mine, je veux te voir un visage riant, je te jugerai en rentrant et si je n'en suis pas contente, je m'en retournerai aussitôt." Casanova dans une lettre à une de ses amies a le même ton décisif : "Sois gaie, la tristesse me tue.""
En lisant cela je me dis que si on trouvait mes lettres d'amour, on me brûlerait vive!
Hier soir, tout à fait par hasard, j'ai cliqué sur un nom et je suis tombé sur un blog que j'ai trouvé absolument terrible. La personne y parle ma foi de choses intéressantes : de ses écrivains favoris, de la musique qui la touche et de bien d'autre chose et puis, je découvre, sa vie, en temps réel, son Amour (malade) qu'elle ne veut pas perdre, lui demandant de ne pas mourir; bref en lisant cela on ne devrait avoir que de la compassion et les commentaires ne s'en privaient pas (et c'était peut-être çà le pire). Et je me suis sentie très mal à l'aise. J'ai trouvé çà gênant, et mon malaise - grandissant en lisant les commentaires - n'avait en fait de raison d'être que parce que je me suis sentie nulle, parce que ici aussi il m'est arrivé, il m'arrive de parler de mon Amour. OK il est mort mais l'autre amour, qui fut si bref, j'en ai parlé aussi. Mais c'est d'un nul. Parce que ici, c'est la toile, ce n'est pas mon Journal intime. Mais le pire, je ne l'ai pas atteint, heureusement, en ouvrant les commentaires. Parce que commenter un Journal intime, non merci. Ce qui est terrible en fait, c'est qu'on ne se rend pas compte quand on écrit qu'on est lu, on se croit seul derrière son écran et on oublie qu'il y a peut-être des tas de gens qui vont vous lire... même si vous n'ouvrez pas les commentaires.
Après avoir parcouru ce blog je me suis dit : il faut que tu arrêtes de parler de toi, de ta vie. Il faudrait donc que j'arrête d'écrire sur la toile, parce que je ne sais pas parler d'autre chose que de moi. Il me reste deux solutions : arrêter d'écrire ici ou fermer l'accès. Mais alors, ma-solitude-mon-amour va passer du virtuel au réel? Pfff!
Bon, En attendant... Godot, je vais y réfléchir! (Ce soir je vais voir la pièce de Samuel Beckett)...
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mardi 2 mars 2010
Didier da Silva
Je viens de terminer Treize mille jours moins un le second roman de Didier da Silva, un jeune auteur que j'ai découvert grâce à son blog Les idées heureuses puis Halte là. Le premier, Hoffmann à Tôkyô m'avait déjà séduite. Il y a dans ces deux romans une mélancolie, une solitude, un mal de vivre dans lesquels on ne se laisse pas sombrer mais emporter par un style littéraire précieux, précis et talentueux, non dénué d'humour (noir) comme dans l'extrait que j'ai choisi pour Treize mille jours moins un. Je les ai lu avec une grande émotion, sans a priori n'ayant lu aucune critique avant de m'y plonger; parcourir son blog Les idées heureuses avait suffi à me donner l'envie de lire ses romans. Alain Veinstein avait invité l'auteur en 2007 dans son émission Du jour au lendemain pour parler de son livre Hoffmann à Tôkyô, je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt, malheureusement on ne peut plus "podcaster" l'émission. Mais il n'est pas trop tard pour lire ses deux romans, en attendant le prochain... pour les amoureux de la littérature.
Les désirs ardents
habitant le corps
s'éteindraient-ils
rien qu'à rencontrer
ce vent frais?
La fortune avait mis dans ses mains des poèmes de Saigyô. Il ne désira rien plus ardemment, dès lors, que d'être un moine poète en onze cent et quelques, retiré dans sa hutte de montagne pour y décrire sa solitude et les saisons, touchant la flûte à l'occasion.[...] Si son âme était noire, l'ignorer valait mieux, ou du moins la prendre à la blague. Il se complairait désormais dans le silence et la pureté, la retenue, l'élégie calme et la plus courtoise ironie. Il serait un lyrique japonais.
Par le coeur certes
on peut se rendre
dans la montagne profonde
mais sans y habiter
comment en connaître la solitude?[...]
Ses humeurs? Une loterie. Son âme? Elle aurait donné aux éponges des leçons d'hospitalité. Sans jamais vraiment savoir pourquoi tout roulait, pourquoi tout clochait, il allait au gré de ces imprévisibles riens qui font un jour, un mois, un an. Le sang-froid n'était pas son fort. Le temps dans lequel il vivait n'était qu'une série de bifurcations, l'avenir qu'une confusion de possibilités.
Il était doué pour l'oubli. Il enviait les gens qui pouvaient se reposer sur un passé, quand le sien lui semblait être une étendue de sables mouvants, dans un désert sans nord ni ouest. Sa seule marge de manoeuvre était un qui-vive-permanent.
Ses vertiges et ses tremblements l'en avaient persuadé très tôt, il n'était qu'un paquet de nerfs. Il est difficile de lutter contre un préjugé inscrit dans la chair, il entendait parler de la volonté mais n'y croyait pas sérieusement. Son âme? Un juke-box en random, une auberge espagnole, ses pulsions bivouaquaient et se tapaient la cloche.
