dimanche 24 juillet 2016

Je ne vivais pas, mais je le savais

Un dimanche sous un ciel gris, laiteux, orageux.
Pour chasser les pensées indésirables je m'attelais à un travail manuel et je commençais la peinture d'une fenêtre à midi, celle encore à l'ombre (oui, même derrière les nuages le soleil chauffe). Les autres attendront, dans la semaine, plus tôt dans la matinée ou, le soir...
Je déjeunais ensuite, vers deux heures,  de ce que j'avais dans mon frigo sans faire de préparation : tomate, œuf dur, yaourt, café, gâteau breton, en mettant la radio que je n'écoutais pas vraiment.. Hier à la même heure et en déjeunant aussi frugalement, j'écoutais - pas d'une oreille distraite - Michel Onfray, une de ses conférences, celle-là sur les Gitans, leurs coutumes. Intéressant. Intéressantes aussi ses réflexions sur le "ne rien faire", sur "les conversations des gens" qui, pour la plupart ne répètent que ce qu'ils entendent à la télévision, à la radio; il ne font "que répéter" alors qu'ils croient formuler leurs propres réflexions. Je trouvais cela tellement juste que je jubilais. Il l'exprimait plus clairement que moi. Je notais aussi cette formule : "Dire sa vie ce n'est pas la vivre"; je pensais à la mienne, je ne vivais pas, mais je le savais. Mais qu'est-ce que vivre?... Et il revenait à la vie des Gitans :
"Formule tzigane : après-demain, demain sera hier. Nous allons examiner la signification de cette expression qui n’est pas qu’un jeu de mots, mais qui concentre véritablement une philosophie, c'est-à-dire un rapport au temps, au cosmos, à soi et donc à l’univers."

C'était dimanche, je traînais, mais pas plus que les autres jours. A 15 h 30 il était temps que j'aille mettre le nez dehors, je me décidais à aller au Quartier - qui va bientôt disparaître - et je vérifiais via Google l'heure de fermeture : 18 heures, ça me laissait du temps pour voir l'expo. J'arrivais à 16 heures et trouvais porte close (merci Google!). Tant pis, je reviendrai avant le 31 août; les dimanches d'ennui ne manquent pas. La façade avait subi des dégradations.





J'aurais dû m'en douter. En arrivant dans le centre ville tout était déjà barricadé, entrée payante, la foule des grands jour attendait le défilé final qui clôturait le Festival de Cornouaille.
Prise au piège, je faisais demi-tour et me retrouvais parmi les badauds, lesquels - ici devant la médiathèque - étaient plongés le nez dans leur écran ou se prenaient en photo. Aucune luminosité dans le ciel, il ne fallait pas se plaindre, le Festival se termine parfois sous la pluie, j'avais  tenté l'année dernière de trouver une place dans la foule pour voir celle qui serait élue Reine de Cornouaille mais c'était impossible. (Comme c'est étrange pour moi de relire ce billet de juillet 2013. Trois ans plus tard... je revis une tristesse encore plus grande; et je vieillis, deviens plus fragile, ma carapace ne me protège plus, je n'arrive plus à encaisser les coups durs. Ce blog Journal m'est utile, c'est ma mémoire).


Je m'éclipsais rapidement et prenais le chemin du retour par des petites rues calmes .



Sur le quai, le long de la rivière, j'entends une jeune femme : "it's nice, it's funny"; elle parlait à son compagnon qui prenait une photo. Je me retourne pour voir ce qui était nice et funny! Oh yes! A mon tour de le prendre en photo, discrètement, au zoom.


Very nice!


Very funny!


Original un motard en kilt!
Le coup de vent était trop léger;-) pour savoir si..., 
comme l'exigerait la tradition!




vendredi 22 juillet 2016

J'aime les nuages



Je ne voulais pas talonner les deux joueurs qui me précédaient. 
J'attendais pour taper mon coup. Ça me laissait le temps de reprendre mon souffle dans la montée du 2.
J'appréciais le silence.
Je regardais le ciel et ses nuages. 
J'avais le temps de faire une photo. Le viseur cadrait le soleil derrière le nuage, d'où l'effet sombre de contre-jour.
J'aimais cet alignement de nuages qui suivait la courbe des arbres; le ciel bleu qui apparaissait était comme une mer rafraîchissante. 




