vendredi 22 février 2013

Pierre Rigal un régal

Hier soir au théâtre, elle était assise devant moi après avoir vérifié le numéro de son fauteuil. J'ai eu le temps d'apercevoir son visage, naturel, sans maquillage, ses cheveux retenus par une grosse pince lui donnait l'air sérieux. La salle se remplissait rapidement, en dix minutes elle fut comble. La lumière a commencé à décliner, le spectacle allait commencer. Alors elle a ouvert la pince de ses cheveux, a secoué légèrement la tête, l'a penchée sur le côté et la longue chevelure soyeuse s'est déployée. Ensuite elle a glissé ses doigts sur le dessus du crâne pour dégager son front. Quelques secondes ont transformé ce chignon sérieux en une masse de sensualité.

Place au spectacle!

"Etres étranges et futuristes, venus d’une planète hors du temps et de l’espace, ils vont se livrer - sous nos yeux et ceux des scientifiques à l’origine d’une mystérieuse expérience- à un ballet des relations humaines. S’aimer, se détester, se rapprocher, se détruire, se relever et reconstruire l’harmonie du groupe. Quelle est donc cette logique intrinsèque qui pousse les hommes à se faire la guerre pour ensuite se relever? Vaste sujet, question qui reste en suspens, sans autre réponse que les corps des danseurs engagés sur le plateau dans cette mécanique implacable, ce cycle absurde du vivre ensemble et de la haine."
(Claire Hazan)

Une pièce pour 9 danseurs coréens.
Crédit Photos : Sungjin Jun


Cliquer pour agrandir





C'était grandiose : mise en scène, chorégraphie et musique (j'en ai oublié mes acouphènes!). Les danseur(se)s coréens : grâce et énergie.


Je savais que je ne serai pas déçue, ma jubilation fut aussi vive que lors de mon premier spectacle de Pierre Rigal (presque trois ans déjà).


"Depuis plusieurs années, mon travail chorégraphique se situe à l'intersection de différentes formes comme le théâtre de mouvement, la danse, l'acrobatie, les arts plastiques et audiovisuels ainsi que la musique synthétique ou acoustique. Cette recherche d'intersection m'a conduit à mettre en scène des acteurs-danseurs au profil différent. [...] Mon passage à Séoul en Corée du Sud en 2010 et mon travail pédagogique au sein de la Korea National Contemporary Dance Company m'ont permis de découvrir la richesse technique et la créativité de nombreux danseurs coréens. L'énergie et la vitalité de ces personnes ont aiguisé mes désirs."
(Pierre Rigal).


En visionnant cette vidéo je me dis que l'écran ici est très réducteur de ce qu'on peut ressentir en voyant réellement les artistes sur scène, en chair et en sueur!

mercredi 20 février 2013

"Les jeux des enfants ne sont pas jeux" (Montaigne)

Photos du jour.

Enfance : histoire sans paroles.









mardi 19 février 2013

Les Las de vivre



Samedi j'écoutais une émission sur la RTS : deux heures sur la vie du peintre Ferdinand Hodler. Une exposition lui est consacrée en Suisse, à Bâle à la Fondation Beyeler. Après cette écoute j'ai eu envie de faire quelques recherches et j'ai trouvé intéressante cette vidéo :
Stéphanie Guerzoni témoigne de ses rapports avec le maître. Elle fut la seule femme parmi les élèves de Ferdinand Hodler, en 1914.  Elle revient notamment sur les relations difficiles entre Hodler et une certaine élite genevoise et sur l'attention méticuleuse qu'il portait à l'art du dessin.



Dans cette vidéo on voit deux plans sur Hodler. J'ai eu un choc, c'est fou comme tu lui ressemblais et tu aurais pu avoir ce visage si ta barbe avait eu le temps de blanchir et toi, de vieillir.



