vendredi 17 avril 2015

"La tristesse de la frivolité, la banalité des idées et des goûts à la mode"

Hier, au golf, ciel couvert, temps idéal pour faire un parcours, la chaleur des jours précédents m'avait déjà anéantie.
A l'heure du déjeuner... fairways quasi désertés, je jouais deux balles.
Il s'agit d'un golf 9 trous dans la campagne. Très charmant, si ce n'étaient ses difficultés techniques, ses vallons éprouvants quand on tire son chariot. Les moins courageux de ce club et la plupart des seniors ont opté pour le chariot électrique. Les plus courageux et finalement les plus sensés préfèrent porter leur sac.
Solitaire comme souvent mais encouragée par mon coach derrière les nuages, j'étais, non pas derrière mais sur un petit nuage de bonheur dans le silence de la campagne, les champs de vaches côtoyant les greens, silence seulement troublé par le coassement de quelques crapauds dans un petit étang, le chant des oiseaux et, les canards trottinant sur l'herbe après leurs ablutions dans l'étang aux crapauds, avant de prendre leur envol (c'était superbe et n'ai pas eu le temps de les prendre en photo).
Bref, divin! pour ce qui concerne le côté champêtre de l'environnement, mais parfois exaspération! quand les coups ratés font atterrir la balle dans un bunker à l'écossaise - dans lequel si vous ne mesurez pas 1m95 vous ne voyez plus le drapeau - ou dans un ruisseau, quand le trou sur lequel vous jouez vous rend fou par ses obstacles à franchir, voire infranchissables si vous n'êtes pas une championne.

J'ai donc eu le droit, hier, au fameux bunker, duquel je n'ai pas réussi à sortir avec mon club (sandwedge). Après cinq! oui cinq coups infructueux, j'ai honteusement (personne ne m'a vu (0_0)) ramassé ma balle et je l'ai balancée sur le green... à 50 cm de drapeau. Ah ah! quelle championne. J'ai ratissé le bunker comme il se doit et remonté les escaliers. J'ai enguirlandé mon coach qui ne m'a pas aidé d'un pouce derrière ses nuages. Pfff! Petit montage photo (cliquer sur l'image, puis afficher l'image pour voir la balle dans le bunker et la première, réussie (non mais), sur le green. Il faut une loupe pour voir la balle dans le bunker, première image, à gauche à côté d'un petit tas d'herbe).


Trois trous plus loin, j'ai rattrapé une équipe de 4 joueurs. Ils étaient sur le trou fatidique, un PAR 5 d'enfer, celui au ruisseau, à l'étang, au rough effrayant mais qui n'aurait pas perturbé un Ballesteros et aujourd'hui un Jordan Spieth.
Je les ai discrètement doublés et j'ai donc pu faire ces photos (montage) où l'on voit deux d'entre eux qui cherchent leur balle dans le rough avant le ruisseau, un autre qui semble avoir trouvé la sienne avant le ruisseau et le meilleur qui attend, devant, entre le ruisseau et l'étang. Ils ne sont pas sortis de l'auberge... Montage deux photos (comme pour la précédente, cliquer... afficher... pour voir les pôv' gars (0_0)). J'avoue, encore honteusement, avoir occulté ce trou...


... j'en profitais pour photographier les canards et les vaches au green du 8...





... avant d'aller récupérer ma balle que je venais de driver au 9 dans le ruisseau. Eh oui! le ruisseau traverse quatre trous : le 1, le 7, le 8 et le 9. Il ne faut pas jouer petits bras et, ce n'était pas mon jour, mon coach m'avait laissé tomber.

Cela n'a pas entamé ma joie d'être là...



Et soudain je repensais à ces pages de Georges Borgeaud que j'avais récemment lues dans Le voyage à l'étranger et je me trouvais alors futile, voire coupable (de quoi? de vivre?) et ne voulais pas être de "ces gens-là" :

"Je ne cacherai pas que des vacances, passée dans la compagnie de gens pour qui la dépense n'était pas un souci, me révélèrent la tristesse de la frivolité, la banalité des idées et des goûts à la mode, enfin la routine des loisirs. C'est que je croyais encore au pouvoir des moyens matériels pour préserver de l'ennui, pour éveiller l'imagination, combler les nobles désirs, effacer les heures creuses, bref empêcher le bâillement de nos âmes, comme la mienne s'était décroché les mâchoires à subir la platitude de mon milieu. Mais le bâillement des riches est pitoyable. De quoi les accuserais-je, moi, qui ai aussi sommeillé dans ma pauvreté.
[...]
Sans doute, je le reconnais, j'étais entré dans un monde snob, disons le mot, parisien, qui est une  nuance de plus. Intelligent, insaisissable et négatif.
[...]
Enfin, j'ai eu le temps de me persuader de la grande fantaisie de la nature, qui a dispersé ses dons et ses travers sur toutes les classes de la société. La vraie hiérarchie est celle qui ne tient jamais compte de la situation de quelqu'un mais de sa nudité morale."

mercredi 15 avril 2015

***

Ce soir sur Arte à 23 heures un documentaire  : Günter Grass, un écrivain engagé. Apparemment, il n'y aura pas de rediffusion.



