mardi 13 octobre 2009

Station de lavage

Station de lavage de voitures.
Je coince ma voiture dans le "sabot". J'arrête le contact. Je sors et constate qu'elle est mal centrée. Je remonte, remets le contact, recule, recentre et cale la roue dans le "sabot".
Je ressors, je vérifie, c'est OK. Je rentre les rétroviseurs, je mets les pièces, les rouleaux se mettent en route.

Merde j'ai oublié de mettre le frein à main et d'enlever l'antenne. Je discute avec un conducteur qui attend aussi que sa voiture soit lavée, pour qu'il me rassure. Il me dit, vous avez dû aussi laisser le contact, les balais d'essuie-glace se sont mis en route!!! Zut (en vrai je pense p..in), oui je jure comme un charretier parfois.
Lavage et séchage terminé; ma voiture n'a pas bougé. Non seulement j'avais laissé le contact mais le moteur tourner. Pas de dégât.
Je reprends la route et, sur la voix express, j'entends un sifflement qui s'amplifie : j'éteins le lecteur de CD (j'écoutais Prince, Purple Rain) et çà siffle très fort. Flûte, vendredi je vais faire de la route, il faut que j'aille tout de suite chez mon garagiste! Je fonce, j'ai l'impression d'être sur une piste de décollage. Paniquée j'arrive chez le garagiste et je lui explique : je viens de passer ma voiture aux rouleaux, pouvez-vous regarder sous le capot s'il n'y a pas un problème, il y a un sifflement de supersonique quand je roule au-dessus de 90! Il lève la tête et voit mon antenne complètement retournée dans le mauvais sens. Pas la peine de chercher me dit-il : vous avez eu de la chance qu'elle n'éclate pas le pare-brise. J'éclate de rire!

Ouf! Quelle Bécassine! Je deviens de plus en plus étourdie. Va falloir que je trouve des laveurs de voiture pour la prochaine fois. Lavage à la main, c'est plus doux;-)

Philip Roth, la vieillesse, la mort

"Il y a une destinée commune à tous les individus, qui est la mort. La destination est toujours et pour tous la même.
(...)
La singularité de chaque existence est indéniable, mais si remarquablement différentes que soient les vies des individus, elles sont toutes vouées à connaître une fin identique, et elles sont toutes hantées par cette destination effrayante et inéluctable qu'est la mort."


Dans son dernier roman Exit le fantôme Philip Roth nous parle de ses obsessions :
la fin du désir notamment, pour les très jeunes filles dont raffolait Zuckerman - son personnage récurrent, son alter ego, son double - le sexe, le désir, la culture juive, les jeunes femmes, l'écriture...et la mort.

J'ai découvert Roth avec Professeur de désir et Que la bête meurt. J'avais beaucoup aimé ce dernier roman. L'histoire de cet ancien professeur d'université de 70 ans qui raconte à un ami l'histoire amoureuse qu'il avait vécue huit ans plus tôt avec une de ses élèves, une fille superbe. Il sait qu'il est au crépuscule de sa vie et que son corps peut le trahir bientôt. Il sait que la bête meurt. Il se lance à corps perdu dans cette nouvelle liaison, la jalousie... jusqu'à la rupture, cette absence qui lui devient insupportable. Puis le manque... Et puis l'histoire c'est aussi celle, tragique, de cette fille superbe "aux seins somptueux", quand elle lui apprend quelques années plus tard sa maladie... Dans ce roman déjà les mêmes obsessions : le désir, la vie palpitante, le pouvoir érotique du corps, la sexualité masculine, la vieillesse, la mort.

Je suis toujours surprise quand je dis à mes amis que je pense à la mort chaque jour, de voir leur étonnement. Comment peut-on vivre sans penser à la mort? Peut-être est-ce d'avoir perdu des êtres chers très tôt que la mort fait partie de ma vie. J'ai moins peur de la mort que de la vie... qui m'attend.