Captures d'écran




Et celle-ci, crédit photo ici 



Gertrud Müller posant dans le jardin de l’atelier de Ferdinand Hodler
Anonyme 28,5 x 31,5 cm Winterthour S.S.P © Fotostiftung Schweiz, Winterthur

Je me suis attardée sur ses autoportraits que je n'aime pas beaucoup. J'ai du mal avec les autoportraits de peintres, à part ceux de Rembrandt que je trouve sublimes... Cependant celui-ci me plaît; j'aurais envie d'écrire dans une bulle en voyant son regard : Foutez-moi la paix!

Ferdinand Hodler (1853-1918)
Autoportrait dit Autoportrait parisien, 1891
Huile sur panneau - 29 x 23 cm
Genève, Musée d’Art et d’Histoire,
dépôt de la Fondation Gottfried Keller en 1914
Photo : Musée d’Art et d’Histoire /
Bettina Jacquot-Descombes


En fait ce qui m'a donné envie de faire des recherches sur Hodler c'est d'entendre, au cours de l'émission, parler de son oeuvre : Les Las de vivre qui font partie d'une trilogie (Les Ames déçues, Les Las de vivre, L'Eurythmie). Ce titre Las de vivre me parlait, terriblement. Je n'avais pourtant ce samedi pas encore appris la nouvelle reçue le dimanche :

"Madame, je suis au regret de vous faire part de la triste nouvelle du décès de notre ami commun, Dominique Chaussois.

Cordialement,"

("Notre ami commun". Mais non! Un ami au sens où je l'entends, on sait comment il va, on lui vient en aide s'il va mal, on va le voir, le toucher, l'embrasser, le serrer dans nos bras, et même si l'on ne peut rien faire pour changer le cours de son désespoir, on est là, présent, physiquement! Je ne savais rien de cet homme en dehors de son blog que je lisais chaque jour. Je pensais bien que derrière les commentaires, les siens, derrière son humour, il y avait une dérision, une mélancolie. D'ailleurs je ressentais tellement cette mélancolie dans ses billets que je ne commentais plus depuis longtemps, ne pouvant me complaire dans l'humour des commentaires qui ne correspondait pas à ce que je ressentais.  Mais je n'avais pas pensé qu'il y avait une détresse telle, qu'elle le mènerait à cela.**)



Les Ames déçues

Les Las de vivre

Eurythmie

Hodler a souvent peint des vieillards. Sa cote est aujourd'hui astronomique : plus de quatre millions de francs suisses pour l'un des paysages chez Christie's en 2002 !

Il est considéré essentiellement comme un peintre symboliste et il a inventé le parallélisme qu’il définit comme la répétition de formes, de couleurs semblables et qu’il considère comme étant une loi de la nature. Il s’agit en fait du parallélisme entre l’art et la nature.

Mais je n'avais et n'ai pas l'intention de faire un  cours sur Ferdinand Hodler, une idée d'en parler m'entraîne ailleurs. Ma propre lassitude sans doute m'a menée vers ce "tryptique". Chemin faisant j'ai découvert des oeuvres moins angoissantes et plus lumineuses comme  Bleu Léman, ou l'étonnant Regard dans l'infini.

Je termine avec ce tableau de Ferdinand Hodler, je l'aime particulièrement, qu'on ne me demande pas pourquoi. En peinture comme en musique, je déteste commenter.
Je l'aime./

Wetterhorn, 1912.
Huile sur toile 65 x 88,5 cm

** J'ai écrit ce passage ce matin en complément de ce billet commencé samedi.
Des hommages à Dominique Chaussois ont été rendus ici, pour ceux que je connais, et sans doute ailleurs :

(Celui-ci n'est plus d'actualité. Rajout du 30.04.2016)


(Celui-ci non plus).


lundi 18 février 2013

Respirer, oublier, vivre

Il faut que j'écrive rapidement ici, n'importe quoi, pour échapper à mes interrogations existentielles. Dérision des blogs et... de ce que j'écris. Derrière l'écran, des êtres de chair et de sang. L'écran comme bouée de sauvetage? Pour se noyer il n'y a pas mieux! Mes pensées se bousculent au portillon depuis hier et, cette tristesse d'une disparition.