Cet accueil enthousiaste du meilleur et du pire formait en somme un caractère, c'était bien la seule unité qu'il revendiquait. Il ne préférait pas le bonheur au malheur, les deux avaient leur intérêt. Il avait très envie de se suicider? Bah, ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Le premier courant d'air venu le délogerait de cet abîme. Valse triste, valse drôle, il ne savait pas danser.
Hoffmann à Tôkyô, pages 38 - 39 - 40.
"Il considéra son âme. Elle avait disparu. D'aise, il soupira".
"Didier da Silva est né en 1973 à Marseille où il vit.
Quand il n'écrit pas, il joue du piano."
4ème de couverture
____________________________________________________________________
[...] Il observa un instant les poissons. Où était passé le nez rouge? Il se cachait sans doute derrière une plante...
Il le vit alors, flottant entre deux eaux. Raide mort, à n'en pas douter. Il avait bien besoin de çà mais ce coup de théâtre, cet audible ricanement du sort ne pouvait faire moins que le démoraliser. Sauf à nier l'idée même de l'augure, abriter sous son toit un cadavre en était un assez mauvais et il plongea une main dans l'aquarium, l'air dégoûté, pour saisir entre majeur et pouce le petit corps inerte, de l'autre il étendit à la hâte sur la table une serviette à portée, en manière de linceul et pour le protéger des miettes du biscuit déchiqueté, douteuse panure. Il le regarda longtemps, çà n'était guère plus gros qu'un ongle et çà prenait pourtant une place épouvantable, tout semblait mort par contamination, la chaise comme la cafetière, le pouf et le pot, il lui appartenait de défendre fièrement les couleurs de la vie (Goya* ronflait ailleurs) mais, pour l'heure, il aurait fait une médiocre pom pom girl. Quelque chose avait foiré. Une eau trop froide? une nourriture mal adaptée? un virus? la neurasthénie? Ce matin encore il pétait le feu, fusant d'une vitre à l'autre dans un émerveillement constamment renouvelé; il irradiait une douce petite lumière dans laquelle sa chair, toute de transparences irisées, se faisait oublier. Qu'il était donc terne, opaque, solide et ridicule ainsi, figé dans sa mort. Sam devait maintenant décider quoi faire du corps. Et s'il lui donnait un nom? Il était certes un peu tard. La poubelle était exclue. Goya ne le défèquerait pas.
L'enterrer au pied du ficus?
Il le glissa pour finir dans un bout de papier de soie, autour duquel il noua un bout de ficelle : transformé en paquet cadeau, il lui parut inoffensif, mignon, presque pimpant. Il ne lui restait plus qu'à le bazarder, plus tard, sans états d'âme. En attendant pour se distraire il alluma la télévision.
* Goya est son chat.
Treize mille jours moins un, pages 44 - 45.
Lire ici aussi le très beau billet de Philippe Annocque et cet autre intitulé Couperin me flanque le blues.
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Alain Veinstein,
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Littérature
lundi 1 mars 2010
Choir
Je cogitais depuis quelques semaines un texte pour parler de ce livre de Eric Chevillard que je venais de terminer. Mais en lisant les échos de la presse via son blog ce matin ce que je pourrais en dire serait insipide après ces brillantes analyses et excellentes critiques justifiées.
J'ai parfois eu envie de laisser choir ce livre en cours de lecture mais j'ai voulu aller jusqu'au bout et je ne l'ai pas regretté même si j'en suis sortie "lessivée". Il faut avoir lu Choir. Ces deux extraits des échos de la presse :
"Qu’y a-t-il donc qui séduise si fort dans Choir, auquel manque assez singulièrement l’ingrédient de comique décalé et faussement maladroit (à la Harry Langdon) sur lequel reposait en partie le succès de Chevillard, auprès toutefois des seuls lecteurs capables d’apprécier le charme du second degré ? La réponse est aisée : Choir, c’est deux cent cinquante pages de vraie littérature, où le style unique de l’écrivain se déploie avec une virtuosité qui n’a jamais été aussi grande."
Maurice Mourier, La Quinzaine Littéraire.
"Ce roman appartient-il à la folie d'un esthète ? Choir fête-t-il le triomphe du grand n'importe quoi ? On peut être tenté de le penser, car Chevillard est en droit de se moquer de nous. Mais le lecteur, entre les lignes de cette farce noire, réussit à faufiler son rire. Peut-être pour dissiper le spleen de cet endroit maudit. La grande qualité de ce texte est qu'il laisse la liberté de choisir sa propre distance par rapport à lui. Exactement comme un tableau qui autorise le spectateur à se placer où il veut : le nez dessus, ou dix pas en arrière."
Amaury da Cunha, Le Monde.
Je choisis cet extrait car j'ai aussi ri en lisant ce livre noir :
"Nos cordonniers confectionnent des souliers à l'extrémité bombée, évasée en spatule afin que s'y loge confortablement un pied pourvu du Sixième Orteil. Du coup, nous y sommes trop au large et fort mal soutenus. Nous trébuchons à chaque pas, et souvent c'est la chute (de là viendrait le nom de Choir).