Je pensais à toi... à lui.
Un joueur me suivait, il m'a rattrapée sur le trou suivant. Nous nous connaissions un peu, il jouait souvent avec lui. Nous avons terminé le parcours ensemble.

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est
resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas...
là-bas... les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire, L’Étranger.

 


mardi 19 juillet 2016

***

J'avais réussi à maintenir une température supportable dans mon appartement, fenêtres fermées, stores baissés dans la journée. Mais aujourd'hui ce n'était plus tenable, malgré ces précautions et les fenêtres grandes ouvertes la nuit.
Après avoir somnolé dans la fournaise pour récupérer de ma nuit aux multiples réveils, je me décidais à rappeler les Pompes Funèbres (MDR) pour un complément d'informations et, la mairie de... au sujet de la prolongation de la concession (re MDR). Tout commençait à s'éclaircir, si j'ose dire, de ce côté-là. J'en savais assez pour me débrouiller. Inutile de signer un contrat obscène obsèques, trop de contraintes : délai de carence... exclusions de garantie... pfff! Un feuillet manuscrit de ses dernières volontés suffit. Faire faire des devis était tout de même une bonne idée, ainsi j'ai toutes les options en main pour faire mon papier et le distribuer à ma famille : demandez le programme! Hé hé! Hop! Ouf!
Je sentais qu'il était temps de changer d'air, mon ventilateur brassait de l'air chaud, je changeais aussi de tenue rapidement - ou plutôt j'en mettais une - et je filais en voiture  à Sainte-Marine. Je marchais un peu pour me dégourdir les jambes et surtout la tête, il y avait un délicieux petit vent, quel bonheur. La mer était haute, je ne m'installais pas à la terrasse de mon petit Café de la Cale habituel mais à celle du Café du Port; je recherchais de l'ombre, elle était de ce côté-là.
Je trouvais presque miraculeuse cette fraîcheur océane alors qu'il n'y avait pas un souffle d'air en ville dans l'étouffante chaleur.
Oui, j'étais bien, là, à regarder l'eau, enfoncée dans mon fauteuil presque relax. Il n'était que 18 heures, j'avais le temps de ne rien faire, juste ne rien faire, ne penser à rien d'autre qu'à être là, sans penser à toute cette tristesse accumulée depuis bientôt deux mois. La vie était trop belle et trop courte maintenant, pour que je perde mon temps à vouloir la perdre (je me comprends). J'avais pris un livre mais je ne parvenais à me concentrer sur ce que je lisais. Je lisais cela (et je le refermais, satisfaite) :
Lundi 24 juillet 1961, Golfe-Juan
En panne sur cette immense Côte d'Azur. Climat léthargique, gens affreux, vulgarité suffocante.
Jean-René Huguenin, Journal.

 Mes photos de début de soirée




Et dimanche, de la terrasse (photo ci-dessous, Baie d'Audierne) nous avons vu, par hasard,  passer le Tour de Bretagne de cyclisme féminin! C'était la première fois de ma vie! que je voyais - en vrai - d'aussi près un peloton de cyclistes. Il est passé à une telle vitesse que je n'ai pas eu le temps de le prendre en photo. Mon amie me dit : mais pourquoi toutes ces voitures qui suivent? (Elles avaient toutes des vélos sur le toit, la réponse était facile non?) - Mais pour les vélos de rechange si des cyclistes tombent en panne (je-di-ça-je-dis-rien).



Époustouflant un peloton qui passe : vvlouf! (Ce n'est sûrement pas le bon mot mais je n'en connais pas d'autre (0_0))


Cardinaux, Liberté retrouvée, Huile sur toile 1980
(Je l'appelle Les cyclistes ;-))

lundi 18 juillet 2016

De, la tristesse

"De grandes et multiples tristesses auraient donc croisé votre route et leur seul passage, dites-vous vous a ébranlé. 
[...]
[...]
Ne vous observez pas trop. Gardez-vous de tirer de ce qui se passe en vous des conclusions hâtives. Laissez-vous faire  tout simplement. Sinon vous seriez conduit à vous reprocher (j'entends du point de vue moral) votre propre passé, qui a une part dans tout ce qui vous advient maintenant. 
[...]
Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève en vous, fût-elle une tristesse plus grande que toutes celles que vous avez vécues." 
Rainer Maria Rilke, in Lettres à un jeune poète

dimanche 17 juillet 2016

Du golf à la philosophie il n'y a qu'un pas

A propos de "Cafés philo". Ayant eu l'occasion d'y participer, cette séquence - bien vue - m'a fait sourire.