"Ce documentaire suit l'écrivain allemand en 2005 et 2006, jusqu'à la parution de ses mémoires "Beim Häuten der Zwiebel" (Pelures d'oignon). Au-delà de la polémique qu'a déclenchée ce récit et plus encore les révélations de Günter Grass sur son enrôlement dans les Waffen-SS, le documentaire met avant tout l'accent sur l'omniprésence de l'écrivain : conférences, campagne électorale pour les élections au Bundestag, remises de prix… il est partout. Entre deux apparitions, il rencontre ses traducteurs à Gdansk, sa ville natale, et assiste à une représentation théâtrale à Paris avec sa fille Helene, elle-même actrice. Hormis les entretiens avec Grass lui-même, d'autres intervenants nous racontent l'homme : son éditeur Gerhard Steidl, les écrivains Amos Oz et Salman Rushdie, ainsi que l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Loin de condamner les erreurs de jeunesse de Grass, les deux documentaristes montrent combien ce comportement coupable motive aujourd'hui son travail artistique et son engagement politique."

A lire dans la Revue des Ressources : Günter Grass : avoir le dernier mot.

"La nuit immense et noire aux déchirures blondes"








C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent les voix

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant

C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre...

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Louis Aragon, Les Yeux  et la mémoire.

lundi 13 avril 2015

"Nous sommes tous les témoins passifs d'une barbarie sans cesse renouvelée" (Günter Grass)

Günter Grass est mort
 (16 octobre 1927- 13 avril 2015)


Günter Grass

 Günter Grass receiving his Nobel Prize from His Majesty King Carl XVI Gustaf of Sweden at the Stockholm Concert Hall, 10 December 1999.
Copyright © FLT-Pica 1999,
 Photo: Anders Wiklund

"L’auteur du Tambour, peut-être son livre le plus célèbre, ferrailleur à gauche, romancier engagé, conscience morale de l’Allemagne d’après-guerre, avait reçu le Prix Nobel de littérature en 1999. Il avait 87 ans, et est décédé dans une clinique de Lübeck, a annoncé son éditeur." (Le Temps)

Günter Grass fut également peintre, graveur, sculpteur.
Quelques oeuvres (Source) :

 http://masmoulin.blog.lemonde.fr/files/2010/08/1943.1281332682.jpg 

Mon siècle 1943


1955-guerre-froide.1281332743.jpg

Mon siècle 1955, Guerre froide

1961-mur-de-berlin.1281332821.JPG
  
Mon siècle 1961, Construction du mur de Berlin
 

http://rue89.nouvelobs.com/sites/news/files/assets/image/2009/10/IMG_0001.jpg

Mon siècle 1989

"Au dessus du piano, le portrait du sombre Beethoven, cadeau de Greff, fut ôté de son clou et, au même clou fut exposé un Hitler au regard pareillement sinistre. Matzerath, qui n'avait pas le goût de la musique grave, voulait bannir sans rémission le musicien sourd. Pourtant maman, qui aimait beaucoup les phrases lentes des sonates beethovéniennes, les avait étudiées sur notre piano deux ou trois fois plus lentement qu'il n'était indiqué et les faisait s'égoutter de temps à autre, obtint à force d'insistance que le Beethoven prît place non pas au-dessus du divan, mais au-dessus de la desserte. Ainsi commença cette confrontation sinistre entre les plus sinistres : Hitler et le génie, suspendus face à face, se regardaient, se perçaient à jour et pourtant n'éprouvaient aucune sympathie réciproque."

Günter Grass, Le Tambour.

Mon hommage :
J'avais enregistré cet extrait tiré d'un documentaire sur Max Frisch.

Mardi 14 avril.

Au lendemain de sa mort, de nombreux articles parlent du côté sombre de sa jeunesse, les hommages se multiplient, l'ambiguïté, la polémique persistent mais le talent de l'écrivain, de l'artiste est incontestable, comme celui de L.F. Céline.

Augusta : deuxième en 2014, vainqueur en 2015, Jordan Spieth le nouveau tigre

Jordan Spieth


Masters 2014. Photo Getty images 


"Enorme coup de tonnerre au Masters, où un jeune Texan de 21 ans gagne avec le sang-froid d’un tueur à gage. La sensation Jordan Spieth rappelle furieusement l’avènement de Tiger Woods et ne laisse pas de place au doute : il est la future très grande star du golf mondial."