Mal chaussés, comme si cela ne suffisait pas, il faut encore que le sol tremble. "
J'ai parfois eu envie de laisser choir ce livre en cours de lecture mais j'ai voulu aller jusqu'au bout et je ne l'ai pas regretté même si j'en suis sortie "lessivée". Il faut avoir lu Choir. Ces deux extraits des échos de la presse :
"Qu’y a-t-il donc qui séduise si fort dans Choir, auquel manque assez singulièrement l’ingrédient de comique décalé et faussement maladroit (à la Harry Langdon) sur lequel reposait en partie le succès de Chevillard, auprès toutefois des seuls lecteurs capables d’apprécier le charme du second degré ? La réponse est aisée : Choir, c’est deux cent cinquante pages de vraie littérature, où le style unique de l’écrivain se déploie avec une virtuosité qui n’a jamais été aussi grande."
Maurice Mourier, La Quinzaine Littéraire.
"Ce roman appartient-il à la folie d'un esthète ? Choir fête-t-il le triomphe du grand n'importe quoi ? On peut être tenté de le penser, car Chevillard est en droit de se moquer de nous. Mais le lecteur, entre les lignes de cette farce noire, réussit à faufiler son rire. Peut-être pour dissiper le spleen de cet endroit maudit. La grande qualité de ce texte est qu'il laisse la liberté de choisir sa propre distance par rapport à lui. Exactement comme un tableau qui autorise le spectateur à se placer où il veut : le nez dessus, ou dix pas en arrière."
Amaury da Cunha, Le Monde.
Je choisis cet extrait car j'ai aussi ri en lisant ce livre noir :
"Nos cordonniers confectionnent des souliers à l'extrémité bombée, évasée en spatule afin que s'y loge confortablement un pied pourvu du Sixième Orteil. Du coup, nous y sommes trop au large et fort mal soutenus. Nous trébuchons à chaque pas, et souvent c'est la chute (de là viendrait le nom de Choir).
Mal chaussés, comme si cela ne suffisait pas, il faut encore que le sol tremble. "
dimanche 28 février 2010
Bigoudis

Au cours de ma balade en ville hier, cette vitrine chez un coiffeur retient mon attention; va-t-elle attirer les clientes; est-ce une oeuvre d'art? Je trouve l'idée originale et bien vue si on regarde la photo du dessus, image récupérée sur Google. Je me souviens aussi de cette femme aux Bigoudis dessinée par Gilbert Pinna.
Poursuivant ma promenade je m'arrête sur cette place près des Halles, en chantier. Et là, je vois une autre oeuvre d'art!
Ces pavés de granit posés un par un par des artisans ne vont pas déparer au charme du centre ville historique.
(Vénalement, je pense à mes impôts locaux qui déjà m'ont semblé très lourds; eh oui! lorsque je vivais à la campagne ils étaient... euh... divisés par 5! mais j'apprécie tellement de vivre dans cette jolie ville et qu'on restaure ses beaux endroits).
samedi 27 février 2010
***
"L'homme revêt le soir un pyjama clownesque; au réveil, il s'étonne d'avoir passé la nuit à faire l'insensé dans des fééries absurdes."
Eric Chevillard, L'autofictif, 10 janvier 2008.
Eric Chevillard, L'autofictif, 10 janvier 2008.
vendredi 26 février 2010
Bio et Secte
Après m'être baladée dans les allées du château qui se trouve à 5 minutes de chez moi, je me suis arrêtée au retour dans un magasin bio pour acheter de la levure de bière, sur les conseils de ma coiffeuse! C'est la deuxième fois que je rentre dans ce magasin et j'ai une impression très étrange quand j'y suis, assez inexplicable, je m'y sens très mal à l'aise. L'ambiance, la clientèle, les caissières. Oui c'est cela, c'est tout-à-fait cela, j'ai l'impression d'entrer dans une secte. Les produits que l'on y trouve aussi me semblent étranges, étrangers. En arrivant à la caisse avec ma levure de bière en paillettes et mon petit pain d'épice à l'orange bio hors de prix (j'ai craqué) j'ai fait la queue et j'ai regardé les clients; la caissière avait au milieu du menton un percing minable et tout autour sur son visage une rivière - non pas de diamants - mais de boutons. Se nourrit-elle de produits d'ici me suis-je demandée inquiète; c'est peut-être le stress? Puis je remarquais que les clients devant moi donnaient un numéro à la caissière. Bizarre, c'est quoi cette secte? Arrive mon tour, je ne dis rien et la caissière me demande : votre numéro d'adhérent s'il vous plaît? Je ne suis pas adhérente. Et la voilà qui me refile une brochure et un bulletin d'adhésion. Non merci lui dis-je. Manquerait plus que çà!
Et si c'était une secte (je plaisante, mais à peine)? Je pianote "bio et secte" sur Google et incroyable, je trouve ceci :
"Magasin biologique non parasité... est-ce que cela existe?" et ce témoignage sur un forum:
"J'ai travaillé dans un magasin biologique durant un an..mais c'était une secte (avec tout les inconvénients que cela entend), plusieurs magasins biologiques de ma ville sont réputés en etre aussi (la vie claire, nature et bien etre, biocoop etc), je voudrais pourtant trouver un emploi de vendeuse dans ce secteur en pleine expansion, car je serai à l'abri du licenciement économique tellement en cours ....! quelqu'un pourrait m'aiguiller, me donner une idée? Connaissez vous des magasins biologiques qui ne soient pas sous parasitage? je pense qu'il est impossible de savoir si on a bien à faire ou pas à une secte tant qu'on a pas travaillé dans la boite, mais je vous pose quand meme la question
Merci."... et suivent des réponses qui varient: des pour des contre... mais ces témoignages me sidèrent car mon impression était donc fondée.