La journée était ensoleillée, lumineuse, il ne fallait pas sombrer, cesser de cogiter, j'ai regardé le ciel au lieu de regarder ma balle, j'ai joué comme un pied mais je respirais... j'oubliais*... je vivais.

En rentrant, ces "fumées" dans le ciel qui me ramènent toujours vers toi, mon "fumeur de havanes".


Hier j'ai planté ces rouges-gorges en tôle dans un pot, ça c'est du concret. Vont-ils attirer les vrais piou-piou?


* On n'oublie jamais...

dimanche 17 février 2013

Hommage

C'est dimanche, un beau dimanche ensoleillé et je viens d'apprendre la nouvelle.
Je suis bouleversée.
Dominique Chaussois nous a quitté.
Je n'étais pas fidèle pour commenter ses billets mais j'étais une fidèle lectrice.  Le contenu de ses billets m'importait plus que les commentaires qu'ils suscitaient.
Je m'inquiétais ces dernières semaines, ces derniers jours de son absence, pressentant une mélancolie, mais pas un instant je n'ai pensé qu'il pouvait nous avoir définitivement quitté. Il y a dix jours il répondait encore à un commentaire...

Je récuse l'appellation de "virtuels" pour parler des relations , des échanges via les blogs. Nous choisissons nos blogs et par là leurs auteurs, parce que nous les aimons.

Mes sincères condoléances à sa famille, ses proches amis qui ne me connaissent pas.

Pour lui, là où il est, une phrase de cet auteur qu'il aimait :

« Les mots sont une vie indépendante de notre raison. Jouer avec eux nous révèle un monde étrange qui pourtant est le nôtre. »

Robert Pinget, Monsieur Songe.

On meurt donc aussi sur la Toile c'est bien la preuve que l'écran est vivant. Non? Naïve je suis, naïve je resterai! Il est de ceux dont j'aurais aimé croiser le chemin...

samedi 16 février 2013

"C'est quoi être naturel dans un monde d'artifices?"

Hier soir vu la deuxième partie du Regard Aveugle de Fayçal A. Bentahar.

La première partie m'avait touchée : beauté des images, des personnages et du regard généreux du cinéaste.
Moi aussi j'aime "le petit cinéma" surtout quand il est Grand.
Émotion, des séquences magnifiques : beauté du carreleur philosophe; la conversation sous l'arbre "aux oiseaux", la solitude de l'aveugle "musicien"... les couleurs de la terre marocaine... il y a tant à dire.

La seconde n'a fait que conforter mes premières impressions.
Je ne saurai pas en parler savamment et puis tout est simplement beau.
Mais c'est déjà trop dire que d'en parler. Le silence s'impose, place au regard... ouvert. Film lumineux.


(Cliquer pour agrandir)

"Un jeune vidéaste tangérois, traverse une période de spleen et manque d'inspiration, suite à une rupture sentimentale. Remettant en question son désir même de filmer sa propre ville, il va être poussé par des amis à retourner au Sud, plus précisément à Agdz, un village de la Vallée du Drâa, où jadis le tournage d'un premier film autour d'une fille aveugle, vira à l'échec.

Voyage incertain, ouvert, s'écrivant au fur et à mesure d'un devenir hasardeux, ce retour s'avère pourtant un cheminement où la rencontre avec sa propre solitude, la nature et l'amitié des autres devient, et pour son regard, et pour son désir de cinéma, rédemptrice, bien que sous un angle tout à fait imprévu..."


Fayçal A. Bentahar a mis en ligne gracieusement Le Regard Aveugle... pour le plus grand plaisir des yeux :

Fraction 1
Fraction 2

"La beauté est vérité, la vérité beauté" (Keats)

vendredi 15 février 2013

***

Plus envie de faire aucun effort, d'aucune sorte.
La coupe est pleine.

jeudi 14 février 2013

Lire aux cabinets (suite)

Bien vu Chevillard :

"Têtes grises ou blanches (rousses quelquefois, mais on ne me la fait pas) seules moutonnent désormais dans les rangs des théâtres et les auditoires des rencontres littéraires… Quelques marées encore et il n’y aura plus que des crânes qui tintent dans des gradins de catacombes."