Jordan Spieth, révélation du Masters à Augusta (Géorgie), jubile en enfilant sa veste de champion. (Reuters)

Masters à Augusta (Géorgie) 12 avril 2015
Jordan Spieth remporte la victoire
Photo Reuters/ Jim Young

"C’est entendu: le choc de la victoire de Tiger Woods à Augusta en 1997 restera unique pour toujours. Une victoire pour son premier Majeur en tant que professionnel, ses douze coups d’avance, l’annonce d’une révolution à venir: on ne trouvera jamais d’équivalent. Mais la victoire de Jordan Spieth ce dimanche vient se poser juste à ses côtés dans l’histoire du Masters. Un score final de -18 lui aussi, une domination entamée dès le premier tour jeudi, et une sérénité sans égal au moment d’accueillir son premier Majeur: «C’est le plus beau jour de ma vie, ça ne fait aucun doute.
[...]
«Il a le QI golf le plus élevé sur le circuit. Son âge, c’est une blague», pour le caddie de Phil Mickelson, un expert en cerveaux développés. Pour preuve de sa maturité, on prendra sa gestion du tournoi. En pleine lumière depuis le début de la semaine, il a su garder en permanence la tête dans le frigo, et avait prévenu dès après son 64 inaugural: «Gagner ce tournoi, c’est laisser son nom dans l’histoire. Et le plus dur, c’est de mettre cette idée de côté dès qu’on prend le départ.» Il a aussi parlé de patience, la vertu la plus recherchée dans cette discipline de dingo, et qui semble innée chez lui.

Et que dire de la hauteur qu’il a su prendre le dimanche, pour passer au-dessus de l’événement et non pas à côté? Il avait Tiger Woods deux parties devant lui, et Phil Mickelson à portée de drive toute la journée. Et les fameux roars d’Augusta, ces rugissements de la foule quand il se passe quelque chose de spécial, ne sont en rien une légende. Du fairway du 2, Spieth a ainsi vu et entendu Phil Mickelson rentrer son putt pour birdie deux cent cinquante mètres plus bas. De même qu’il a perçu les clameurs comme une éruption quand Woods a planté son eagle au 13. Mais au final, c’est lui qui a provoqué les cris les plus assourdissants, avec ses birdies à répétition.
[...]
«Il a déjà la force mentale de Jack Nicklaus», jugeait Nick Faldo, trois fois vainqueur ici..."

(Source Le Temps.ch)

jeudi 2 avril 2015

Faire le vide...



Depuis des semaines ma vie est remplie de vide. Je continue cependant à creuser ce vide. Je remplis des sacs poubelles de cahiers, de notes, de réflexions, de phrases d'auteurs que j'aime et que je transcrivais dans des carnets. Je commence à mettre "de l'ordre" dans mes affaires en éliminant tout ce que je ne souhaite pas que l'on découvre si je disparaissais brutalement (dans un accident d'avion par exemple). Tout ce qui est moi au fond, ce que je suis réellement et qu'on ne soupçonne pas (à part mes lecteurs, ces inconnus), un mixte de sérieux et de futile. Cependant je feuillette rapidement ces cahiers avant de les jeter; ce ne sont pas mes journaux intimes, ceux-là j'attends encore un peu pour les détruire, du moins ceux qui restent d'un premier tri. Ce faisant, je me dis que c'est dommage et que, à vrai dire, personne n'aurait idée de lire ces notes dans ces cahiers-pense-bête car c'est un vrai foutoir : des phrases, des émissions de radio écoutées ou à réécouter, des chiffres de carte bancaire virtuelle qui ne servent qu'une fois pour des achats sur Internet, des numéros de téléphone, des noms de gens que je dois appeler ou à qui il "faudrait" que j'écrive. Oui, que des choses sans intérêt en fait, pour qui tomberait sur ces notes.
Quelques-unes... au hasard de ce grand ménage, qui pour certaines n'ont vraiment plus aucun sens hors de leur contexte :

"La légèreté des hommes c'est un peu lourd pour les femmes." (Alain Tanner)

"Tu vas voir que je sais conclure" (?)

J'écris beaucoup. Quand j'écris j'entends le son de ma voix. L'écriture remplace la parole quand je reste des jours et des jours sans parler à personne.
A l'intérieur je suis proche de moi.
J'ai un faible pour l'introspection.
Écrire à Jacques... commander des photos...

"Le vide est fondamental dans la peinture chinoise. Le vide est lié à la notion de souffle (Taoïsme). La mort n'est pas un couperet fatal. La mort est partie intégrante de la vie."

Faire le test du neurostimaluteur migraine.

"Je ne le désire pas. Il ne me manque pas. Dans son absence je le perçois; il ne sera jamais plus proche de moi." (?)

Sollers chez Laure Adler. 22 h vendredi.

Silence, quiétude, isolement.

"L'écriture c'est le tutoiement de soi-même" (Laure Adler).

Michael Lonsdale lit Katherine Mansfield mercredi 20 h sur France Culture.

"Pas de jouissance d'écrire sans jouissance de lire" (Roland Barthes).

"L'expression ne devrait pas passer par les mots. Le langage pervertit."

Écrire à Genève... Résultats compète... Anniversaire D. ... Argus, reprise?

"Aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur." (Marcel Proust, A la recherche...).

Faire le test Alzheimer.

Penser vérifier pression pneus et niveaux.

Câble de synchronisation pour B3410. (?)

"Nous on adore s'envoyer en l'air, mais pas avec n'importe qui." (Pub). 