Je trouve aussi ceci : Une crêperie bio, façade de la secte Tabitha's Place, Les douzes tribus
Châtillon-Sur-Indre, Indre et l'article de France Info.
Bon, il ne faut bien entendu pas mettre tous ceux qui vendent et achètent du bio dans le même panier (j'achète du pain bio chez Proxi) mais franchement, je me trompe rarement quand je ressens des trucs pas "clairs" et je ne pense pas être devenue parano.
Et si c'était une secte (je plaisante, mais à peine)? Je pianote "bio et secte" sur Google et incroyable, je trouve ceci :
"Magasin biologique non parasité... est-ce que cela existe?" et ce témoignage sur un forum:
"J'ai travaillé dans un magasin biologique durant un an..mais c'était une secte (avec tout les inconvénients que cela entend), plusieurs magasins biologiques de ma ville sont réputés en etre aussi (la vie claire, nature et bien etre, biocoop etc), je voudrais pourtant trouver un emploi de vendeuse dans ce secteur en pleine expansion, car je serai à l'abri du licenciement économique tellement en cours ....! quelqu'un pourrait m'aiguiller, me donner une idée? Connaissez vous des magasins biologiques qui ne soient pas sous parasitage? je pense qu'il est impossible de savoir si on a bien à faire ou pas à une secte tant qu'on a pas travaillé dans la boite, mais je vous pose quand meme la question
Merci."... et suivent des réponses qui varient: des pour des contre... mais ces témoignages me sidèrent car mon impression était donc fondée.
Je trouve aussi ceci : Une crêperie bio, façade de la secte Tabitha's Place, Les douzes tribus
Châtillon-Sur-Indre, Indre et l'article de France Info.
Bon, il ne faut bien entendu pas mettre tous ceux qui vendent et achètent du bio dans le même panier (j'achète du pain bio chez Proxi) mais franchement, je me trompe rarement quand je ressens des trucs pas "clairs" et je ne pense pas être devenue parano.
jeudi 25 février 2010
303 ème
Je m'étais imposée de m'arrêter d'écrire ici au 300 ème, je n'ai jamais été une femme de parole et je pense si souvent le contraire de ce que je dis, surtout en amour : quand je leur dis non je veux qu'ils entendent oui, mais parfois, tout de même, je dis la vérité : je n'ai jamais menti quand je leur disais je t'aime.
Aujourd'hui j'ai envie de mettre tout ce qui est sérieux dans une poubelle, d'oublier un peu mon intellect avide de connaissances, ne serait-ce que 24 heures, et de rire, d'éclater de rire, d'avoir un fou-rire, d'être con, con et belle à la fois, juste une heure, une heure simplement (merci Brel). Envie de cela, en vrai, pas à travers mon écran. Mais cela est impossible même s'il m'arrive encore - heureusement - de rire toute seule, de rire aux anges comme ce Petit parisien de Willy Ronis, le rire du bonheur de vivre; le rire le plus merveilleux est celui qui est partagé, celui qui nous fait presque oublier ce que nous sommes, tant il est imprévisible voire complètement débile mais déclenché par une complicité profondément intime avec la personne avec qui nous rions. J'ai envie d'un rire sans raison dans la déraison. Ô mon dieu que j'ai envie de ce rire-là.
Tout cela pour seulement dire : j'ai envie d'être à deux.
Et ce soir je vais voir A Single Man* de Tom Ford. Pfff! Pour le rire je repasserai... On ne se refait pas.
"Magnifique ode à l'amour, à la vie, à la mort et aux souvenirs. A Single Man est un portrait à hauteur d'homme, livré par un protagoniste inoubliable et doté d'une réalisation étonnamment fluide et efficace. Facilement un des meilleurs films américians de l'année."
Martin Gignac, le cinema.ca.
23 h. Je rentre du cinéma. L'amour et son chagrin, la mort, la solitude, ce film avait tout pour me plaire, je le savais. Comme d'habitude je lis quelques critiques après l'avoir vu : Le Monde, Télérama, le Nouvel Obs et je me dis, heureusement que je ne les avais pas lues avant. Trop d'esthétisme se plaignent-ils. J'ai savouré cet esthétisme, la beauté des comédiens aussi. On peut être beau et expressif. Je pense que les machos détesteront et je déteste les machos. Critique excellente des Inroks. C'est aussi un film sur la tendresse. Et la tendresse, bordel, qu'est-ce c'est bon. Je danserai bien un slow avec A single man!
Libellés :
Journal intime,
Photographie,
Willy Ronis
mercredi 24 février 2010
Vladimir Jankélévitch
face aux jardins de la cathédrale Notre Dame
En écoutant la suite des émissions sur la nostalgie et celle de ce matin consacrée à L'Irréversible et la nostalgie de Vladimir Jankélévitch j'ai une fois de plus fouillé dans sa biographie et je suis tombée sur cet article publié par Jérôme Garcin dans L'Express en 1995! dont j'extrais ces lignes :
«Je ne suis pas fait du tout pour la philosophie des salons; je sais que je suis trop violent, pointu, âpre, paradoxal.»
