mardi 13 août 2013

Famille je vous "haime"

Vendredi 9 août.

Je voulais dîner en regardant la mer. Il y avait du vent et faisait un peu frais mais le ciel était dégagé. Je me disais que je pourrais aller leur dire bonjour après.
J'étais bien, seule, devant ce paysage. Le restaurant était plein, à l'intérieur; sur la terrasse, peu de monde. Un jeune couple s'est attablé; ils avaient des plaids avec eux. C'était une bonne idée et pourrait devenir une spécialité bigoudène? Aux autres tables, les hommes avaient des pulls (pas marins du tout) et les femmes en tenues plus légères, enfilaient leur veste au cours du repas. Moi, j'avais prévu que le petit zef serait de la partie et je m'étais bien couverte. Comme d'habitude, j'étais la seule personne seule. A côté de moi, deux garçons d'environ huit et onze ans (quelle précision) avec leurs parents. Le plus jeune n'arrêtait pas de me regarder, je prenais des photos, il devait trouver bizarre qu'une femme de mon âge vienne au restaurant toute seule; sa grand-mère devait regarder la télévision! Mais, me prenait-il pour une grand-mère? Il se débrouillait bien à décortiquer son crabe et ses langoustines. Je lui ai fait un sourire et comme il insistait à me regarder, l'air très sérieux, je lui ai fait un clin d'oeil. Là, il m'a souri!
J'étais bien, je m'en fichais un peu de ce que j'avais dans mon assiette, j'avais pris le menu; j'étais  venue là pour voir ça.






Au dessert, je leur envoie un texto pour savoir si je peux passer les voir et prendre une tisane avec eux. Je leur dis que je peux y être dans un quart d'heure, que j'étais tout près. Je reçois un : OK, on est tous au penty. Je me demandais si j'allais leur dire que j'avais dîné au P.A. Et puis oui, j'en ai assez d'inventer des histoires. Ils ne m'invitent jamais à les accompagner au restaurant avec eux quand ils sont là; alors j'estime avoir le droit d'y aller seule sans obligation de les prévenir.
Bien mal m'en a pris.
- Non, c'est pas vrai! C'est bien toi ça! me dit P. d'un ton peu agréable. Ce serait long de retranscrire la suite... Son "c'est bien toi ça" m'a fait frémir et penser à celui de M. (mais avec lui, mon frère, nous nous pardonnions toujours nos mauvaises humeurs), un jour au téléphone "Oh! toi on te connaît" qui avait la même sonorité. Vraiment? Me connaissent-ils vraiment? Ils me croient forte parce que je suis indépendante, que je ne leur parle jamais de ma solitude, mais ils ne savent pas ma fragilité et combien ces mots me font mal.
En fait j'étais allée leur dire bonsoir surtout pour voir une de mes nièces que je ne voie qu'une fois par an. Elle est drôle, rieuse; et j'ai ri avec elle. Sa soeur était là aussi avec son mari. Elle me dit : on est allé à Quimper mercredi après-midi avec les filles, quel mal pour trouver une place pour la voiture, finalement on s'est garé en bas de chez toi. Comment n'ai-je pas eu la réplique de dire à son père : tu vois, ta fille fait comme moi et elle a bien raison. Se garer en bas de chez moi sans frapper à ma porte! Mais je n'ai rien dit. C'est quoi toutes ces obligations familiales qui em...dent tout le monde! Le père n'a pas moufté.
Je ne me suis pas attardée, au prétexte que je voulais rentrer avant qu'il fasse nuit; je n'aime plus conduire la nuit.
Conclusion : je vais recommencer à inventer des histoires, des faux rendez-vous, des dîners avec une amie, des (vraies) migraines.
Je sais que je deviens de plus en plus sauvage, de plus en plus solitaire mais je m'ennuie de plus en plus avec les autres.

Samedi 10 août.

J'ai fini La Barette rouge de André de Richaud. J'ai vraiment du mal à lire des romans. "Un livre éblouissant de force et de cruauté qui fait parfois penser à Lumière d'août de Faulkner" (4e de couverture). Oui, sans doute, sûrement même. Écriture au couteau qui m'a déchirée. Cependant je me suis dépêchée de finir la première partie, trop cruelle pour moi. Deviendrais-je en vieillissant une mauviette? Je disais précédemment que ce livre allait me secouer. C'était bien plus que cela, il m'a déchiquetée. Oui, c'est très puissant mais aujourd'hui je ne veux plus être secouée que par cet autre genre de texte, je ne veux être que, déchirée par la douceur :

 "Au lendemain de la mort de sa mère, le 25 octobre 1977, Roland Barthes commence un "Journal de deuil". Il écrit à l'encre, parfois au crayon, sur les fiches qu'il prépare lui-même à partir de feuilles de papier standard coupées en quatre, et dont il conserve toujours une réserve sur sa table de travail." Extraits :

11 novembre 1977

Solitude = n'avoir personne chez soi à qui pouvoir dire : je rentrerai à telle heure ou à qui pouvoir téléphoner (dire) : voilà, je suis rentré.