"Quand je pense qu'on naît, qu'on meurt, qu'on se réjouit, qu'on s'afflige, qu'il y a des maris couchés avec leur femme et des gens qui rient à table, que l'on travaille à toutes sortes de métiers, et qu'on est très occupé, qu'on a des mines sérieuses!... Comme c'est bête, comme c'est bête! (Gustave Flaubert, La Tentation de Saint-Antoine).

Et ainsi de suite... ce sont des cahiers de 180 pages... Hop! dans le sac poubelle. 

Aujourd'hui j'ai fait trois conneries! (le 1er avril 2015).

mercredi 1 avril 2015

Auteurs suisses d'expression française

Lectrice régulière des auteurs suisses d'expression française, l'article de Sergio Belluz ce matin dans LE TEMPS (extraits ci-dessous) a retenu mon attention. J'ai toujours eu du mal à accepter ces "clivages" quand il s'agit d'art, de littérature, de création et, d'autant plus de francophonie. Il ne me viendrait pas l'idée saugrenue de dire que je lis un auteur romand en parlant de Jean-Jacques Rousseau ou de dire que je lis de la littérature valaisanne avec Georges Borgeaud, que j'ai découvert récemment et avec enthousiasme dans son Voyage à l'étranger. Ouvrage qui obtint le prix Renaudot, publié il y a quarante ans... mieux vaut tard que jamais! 

Quant à Paul Nizon (un de mes chouchous) écrivain suisse de langue allemande (livres traduits en français), il est à peine plus connu en France que Frisch ou Dürrenmatt... voire en Suisse : j'ai fait découvrir Paul Nizon à un ami suisse - pourtant féru de littérature - qui ne le connaissait pas! Il m'a remercié.

"Pourquoi il faut en finir avec la «littérature romande»

Sergio Belluz
Les politiques culturelles de la Suisse francophone devraient laisser tomber Ramuz et ce vieux concept de «littérature romande» et mettre davantage l’accent sur des auteurs suisses d’expression française, estime Sergio Belluz, auteur de «CH. La Suisse en kit (Suissidez-vous!)», Ed. Xenia, 2012 et de «Fables» (à paraître)

Au Centre de recherches sur les lettres romandes de l’Université de Lausanne, on est très vigilant quant à la certification romande – c’est-à-dire ramuzienne, c’est une AOC – de la littérature produite dans la région [...]
[...]
 Et quand il s’agit de culture romande, donc de Ramuz, on ne lésine ni au Centre de recherches sur les lettres romandes, qui, il y a peu, avait budgété une édition complète de Ramuz à hauteur de 4,2 millions de francs, ni au Grand Conseil vaudois qui n’avait pas hésité à accorder 1 155 000 francs pour une publication en Pléiade, dans l’illusion d’une consécration suprême de la littérature romande.

On aurait tout aussi bien pu refiler l’argent directement à la Fondation Ramuz dont les présidents successifs dirigent aussi le Centre de recherches sur les lettres romandes, mais enfin le résultat est là: sur la page web de la Pléiade, en cherchant par nationalité d’auteur – pas d’entrée «Romandie» ni «Vaud (Pays de)» –, on tombe sur LA page suisse et ses quatre volumes: le Jaccottet (février 2014) et les trois volumes de romans de Ramuz (2005), le reste a paru ailleurs, faute d’accord avec les héritiers. Keller? Frisch? Dürrenmatt? Inconnus au bataillon, aucun canton suisse allemand n’a jugé bon de miser des millions sur eux. Quant aux autres Suisses romands pléiadés (Rousseau, Constant, Mme de Staël…), ils y sont en se faisant habilement passer pour des Français.
[...]
Les politiques culturelles des cantons francophones sont bloquées sur Ramuz, mort il y a près de septante ans, et sur ce concept de «littérature romande» né il y a plus d’un siècle pour se démarquer de la France et afficher une identité latine face à la Suisse allemande. On peut se poser la question: le moment ne serait-il pas venu d’enfin laisser tomber Ramuz et le Romandisme et de mettre l’accent sur la promotion des auteur(e)s suisses d’expression française? Parle-t-on de peinture romande pour Auberjonois? de cinéma romand pour Goretta? de musique romande pour Binet? Rousseau, Mme de Staël, Albert Cohen ou Nicolas Bouvier sont-ils des écrivains romands? C’est quoi, un écrivain romand?

Ce qualificatif de «romand» – le mot même est artificiel puisque, par parallélisme avec «suisse allemand», on avait rajouté un «d» final au terme «roman» utilisé dans une certaine terminologie historico-géographique jusqu’à la moitié du XIXe –, n’est-il pas devenu obsolète et stigmatisant? N’est-il pas confondu, hors de Suisse, avec un qualificatif régional de type «littérature provençale» qui range ses auteurs dans une catégorie terroir dont ils n’arrivent pas à se défaire? N’est-il pas une des raisons pour lesquelles la littérature suisse d’expression française a de la peine à s’exporter?
[...]
Kafka est défini comme «auteur pragois de langue allemande», Julien Green comme «écrivain américain de langue française», Samuel Beckett comme «auteur irlandais d’expression française et anglaise». Dans un monde connecté où les frontières s’estompent, n’est-il pas contradictoire de se réclamer d’une identité qui ne se définit que par un espace géographique, et de se plaindre en parallèle d’une discrimination culturelle et exiger à grands cris une reconnaissance nationale et internationale? Et si on mettait tout l’argent sur la promotion énergique des auteur(e)s suisses d’expression allemande, française, italienne et romanche, c’est-à-dire de la littérature suisse tout court?