***

Comment est-ce possible d'être si mélancolique sous un si beau ciel?
Comment croire que le jaune du soleil va envahir mon coeur gris de sa lumière, de sa chaleur?

lundi 12 octobre 2009

J-4

Je sais que cette fuite est dangereuse. Elle risque d'accentuer ma mélancolie puisqu'elle faisait partie des projets mis en route, à deux, et que je vais partir seule sur cette île.

J'ai souvent le trac avant de partir à l'aventure mais, après, je ne regrette jamais d'être partie. J'aime les voyages en voiture; dès que je suis au volant j'ai un sentiment de liberté extraordinaire, je me sens maître de mon destin alors que c'est tout le contraire : l'insécurité est totale sur la route. J'ai toujours aimé conduire et la vitesse, mais bon, maintenant je lève le pied! Sagan m'a fait rêver avec ses voitures de sport : Jaguar, Aston Martin; je comprends cet amour de la vitesse, cet enivrement qu'elle procure.

J'ai hâte de sentir le vent me fouetter, me secouer. La météo annonce un très beau temps et un vent du nord pour les prochains jours; ici c'était déjà divin aujourd'hui. Le vent va, j'en suis sûre, me libérer de mes tourments.

J'ai le trac mais j'aime aussi cette solitude qui souvent me comble, oui, me comble.

Là, j'écoute Billie Holliday en claviotant, ensuite je vais regarder l'interview de Philip Roth par Busnel que j'ai enregistré, puis je lirai. Des moments choisis. Qui peut ainsi faire ce qui lui plaît sinon le solitaire?

"Panique, me faudra-t-il faire un bilan, tirer un trait sur mon journal de bord? Non je m'y refuse. j'aimerais que les vents d'alizé gonflent encore la voilure de ma barque. Et si lasse, si délabrée soit ma coque, mettre le cap sur d'autres îles. Ne jamais se résigner à l'immobilité des pensées et des rêves, à la stagnation de l'être".
Xavier Grall, Les vents m'ont dit.

Richard Millet


Faire son autoportrait par écrit, mettre son visage en mots. Richard Millet le fait dans Le goût des femmes laides. Richard Millet se trouve monstrueusement laid.

"J'ai la figure large et légèrement de travers. On dirait, chuchotaient autrefois les écolières de Siom, du bois mal dégrossi, un sabot mal taillé. Les écolières ne sont plus là (...) mais j'ai toujours ma gueule, étroite, maigre même à l'âge de vingt ans, et, trois décennies plus tard, redevenue le rondin dans lequel on a taillé le sabot : l'ensemble est à faire peur (...) - lèvres épaisses, petits yeux, nez et oreilles un peu trop gros, sourcils excessivement fournis. Quelque chose d'inquiétant..."

Je me suis précipitée sur Google pour trouver des photos et, bien que l'ayant déjà vu dans quelque magazine, je n'étais plus sûre que ce fut lui; je n'avais pas remarqué la laideur dont il parle. Je ne le trouve pas laid mais effectivement, assez inquiétant.  Est-ce donc notre miroir qui nous ment? Ce miroir qui nous renvoie notre image est celle que nous voyons mais donc pas celle que les autres voient.

Et si se trouver laid c'était simplement avoir besoin d'être rassuré, de s'entendre dire que l'on est beau.

Je suis moi-même assez narcissique et obsédée par mon physique vieillissant.

Je vais essayer de me livrer à l'exercice de l'autoportrait par l'écriture. Personne ne viendra me contredire ici.

Je place un miroir sur mon bureau (pas grossissant pour ne pas me faire peur). C'est déjà assez effrayant de se voir. C'est la première fois que je fais ce genre d'expérience : écrire en me regardant. Je me regarde moi telle que je suis. Personne ne me verra jamais comme cela.