Eric Chevillard, L'autofictif, post 1829.

Voilà l'auteur que je lis au waterre (0_0), je n'invente rien. Ben oui, il ne faut pas se prendre la tête ("grise ou blanche ou rousse") au Petit Coin. Tsss!

Vestiges...

... d'une Saint Valentin à Jersey, 14 février 1978!



You're Mine
To my Love
Love is Lovely


(Celle-ci sans flash pour voir les inscriptions)

Aujourd'hui, ils sont dans mes cabinets [Rires].

mercredi 13 février 2013

Il faut se laisser aller!

Hôtel
Cabinets avec vue...
... sur le lac!
Au petit-coin place à la méditation, à la rêverie, à l'introspection.



"Le fait que vous lisiez tel genre de littérature aux cabinets et tel autre ailleurs devrait être lourd de sens pour le psychiatre. Le fait même que vous lisiez ou que vous ne lisiez pas aux cabinets devrait être lourd de sens pour lui. On ne parle malheureusement pas assez de tels problèmes. On estime que ce que chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n'en est rien. Cela concerne l'univers tout entier."
4e de couverture.
Henry Miller, in Lire aux cabinets, éditions Allia.



J'ai emprunté ce charmant ouvrage - minuscule, 50 pages - à la bibliothèque. En note à la fin du livre :

"Lire aux cabinets ("Reading in the Toilet") constitue le chapitre 13 des Livres de ma vie (The Books in my life), publié originellement à New York (New Directions) en 1952 et traduit en 1957 aux éditions Gallimard. "Ce livre a été un échec en Amérique, mais je l'aime beaucoup. J'avais même l'intention d'écrire un deuxième tome", confia Miller (Flash-Back, Stock, 1976). Ce second volume, qui aurait rassemblé des textes sur Gilles de Rais, Céline, la pornographie, etc. ne vit jamais le jour."

Extraits :

" Il existe  un aspect de la lecture qui vaut, je crois, qu'on s'y étende un peu, car il s'agit d'une habitude très répandue et dont, à ma connaissance, on a dit bien peu de choses... je veux parler du fait de lire aux cabinets. Quand j'étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets. Depuis ce temps de ma jeunesse, je n'ai plus jamais lu aux cabinets. Quand je cherche la paix et la tranquillité pour lire, je m'en vais dans les bois. Je ne connais pas de meilleur endroit pour lire un bon livre que dans les profondeurs d'une forêt. De préférence auprès d'un torrent.
[...]
D'après ce que j'ai pu glaner au cours de conversations avec mes amis intimes, ce qu'on lit aux cabinets,  c'est presque toujours de la lecture futile. Ce que les gens emmènent pour lire aux cabinets, ce sont des digests, les magazines illustrés, les feuilletons, les romans policiers ou les romans d'aventure, tout le rebut de la littérature. Il paraît qu'il y a des gens qui ont une étagère avec des livres dans leurs cabinets.
[...]
Je crois que c’est le moment de placer un conseil sûr. Si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un médecin herboriste chinois ! Ne lisez pas pour distraire votre esprit de l’opération en cours. Ce qu’aime le système autonome, et ce à quoi il répond, c’est à une concentration profonde, que ce soit sur le fait de manger, de dormir, d’évacuer, ou de ce que l’on voudra. Si vous ne pouvez pas manger, ou si vous ne pouvez pas dormir, c’est parce que quelque chose vous préoccupe. Vous avez quelque chose « dans la tête », autrement dit, là où il ne faudrait pas. La même chose vaut pour la selle.  Débarrassez votre esprit de tout ce qui n’est pas l’affaire en cours. Quoi que vous fassiez, abordez-le avec un esprit libre et une conscience nette. C'est un conseil vieux comme le monde, mais sûr. La méthode moderne c'est d'essayer plusieurs choses à la fois, afin "d'utiliser son temps au maximum", comme on dit. C'est une méthode profondément malsaine, contraire à l'hygiène et inefficace. Il faut se laisser aller! "Occupez-vous des petites choses et les grandes se feront d'elles-mêmes."
[...]
Si chaque instant de la vie est tellement précieux à vos yeux, si vous tenez absolument à vous persuader que la portion de sa vie que l'on passe chaque jour aux cabinets n'est pas négligeable - certaines personnes préfèrent "w.-c." ou "Petit Coin" à cabinets - alors demandez-vous au moment où vous vous saisirez de votre lecture favorite : est-ce que j'ai besoin de ça? Pourquoi?
[...]
[...] recouvrir les murs du waterre comme disent les Français, avec des tableaux. Comme c'est agréable, reposant, calmant et instructif, tandis que l'on répond à l'appel de la nature, de laisser son oeil errer sur quelques chefs-d'oeuvre choisis de l'art!"