Il ne comprenait pas qu'on paressât ou se contentât d'une existence confortable. Il jugeait, par exemple, dérisoires, chez son frère, le goût des beaux meubles et l'aspiration à l'harmonie familiale. Il vitupérait les parvenus endimanchés, ces «macaques». Il pensait qu'il fallait tout sacrifier à son travail. Il affichait une tempérance de cénobite et, parfois, un moralisme de calviniste: en 1929, répudiant l'idée de rachat et appelant à «la purification intime de la conscience», ce juif par sa mère se fût volontiers converti au protestantisme. A l'âge où l'on a plutôt un gros appétit et beaucoup d'occasions d'être infidèle à soi-même, il distinguait les exigences intérieures, qui sont souveraines, de «la vie extérieure», qui, selon lui, pouvait attendre.[...]
En 137 missives, toute l'existence de Jankélévitch, brisée en deux par la dernière guerre, est ici rassemblée, depuis sa jeunesse prometteuse et un peu fanfaronne jusqu'à sa vieillesse assombrie par le sentiment qu'il éprouvait de n'avoir ni lecteurs ni critiques, d'être mal compris, négligé, démodé. On n'imaginait d'ailleurs pas si solitaire, si amer, le titulaire de la chaire de philosophie morale de la Sorbonne, l'admirable styliste de «L'Irréversible et la nostalgie».
[...]
«Il est vraiment temps de quitter ce monde. Place aux ordinateurs et au dieu Business», confie alors Jankélévitch à son vieil ami en janvier 1975, avant de se pencher sur le piano à queue, son ultime refuge, et de laisser parler la musique, ce prélude à l'éternité dont seuls les grands interprètes comprennent la langue des morts."
Une vie en toutes lettres, par Vladimir Jankélévitch. Préface et notes de Françoise Schwab. Liana Lévi, 472 p.
«Je ne suis pas fait du tout pour la philosophie des salons; je sais que je suis trop violent, pointu, âpre, paradoxal.»
Il ne comprenait pas qu'on paressât ou se contentât d'une existence confortable. Il jugeait, par exemple, dérisoires, chez son frère, le goût des beaux meubles et l'aspiration à l'harmonie familiale. Il vitupérait les parvenus endimanchés, ces «macaques». Il pensait qu'il fallait tout sacrifier à son travail. Il affichait une tempérance de cénobite et, parfois, un moralisme de calviniste: en 1929, répudiant l'idée de rachat et appelant à «la purification intime de la conscience», ce juif par sa mère se fût volontiers converti au protestantisme. A l'âge où l'on a plutôt un gros appétit et beaucoup d'occasions d'être infidèle à soi-même, il distinguait les exigences intérieures, qui sont souveraines, de «la vie extérieure», qui, selon lui, pouvait attendre.[...]
En 137 missives, toute l'existence de Jankélévitch, brisée en deux par la dernière guerre, est ici rassemblée, depuis sa jeunesse prometteuse et un peu fanfaronne jusqu'à sa vieillesse assombrie par le sentiment qu'il éprouvait de n'avoir ni lecteurs ni critiques, d'être mal compris, négligé, démodé. On n'imaginait d'ailleurs pas si solitaire, si amer, le titulaire de la chaire de philosophie morale de la Sorbonne, l'admirable styliste de «L'Irréversible et la nostalgie».
[...]
«Il est vraiment temps de quitter ce monde. Place aux ordinateurs et au dieu Business», confie alors Jankélévitch à son vieil ami en janvier 1975, avant de se pencher sur le piano à queue, son ultime refuge, et de laisser parler la musique, ce prélude à l'éternité dont seuls les grands interprètes comprennent la langue des morts."
Une vie en toutes lettres, par Vladimir Jankélévitch. Préface et notes de Françoise Schwab. Liana Lévi, 472 p.
mardi 23 février 2010
10 Mai 81
Cardinaux, Affiches tirées d'une huile sur toile, 1981
A chaque fois que des élections se profilent à l'horizon j'ai la nostalgie de l'époque où je m'intéressais - je devrai dire me passionnais pour - à la politique. Dès les années 65/70 mon coeur penchant à gauche, je fréquentais les rebelles de cette époque. Nous nous associions aux idées défendues dans les journaux et revues dites de gauche : Combat, puis Le Matin de Paris en 1977 qui était le quotidien du Nouvel Observateur, Le Nouvel Observateur évidemment, le Canard enchaîné (même si celui-ci se voulait politiquement indépendant). Parmi nous il y avait une jeune fille que j'admirais et qui lisait Témoignage Chrétien; je pensais que c'était un journal de cathos trop bien-pensants et j'ai voulu comprendre pourquoi elle le lisait. C'était aussi un journal de gauche qui appelait à voter Mitterrand.
Bref, je parle de mes premières années de jeunesse! Ensuite je suis restée une rebelle qui s'est un peu assagie mais mon coeur penchait toujours du même côté.
Bref, je parle de mes premières années de jeunesse! Ensuite je suis restée une rebelle qui s'est un peu assagie mais mon coeur penchait toujours du même côté.
Puis je t'ai rencontré, plus tard, bien trop tard... et pas du tout dans une manif, d'ailleurs tu t'en fichais de la politique, tu jouais un peu sur tous les tableaux si j'ose dire, penchant vers ceux qui porteraient un regard sur les tiens! Et il y en eut de droite, de gauche!