Mon visage est maigre, anguleux, asymétrique, le côté droit plus décharné (j'essaie toujours de ne faire voir que mon profil gauche si on me prend en photo). Mon front est large, je le trouve beau. Mon menton est proéminent, moche. Mon nez petit, normal, banal. Mes oreilles petites, plutôt jolies. Ma bouche est fermée, petite, mes lèvres sont minces et de fines ridules les entourent. Mes pommettes sont rosées. Ma peau est fine et lisse entre les rides (rires;-)). Entre mes sourcils clairsemés, deux rides marquent mon inquiétude permanente. Mes yeux (ce que je préfère dans mon visage), en cet instant dans le miroir, sont tourmentés mais jolis, toujours expressifs, verts/noisettes. Quand je ne souris pas, comme en ce moment, mon visage est dur, mes rides disparaissent un peu. Alors je vais sourire : apparaissent mes dents dont je prends grand soin, mes rides se creusent sur mes joues, mes pattes d'oie jouent de l'éventail au coin des yeux, mon regard s'illumine. Tant pis pour mes rides, je préfère mon visage quand il sourit.
Je ne me trouve pas laide, mais je suis loin d'être belle. Quand j'étais plus jeune j'avais du "chien", et aujourd'hui, quelle importance? Une femme a toujours envie d'être séduisante.

Je jette un dernier regard dans le miroir, c'est très troublant de s'observer ainsi.

dimanche 11 octobre 2009

***

C'est merveilleux de découvrir les êtres à travers la littérature.
On croyait les connaître un peu mais leurs lectures vous les révèlent.
Les non-dits deviennent parlants.
Les silences des cris stridents.
On ne lit toujours que ce qu'on aime - parce que çà nous touche, nous atteint -, ce qui est soi.

Ce qui me tordait le ventre, ce n'était pas le désir ou la peur, ni même le combat qu'ils menaient en moi, mais ce qui reste d'espérance, en dépit de tout, dans les situations les plus vaines, et que je n'étais pas encore encore en mesure d'appeler le possible, lequel est le nom apaisé de l'espoir, et dont l'idée serait tout ce qui resterait à un être tel que moi (...) : faire l'amour, écrire une oeuvre, ou se tuer, oui, quelque chose de cet ordre...
(...)
... la solitude faisait surgir à mes lèvres des buissons d'épines qui me mettaient au bord des larmes.
Richard Millet, Le goût des femmes laides.

What a Fucking Wonderful Audience


Autre moment fort de cette expo (suite), proposée par l'artiste Dora Garcia, en relation avec l'incident provoqué par l'exclamation du comédien Lenny Bruce lors de son spectacle en 1962, qui lui a valu une arrestation et l'interdiction de jouer en Australie. Il fut le comique le plus célèbre et le plus controversé des Etats-Unis dans les années 60.

Elle en fait une vidéo qui vous secoue, où l'on voit le comédien dans un one man show. Lenny Bruce fut arrêté pour "obscénité" à multiples reprises. Il est décédé en 1966.

Bob Fosse lui consacre un film avec Dustin Hoffman en 1974, à voir ou revoir : Lenny.

L'art conceptuel/visuel m'a séduite aujourd'hui.

Dimanche suite

Jour pas si merdique finalement!
Vu une expo fabuleuse et pourtant je pensais être hermétique à ce genre d'art, auquel je ne sais pas donner de nom.
L'expo intitulée Wake up, Please réunit les oeuvres d'artistes qui, à partir de modes d'expression divers, interrogent la capacité de l'art à éveiller le spectateur.

J'ai pu filmer très succinctement et rapidement quelques scènes de cette vidéo : Vexations Island de l'artiste canadien Rodney Graham.

Le titre de l'expo Wake up, Please, reprend les paroles du perroquet dans le film. Observant un pirate inconscient échoué sur une île déserte, le perroquet s'exclame "Wake up, Please, Wake up, Please"! Parce que la réalité insulaire ne peut se dire elle-même, il lui faut la conscience d'une présence extérieure. Le perroquet est le pendant du spectateur dans le film mais ses paroles bondissent hors de l'image pour interpeller le spectateur.

Çà semble abscons mais c'est magnifique, on rentre dans cet écran (en format géant à l'expo), on est là sur cette île et on a envie de crier avec le perroquet : Wake up, Please!

J'avais très envie de partir sur une île ce matin, c'est décidé, je pars bientôt sur "la mienne", moins exotique! Peut-être y rencontrerais-je un pirate échoué;-)?

Dimanche

"...jour de merde par excellence".
Louis Calaferte, Septentrion.