Un moment délicieux que cette lecture, trop brève et qui me donne envie d'aller lire les autres chapitres de son, Livres de ma vie, mais pas dans mes cabinets!



dimanche 10 février 2013

La saveur et le savoir

Le Gai Savoir.

Sujet du jour :

Noces d’Albert Camus.

« Ici même, je sais que jamais je ne m’approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. »
Albert Camus, in Noces.

"Noces est le plus beau texte de Camus, le plus léger, le plus dense, le plus chatoyant et le plus profond. Faut-il que cet homme ait du génie pour avoir commencé son oeuvre par un texte qui en est aussi le dernier mot ! Faut-il adorer la vie pour mêler à ce point la saveur et le savoir... Mais est-ce en nous le sage ou l’adolescent qui aime tant ces textes et leurs sanglots de soleil ? C’est indécidable, et quelle importance?
[...]L’amour est « difficultueux », l’amour ne va pas de soi, l’amour n’est pas un don du ciel, l’amour est un don de la terre, c’est un don difficile, c’est un apprentissage, ça passe par le silence, il faut aimer sa mère qui ne nous parle pas, il faut aimer le monde qui ne nous dit rien, il faut aimer les hommes dont l’existence pourtant peut être aisément sacrifiée au bien-être de mon égoïsme. L’amour c’est un effort mais c’est un effort qui culmine dans un oubli de soi, où l’on retrouve la gloire c’est-à-dire le droit d’aimer sans mesure."

Dixit Raphaël Enthoven.


Soixante minutes de soleil dans un dimanche au silence assourdissant.

***

Parvenir à apprivoiser le silence.
S'en faire un allié plutôt qu'un ennemi.
Se libérer de son poids quand il devient trop lourd.
L'évacuer, dans un cri.

vendredi 8 février 2013

Spleen, énième

ENIVREZ-VOUS

Il faut toujours être ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas  les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Baudelaire, Petits Poëmes en prose (Le Spleen de Paris).


***

Mes nuits sont remplies de rêves dont je me souviens chaque matin. Je me les remémore tellement bien que je me demande si ce sont des rêves. Pourtant je sais que tu es mort papa, depuis si longtemps. Pourquoi es-tu venu me voir cette nuit? Cette fois je n'ai pas crié, je n'ai pas eu peur, je ne me suis pas réveillée en hurlant. C'était un doux rêve, tendre. Tu portais une barbe grise (tu n'as jamais eu de barbe), tu t'es assis dans mon canapé, je me suis assise près de toi, j'ai posé un baiser sur ton front (il était froid), tu as posé ta tête sur mon épaule, tu as fermé les yeux, tu es devenu tout blanc (comme quand tu avais la migraine), cadavérique, tu reposais contre moi... Puis je me suis aperçue que tu étais mort. C'était étrange, pas triste. Cette fois j'étais près de toi, j'avais pu t'embrasser avant que tu meures. La première fois que tu es mort, j'étais loin, je ne t'ai vu que dans la boîte.

Mes rêves m'épuisent.