21 novembre
soir

"Je m'ennuie partout"

28 novembre

A qui pourrais-je poser cette question (avec espoir de réponse)?*
Pouvoir vivre sans quelqu'un qu'on aimait signifie-t-il qu'on l'aimait moins qu'on ne croyait...?

Froid, nuit, hiver. Je suis au chaud et cependant seul. Et je comprends qu'il faudra que je m'habitue à être naturellement dans cette solitude, y agir, y travailler, accompagné, collé par la "présence de l'absence".

1er mai 1978

Penser, savoir que mam. est morte à jamais, complètement ("complètement" qui ne peut se penser que par violence et sans qu'on puisse se tenir longtemps à cette pensée), c'est penser, lettre pour lettre (littéralement, et simultanément), que moi aussi je mourrai à jamais et complètement.
Il y a donc dans le deuil (celui de cette sorte, le mien), un apprivoisement radical et nouveau de la mort; car, avant, ce n'était que savoir emprunté (gauche, venu des arts, de la philosophie, etc.), mais maintenant, c'est mon savoir. Il ne peut me faire guère plus de mal que mon deuil.

Roland Barthes, in Journal de deuil, éditions Seuil/Imec, 2009.

 * Je réponds : Survivre à l'être cher n'est-ce pas aussi une grande preuve d'amour? Mon aimé, je crois que je n'ai survécu que pour toi, pour être digne de toi.

Le 18 juin 1977, lorsque le cœur battant je faisais dédicacer mes Fragments d'un discours amoureux, Roland Barthes était sans doute déjà éprouvé par la maladie de sa mère. Je ne me souviens que de son doux regard et de son sourire quand je lui ai indiqué mon prénom. J'étais avec toi mon aimé, la foudre était tombée sur nous cinq mois plus tôt et je venais de m'installer définitivement, chez toi, dans l'atelier.
L'automne 1977 "serait" aussi celui de sa rencontre avec H

dimanche 11 août 2013

"Photo marquante du jour"


INDE. Un lutteur âgé s’échauffe avant le combat organisé chaque année dans le cadre du Nag Panchami. Ce festival hindou a lieu tous les ans pendant la mousson. (AFP PHOTO/SANJAY KANOJIA)

Source : Le Temps.ch

De l'écriture, au cinéma. L'intime infilmable


Je m'attarde ce matin sur cet interview de Philippe Sollers.  Extraits :

Pollet voulait filmer votre roman « Les Folies françaises ». Ça aurait donné quoi ? Impossible à faire, parce qu’il faut une actrice française, or il n’y en a pas. Ça ne pouvait pas avoir lieu, mais ça touchait beaucoup Pollet


Il y est question crûment d’un inceste père-fille…
Oui monsieur, mais sans drame… Alors que vous savez que c’est un crime puni par la loi (rires), et que c’est le fondement de toutes les tragédies. Casanova m’a toujours fait rire quand il dit qu’il n’a jamais compris comment l’inceste était devenu un objet tragique. Il y a des passages ahurissants dans Casanova où on assiste très tranquillement à l’inceste avec la fille. Non, le film n’est pas faisable, il faudrait un couple de génie, des corps, ou du moins un corps français, vous avez ça en magasin ? Un corps français, ça n’existe pas au cinéma. Je préfère dix mille fois revoir Glenn Close en train de se démaquiller à la fin des Liaisons dangereuses. Ça, c’est une femme.

[...]