Nuit noire, mes insomnies deviennent chroniques et cauchemardesques.
J'envisage de faire un break avant de faire un burn out! Oui, même les oisifs peuvent être épuisés.
Une île me tend les bras, et si j'y allais...

samedi 10 octobre 2009

Cherchez l'erreur

J'écrivais cela dans mon Journal le 15 février 2007.

Je chantais tout à l'heure dans ma voiture... hystérique j'étais!
"Aujourd'hui... on n'a plus le droit...
Ni d'avoir faim... ni d'avoir froid..."
En fait, je gueulais, coeur battant.

Je venais de faire "le plein" de mon caddy!
Pour la première fois, depuis dix ans, je n'ai pas regardé les prix, obsédée que j'étais d'acheter le moins cher.
Pour la première fois, depuis dix ans, j'ai acheté de l'agneau, comme çà, par folie, même si la viande ce n'est plus vraiment mon truc. Mais c'est cher l'agneau, alors j'en ai acheté... Le fromage, çà c'est mon truc, bien affiné... avec une salade de mesclun et du bon pain; à Paris j'aurais acheté du Poilâne. Je vais me régaler.
J'ai acheté un Saint Julien 1998, hé hé.
Même le PQ je l'ai acheté quadruple épaisseur, faut c'qui faut!
Pour la première fois, depuis dix ans, je ne suis pas allée à la bibliothèque; suis allée chez le libraire et j'ai acheté des livres qu'un ami m'avait conseillés.
Depuis dix ans j'avais froid l'hiver.
Depuis dix ans je vivais en dessous de ce qu'on appelle 'le seuil de pauvreté', mais je n'étais pas dans la misère, j'ai une maison ... dont les murs s'effritent et qui tombe en ruines:o)

Depuis dix jours je me pince, je n'y croyais plus, je touche ma retraite. The foot!
Je vais faire une orgie de chauffage mais pas orgie de bouffe. Non, je vais la savourer, déguster mon Saint Julien!

Ce soir c'est Noël. Je déteste Noël à Noël. Suis bien contente de fêter le petit Jésus en février.

La semaine prochaine je ferai le 'plein' mais chez les commerçants des Halles, pas comme aujourd'hui à l'hypermarché. Pas tout d'un coup, les bonnes choses!

Ce soir je m'enivre seule, je n'ai pas dit je me saoule (je ne supporte pas les ivrognes) mais la semaine prochaine j'invite toute ma famille au restau. C'est grâce à elle que j'ai pu tenir le coup... PENDANT DIX ANS!


Aujourd'hui je vis en ville, je n'ai plus froid, j'ai même souvent trop chaud dans mon appartement, les murs ne s'écaillent pas. Je fais des orgies d'achat de livres (mais pas de viande - je n'aime plus), de CD, je vais au cinéma, au théâtre, au restaurant, je peux faire des cadeaux à ceux que j'aime et j'apprécie tous ces privilèges au centuple. Je n'ai jamais perdu ma joie de vivre pendant ces années de galère, j'avais un ange gardien au-dessus de ma tête, il fallait que je sois digne, digne de lui.

Et il y a trois semaines j'étais chez Jean-Paul Gaultier! Cherchez l'erreur...

De l'amour

Je n'aurai toujours accordé d'importance vitale qu'à l'amour. Et je ne vivrai jusqu'à ma mort que pour cela, pour le vivre ou le faire naître. Pour qu'il vive en moi et le faire vivre en l'autre. Je parle ici de l'amour entre un homme et une femme; bien sûr il existe de multiples façons d'aimer autrui, mais cet amour dont je parle il n'en existe qu'un, l'absolu.
Je ne peux pas vivre sans cet amour et je n'ai de cesse de le retrouver quand il vient à disparaître, ou plutôt, quand j'ai perdu tout espoir en celui que j'ai vécu.
Je suis consciente de l'irréalisme de mes propos et pourtant je vis en accord avec mes pensées sur le sujet. C'est pourquoi la solitude est ma divine compagne. Je n'arrive pas à faire de concession.