Capture d'écran extraite de la conférence : Raphaël Enthoven aux Mardis de l'ESSEC.
C'était hier, ma Saturday night fever. Hum!
Tout de même, plus j'écoute R. Enthoven, plus je comprends qu'il agace. J'occulte mes propres agacements et continue de boire son débit verbal - tout de même brillant et passionnant - comme du petit lait. (Je ferais mieux de tenter de lire Spinoza, mais bon...)

Ce dimanche je  découvre  le "Timbre-poste mal léché"!


Le terrible trou numéro 8 du Royal Troon : Postage Stamp (D.R)

"C'est un tout petit par 3 du parcours de Royal Troon, où se dispute jusqu'à dimanche le British Open, mais si costaud qu'il cause des misères insolubles aux meilleurs joueurs du monde.

C'était mardi dernier, lors d'une belle journée estivale à l'écossaise où les averses jouaient gentiment avec les bourrasques de vent. Rory McIlroy s'ébrouait sur le trou numéro 8 du Royal Troon: 111 mètres, une distance ridiculement accessible pour les meilleurs joueurs du monde. Les images ont depuis fait le tour du monde, avec le numéro 4 mondial scotché dans un bunker, à taper six coups pour en sortir pour un score de «8 ou 9, je ne sais plus vraiment». Une rature sur sa carte qui aurait été rédhibitoire en pleine compétition.
Très court, donc, et surtout cerné par cinq bunkers aux lèvres de baleine, tous équipés d'une caméra pour mieux filmer les désastres en gros plan.L'un d'entre eux est surnommé le cercueil*, à raison: à peine deux mètres de large, tout en longueur, on pourrait effectivement y allonger tous ceux qui y ont abandonné leurs illusions au fil du temps. Humiliation suprême: il oblige régulièrement à jouer vers l'arrière pour s'en sortir,..."
* (Nous avons aussi notre bunker d'enfer. J'ai même rêvé d'y être ensevelie


samedi 16 juillet 2016

Ca va pas la tête *

*

 (Mon Bouddha me parle (=_=))

 Ça chauffe, je m'en grille une!





"Certains observateurs pensent qu'il existe des enseignements bouddhistes qui forment une base philosophique pour l'anarchisme.
[...]
L'anarchisme socialiste dénonce le fait que l'État et le capitalisme génèrent l'oppression et donc la souffrance. L'État est une institution qui encadre le désir du pouvoir, et capitalisme le désir du bien matériel. Essayer de contrôler d'autres êtres humains, du point de vue des Bouddhistes-anarchistes, ne peut que causer de la souffrance, à ceux qui sont contrôlés, mais aussi dans l'extrême, à ceux qui contrôlent. S'attacher et accumuler des biens matériels, de même, augmente la souffrance pour le capitaliste et pour ceux avec qui il marchande."
(Source Wikipédia : L'anarchisme bouddhique)

"BANGKOK (AFP) - Un quart des moines bouddhistes de Thaïlande fume en dépit de nombreuses campagnes de sevrage de la nicotine, ont indiqué des experts [...]
 [...]
"Les moines devraient montrer l'exemple à la population, alors nous avons décidé qu'ils ne devraient pas fumer en public", a dit Phra Maha Pisarn, un moine du Wat Pathum Wanaram, grand monastère de Bangkok où un moine sur cinq est fumeur. "Mais ceux qui n'arrivent pas à arrêter de fumer ont le droit de fumer dans les parties privées des temples".