Aujourd’hui, beaucoup d’écrivains importent le cinéma dans la littérature.
Ah pas chez Gallimard, il n’y a que des gens extraordinairement différents ! Le Clézio s’est-il mêlé de cinématographe ? Je ne pense pas. Patrick Modiano s’en est-il mêlé ? On l’a beaucoup adapté, oui. Vous avez certes mon ami le révérend Quignard… Le révérend Quignard, en effet… Il écrit des romans en pensant au cinéma, vous avez des détails, le montage est cinématographique, ça se voit tout de suite. C’est écrit en français, mais quand vous tournez les pages, vous voyez tout le temps Isabelle Huppert traverser la page ! Et vous tournez trois pages, c’est toujours Isabelle Huppert qui est là, perdue dans la campagne, et qui trouve une grange avec une vitre cassée ! (Rires) Se mettre dans la position d’écrire comme si on allait faire un film, eh bien, on n’a qu’à faire un script ! Céline au cinéma, ce n’est pas possible. Qu’est-ce que l’infilmable ? Ah, voilà une bonne question. L’infilmable. C’est tout ce qui relève de l’intime. Mal compris en général, forcé, émotivement mal transcrit. L’intime hein, l’intime radical, l’âme si vous voulez.

Entretien à lire ici.


vendredi 9 août 2013

"L'art seul pouvait dire ceci"

Mercredi (suite), avant que je perde le fil!

Donc, après cette matinée (voir mercredi), je me suis dit qu'un déjeuner Chez Max serait une bonne idée. Il faisait un peu frisquet pour manger en terrasse mais j'étais bien couverte. Nous étions quelques courageux, peu nombreux, à vouloir profiter de la charmante Cour Jacob, les clients se précipitaient à l'intérieur, voire faisaient demi-tour. Pas tous, puisque je vis arriver un ancien boss de la publicité (il m'avait embauchée pour une action ponctuelle, quand j'étais dans la galère du chômage). Il vient me serrer la main :
- Comment allez-vous? La vie est belle? me demande-t-il en faisant un grand geste de la main englobant l'environnement et mon assiette très appétissante.
- Eh oui, ça va pas mal. Vive la retraite! Et vous? Toujours à l'agence?
- Non, je l'ai liquidée. Je suis à la retraite, j'ai 64! me dit-il avec un éclat de rire plein de jeunesse.
- J'en ai un peu plus... lui dis-je en riant aussi.
- Sûrement pas beaucoup dit-il aimablement.
- ... Hum! (Je me suis tue. Si l'on considère que les hommes vivent cinq ans de moins que les femmes, hé hé, je suis alors plus jeune que lui!)
Nous en sommes restés là, il s'est attablé avec un ami, en terrasse, non loin de ma table. J'avais opté aujourd'hui pour le plat froid, très bon, j'allais le prendre en photo mais en sa présence, je n'osais plus le faire. J'avais eu le temps cependant de prendre celle-ci, heureusement, car ils se sont installés à cette table.  Je recommande vraiment ce restaurant où on peut déjeuner de produits frais pour 13 euros (incroyable), boisson - au choix sur la carte - comprise!







Je me régalais et regrettais de ne pas être avec l'ami qui m'accompagnait la semaine dernière; nous dégustions alors, à cette même table, un steak de thon succulent et des îles flottantes aussi bonnes que celles de nos grand-mères! Ici, on ne poche pas les blancs d’œufs au micro-onde, c'est sûr!

En attendant mon café, j'ouvrais à nouveau mon Canard Enchaîné et, alors là, je jubilais en lisant cet article car, j'avais dans mes brouillons quelques notes sur B-H L et cette exposition*, dont je devais faire un billet. Je crois que je vais m'abstenir car l'article ci-dessous...




... suffit amplement et est dans l'esprit de ce je voulais dire sur... cet... concernant cette exposition! Et puis, l'essentiel sur Bernard-Henry Lévy est à lire sur Wikipédia. Je ne vais pas reprendre dans un billet ce que des intellectuels ont déjà longuement exprimé sur ce philosophe.

Le Figaro évoque un « Jeff Koons de la philosophie » (...), « général (qui) évoquerait ses prises à l'ennemi » critiquant le "panurgisme" dans l'art ». Pour ma part, je préfère de beaucoup Jeff Koons!

Mais je ne suis pas sectaire et je termine par ce lien qui ne réconciliera sans doute que les adeptes du philosophe. Cela dit, j'ai lu nombre de critiques très élogieuses sur cette exposition et la réalisation de B-H L. Mais je continue de pencher pour celle du Canard Enchaîné
Et pour la rubrique people, voir ici!

* Les Aventures de la vérité Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence (06). Du 29 juin au 11 novembre.


jeudi 8 août 2013

Intermède

Cette nuit j'ai rêvé de lui!
Je l'ai vu pédaler sur son vélo à une roue, près de la pharmacie.
C'est dingue!

mercredi 7 août 2013

Donc, ce matin... (suite).