Picasso, Le rêve 1932

jeudi 7 février 2013

***

Chaque nouvel achat est une promesse de vie.
Je dois l'amortir.
J'hésite pour les gros investissements.
Restons dans le court terme.

mardi 5 février 2013

Dans la tourmente, la lumière...



Allongés sur leur chaise longue deux touristes en cure somnolaient.
Derrière la baie vitrée je filmais la mer et le ciel; le vent soufflait en tempête.
Soudain apparut un arc-en-ciel.
Je tentais de leur faire ouvrir l'oeil et partager cet instant superbe en interpellant ces inconnus : "Vous avez vu l'arc-en-ciel?".
Peine perdue, aucune réponse, ils continuaient leur sieste.
Qu'auront-ils vu de leur séjour à la thalasso?
- Des jacuzzis; des salles de massages, de cardio-training, des vapeurs de sauna, des couloirs où ils traînent leurs tongs en peignoir, une tisanière où ils peuvent se désaltérer en espérant perdre quelques kilos superflus puis, lessivés par la balnéothérapie, les modelages, le hammam, ils s'endorment dans le salon de repos, face à une baie magnifique qu'ils n'apprécient sans doute que sous un ciel bleu. Celui d'aujourd'hui, tourmenté - où pluie et vent se disputaient l'honneur -, m'était réservé, pour moi toute seule. Le luxe n'est pas toujours où l'on croit.
Ô ce ciel, cette mer, ce vent qui siffle, cette pluie, quelle beauté!



Puis, je suis allée chercher une tisane (ben oui, je traîne mes tongs moi aussi et, gag, la tisane du jour s'appelait : Nuit d'été) et je suis revenue lire mon bouquin. En fait, il est resté sur mes genoux, je préférais regarder la pluie dégouliner sur les vitres et écouter siffler le vent. C'est incroyable d'ailleurs un vent qui siffle, on dirait vraiment un couvreur joyeux sur son toit.

dimanche 3 février 2013

Mariage... (suite)

"J'aime tellement les homosexuels que j'aimerais leur éviter le mariage."
Jean d'Ormesson

Les week-ends se suivent et se ressemblent, seules changent les convictions, et les partisans de la manif d'hier n'avaient pas du tout du tout le même look que ceux de la précédente! Oserai-je dire, moins sympathique? Hum!









Je ne savais même pas qu'il y avait cette manifestation. J'avais seulement prévu d'aller boire un chocolat au XXI où j'aime l'ambiance lycéenne. Je ne me sentais pas à l'aise parmi ces manifestants et, malchance, bon nombre d'entre eux se sont retrouvés dans ce même café où ils ont pris place avec une certaine fatuité, dans ce lieu même où ils ne mettent jamais les pieds... pour de mauvaises raisons sans doute. Le "couple" charmant et toujours accueillant s'est précipité pour prendre leur commande, de bonne grâce.
Près de ma table deux femmes chuchotaient en dégustant avec gourmandise leur chocolat viennois : "ils feraient mieux de manifester pour que les chômeurs trouvent du boulot"! Petit sourire complice.

Le matin j'aperçus par la fenêtre cette magnifique voiture : boudiou! elle ne rentrerait pas dans ma place de parking!




vendredi 1 février 2013

On ne vit bien que dans l'ombre

Marcel Jouhandeau, 1888-1979

Je n'ai rien lu de Marcel Jouhandeau, j'ai tout à apprendre sur cet écrivain, sa vie, son oeuvre.
J'ai emprunté à la bibliothèque Chronique d'une passion, attirée par le titre.
En 4e de couverture je lis :

"Chronique amoureuse que Jouhandeau avait d'abord publiée dans une édition confidentielle en 1938. Il fallut attendre 1964 pour qu'il la laisse paraître en édition courante.
Plus que jamais, dans ce livre, il se montre un écrivain de la passion. Son écriture a l'élégance de la glace et du feu; impatience, cynisme, tendresse, violence, profondeur, humour : ces divers états d'âme se fondent en un seul, miracle d'une éternelle adolescence du coeur et du corps."