Cependant j'avais fini par t'influencer malgré tout, tu m'aimais tellement, il fallait bien que tu me fasses croire que tu devenais un peu socialiste, toi, que notre cher voisin d'atelier appelait : le peintre capitaliste parce que tu claquais tes "recettes" en havanes, château-margaux, vinaigre de xérès Fauchon, pains au chocolat, brioches au beurre de chez Dalloyau et j'en passe! J'en ris encore quand je repense comment tu m'as séduite et à toutes ces folies qui nous faisaient ensuite bouffer des pâtes et des patates pendant des semaines.
Des élections régionales donc dans un peu moins d'un mois, la campagne ronronne!
Cependant j'avais fini par t'influencer malgré tout, tu m'aimais tellement, il fallait bien que tu me fasses croire que tu devenais un peu socialiste, toi, que notre cher voisin d'atelier appelait : le peintre capitaliste parce que tu claquais tes "recettes" en havanes, château-margaux, vinaigre de xérès Fauchon, pains au chocolat, brioches au beurre de chez Dalloyau et j'en passe! J'en ris encore quand je repense comment tu m'as séduite et à toutes ces folies qui nous faisaient ensuite bouffer des pâtes et des patates pendant des semaines.
Des élections régionales donc dans un peu moins d'un mois, la campagne ronronne!
Oui, on est bien loin de cette agitation, cette effervescence que fut - il est vrai qu'il s'agissait de présidentielles - la campagne des élections de 1981! Du moins pour celles et ceux qui, comme moi, avait le coeur à gauche. J'étais tellement excitée que j'avais réussi à te transmettre mon enthousiasme! Et, rentrant un soir de mon boulot, que vois-je sur le chevalet, une sorte de prise de la Bastille, avant l'heure si je puis dire - je parle ici de la liesse qu'il y eut à la Bastille quand Mitterrand fut élu le 10 Mai 1981 et à laquelle je t'avais entraîné - je vois donc une grande toile bleu blanc rouge que tu contemplais assis dans ton fauteuil. J'étais debout derrière toi et je la regardais, scotchée; tu devais sentir mon coeur battre dans ta nuque. Au fond de moi, je me disais : je veux la garder cette toile. C'était la Révolution! Je t'ai dit : elle est belle et re-belle! Tu m'as dit (et je n'ai pas vu tout de suite le rapport) : j'ai invité Philippe à dîner avec sa femme demain soir, je vais leur faire un rôti de veau à la ventrèche et au foie gras! Très léger, Philippe va adorer... t'ai-je dit en riant.
Le lendemain soir, je le pressentais, Philippe a eu un coup de foudre pour le tableau, il faut dire qu'il était lui aussi en pleine excitation avec ces élections; néanmoins je n'étais pas sûre que ce soit que le côté révolutionnaire de la toile qui lui plaisait mais plutôt les couleurs, le mouvement, il était amateur depuis longtemps de ta peinture . Il n'est pas reparti avec le tableau, il fallait qu'il sèche un peu, mais il l'a acheté et payé! Quand on s'est retrouvé tous les deux, tu as vu ma grimace! Bon, j'étais contente mais j'aurais bien voulu le garder. Pendant le dîner il ne fut question que de l'élection de Mitterrand - et de ta recette fabuleuse tendre et onctueuse - mais surtout pour Philippe des élections législatives qui allaient suivre. Le Point n'était pas franchement un magazine de gauche!
Trois jours plus tard, Philippe avait fait prendre le tableau par le coursier du Point. Oui, Philippe était à cette époque le directeur du magazine. Puis une semaine après, il t'a appelé pour te demander l'autorisation de faire des affiches de ce tableau qui seraient exposées à la soirée du Point lors des résultats et dans quelques endroits stratégiques de la capitale. Il en ferait aussi la Une du Point. Il avait donc vu tout de suite le côté Révolution de cette toile et avait sans doute déjà une idée derrière la tête en l'achetant. En mauvais homme d'affaire que tu fus, tu lui as dit oui tout de suite, sans négocier quoi que ce fut! C'était tout bon pour Le Point. Philippe t'avait dit que çà te ferait une bonne pub et cela t'avait suffi. Je râlais quand tu m'appris la nouvelle mais sans en rajouter; je sentais que tu étais content et j'avais seulement envie de t'embrasser, de te dire que de toute façon je t'aimais.
Voilà, l'histoire de cette affiche un peu gondolée (de 1,50 m x 1,15 m)... qui est surtout un tableau bien plus beau (sans ce logo du Point) : 10 Mai 81. Aujourd'hui mon coeur ne sait plus trop pour qui pour quoi il bat, il bat pour des idées généreuses plus que pour des partis et je suis restée rebelle.
Le lendemain soir, je le pressentais, Philippe a eu un coup de foudre pour le tableau, il faut dire qu'il était lui aussi en pleine excitation avec ces élections; néanmoins je n'étais pas sûre que ce soit que le côté révolutionnaire de la toile qui lui plaisait mais plutôt les couleurs, le mouvement, il était amateur depuis longtemps de ta peinture . Il n'est pas reparti avec le tableau, il fallait qu'il sèche un peu, mais il l'a acheté et payé! Quand on s'est retrouvé tous les deux, tu as vu ma grimace! Bon, j'étais contente mais j'aurais bien voulu le garder. Pendant le dîner il ne fut question que de l'élection de Mitterrand - et de ta recette fabuleuse tendre et onctueuse - mais surtout pour Philippe des élections législatives qui allaient suivre. Le Point n'était pas franchement un magazine de gauche!