Fin de matinée : à la médiathèque pour déposer livres et DVD empruntés. Rien repris. (Ai commencé La Barette rouge...).  Pris un café serré au XXI. Ils ont investi dans des parasols splendides, énormes, qui étaient ouverts ce matin, en prévision sans doute d'une pluie qui semblait promise par la couleur du ciel mais, que nenni! Coïncidence qui a fait rire ma voisine de table : nous avions elle (un gilet) et moi (un blouson) de la couleur orange des parasols. Je n'ai pas osé prendre les parasols en photo!
Le ristretto siroté, Le Canard Enchaîné parcouru (j'y reviendrai), direction Les Vents m'ont dit pour prendre des nouvelles du devenir de cette charmante librairie mise en vente par son propriétaire, à qui j'ai souhaité bon vent puisque son projet est de voyager. J'aimais m'y attarder.
Les ruelles grouillent de monde et le ciel couvert attire les touristes qui délaissent la plage. On y croise d'étranges "sportifs" :



Amusant, ne ressemble-t-il pas à son petit cheval?
J'aurais bien aimé le voir pédaler (0_0).

J'aperçois une banderole sur la flèche de la cathédrale Saint Corentin :

 (Cliquer pour agrandir)

"Résidence égalitaire". Késako? Vont-ils squatter la cathédrale? 

(A suivre... parce que je n'ai pas que ça à faire. Non mais!)


C'était un beau réveil...

Je regardais mes mails en prenant mon petit déjeuner ce matin. Info, intox, addiction? Comme on voudra. Mais en lisant ceci, je me suis arrêtée de grignoter mes toasts et de siroter mon thé. Ça valait largement la lecture d'un quotidien. Voilà qui me donnait envie de cesser d'écrire ici, des inepties, des Moi Je, des J'ai lu, sans intérêt. Je trouvais ce Journal beau, intéressant, de belle facture littéraire. Hier, c'est cette vidéo, de l'auteur, qui m'a éblouie.
Puis j'ai repris ma dégustation de toasts et de thé en écoutant la lecture de cette lettre d'amour. Je recommande d'ailleurs l'écoute de ces cinq minutes matinales quotidiennes : La boîte à lettres, qui nous fait entendre des lettres de "l'histoire littéraire, politique, amoureuse..."
Oui, il est serait temps que j'arrête d'écrire ici.


(A suivre)...



lundi 5 août 2013

Déranger, inquiéter, éveiller

Samedi 3 août.

J'ai raccompagné l'ami à la gare. Nous avons passé trois jours délicieux; retrouvailles après trois ans...
Ne pas en parler, pour garder ces moments comme un trésor caché et y puiser plus tard les heures joyeuses passées ensemble, quand poindront des jours plus sombres.

Dimanche 4 août.

Matin.
Que j'aime l'idée d'être là, à écouter en cet instant Charles Sigel parler de Stendhal, à toute vitesse, tandis que la foule des vacanciers se presse sur les autoroutes encombrées!
“Une seule règle, laquelle est sans exception: il faut être soi-même.” (Stendhal).
Et le plaisir d'écouter les choix musicaux qui jalonnent l'émission, comme ce Maometto de Rossini, ici par Cécilia Bartoli (ce n'est pas Philippe Sollers qui me contredira!) :


 


Après-midi.
Farniente sur mon canapé (le temps est gris et venteux), je termine Le complexe de Caliban. Parler des auteurs que l'on aime - comme le fait Linda Lê -  c'est aussi parler de soi. 
Je vais pouvoir commencer l'ouvrage offert par mon ami : La Barette rouge de André de Richaud, un auteur méconnu, en tout cas, de moi. Mon ami a le don de me faire découvrir des trésors littéraires. Si je m'en tiens à ce que je lis ici, ce livre va me "secouer". J'aime que la littérature ait ce pouvoir de déranger, d'inquiéter, d'éveiller.

mercredi 31 juillet 2013

Le liseur





Fernando Botero, La Liseuse*, 1932
(je préfère celle-ci)


Pierre-Auguste Renoir, Le Liseur** Claude Monet, 1872.