"L'amour : l'exaltation ne tient pas à la prétendue fusion entre deux êtres, au contraire, stimulé par la présence d'autrui, par la conscience de son impénétrabilité...
(...)
Le pathétique de l'amour consiste dans une dualité insurmontable des êtres.
(...)
Du rôle de l'amour et de l'éros : possibilité d'un amour ou d'une amitié sans la dualité; la dualité qui est pour moi l'essentiel; la dualité est à autrui le fond même de l'amour, puisque l'ego ne se définit chez moi, pas en dehors de l'amour."
Emmanuel Levinas, Carnets de captivité.

vendredi 9 octobre 2009

Prix Nobel de la Paix


Attribué à Barack Obama! Remise le 10 décembre.
Il paraît qu'il "swingue" avant les événements importants!
Yeah! I sing in the rain.

L'autofictif

Eric Chevillard vient de sécher mes yeux à cet instant et m'a fait jaillir un éclat de rire!
Ne pas oublier de le lire, chaque matin.

***

Je me suis endormie des larmes sous les paupières. Au réveil elles étaient toujours là.
J'ai pensé toute la nuit qu'il ne me fallait plus rien attendre. Cette rupture c'est moi qui l'ai provoquée parce que justement je n'en pouvais plus d'attendre, je dois donc assumer mon désarroi, et cesser d'élucubrer sur "le lent trépas de mon Amour" (comme un ami me l'a joliment dit).
C'est tellement puéril de croire que vous pouviez me lire ici. Je ne vous écrirai plus, ni ici, ni ailleurs; mais je vous lirai toujours puisque j'ai droit à ce bonheur-là.
Vos cartes postales choisies avec Amour sont devenues mes marque-page, autant dire que vous êtes là dans ces lieux qui me passionneront toujours : les livres.
Je ne parlerai donc plus de nous dans cette "toile". L'araignée nous a engloutis.

L'odorat

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire

"Quand, les deux yeux fermés..."
C'est la relation intime amoureuse qui provoque la vision intérieure (" yeux fermés ").
"Je respire l'odeur de ton sein chaleureux".
Et voilà que les sens ici se mélangent. Ne sent-on jamais aussi intensément les odeurs que lorsque nous fermons les yeux? Je le crois.
Le sensuel menant au spirituel, quel bel idéal.
Ce poème de Baudelaire peut à lui seul résumer les cinq sens.

jeudi 8 octobre 2009

***

Comment avez-vous fait pour ne pas avoir envie de répondre à ma lettre d'adieu?
Il y avait quelques points d'interrogations pourtant. Ou alors avais-je fait les réponses? Cela m'arrive souvent de faire les réponses aux questions que je pose; on me l'a souvent reproché... avec des sourires, indulgents ou ironiques.
J'avais tellement envie de lire quelque chose qui aurait un peu pansé ma déchirure.
C'est sans doute mieux ainsi, pour vous. Et si c'est mieux pour vous, çà le sera pour moi, puisque je ne vous veux que du bien.
De toute façon je suis sûre que vous m'aimez. J'ai dit "aimez", pas "désirez". Non mais!

La vue

Je ne sais ce que j'aurai le plus peur de perdre de ces deux sens : l'ouïe, la vue. Bien sûr, sans eux je pourrais toujours toucher, sentir mais ceux-là sont si essentiels. Autant pour la nature que pour la peinture, je ne saurai me passer de la vue. Je peux toucher un visage et le sentir mais je ne peux pas sentir un tableau en le touchant.

Le monde du peintre est un monde visible, rien que visible, un monde presque fou puisqu'il est complet, n'étant cependant que partiel. La peinture réveille, porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même, puisque voir c'est, avoir à distance, et que la peinture étant cette bizarre possession, à tous les aspects de l'être, qui doivent de quelque façon se faire visible pour entrer en elle. Quand le jeune Berenson* parlait à propos de la peinture italienne d'une évocation des valeurs tactiles, il ne pouvait guère se tromper davantage; la peinture n'évoque rien et notamment pas le tactile. Elle fait tout autre chose, presque l'inverse, elle donne existence visible à ce que la vision profane croit invisible. Elle fait que nous n'avons pas besoin de sens musculaire pour avoir la voluminosité du monde. Cette vision dévorante, par delà les données visuelles, ouvre sur une texture de l'être dont les messages sensoriels discrets ne sont que les ponctuations ou les césures et que l'oeil habite, comme l'homme habite sa maison.