Trois jours plus tard, Philippe avait fait prendre le tableau par le coursier du Point. Oui, Philippe était à cette époque le directeur du magazine. Puis une semaine après, il t'a appelé pour te demander l'autorisation de faire des affiches de ce tableau qui seraient exposées à la soirée du Point lors des résultats et dans quelques endroits stratégiques de la capitale. Il en ferait aussi la Une du Point. Il avait donc vu tout de suite le côté Révolution de cette toile et avait sans doute déjà une idée derrière la tête en l'achetant. En mauvais homme d'affaire que tu fus, tu lui as dit oui tout de suite, sans négocier quoi que ce fut! C'était tout bon pour Le Point. Philippe t'avait dit que çà te ferait une bonne pub et cela t'avait suffi. Je râlais quand tu m'appris la nouvelle mais sans en rajouter; je sentais que tu étais content et j'avais seulement envie de t'embrasser, de te dire que de toute façon je t'aimais.
Voilà, l'histoire de cette affiche un peu gondolée (de 1,50 m x 1,15 m)... qui est surtout un tableau bien plus beau (sans ce logo du Point) : 10 Mai 81. Aujourd'hui mon coeur ne sait plus trop pour qui pour quoi il bat, il bat pour des idées généreuses plus que pour des partis et je suis restée rebelle.
Le pont des Arts
Je découvre ce matin cette plaque ici et je la trouve très émouvante.
A la mémoire de
Vercors
(Jean Bruller)
co-fondateur en 1942 des
EDITIONS DE MINUIT
avec Le Silence de la Mer
et des
OUVRIERS DU LIVRE
Qui par leur dévouement, au péril de leur vie, sous l'occupation nazie,
ont permis à la pensée française de maintenir sa permanence et son honneur
1942-1992
Ce lieu du monde, unique et prestigieux,
qui hantait ses pensées, nourissait ses rêves,
exaltait son âme : le pont des Arts.
Vercors, La Marche à l'Etoile.
lundi 22 février 2010
Nostalgie
Une semaine sur le thème de la nostalgie dans les NCC .
Voilà qui me réjouit! Mais la nostalgie ne mène pas, comme la mélancolie, à la folie.
Après mon spleen d'hier... je me suis endormie avec ce poème, et j'ai fait un beau rêve :
J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Partout scintillent les couleurs,
Tous les corps offrent des contours,
Partout l'air vibre et rend des sons,
J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Sully Prudhomme, Tendresses et solitudes.
Voilà qui me réjouit! Mais la nostalgie ne mène pas, comme la mélancolie, à la folie.
Après mon spleen d'hier... je me suis endormie avec ce poème, et j'ai fait un beau rêve :
L'Âme
J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Une âme invisible et présente :
Ceux qui doutent la chercheront;
Je la répands pour qu'on la sente.
Partout scintillent les couleurs,
Mais d'où vient cette force en elles?
Il existe un bleu dont je meurs,
Parce qu'il est dans les prunelles.
Tous les corps offrent des contours,
Mais d'où vient la forme qui touche?
Comment fais-tu les grands amours,
Petite ligne de la bouche?
Partout l'air vibre et rend des sons,
Mais d'où vient le délice intime
Que nous apportent ces frissons
Quand c'est une voix qui l'anime?
J'ai dans mon coeur, j'ai sous mon front
Une âme invisible et présente :
Ceux qui doutent la chercheront;
Je la répands pour qu'on la sente.
Sully Prudhomme, Tendresses et solitudes.
dimanche 21 février 2010
J'ai fait le plein de vide

Spleen du dimanche soir. J'ai cru longtemps que lorsque je ne travaillerai plus ce spleen disparaîtrait, n'aurait plus de raison d'être puisque maintenant c'est-tous-les-jours-dimanche! Et justement, le spleen du dimanche soir est devenu le-spleen-de-tous-les-soirs, plus un jour sans spleen, enfin, j'exagère un peu. Aujourd'hui la journée fut pesante, vide, le vide c'est lourd parce que je veux le remplir pour me faire croire qu'une fois plein, pfutt, plus de vide. Et c'était rempli de quoi ce vide aujourd'hui?
D'un lever pas matinal,
D'un lever pas matinal,
d'un petit déjeuner frugal,
d'une petite sortie pour acheter le JDD puis le feuilleter en buvant un serré au pub,
de quelques heures sur mon ordinateur,
d'un déjeuner tardif sur le pouce en écoutant Des papous dans la tête - grand moment jouissif qui comble le vide -, puis c'est pas tout, faut que je me remue, vide à remplir,
d'un saut dans ce nouveau petit golf où-il-n'y-a-pas-un-chat et c'est le pied j'aime jouer seule,
d'un peu de lecture au retour - le moment où le vide se remplit d'essentiel -.
d'un peu de lecture au retour - le moment où le vide se remplit d'essentiel -.
Je regarde l'heure, bientôt 20 heures je n'ai pas vu le temps passer, je remplis le vide d'eau dans ma baignoire et d'un bouchon de crème moussante, c'est l'heure du Masque - non pas sur mon visage mais sur France Inter -, ce soir cinéma.