«Besoin de grandeur», écrivait Ramuz…"



samedi 21 mars 2015

"... le monde n'est rien d'autre qu'un asile"


http://farrellgrehan.com/wp-content/uploads/2012/11/Grehan-Durrenmatt-0212.jpg

Crédit photo : Farrell Grehan

"La littérature suisse en langue allemande du 20e siècle marche sur deux plumes majeures. Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt."

 

Max Frisch und Friedrich Dürrenmatt in Rüschlikon, 1968. Foto: Pia Zanetti

"L’écrivain, dramaturge et peintre suisse Friedrich Dürrenmatt, disparu il y a vint-cinq ans, a été sans nul doute l’un des plus brillants esprits de son temps. Un portrait riche d’archives et de textes partiellement inédits" de Sabine Gisiger diffusé sur Arte il y a quelques semaines et qu'on  peut encore revoir ici. Passionnant.

"Ouvert au monde et à l’universel, observateur infatigable de l’absurde, partisan d’un humour distancié et maniant avec brio symboles et paradoxes, le Suisse Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) n’hésitait pas à en découdre avec sa patrie qu’il qualifiait parfois de prison. Régulièrement montées sur les scènes européennes, ses célèbres pièces de théâtre comme La visite de la vieille dame et Les physiciens ou ses romans, Le juge et son bourreau, Le soupçon ou La promesse, traitent de sujets qui n’ont rien perdu de leur actualité : justice et injustice, pouvoir et sentiment d’impuissance, violence et pardon. Ce film propose un nouvel éclairage sur la vie et l’œuvre de l’auteur helvète à travers des témoignages personnels jamais publiés, ainsi que de nombreux extraits de films et d’émissions de radio et de télévision. Autant de séquences passionnantes pour écouter Dürrenmatt parler de lui-même ou de ses œuvres, et livrer un diagnostic sans appel sur son temps".

Ci-dessous quelques réflexions de Friedrich Dürrenmatt tirées de ce film-documentaire. Elles ne remplacent pas le plaisir de voir et d'écouter Dürrenmatt.

"Je me suis marié et en même temps je suis devenu écrivain et j'ai fondé une famille.
Tout homme a besoin d'avoir des responsabilités; une charrette qu'il lui faut tirer et qui lui donne de l'entrain.
[...]
Je suis diabétique depuis 25 ans. je peux vous dire que quand on passe sa vie à combattre une maladie on est parfois affreusement épuisé. Mais je ne cède jamais au désespoir, au contraire : le mal et la folie en ce monde continuent de me griser.
[...]
J'ai peu de contact avec autrui, j'ignore pourquoi, peut-être cela tient-il à moi.
Aujourd'hui je n'ai plus de charrette à tirer. Le bon côté de la chose est que je prends à nouveau plaisir à travailler.
[...]
Je crois que la dernière tentative d'appréhender le monde de manière objective reste l'humour. L'humour c'est quoi? Tout simplement prendre de la distance, prendre du recul. Si Dieu existe, il doit avoir énormément d'humour et éprouver une folle joie à faire voler des mondes en éclat, comme un enfant qui joue avec ses soldats de plomb tout en leur faisant la morale. Non! Je crois qu'il se réjouit à la vue de ce spectacle, et tout être créatif ressent inconsciemment la même chose.
[...]
J'ai écrit deux pièces de théâtre sur des asiles de fous. Pour moi le monde n'est rien d'autre qu'un asile. Il y a bien plus de fous qu'on ne l'imagine. On est de toute façon fou; je suis un fou qu'on tolère.
[...]
On croit toujours que l'écrivain est convaincu de bien écrire, mais il n'en est rien. Il continue d'écrire, dans l'espoir d'y parvenir. En réalité l'écriture est liée à tant d'échecs, et dans mon cas à un tel sentiment d'infériorité que, il me met dans un état d'incertitude permanent. Je me demande encore si j'ai choisi le bon métier. J'ai parfois le sentiment que j'aurais dû devenir peintre. 


Friedrich Dürrenmatt, La Catastrophe (ou Catastrofe), 1968

Une voie ferrée passe au-dessus d'un défilé communiste et le tout s'effondre sur une église. La Catastrophe est technologique, idéologique, religieuse et, tout en haut, cosmique. Nous nous construisons un monde de catastrophes inéluctables.