Les moines sont censés fuir les plaisirs terrestres mais aucun édit religieux ne leur interdit le tabac, contrairement à l'alcool ou la drogue. Le clergé a néanmoins demandé aux fidèles de ne plus donner des cigarettes en offrande dans les monastères comme ils le faisaient depuis des décennies."
(Source)

jeudi 14 juillet 2016

La vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie

14 Juillet 2016.

Ce sera une journée à rayer de ma mémoire.
Mais ce soir, tout va bien, j'ai passé quelques heures à écouter Raphaël Enthoven (*_*) sur You Tube. 
Celle ci-dessous est "amusante" :  Souchon/Malraux. Mmm!
  

"Parler de la mort, c'est la vocation même du travail du philosophe. La philosophie ne fait que poser les questions que tout le monde se pose. Quiconque s'est demandé pourquoi vivre alors qu'il va mourir a là, une porte d'entrée en philosophie et se donne les moyens de découvrir que la philosophie s'est déjà posé cette question avant lui. Est-ce snob ou pas, je n'en sais rien, peut-être, sûrement d'ailleurs, mais nécessaire également. "




15 juillet. 
J'apprends ce matin que, à l'heure où je publiais ce billet, un homme - avec un camion - venait de tuer 84 personnes sur la Promenade des Anglais à Nice ce soir du 14 juillet 2016 à l'heure où le feu d'artifice s'achevait.
Parler d'une "philosophie de la mort" me semble pour le coup, bien snob. Et pourtant...

***

14 juillet 2016.

Au réveil, le ciel était bleu agrémenté de quelques nuages; le vent était frisquet. Allions-nous pouvoir déjeuner en terrasse pour notre second rendez-vous? Avec un gros pull, peut-être. Je m'étais motivée pour être plus décontractée, moins stressée qu'à notre premier déjeuner - elle aussi était tendue à ce premier rendez-vous, bien qu'elle prétendit le contraire ; cette fois, je savais qu'elle savait, donc, plus d'interrogations.
J'arrivais avec un peu d'avance pour passer la prendre en voiture devant la maison - sans y entrer - et je dépassais le rond-point m'apprêtant à profiter de cette avance pour m'arrêter près de la rivière. Mais, je l'aperçus alors me faisant des grands signes. A ma grande surprise, elle était là, également en avance, au rond-point, évitant ainsi que je me gare devant la maison. Je lui ai fait de grands sourires en m'arrêtant aussitôt sur le bas-côté, j'étais soudain emplie de tristesse, le cœur serré. J'avais espéré - mais sans y croire - qu'en arrivant chez elle (enfin chez sa mère), ses jeunes enfants  auraient peut-être eu envie de me voir. Non, elle avait préférée (ou était-ce sa mère?) venir jusqu'au rond-point, en avance, pour m'éloigner de la maison. Je respirais un grand coup avant qu'elle ne monte dans ma voiture, je riais; elle me dit un tantinet gênée : j'étais prête alors je suis venue jusqu'au rond-point. C'est très bien lui dis-je, il vaut mieux que nous soyons de bonne heure au port pour avoir une table en terrasse, quoi qu’avec ce petit vent frais il y aura sûrement de la place. - Tu as pris une veste chaude, tu as eu raison. C'est sûr que ça lui change des températures de son île mais elle ne s'en plaint pas.
Je redémarre, nous prenons mutuellement des nouvelles, elle répond évasivement à mes questions, j'ai compris rapidement que - de son côté - le déjeuner serait à peu près comme le précédent. Je lui parlais des enfants, évidemment, et je ne pus m'empêcher de lui dire que j'avais envie de les voir, que ça me ferait plaisir qu'elle vienne avec eux chez moi puisque je ne pouvais pas les voir chez sa mère. - Tu veux vraiment les voir? me dit-elle d'un air étrange. - Ben, évidemment lui dis-je. Je les ai vu il y a deux ans (heureusement que j'ai mes photos et mes vidéos) et c'est normal que je veuille les voir grandir non? - Tu sais, ils sont bruyants et agités. Je sentais qu'elle n'y tenait pas; mes larmes étaient enfermées dans mon cœur, je les tenais bien verrouillées. - Bon, on verra me dit-elle.  - Tu sais bien que je ne peux pas les voir chez ta mère, si elle est là. En riant je rajoute : à moins qu'elle ne s'enferme à l'étage pour ne pas me voir. Elle éclate d'un fou faux rire....
On arrive près du port, les places sont chères. Elle regarde la mer, nous sommes là (photo prise en septembre 2013) :