"Au commencement était le rêve. Tout liseur se souvient d'avoir rêvé à l'existence d'un livre qui aurait le pouvoir de vie et de mort. [...]
[...]
Tout lecteur devrait imprimer sur les livres de sa bibliothèque cet ex-libris emprunté à Hölderlin : "Nous ne sommes rien. C'est ce que nous cherchons qui est tout." Cherchons-nous le dernier mot ou le Livre perdu vers lequel tous les livres tendent et finissent par revenir, comme à leur ancienne source?
[...]
La lecture est sans doute l'espace imaginaire où la liberté est le mieux préservée, car si chaque auteur appelle le lecteur à une co-création, il laisse aussi à ce dernier la possibilité de s'intercaler entre les pages et de lire, derrière le livre écrit, le livre qu'il voudrait écrire, même s'il ne prend pas la plume. C'est ainsi qu'un livre, lu avec passion à différentes époques de la vie, ressemble à la femme idéale, jamais tout à fait la même, jamais tout à fait une autre. Aurélia ou Madeleine une deuxième fois perdue et pourtant toujours retrouvée aux portes du rêve. Les livres, comme les amours, qui laissent le plus de traces dans le sang sont ceux qui s'insinuent dans le quotidien et en modifient la substance, au lieu de frapper à coups lourds comme la statue du Commandeur.[...]
[...], le liseur se construit une utopie où, à côté des livres dont l'absence le ferait souffrir, vivent les livres qui ont disparu -la fin des Âmes mortes, le Robert Guiscard de Kleist, Le Messie de Schulz -, et les livres qui auraient pu être écrits. Combien de fois le liseur ne s'est-il pas dit, en parcourant un fait divers, que ç'eût été un sujet pour Dostoïevski ou, en voyant un flâneur timide et un peu égaré, que ç'aurait pu être la réincarnation du brigand de Robert Walser?
Pendant les vingt-trois années passées à l'asile de Heriseau, l'écrivain dont Kafka aimait tant les petites proses, celui qui ambitionnait d'être un ravissant zéro tout rond, n'avait rien écrit. Mais au cours de ses promenades avec son ami Carl Seeling à Saint Gall et au bord du lac de Constance, Walser en vint une fois à évoquer un fait divers. L'histoire, qui lui fut racontée à l'hospice, est celle d'Anna Koch, meurtrière de sa rivale. Elle avait accusé son amant, un maçon nommé 'Bisch", du crime. Arrêté, torturé, puis libéré, il resta infirme. [...]
Le liseur ne peut s'empêcher de rêver au petit livre que l'auteur, si discret, si humble, de La Rose, aurait écrit sur la meurtrière et le pauvre bougre. Il l'aurait fait avec l'humour, la fraternité et l'innocence diabolique qu'il a mis à parler de Kleist et du prince Mychkine. C'aurait pu être la dernière rose de l’idiot. Et cette rose qui n'a pas fleuri laisse une épine dans la chair du liseur, si avide de la compagnie de celui qui servait la littérature en simple commis, qu'il a conçu le rêve absurde de prêter au muet un livre non écrit."

Linda Lê, in Le complexe de Caliban, extraits du chapitre Le liseur.

* Je n'ai pas trouvé d'image de Liseur enthousiasmant. Mmm! Mais le livre de Linda Lê, (virgule) l'est!

** Image rajoutée le 4 août, qui m'a été transmise par un "liseur" de mon blog. Je le remercie.

lundi 29 juillet 2013

dimanche 28 juillet 2013

***

Dimanche 28 juillet.

9 h 30
Hier, elle m'a demandé de lui faire de la compote  : je manque de vitamines m'a-t-elle dit. J'étais contente qu'elle me demande quelque chose.
Les pêches cuisent doucement et dégagent l’odeur de fleur d'oranger que j'ai rajoutée.
Je vais aller la voir cet après-midi, elle ne me parle plus, que par textos ou mails interposés. Elle n'aime pas que je l'appelle au téléphone. J'appréhende presque d'aller la voir, je le sens si fermée; elle ne voulait pas que je vienne mais j'ai insisté. Jamais ce mur, cette pesanteur n'ont existé entre nous. Je suis inquiète.
Pendant que ça mijote, j'écoute Serge Tisseron sur France Culture interrogé sur son ouvrage  Rêver, fantasmer, virtualiser, sous-titré Du virtuel psychique au virtuel numérique. Intéressant.
Au même moment, des pluies torrentielles jouent du tambour sur les toits. Éclairs, tonnerre. Le défilé de clôture du Festival de Cornouaille va une fois de plus se dérouler sous les parapluies. Heureusement quelques éclaircies pour le Triomphe des Sonneurs. Mes pauvres oreilles ne me permettent plus de les écouter en live, ici je peux baisser le son!