Merleau-Ponty, extrait de L'oeil et l'Esprit.
* http://books.google.fr/books?id=_EEK3kENPM4C&pg=PA79&lpg=PA79&dq=le+jeune+berenson&source=bl&ots=U2WrMQDj5V&sig=y4LVNskdzyb7s8YUFqptiE3aEDU&hl=fr&ei=FbzNSoLsHcKZjAer4KTzAw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1#v=onepage&q=le%20jeune%20berenson&f=false

Ce texte peut sembler obscur à première vue;-) mais en l'écoutant ce matin dans "Les nouveaux chemins..." il m'est apparu très lumineux.

L'ouïe

... selon les philosophes.
Parler de "philosophie à coups de marteau" me fait penser au livre de Marcel Moreau Une philosophie à coups de rein! Bon, çà n'a rien à voir, mes pensées divaguent. On parle du marteau de l'oreille, du marteau du piano, du marteau piqueur et mes oreilles qui sont devenues fragiles et hypersensibles essaient de comprendre pourquoi elles ne supportent plus que le silence, si celui-ci est entouré de sons légers. J'ai dans une oreille un marteau qui résonne douloureusement dans la grand silence de la nuit.
Néanmoins j'entends et c'est un privilège. La nature est remplie de sons merveilleux (tiens, j'entends les cloches de l'église en ce moment, il est midi! j'aime ce son pourtant violent pour mes oreilles mais si doux pour mon environnement).

A vrai dire aujourd'hui, je n'entends que ce que j'ai envie d'entendre. Mais j'écoute attentivement tout ce qui me passionne, venant des êtres et de la musique.

L'homme de chevet

En achetant Le goût des femmes laides de Richard Millet, j'ai également acheté L'homme de chevet de Eric Holder en livre de poche (édité en 1995). Lorsque ce livre est paru j'avais très envie de le lire (et j'ai été très déçue) et puis, le temps passant, je suis revenue à mes premières amours de lecture : les journaux, les correspondances... je me répète.

J'aimerais avoir un homme de chevet à la place de ma table du même nom.

mercredi 7 octobre 2009

***

J'ai tapé comme une forcenée dans la balle, je m'imaginai que la balle était ma tête, envie folle de l'exploser. Ne plus penser...

Et là je lis. Je m'arrête pour écouter le Concerto (n°3) Brandebourgeois de Bach qui passe sur Radio Classique. A chaque fois que je l'entends je pense à mon premier amour; c'est fou d'être ainsi ramené si loin dans le temps; j'avais 20 ans. Il me les avait offert en deux disques (vinyles) dans un enregistrement magnifique dont je n'ai jamais retrouvé l'égal en CD. Un jour j'ai vendu ma platine et bazardé tous mes disques vinyles; je le regrette aujourd'hui.

Je vais reprendre ma lecture : Le goût des femmes laides de Richard Millet. Je n'ai rien lu de cet écrivain. J'ai eu envie de le découvrir en commençant par un livre facile d'accès; celui-ci semble l'être, ses derniers ouvrages - Ma vie parmi les ombres, Dévorations, La Confession négative (les titres me plaisent) - me paraissent plus ardus. Commençons par celui-ci. Je n'ai pas de meilleure idée pour me rapprocher de vous, que de vouloir partager vos lectures puisque nous n'avons plus rien d'autre à partager. J'ai tenté vainement de savoir ce que vous aimiez lire. Je ne suis même pas sûre d'avoir fait les bons choix pour les livres que je vous ai offerts. Vous ne m'en avez rien dit.
Et vous ne me direz plus rien.

"... je le savais déjà, j'étais de ceux à qui l'amour est refusé, et qui, par conséquent, doivent séparer ce sentiment du désir qui en est la dimension incendiaire, et consolatrice". R.M.
L'amour, le désir, toujours ce dilemme...