J'ai pêché des informations sur Wikipédia, personnage ambigu, antisémite, ce dont il se défendra plus tard et on apprendra que  c'est Élise, sa femme, l'"antisémite forcenée".
"Élise meurt en 1971. Ce couple infernal occupe une place importante dans l'œuvre. Atteint de cécité, Jouhandeau cesse d'écrire en 1974.
À la fin de sa vie il assumera son homosexualité. Il en parle ouvertement dans divers ouvrages comme Chronique d'une passion, Du pur amour, Tirésias."

Ensuite j'ai écouté la Radioscopie de Jacques Chancel du :

08/09/1976 - 56min42s (extrait de quelques minutes ici)

"Marcel JOUHANDEAU, écrivain : se sent heureux, parle de ses parents, est âgé de 89 ans, comment il vit la vieillesse, évoque les souvenirs avec ses amis, sa femme, vit à l'écart au calme, sa philosophie, la sagesse, a fait le tour de sa vie. Dit n'avoir aucune imagination pour l'écriture, joue de l'orgue. Son prochain livre et les critiques de Claude GALLIMARD lui disant que ses livres ne se vendent plus, la postérité lui importe peu, les gens qu'il a blessés à travers ses écrits. Sa foi catholique, la qualité des écrivains du XVIIème siècle, propos sur la vieillesse, parle de l'enfant qu'il a adopté, la rancoeur de la ville de Guéret contre ses écrits, a été atteint par la mort de Paul MORAND et celle d'Henry de MONTHERLANT, sa rencontre avec André Gide, anecdote sur André MAUROIS, Max JACOB, comment il a connu Louis-Ferdinand CÉLINE, regarde le monde avec stupeur."

Puis l'interview de Bernard Pivot dans Apostrophes
 22/12/1978 - 01h00min02s (extrait ici)

"Numéro spécial d'Apostrophes, entièrement consacrée à Marcel JOUHANDEAU qui vient de fêter ses 90 ans. Devenu aveugle, il ne peut plus lire ni écrire, mais accepte cette situation avec sérénité. Bernard PIVOT s'entretient avec l'écrivain, chez lui. Marcel JOUHANDEAU évoque sa vie. Pivot insiste sur son homosexualité, des rapports terribles avec sa femme Élise, "les scènes de ménage, oh c'était délicieux, des écrivains qu'il a rencontré. Bernard PIVOT parle de la beauté de son style et cite des extraits de "Chaminadour" et de "Le gourdin d'Elise". La question du réel et de l'invention : "L'imagination ne me plaît pas, c'est une faculté pour laquelle je n'ai pas de respect". A la fin de l'émission Marcel JOUHANDEAU parle du livre qu'il considère comme son meilleur, une "Réflexion sur la vieillesse et la mort"."

Il faut consacrer un peu de temps pour les visionner (une heure chaque entretien et il faut être abonné  à l'INA pour voir l'intégralité mais ça vaut le coup).

J'ai trouvé cette autre vidéo sur la rts (radio télévision suisse) : "Les Jouhandeau" qui ne dure que 18 minutes, du 17 janvier 1963 et qui mérite vraiment qu'on prenne le temps de s'y attarder; non seulement l'écrivain y est interviewé mais également Élise, sa femme. Exceptionnel en effet ce document. J'oserai dire qu'entre ces deux êtres, s'il y a de l'amour, c'est de l'amour... vache :

"Ce reportage de l'émission Préfaces constitue un document exceptionnel. En effet, il entre dans l'intimité du décrié écrivain français Marcel Jouhandeau. Célèbre tant pour ses écrits que pour ses rapports tumultueux avec sa femme Élise qu'il rencontra dans les années 20 et qu'il épousa, malgré son homosexualité."

"Un être comblé par l'existence ne m'intéresse pas".
"On ne vit bien que dans l'ombre". (Tiens, j'entends mon père! Enfin non, lui disait souvent : pour vivre heureux vivons caché; ce n'est pas tout à fait la même chose).
"Ma réussite c'est d'être arrivé à me connaître et à n'être rien".