De quelle maladie souffrons-nous? Il faut que nous ayons le courage de ne pas rester à la superficie et d'établir un diagnostic sur notre cas, sur le cas de l'humanité. Il existe une profonde contradiction entre notre connaissance et notre manière d'agir, mais nous n'en faisons pas bon usage. Au fond, nous sommes toujours restés les mêmes. 
 [...]
Je ne connais aucun peuple qui soit plus trouillard que les Suisses. Je suis convaincu que la Suisse n'aurait pas besoin d'une armée car les catastrophes sont mondiales. Un petit État ne peut pas se noyer car il remonte invariablement à la surface, tel un bouchon de liège. Les Suisses sont un peuple antédiluvien qui ne cesse d'attendre le déluge. Être Suisse me donne le doit d'être critique envers la Suisse. Je ne la vois pas si idyllique que ça. Son côté idyllique n'est qu'une façade.
[...]


Friedrich Dürrenmatt, 1966
Ultime Assemblée Générale d'un Établissement bancaire fédéral

La question qui se pose est celle de la morale de la société : la liberté peut-elle exister dans une démocratie de gangsters? La démocratie est-elle possible entre gangsters? Je ne parle pas de gangsters de Chicago, simplement de gangsters du monde des affaires où chacun ne pense qu'à son propre profit. La démocratie est-elle encore possible dans ce contexte?
[...]
Le temps de la belle peinture est révolu. A l'image du monde sacré de la littérature, la peinture sacrée n'existe plus. Le sacré et sacrément passé.
[...]

(Ensuite Dürrenmatt aborde la question du théâtre et parle de ses pièces, dont,
Les Physiciens :
"Bienvenue à la clinique psychiatrique « Les Cerisiers ». Trois patients y sont enfermés. Ils sont tous les trois physiciens. L'un se prend pour Newton, l'autre se prend pour Einstein, le troisième s'appelle Möbius et prétend avoir des visions du roi Salomon. Hasard ou coïncidence ?"

La visite de la vieille dame dont il dit :  je ne peux plus la voir. C'est la dernière pièce que j'aie écrite, j'y joue avec moi-même, j'y joue avec le temps. 
(Cette pièce sera en "tournée" en Suisse du 17 avril au 24 mai 2015).

[...]
La matière que l'on n'a pas écrite foisonne en soi. C'est comme une pierre que l'on traîne et dont il faut se libérer Il faut faire un grand ménage.
[...]
Perdre sa femme est une grande déchirure mais la vie continue, il faut s'y résigner. Il y a des choses auxquelles on ne peut tout simplement pas échapper alors il faut l'accepter, on ne peut pas faire autrement.
La mort bouleverse tout, le passé ne va plus de soi. Pourtant, plus nous nous éloignons de quelqu'un que la mort a arrêté dans le temps, plus cette personne prend forme dans notre souvenir.
Nous comprenons plus facilement les morts que les vivants car nous les modelons à notre image, avec beaucoup moins de retenue.
La mort est le moteur de l'évolution.
[...]
Ce fut un grand soulagement pour moi lorsque je compris que la vie n'a pas besoin d'avoir un sens, que c'est le devoir de l'homme de lui en donner. Qu'il est libérateur de savoir que le sens ne dépend que de l'homme, de moi-même."


 

mardi 17 mars 2015

Ne jamais se fier aux statistiques. Non mais!

Curieuse de savoir le nombre de visites de mon blog en une semaine quelle ne fut ma surprise de voir les Etats-Unis en tête. Je n'y crois pas un seul instant, ce doit être un bug d'autant que ces visites auraient eu lieu en une seule journée, le 15 mars! Des espions ? Des hackers? (0_0)
En temps "normal" la moyenne de mes visiteurs, par jour tous pays confondus - la France étant largement majoritaire -, se situe entre 150 et 200; parfois 300 les jours exceptionnels. Merci à eux...


Graphique des pays les plus populaires parmi les lecteurs du blog

 Graphique représentant les consultations des pages Blogger

EntréePages vues
États-Unis
853
France
550
Allemagne
43
Russie
28
Corée du Sud
20
Suisse
15
Italie
11
Maroc
9
Royaume-Uni
6
Belgique
5