Nous enfilons nos vestes, il fait froid, c'est le 14 juillet!
Sur les terrasses du port, de nombreuses tables sont libres. Pour une fois, je ne crains pas d'être au soleil, s'il se pointe entre les nuages. J'ai fait quelques tentatives pour savoir si les enfants allaient bien, si sa mère allait mieux; sujets qu'elle voulait éviter et je n'avais aucune envie d'insister, je n'en avais pas la force. Nous avons alors parlé de son stage à l'hôpital, de l'ambiance par rapport aux autres stages qu'elle avait effectués dans "ses îles". - L'ambiance est plutôt froide me dit-elle, ça ne rigole pas, bon d'accord on n'est pas là pour rigoler quand on est au bloc mais après on pourrait se détendre; aux [...] on se détend! - Ben oui, ici ça caille, lui dis-je et le patron de ton service c'est pas un marrant non plus. (J'en savais quelque chose).

Les moules étaient délicieuses...


Et les desserts aussi.
C'est elle qui avait souhaité ce second déjeuner avec moi; ça m'avait fait plaisir, j'y avais pensé avec joie. Il fut tristounet, il y avait un malaise. Il n'y aura pas de troisième. Je n'osais même pas lui demander si mes petits cadeaux aux enfants leur avaient fait plaisir et puis, ce n'était pas à moi de poser cette question.
.../...
Elle devait rentrer, le grand-père devait venir les chercher, elle et ses enfants, pour aller à la plage. Elle ne voulait pas de café, j'en ai pris un, j'en avais besoin et j'aurais encore plus eu besoin d'un pousse-café (je n'en prends jamais mais là, j'aurais voulu être ivre et morte).
Je suis allée régler la note, je la rejoignais, elle était déjà sur le chemin qui mène à  la voiture. Elle me dit qu'elle aimait la Bretagne mais qu'elle ne pourrait plus vivre ailleurs qu'au soleil. En ouvrant la porte de la voiture elle me dit sur un ton qui se voulait désinvolte : - Je ne viendrai pas chez toi avec les enfants, c'est trop compliqué. C'était le coup de massue. Elle avait dû y penser pendant tout le repas, se demandant comment elle allait me le dire. Ben voilà, c'était dit. - Comme tu voudras lui dis-je. Et elle a rajouté : - On verra, on se tient au courant. Je n'ai rien dit, pourquoi en rajouter, c'est tout vu. Je ne comprenais pas ce qui se passait, il ne fallait plus que j'essaie de comprendre, quoi, ni qui que ce soit. No stress, no vertigo!
Je la déposais cette fois devant la maison, mais je redémarrais très rapidement. Elle me fit un petit signe en souriant, elle était soulagée et j'étais, laminée.

En rentrant chez moi, je m'installais dans ma chaise longue sur la terrasse avec quelques journaux, il y avait du soleil. Je regardais mon petit coin de ciel et les oiseaux qui y dansaient, je les trouvais d'une infinie beauté. Je n'étais bien que seule, dans mon monde.
Puis, je lisais quelques articles, je trouvais le monde encore plus fou...



lundi 11 juillet 2016

Retour de pêche

Les badauds - touristes et gens du cru - attendaient de pied ferme l'arrivée du chalutier.




Le pêcheur sortait les casiers de son "coffre-fort" réfrigéré tandis qu'un second matelot déposait sur le quai deux casiers.


Les habitués  avaient leur sac en plastique pour le remplir de langoustines fraîches, encore frétillantes et de belle taille. Il fallait avoir envie de jouer des coudes; celui ci-dessous en bavait (déjà) en remplissant son sac.



Il en bavait tellement, qu'une fois remplis ses sacs - il en avait deux, sa femme (?) lui prêtait main forte - (et après la pesée), il prenait dans sa grosse main deux ou trois langoustines vivantes qui se débattaient (j'espère qu'elles lui ont pincé les doigts, il s'en fichait, avec ses gros doigts il devait avoir la peau dure) et les déchiquetaient vivement (en laissait les carapaces sur le quai) et croquait la langoustine crue, laissant une autre bave gluante sur son menton. Bien sûr, il ne se posait pas la question de savoir si la langoustine souffrait de se faire écraser la carapace encore vivante! Il avait le visage rubicond. Il était laid, vulgaire, repoussant. 