Marcel Jouhandeau se revendique comme chroniqueur et surtout pas romancier. "La réalité, la vérité" voilà ce qui lui importe. Mais je n'en sais pas assez car l'oeuvre est importante et mériterait sans doute que je ne m'en tienne pas qu'à un seul ouvrage.

"L'amour n'est qu'une occasion pour un orage d'éclater : Ivre et inassouvi, on n'étreint jamais que l'ombre de ce qu'on croit tenir : aussi, peu importe le simulacre, pourvu qu'on lui donne les noms les plus doux tour à tour ou les plus cruels .
Il suffit de ne pas oublier que chacun est seul avec son Désir, dont l'Objet est inaccessible. Caresse au moins ta Chimère, sans le secours de personne; elle n'est qu'en toi".
Page 15

"Le coeur malade, comment songer au plaisir? L'amour seul rend délicat tout ce qu'on peut souhaiter. Encore une fois, cependant, ce n'est pas l'amour qui m'attire au premier chef dans l'amour, mais quelque chose d'indicible et de pur, d'infini et de parfait que je finirai bien par y capter et par définir.

Ne m'attache que cet état sublime qui participe à la fois de la Sainteté et de la Damnation, où nous jette la Passion seule, à partir d'un certain degré, quand elle nous délivre de tout, de Dieu, du Monde et de nous-même, pour nous enchaîner absolument et à jamais à un seul être."
Page 26

 

lundi 28 janvier 2013

Sculptures contemporaines

Promenade dominicale

Je trouve que ces carcasses rouillées et autres épaves portuaires
pourraient remplacer avantageusement quelques sculptures contemporaines!






"Les sculptures permettent une vision nouvelle d'un lieu
et participent à un subtil dialogue avec leur environnement"






dimanche 27 janvier 2013

Passion, déraison

Je ne l'ai pas fait exprès, je ne les ai pas cherchées ces BD, elles étaient sur la table dans la salle de l'exposition que je visitais hier :

Exposition Biographie et Bande Dessinée de Maximilien Le Roy.

Nietzsche me poursuit...et Thoreau aussi!



Puis j'assistais à une "conférence musicale" sur J.S. Bach. C'était assez ardu, très pointu, pour musicologues avertis, heureusement que Glenn Gould est venu me réconforter. J'ai bien noté la définition de la passion :
"Émotion forte qui va à l'encontre de la raison".
Là, j'ai tout compris et, aussi pourquoi je fus si souvent, folle. Pfff! Rien que d'écrire le verbe être au passé, ça me fout le bourdon.

samedi 26 janvier 2013

Rupture mais pas d'Adieu

Aurore Ecce Homo Par-delà Bien et Mal Humain trop humain Le Gai savoir Ainsi parla Zarathoustra Naissance de la tragédie Eternel retour Surhomme Volonté de puissance Amor fati Dyonisos Schopenhauer Sils Maria Malwida Lou Overbeck Rée Peter Gast Burckhardt Wagner...

Cette nuit je ne sais pas si je rêvais ou si j'étais éveillée mais ces mots - et bien d'autres - tourbillonnaient en boucle dans ma tête et je ne pouvais m'en défaire. Je crois qu'il est temps que je quitte Nietzsche, il occupe mon esprit, mes pensées, mon coeur et mon âme depuis plus de deux ans. Depuis deux ans il est mon (mes) livre de chevet. Le jour je parvenais à lire d'autres auteurs, pour apaiser ma tension. Il est temps que je passe à autre chose même si, je sais maintenant, qu'il restera ancré-encré en moi à jamais. Je peux dire aujourd'hui que je ne suis pas nietzschéenne, je n'adhère pas à tout ce que j'ai pu lire, à tout ce que j'ai pu comprendre, mais tout m'a passionnée. En quittant Nietzsche, je quitte ma passion.

Et ce matin, déjà je me dédis, en écoutant Charles Sigel parler de Wagner et donc, évidemment de Nietzsche.