vendredi 13 mars 2015

... une sorte de tremplin à ma nostalgie




"Le silence des nuits de Soye était angoissant. Trop loin des routes, des agglomérations, du village lui-même, du chemin de fer dont le fracas sur les rails m’emportait ailleurs, les bruits nous parvenaient très étouffés lorsque le temps était à la pluie. J’allais chercher un silence plus pur encore sous les draps de mon lit, dont les proportions étaient si vastes que les cauchemars ne m’en désarçonnaient pas. Je m’étais attaché, mais elle ne s’en douta jamais, à une chouette qui ululait sur la branche de l’arbre proche de nos murs. C’était un hêtre roux de qui le moindre souffle d’air tirait plaintes et soupirs.
J’écoutais avec une attention extrême tous ces bruits. En m’endormant, je les emmenais dans mes rêves où ils se résorbaient en cris, peurs, musique, tout dépendait de quel pied j’étais entré dans l’univers des songes. Quand je n’arrivais pas à trouver le sommeil, je poussais mon fauteuil devant la fenêtre donnant sur le vallon. S’il y avait lune, je lisais le paysage, je suivais l’inquiétude du chien de la ferme qui allait et venait dans la cour. J’espérais que la grange sur la falaise d’en face laisserait passer, à travers sa porte fermée, les rais d’une lumière qui me dirait qu’on s’y aimait. Quand la lune était absente, tout se perdait dans le fusain nocturne, sauf les papillons qui allaient se brûler autour de la lampe du carrefour, créatures aussi soyeuses que le silence lui-même.
Je ne serais pas franc si je n’avouais pas que, parfois, la solitude et le silence m’accablaient. Je serais volontiers descendu au village pour serrer la main à quelqu’un, ramener une créature dans ma chambre. Au bout de ce désir, il m’arrivait de céder à un certain plaisir. Pour l’éloigner, j’entonnais une mélopée de plain-chant, et je retrouvais ma pureté. 
J’avais le mal du pays. Je m’attristais d’être éloigné des montagnes. Des images de sommets, de glaciers, se superposaient aux lieux où j’étais. Le paysage de Soye devint même une sorte de tremplin à ma nostalgie. Sur l’horizon j’inscrivais le spectre du Cervin, sur la forêt des Ardennes, les sapins du Jura, sur les bégonias des massifs, les gentianes intensément bleues et courtes des alpages. Dans un verre de vin blanc français je voulais reconnaître un cru du Valais, au bord de la Lesse, les peupliers droits du bord de la Dranse à Martigny, dans la baignoire, l’eau fraîche d’une fontaine ou d’un torrent. Cette méthode pour métamorphoser la réalité devint un système dont mon esprit connaissait bien les rouages. Puis, la tristesse de n’être pas là-bas, chez moi, s’atténua, comme une douleur guérie qu’on ne peut plus raviver. J’avais la possibilité de manœuvrer ma sensibilité, ce qui était toute ma richesse." 

Pages 63-64 

Georges Borgeaud, in Le Voyage à l’étranger, éditions Grasset 1974.

jeudi 12 mars 2015

Journal : il n'y a pas de passion sans tourment

En immersion avec la famille Mann depuis quatre jours, trois films passionnants où s'entremêlent les personnages de la fiction et les documents réels sur Thomas Mann et les siens. Une des filles de Thomas Mann, Elisabeth Mann-Borgese, accompagne tout le film et témoigne avec beaucoup de pudeur de leur vie, intense et souvent tourmentée  :


A voir, dans l'ordre évidemment.

"Habile mélange de genres, entre fiction et documentaire, ce téléfilm alterne scènes jouées, documents d’archives et entretiens. Élisabeth Borgese-Mann, la benjamine des filles Mann, née en 1918, fait fonction de narratrice principale et sert de guide aux trois épisodes. Pour ancrer sa trilogie dans un cadre historique authentique, Heinrich Breloer a passé deux ans à interviewer quelque soixante personnes dont le destin a croisé, à un moment ou à un autre, celui de la famille Mann. Les scènes reconstituées ont été filmées à Almeria, Zurich, Lübeck et Munich, dans le sud de la France et dans les studios de la WDR à Cologne."
Le hasard (enfin non pas le hasard) m'a dirigé ensuite vers la RTS et une émission de Charles Sigel : Klaus Mann.

Mercredi 11 mars.

Je n'ai plus de courage, de force, d'énergie pour écrire mon journal. 
Vu la semaine dernière : Le dernier loup de J.J. Annaud. Regrets de ne pas l'avoir vu en version chinoise. Entendre des Chinois parler français me décevait, c'était incongru; je regarde beaucoup de films asiatiques en V.O. sous-titrés français, c'est incomparable. Un très beau film.
Terminé Soumission de Michel Houellebecq. Moins aimé que les précédents même si, toujours, qualité de l'écriture. Un thème qui ne me passionne pas ou plutôt je fais systématiquement un rejet quand les médias nous submergent de débats sur un sujet, un événement d'actualité. Il est probable que j'aurais été plus intéressée si ce livre était sorti avant les événements du 7 janvier. Je me demande ce qui peut me passionner aujourd'hui.
Découvert un écrivain : Georges Borgeaud; lecture en cours de cet auteur : Le Voyage à l'étranger (prix Renaudot en 1974). Me plaît beaucoup, plus que beaucoup. L'ai fait remonter du sous-sol de la médiathèque! Pour le centenaire de sa naissance viennent d'être publiées ses Lettres à ma mère.
Je parviens encore entre les journées vertigineuses ou migraineuses à sortir de la torpeur, à bousculer la fatigue. Efforts énormes, chaque jour, pour vivre la journée. Comme samedi dernier, pour me rendre à cette manifestation.
Tout me pèse. J'ai perdu ma joie de vivre. 
Ai passé mon temps à annuler et reporter des rendez-vous.
Ai tout de même pu jouer au golf hier et aujourd'hui en évitant de bouger la tête. Résultat? Excellent pour le jeu.
Le golf, mon bien-être. J'y oublie tout, même et surtout mon envie de mourir et puis, je te vois dans le ciel quand il y a un nuage ou dans une traînée blanche d'avion, tu me souris, tu m'encourages... à vivre (non c'est pas vrai, je mens).



dimanche 8 mars 2015

Journal

Mardi 3 mars.