Reine du Festival 2013


14 h 45.
Les pluies du matin se sont arrêtées mais le vent se déchaîne. Je sens la légèreté de ma voiture sur la voie express et tiens le volant fermement.
J'arrive avec ma compote. On s'embrasse du bout des lèvres, son visage est crispé, j'essaie d'avoir l'air cool, je souris mais l'ambiance est tendue. Elle ouvre la boîte en plastique et la verse dans une soucoupe, la sent et me dit : j'espère qu'elle ne va pas me piquer la langue. Je lui dis : mais non, pas la compote de pêches c'est très doux, si je t'avais fait des abricots oui, peut-être, parce que c'est plus acide. Elle la goûte, ne manifeste rien et dit : tu as mis quelque chose dedans? Oui, de la fleur d'oranger. Pas de réaction. De toute façon, à son goût ou pas, en ce moment c'est bouche cousue.
J'ai l'estomac noué. 
Bon, on prend un thé et on y va me dit-elle. Elle coupe deux morceaux de son gâteau breton et nous allons dans le salon. 
Nous croquons chacune un morceau de gâteau, nous buvons notre thé et toutes les deux, laissons nos parts dans l'assiette. Ça ne passe pas me dit-elle. Moi non plus. Il sort demain me dit-elle. C'est bien, il sera mieux à la maison pour sa convalescence.
Je lui dis que je m'inquiète pour elle [...].
Je ne suis pas en dépression, je ne pleure pas, je suis seulement surmenée me dit-elle.
Justement, pleurer ça soulage, ça aide à décompresser. Moi, les larmes me sauvent. Mais je sais bien que les larmes ne suffiraient pas pour elle; c'est plus profond, plus sérieux.
Puis j'essaie de trouver les mots qui l'apaiseraient mais je suis maladroite, je ne fais qu'aggraver les choses. 
Je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus quoi dire. Nous qui avons toujours été si complices nous n'arrivons plus à communiquer.
Et nous partons le voir à l'hôpital. Il allait bien, tout s'est bien passé, content de rentrer à la maison le lendemain. Nous avons ri lui et moi; elle, ne s'est pas détendue. 
Bon, je vous laisse en amoureux ai-je dit, je ne vais pas m'attarder.

En remontant dans ma voiture, j'étais oppressée et triste.

Ce soir j'ai fait des recherches sur le surmenage et la dépression...

samedi 27 juillet 2013

***

Je n'entends que gémissements, plaintes autour de moi.
Je me réfugie ici pour évacuer le trop plein et être stupide, quand je n'en peux plus, quand je veux, dans le silence, enfin.

Lady gaga (2), reine de la SPA

Suite : 

Hier soir, il devait être planqué quelque part et quand je suis allée me coucher il était dans ma chambre. Ouin ! Même pas peur. D’abord affolé il n’arrêtait pas de voler,



puis il s’est mis derrière le tableau qui est au-dessus de mon lit. Pas question de m'endormir avec un papillon de nuit au-dessus de ma tête!




Je l’ai chassé mais je ne voulais pas l’écraser. Il avait trouvé refuge au plafond et ne bougeait plus.



Je l'ai alors attrapé délicatement avec un chiffon et je l’ai secoué par la fenêtre. Je suis la reine de la SPA! Mais faut pas pousser, assez rigolé. Ça suffit!
Je ne voudrais pas passer mes nuits à chasser le papillon (vidéo)

vendredi 26 juillet 2013

Lady gaga

Une semaine avec Eric Rohmer dans les NCC, un délice! C'étaient des rediffusions mais philosopher avec Rohmer est un plaisir dont je ne me lasse pas.
Je crois que je pourrais tomber amoureuse sur le champ d'un homme qui me dirait : j'adore les films de Rohmer. Bon, tomber amoureuse n'est plus d'actualité depuis longtemps.
Je vais en ré-emprunter à la médiathèque cet été.
Hier j'ai emprunté deux DVD de Ozu :
Le goût du Saké (dernier film du cinéaste) et Dernier Caprice (avant dernier film du cinéaste).