Ecoeurée, j'ai pris ces dernières photos et un grand bol d'air frais loin de la foule agglutinée. Je repensais à ces cocktails ou vernissages, où les invités (ou pas) se jettent sur les buffets et enfournent les amuses-bouches qu'ils peuvent sur place, avant de remplir une assiette au cas où... ils n'auraient plus rien à se mettre sous la dent quelques minutes plus tard. Pouah!




De retour à la maison, après le Retour de pêche, j'écoutais sur France Musique l'émission Retour de Plage


Aujourd'hui : Maurice Vander et Claude Nougaro.  Ça m'a "lavé l'âme" comme disait Olivier Py (billet précédent), j'en avais besoin, et rappelé de beaux souvenirs.

samedi 9 juillet 2016

Le spleen comme une grâce


Entretien avec Olivier Py par Alexandre Demidoff (extraits).

A quoi sert le théâtre?
A changer les hommes. Quand on ne peut pas changer le monde, on change les hommes. Et peut-être qu’ils changeront le monde. J’ai été changé par le théâtre. Je travaille avec des détenus. L’un d’entre eux, qui s’en est sorti, s’est inscrit au conservatoire. Le théâtre lave les âmes.
 
Dire comme vous le faites que c’est l’art du XXIe siècle, n’est-ce pas un vœu pieux?
C’est l’art du XXIe siècle à cause de la présence réelle des acteurs, celle que n’offrent pas les jeux vidéo, les réalités virtuelles. Vous remarquerez que les arts plastiques ont tendance à se théâtraliser. Même s’ils s’en défendent. Le théâtre a toujours été vilipendé, c’est pour ça qu’il est magnifique. C’est l’art du XXIe siècle aussi parce qu’il n’est pas rentable. 
 
Vous avez souvent travaillé à Genève, au Grand Théâtre notamment. Vous y monterez en septembre Manon de Jules Massenet avec la chanteuse Patricia Petibon. Qu’est-ce que cette ville vous inspire?
C’est l’Europe rêvée. Tout le monde y parle toutes les langues. Les Français disent parfois que les Suisses sont lents : or ce qu’ils appellent lenteur est de la considération, le souci de l’autre. Quand je retourne en France, j’ai l’impression de rentrer chez les barbares.
[...] 

Votre chasse-spleen préféré? 
J’accueille le spleen comme une grâce. Le mot est tellement doux. Je me retrouve dans la tristesse qui me lave de beaucoup de vanités.

vendredi 8 juillet 2016

Ils sont dans les choux, à la recherche de balles perdues

Photo du jour!
Trou n° 1.


Une partie de quatre + une partie de trois  sur le même trou, des balles dans le ruisseau + deux joueurs égarés d'un autre trou, neufs joueurs sur le même trou, ce n'est plus un golf c'est un champ de bataille! Heureusement, je venais de terminer le parcours, seule et sans attente.