Je me glisse dans la mousse, température ok, je ferme les yeux, je me fais mon cinéma, je fais le vide.
Denis Lachaud
Encore un écrivain que j'ai découvert tardivement, il y a seulement deux ou trois ans, avec son premier roman J'apprends l'allemand paru chez Actes Sud en 1998.
Évidement si j'en parle c'est parce que j'ai aimé, beaucoup aimé ce livre, tellement, que j'étais avide de lire les autres sans plus attendre. Et j'ai eu l'impression d'aimer de plus en plus cette écriture et de connaître un peu mieux l'auteur, écrivain, comédien, metteur en scène de théâtre. Ses romans ont une sensibilité, une délicatesse et une justesse profonde. Il aborde des sujets aussi différents que l'homosexualité (J'apprends l'allemand) la féminité, le féminisme, le couple et "ses arrangements" (Comme personne), le choix identitaire (Le vrai est au coffre).
"A l'école on nous appelle "sales Boches" ou "Rommel" ou "Rommel heil Hitler" ou "Hitler" quasiment depuis la maternelle. Notre vrai nom c'est Wommel et la guerre est finie depuis plus de trente ans mais les Allemands ont laissé de mauvais souvenirs dans les familles françaises.
Max a fait anglais première langue, moi j'ai décidé de prendre allemand première langue, on ne parle jamais allemand à la maison, s'appeler Ernst Wommel et ne pas savoir parler allemand çà ressemble à quoi?"
Dans les années 1970 à Paris, une famille allemande vit dans le refus de ses origines. Ernst, le fils cadet, ne peut accepter le silence qui entoure l'histoire des siens. Un premier voyage en Allemagne chez son correspondant Rolf, avec qui il vivra ses premiers émois sexuels, lui permettra de découvrir ses racines.
J'apprends l'allemand, 4ème de couverture.
A propos de son dernier roman Prenez l'avion :
Votre livre multiplie les formes et prend notamment celle d'un blog. Pensez-vous que la littérature ait sa place sur le web ?
Avant de m'y intéresser, le principe du blog me semblait très égocentrique. Mais, en cherchant, j'ai trouvé des blogs possédant une exigence clairement littéraire. Il me semble qu'on assiste à la mise en place d'une forme artistique différente constituée de gens qui n'ont pas l'ambition de passer au roman, d'entrer en relation avec un éditeur mais qui ont juste une relation très forte à l'écriture. Il y a de très beaux textes sur le web.
Quel est votre lecteur idéal ?Celui qui parvient à prendre la mesure de l'iceberg dans son ensemble, qui réussit à tout explorer, y compris sous l'eau et même quand ça caille.
_______________________________________________
"Je me mis à chercher un moyen de vider le mot de sa décharge vénéneuse. Un lundi matin, je pris pendant mon petit-déjeuner la décision de consacrer une semaine entière au problème. J'allais répéter le mot cent fois dans ma tête sur le chemin de l'école, à l'aller, au retour, ainsi qu'à chaque récréation.
J'attendis d'avoir traversé le passage à niveau, emplis mes poumons et commençai.
Tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette... Arrivé aux alentours de la cinquantaine, je fus distrais par le passage d"un train, perdis mes comptes, décidai arbitrairement que j'avais déjà prononcé cinquante fois le mot silencieusement et continuai. Je renouvelai l'opération à la récréation de 10 heures, avant la cantine, après la cantine, à la récréation de 15 h 30 et sur le chemin du retour. Le premier soir, je me refusai à tirer des conclusions hâtives. L'expérience devait durer une semaine.
Quand je traversai le passage à niveau le samedi midi, j'avais répété le mot deux mille sept cents fois dans ma tête. Il avait, me sembla-t-il, un peu perdu de son sens. Mais toute illusion se dissipa quand Eric Pellot et Philippe Savin se précipitèrent vers leur sixième étage.
- Bon week-end tapette!
Le mot dans leur bouche me poignardait toujours.
Echec total.
Vers la fin de la semaine, j'avais pourtant pensé entendre résonner "tagliatelle".
[...]
L'année scolaire dura des siècles mais tout avait une fin, je le savais déjà. Un matin, personne ne vint me réveiller pour aller à l'école. Les grandes vacances avaient commencé. Je parvins à éviter les gros cons qui hantaient la Cité des Fleurs. Je connaissais parfaitement les limites de leur monde et j'avais tracé les miennes au-delà."
Le vrai est au coffre, extraits pages 64 et 76.
J'ai aussi un coup de poignard dans le coeur en relisant ce texte.
Denis Lachaud vaut le détour et l'immersion.
Liste de ses oeuvres ici.
samedi 20 février 2010
Rien sous la casquette
Tiger Woods
Il a fait son mea-culpa en public! Disparu le Tigre, je n'ai vu qu'un benêt à la télévision aussi lamentable dans ses aveux et sa demande de pardon que Bill Clinton. Qu'ont-ils besoin d'expier en public leurs fautes ces américains? mais on s'en fout! Dieu soit loué on n'en est pas encore là en France!
Quelle tristesse, le Dieu du golf, je le regarderai toujours avec la même admiration sur les greens quand il reviendra, car il reviendra, mais sous la casquette je verrai aussi le benêt. C'est trop c... tiens!
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