Une semaine également avec "mon papillon de nuit". Hier soir en fermant mes rideaux et ma porte-fenêtre je le vois se cogner contre ma lampe et s'affoler. Je reste zen! Pas question de le laisser à l'intérieur pendant la nuit. J'ai réussi à le faire sortir par la fenêtre avec mon balai tête de loup, sans l'écraser. A la campagne je poussais des cris quand j'en voyais un rentrer dans ma chambre mais ils étaient énormes et plutôt dégoûtant avec leur gros corps. Celui-ci est vraiment trop mignon. Je me demande si c'est vraiment un papillon de nuit, il commence à prendre ses aises chez moi. Avoir des chauves-souris dans son grenier c'est bon signe, parce que la maison est bonne dit-on; c'est peut-être pareil pour les papillons de nuit?
Mon nouveau papillon - je dis nouveau parce qu'il me semble plus petit que celui-là - aime aussi mes fleurs. Hier, il dormait dans celle-ci où perlait une goutte, non pas de rosée, mais de sécrétion de la fleur. N'est-ce pas sensuel?



Une heure plus tard, il a changé de fleur, celle-ci plus ombragée.



Et aujourd'hui - je crois que je deviens gaga avec les insectes - il rentre carrément dans la pièce. Il sent que je ne le chasse pas, alors il en profite le coquin (oui je suis lady gaga).



Maintenant il est sur le rideau. Sans doute en avait-il assez que je fasse des allées et venues sur la terrasse et que je l'enjambe.



Je vais finir par croire que mon appartement a de bonnes ondes. Il m'a apprivoisée, d'habitude c'est l'inverse avec les animaux et donc - je suppose - avec les insectes.

Il est resté scotché toute l'après-midi sur le rideau puis il a disparu. Vais-je le voir s'échapper du rideau ce soir en le fermant?

 "Le papillon de nuit est un pollinisateur, il se nourrit également de nectar, de fruits en décomposition, de cadavres, de fumier, de sécrétions végétales etc.
Il absorbe dans l'ensemble des éléments plutôt liquides par l'intermédiaire de sa trompe."
(Source Wikipédia

mercredi 24 juillet 2013

Je ne savais pas alors ce qu'était le bonheur...

Lundi 22 juillet.

RDV à Brest à 14 h 30 : tests vertiges puis consultation ORL. Arrivée avec un quart d'heure de retard, j'avais pourtant pris de l'avance. Mon GPS est nul, il n'a pas tenu compte du nouveau tramway qui empêche la circulation dans les artères principales. Nul nul nul! Arrivée stressée mais personnel de l'hôpital compréhensif. Je venais de loin pour cette consultation. Toubib épatant.
Je passe...
J'en sors trois heures plus tard après avoir bien macéré dans mes vêtements, chaleur étouffante à l'hôpital. 
Besoin urgent de prendre l'air, de sentir l'air, de le respirer. J'avais à peine déjeuné, j'avais faim et soif. Je reprends la voiture, je traverse la ville, je passe devant la maison de mon enfance, je vais au Tour du Monde. J'avais envie d'une glace pleine chantilly, ils n'en font pas. Ils me proposent un Magnum. Je dis OK et vais m'installer là, pour le déguster. Bonheur de l'instant.



Je suis bien, pas envie de décoller. J'aperçois le Pont de Plougastel à travers les mâts des bateaux à droite; il me vient une idée. Au lieu de rentrer directement à Quimper, je vais prendre la bretelle après le Pont pour aller au Passage, là où tu m'emmenais papa quand j'avais entre 10 et 15 ans. En y pensant j'en gardais un souvenir un peu flou. Quelle bonne idée! me dis-je.  J'ai fini mon Magnum; j'ai réussi à le manger sans que ça dégouline.  Je regarde le port de plaisance, tout est si calme à cette heure, l'air est vivifiant, la chaleur supportable; je ne suis pas pressée de reprendre la route. Le cimetière est à deux pas; j'y fais un arrêt pour arroser les plantes que nous avions déposées, avec ma soeur,  début juillet, avant la canicule. Je m'attendais à la  catastrophe; pas besoin de les arroser, elles étaient mortes. Hop! à la poubelle. Salut mes chers disparus...

Oui, c'est décidé je vais m'arrêter au Passage. A la sortie par la bretelle il y a un rond-point qui bien sûr n'existait pas. Tout change... mais Le Passage est bien indiqué et le chemin  pour y arriver est toujours aussi pentu et fleuri. J'avais peur de cette descente en voiture avec toi papa, peur que les freins lâchent mais j'appréhendais encore plus la remontée, peur que ta voiture n'y arrive pas; il fallait pousser le moteur. J'imaginais que tu calais et que tu ne pouvais plus remonter la côte. J'ai un peu gardé cette phobie quand je conduis sur des chemins ou des petites routes étroites très pentus;

J'arrive, la petite chapelle Saint Languis est toujours là.