"[...] les amies d’Albertine, aux belles jambes, à la taille souple, mais si différentes les unes des autres, montrèrent leur groupe qui se développa, s’avançant dans notre direction, plus près de la mer, sur une ligne parallèle. Je demandai à Albertine la permission de l’accompagner pendant quelques instants. Malheureusement elle se contenta de leur faire bonjour de la main. "Mais vos amies vont se plaindre si vous les laissez", lui dis-je, espérant que nous nous promènerions ensemble. Un jeune homme aux traits réguliers, qui tenait à la main des raquettes, s'approcha de nous. C'était le joueur de baccarat dont les folies indignaient tant la femme du premier président. D'un air froid, impassible, en lequel il se figurait évidemment que consistait la distinction suprême, il dit bonjour à Albertine. "Vous venez du golf Octave? lui demanda-t-elle. Ça a-t-il bien marché? étiez-vous en forme? "Oh! ça me dégoûte, je suis dans les choux", répondit-il. - Est-ce qu'Andrée y était? - Oui, elle a fait soixante-dix-sept. - Oh! mais c'est un record. - J'avais fait quatre-vingt-deux hier." Il était le fils d'un très riche industriel [...]. Je fus frappé à quel point chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, cheveux, - et qu'il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant - s'était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. [...] Octave obtenait, au casino, des prix dans tous les concours de boston, de tango, etc., [...]. Il alluma un cigare en demandant à Albertine : "Vous permettez?" comme on demande l'autorisation de terminer tout en causant un travail pressé. Car il ne pouvait jamais "rester sans rien faire" quoique il ne fit d'ailleurs jamais rien. [...] la constante nullité intellectuelle qui habitait sous le front songeur d'Octave avait fini par lui donner, malgré son air calme, d'inefficaces démangeaisons de penser qui la nuit l'empêchaient de dormir, comme il aurait pu arriver à un métaphysicien surmené.
Pensant que si je connaissais leurs amis j'aurais plus d'occasions de voir ces jeune filles, j'avais été sur le point de lui demander à être présenté. Je le dis à Albertine, dès qu'il fut parti en répétant : "Je suis dans les choux." Je pensais lui inculquer ainsi l'idée de le faire la prochaine fois. "Mais voyons, s'écria-t-elle, je ne peux pas vous présenter à un gigolo! Ici ça pullule de gigolos. Mais il ne pourraient pas causer avec vous. Celui-ci joue très bien au golf, un point c'est tout. Je m'y connais, il ne serait pas du tout votre genre."

Marcel Proust, in A la recherche du temps perdu, tome 5, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

jeudi 7 juillet 2016

XY (bis) *

*

Nettie Stevens a donné un "Y" à la vie


Cette biologiste américaine, née le 7 juillet 1861, a découvert le chromosome "Y" qui distingue l'homme de la femme. Google l'épingle à son tableau d'honneur.

(La suite sur Le point).

mardi 5 juillet 2016

Abbas Kiarostami (1940-2016)



samedi 2 juillet 2016

"Tout m'est possible"... avant de mourir



Jean-René Huguenin (1936-1962)

Lundi 19 décembre 1955

Un ciel bleu, sec et froid, dur comme un diamant, tintant comme une cloche immense, allègre et joyeux comme un petit caillou, net, limpide, frais, eau glaciale sans une ride, infini, semblable à un aigle planant au-dessus de Paris, dardant sa froide précision céleste sur les maisons, bleuissant les toits, rosissant les murs, enveloppant chaque chose dans sa gaine inflexible. Voilà le temps que j'aime. Un temps dur et tendre à la fois, infaillible. Les gens dans la rue ont le visage rose, le nez pincé par le froid, les lèvres serrées et pâlies, les traits un peu figés mais resplendissants de bien-être. C'est un temps qui sait ce qu'il veut. Mon bel hiver! Point de mollesse ni de lassitude, dans ce temps-là, pas d'indécision. Mais une sorte de fierté implacable, de volonté sans faille, de domination, de grandeur. A côté des cieux orageux de l'été, de cette énervante atmosphère de beurre fondu, des gros nuages dégoulinants comme de la bave... Ici, pas de torpeur, pas d'hypocrisie. Un ciel ferme et vertical.

[...]

Jeudi 11 décembre 1958

Le fond de mon âme est d'une tristesse sans remède, c'est un paysage brûlé où des êtres solitaires se croisent et se regardent sans se voir et ne peuvent pas s'aimer, parce que leurs yeux et leur cœur se sont donné pour jamais à un visage unique, un visage disparu qu'ils ne reverront plus. J'ai toujours tiré ma force de ce désespoir, "jamais plus" est le cri de mon cœur, mais je ne sais quel écho le transfigure, et quand il me revient aux oreilles j'entends : "Tout m'est possible!".

[...]