J'ai le coeur qui bat. Je suis excitée et sereine. Rien n'a changé. Ô papa, tu es là près de moi.
Rien de surfait, ni de superficiel ici; même pas un bistrot pour se désaltérer, tant mieux. Dans la petite anse, quelques baigneurs, il est 19 heures, la mer est haute, calme comme un lac. 



Quelques pêcheurs... La belle villa existait déjà. L'école d'aviron aussi. 





Tu venais le dimanche laver ta voiture ici; je t'aidais; je ne savais pas alors ce qu'était le bonheur : c'était cela. La vue sur le Pont de Plougastel est belle; le pont est maintenant "doublé" avec le Pont de l'Iroise et, vu d'ici c'est très beau, les haubans ne déparent pas avec les arches, c'est harmonieux. Il y a de la brume de ce côté-là et je prends les photos en contrejour. 



Il faudrait savoir raconter, décrire, écrire tout cela : simplicité, authenticité, beauté. Je souris, je suis là, seule avec mes souvenirs et c'est magnifique. La petite fille sur cette photo n'oubliera jamais j'en suis sûre cet instant avec son père.


Je suis restée quarante cinq minutes à regarder la mer, c’eût été un beau moment pour mourir. Mais il fallait rentrer. Au retour j'étais emplie de ce passé et enveloppée d'un bien-être que je n'avais ressenti depuis longtemps. Je n'allumais pas la radio, la musique était intérieure.

samedi 20 juillet 2013

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Plus je lis, plus je prends conscience de mon ignorance.

vendredi 19 juillet 2013

Dans la chaleur de l'été, je...

Les plages doivent être noires de monde avec cette chaleur. (Les pauvres. Mmm!)
Et je glandouille devant mon écran avec mon ventilateur!
Sur les conseils d'un ami, j'ai rempli ma baignoire d'eau froide. 
Au lieu de prendre des douches tous les quarts d'heure je trempe dedans toutes les heures.
Je glandouille et je me mouille.
J'observe...


Un pigeon "dans sa cage"


Hier il était là...


 ... et c'est lui qui m'observait!


Après avoir voleté toute la nuit, le papillon se repose, c'est le matin.
Laissons-le tranquille. A midi, il est toujours là.


Allons poursuivre ma lecture : Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau de Linda Lê, avec un dictionnaire à portée de main. C'est fou le nombre de mots, de verbes que je ne connais pas sous sa plume. Je suis vraiment ignare!

"Il s'amuït". S'amuïr : rendre muet.
"Les homoncules du bolchévisme". 
Homoncule :  
1    petit homme imaginaire doué d'un pouvoir surnaturel  

2    familier   petit homme  
"L'héautontimorouménos qu'il était s'efforçait de se libérer des imagos..." (0_0)
Héautontimorouménos : Bourreau de soi-même.

Qu'on se rassure, la plupart des chapitres peuvent se lire sans dictionnaire. Je rappelle qu'il s'agit d'un essai :

Linda Lê rend un hommage exaltant à ses seize écrivains de prédilection, qui l'ont tant aidée à vivre.
On aime passionnément
Ils sont seize, quinze hommes et une femme. Seize flammes littéraires entretenues par une gardienne de temple bienveillante, consoeur de plume ayant consacré toute son oeuvre romanesque à la question de la survie par l'écriture. Linda Lê, chuchoteuse cinglante et réfléchie, nous présente ses écrivains de chevet dans une série de portraits brefs, denses et aimants, où affleurent, avec la même urgence nerveuse, ­l'essence profonde de ses auteurs de prédilection et sa vérité intime à elle. Citons-les, pour que les connivences ou appétits de découverte soient de suite éveillés. Il est, parmi ces noms, des sésames pour un indéfectible lien de papier, à la vie à la mort : Ghérasim Luca, Georges Perros, Stig Dagerman, Robert Walser, Louis-­René Des Forêts, Felisberto Hernández, Ladislav Klíma, Osamu Dazai, Hanokh Levin, Sándor Márai, Karel ­Capek, Tommaso Landolfi, Juan Rodolfo Wilcock, Louis Calaferte, Stanislas ­Rodanski et ­Simone Weil.
(Télérama)

 L'héautontimorouménos

A J. G. F.

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Sahara,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon coeur qu'ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
- Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !
  
Charles Baudelaire
 

jeudi 18 juillet 2013

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Hier matin, sur les berges de l'Odet...