Jeudi 17 décembre 1959

Lever à neuf heures quinze. Travaillé quatre heures vingt seulement! Déjeuné avec J.L.M. dans des bois qui devaient être ceux de Sèvres ou de Meudon. Petit restaurant sombre, rustique, avec des lampes à pétrole. Quatre Anglais échoués là Dieu sait par quel miracle. J'ai beaucoup parlé de la Bretagne. Je me fais de ce voyage, à l'avance, tant de joie! Ô les grandes grèves grises, noircies de varechs, de rochers fauves, le bruit des charrettes, les crêperies vers six heures, les calvaires - Ouessant peut-être! Comme toutes les choses que l'on désire ardemment, je ne serai sûr de la posséder que lorsque je franchirai, en voiture, à Dol, la frontière bretonne. [...]

[...]

Lundi 20 novembre 1961

L'importance de l'âge, de la maturité : non parce que l'on connaît plus de choses; non parce que l'on comprend mieux ce que l'on connaît. Mais parce qu'il reste moins de temps pour connaître, pour comprendre. Le peu que l'on sait devient plus précieux : l'expérience du temps.

[...]

Mardi 5 septembre 1962

Oui, tout est grâce, même cette pluie. Je suis sûr maintenant de m'être retrouvé, d'avoir choisi le versant qui monte. [...]
[...]
- Je suis las de ce journal. Vanité, complaisance, mollesse. Quand une vie avance vraiment, on n'éprouve pas sans cesse le besoin de faire le point.

[...]

Samedi 8 septembre 1962

J'imagine l'impression que donnerait à un étranger la lecture de ce journal depuis janvier dernier : un velléitaire, qui tout à tour se brûle et s'adore, se vante et s'accuse, un emphatique dont les cris de gloire et de détresse expriment toujours la même faiblesse, la même vulnérabilité aux changements de temps, de lieu, de lune, d'humeur, de santé, de chance et de circonstances.

[...]

Jean-René Huguenin, in Journal.

Il écrit pour la dernière fois dans ce Journal le 20 septembre 1962; deux jours plus tard... il meurt dans un accident; il avait 26 ans. Je laisse les lecteurs découvrir ses derniers mots et son Journal intégral publié à titre posthume. Jean-René Huguenin n'aura eu le temps d'écrire qu'un seul roman La côte sauvage. Je remercie infiniment l'ami qui m'a fait découvrir récemment cet écrivain.




vendredi 1 juillet 2016

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Mercredi 2 mars/Vendredi 1er juillet.
Quatre mois que j'espérais fouler les fairways à vos côtés.
Quatre mois de jeu solitaire en ne pensant qu'à vous. Je vous inventais, je vous rêvais à mes côtés, je jouais même votre balle!
Ce midi, je tapais mon troisième coup sur le 9, concentrée sur mon jeu. Je ne vous avais pas vu, vous étiez au départ du 1. Vous étiez là! J'aurais aimé me jeter dans vos bras mais je ne le pouvais pas.
Je suis repartie pour un tour (9 trous;-)) avec vous, malgré la douleur vive dans mon bras.
Comme ce mardi 12 janvier où nous avons joué ensemble pour la première fois, j'ai très mal joué. 
J'étais trop heureuse. (Heureuse comme ce mercredi 2 mars. Je ne savais pas que je n'allais pas vous revoir...)
J'ai arrêté au 9. Nous nous sommes quittés. Vous avez continué quelques trous. Sensations étranges : Trouble. Intimidation. Émotion. Embarras.

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Dans ma voiture, en rentrant du golf, mes pensées étaient confuses. Je roulais plus doucement que d'habitude sur la route sinueuse des châteaux parce que je sentais que ma vigilance était moindre. J'arrivais à ce carrefour en me demandant pourquoi le-feu-de-ce-carrefour était toujours rouge pour moi! Mes yeux ne quittaient pas la bâtisse en briques ocre/rouge de l'autre côté de la route. Elle m'obsédait - et aujourd'hui plus intensément - avec son inscription :
Espace Funéraire des Châteaux
Pompes Funèbres
Il y avait une nouvelle plaque à l'angle de chaque mur, depuis un mois environ, avec le nom de "l'entreprise". 
A chaque fois que je suis arrêtée à ce feu rouge je me dis : tu iras les voir la prochaine fois après ta partie de golf, pour avoir un devis. Et les prochaines fois arrivent, puis quand le feu est vert je ne traverse pas la route mais je tourne à droite pour rentrer chez moi. Et puis merde!