J'avais une heure de route à faire. Ma minerve autour du cou m'obligeait à tenir ma tête bien droite et mes rétroviseurs extérieurs suffisaient pour voir les voitures arriver et pour doubler, si nécessaire. Mais pas question de vitesse aujourd'hui, état toujours vertigineux.
J'avais pris de l'avance au cas où je perdrais du temps à trouver une place pour me garer et veine de... pas cocue - et pour cause, tsss! - une voiture quittait le stationnement juste devant l'immeuble où j'avais rendez-vous. Pour le coup j'avais 45 minutes d'avance. Je vais au parcmètre, je prends le ticket, le pose sur le tableau de bord. Tonnerre de Brest, le petit zef était glacial. Un thé allait me réchauffer.
J'étais devant l'hôtel quatre étoiles où je venais réveillonner avec mon amie lorsque nous étions jeunes filles et nous terminions la nuit dans la discothèque qui se trouvait en dessous de l'hôtel. Que de souvenirs... L'hôtel avait été rénové et l'entrée faisait très palace. Je jetais un coup d’œil à travers la vitre et, sans complexes, poussais la lourde porte en verre et me dirigeais vers le bar, ignorant la réception. Deux jeunes hommes élégants prenaient un café, perchés sur les hauts tabourets du bar et me saluèrent d'un bonjour madame souriant et respectueux. Je commandais un thé et m'enfonçais dans un fauteuil que je trouvais trop profond.  J'essayais celui qui était en face, il était plus confortable. Les deux jeunes hommes quittèrent le bar et l'un donna des instructions au barman. C'était peut-être le directeur de l'hôtel. J'étais évidemment la seule cliente dans cet immense salon, j'empruntais Le Figaro, seul journal à disposition, passais directement aux pages saumon et le refermais aussitôt, la sensation vertigineuse ne m'avait pas quittée, je ne pouvais pas lire.
Je quittais l'hôtel pour aller à mon rendez-vous. 
Pas d'attente, l'ORL vient me chercher dès mon arrivée.
Pendant qu'il passait l'aspirateur dans mes oreilles j'observais son bureau, sa bibliothèque remplie d'ouvrages médicaux et, je remarquais alors une étagère où étaient disposées de nombreuses figurines des Aventures de Tintin!
Mon ORL est tintinophile! me suis-je dit.
Je n'osais cependant lui demander s'il l'était vraiment ou si c'étaient des cadeaux. A mon avis, il l'était!
Je pensais alors à l'album L'oreille cassée et au fétiche Arumbaya qu'il devrait rajouter à sa collection, la plupart de ses patients ayant une voire deux oreilles cassées ou bien abimées.


 
 
http://a402.idata.over-blog.com/0/31/92/83/images-4-pour-articles/oc-t-1.jpg 


https://www.tintinboutique.com/media/catalog/product/big/product_123_1.jpg

Cette statuette ne dénoterait pas dans son Cabinet.

L'examen se poursuit dans un autre cabinet pour la manipulation libératoire de Sémont avec le masque. Ça tourne lui dis-je. - "Oui, votre vertige est splendide. " Et je restais tête pendante dans une position inconfortable mais accrochée à ses bras.
Avant de repartir il m'indique les consignes à suivre pendant une semaine. Etc.

Samedi 7 mars.




Je m'étais promise d'y aller à cette manifestation. Pour une fois qu'il y en avait une dans ma ville, je devais y être! L'air était doux et printanier ce samedi matin. Nous aurions dû être nombreux à cette manifestation;  en matière d'euthanasie et de suicide assisté, la Suisse reste la seule possibilité pour ceux qui ne veulent pas d'acharnement thérapeutique. La seule possibilité : le suicide assisté en Suisse car, se suicider (en fin de vie) ne reste qu'une possibilité... de se rater et de souffrir. Une mort indigne dans la solitude.

A Quimper




"Grâce aux moyens de procédure mis à sa disposition par le Parlement, je crains qu’aucun des amendements présentés par des députés favorables à l’euthanasie et au suicide assisté ne soit adopté.
Si tel devait être le cas, la triste loi de 2005 sera-t-elle légèrement modifiée par celle de 2015 : une aide passive à mourir au moyen d’une sédation accompagnée d’une dénutrition et d’une déshydratation, des directives anticipées opposables et contraignantes (voir ces termes page 17) mais sous conditions : qu’elles ne soient pas déclarées par les médecins comme « manifestement inappropriées » et dès lors qu’il n’y aura pas d’ « urgence vitale »…
Assurément, la volonté du patient ne sera respectée, comme aujourd’hui, que si elle convient au chef de service. [...]

encore une loi qui protègera le médecin et infantilisera le patient."

(Jean-Luc Romero, Président de l'ADMD)






lundi 2 mars 2015

***

Titubante encore, je sors du tunnel. J'y suis entrée il y a neuf jours.
J'ai assez de force pour prendre ma voiture demain.
Il va me manipuler avec une violente douceur. Le vertige sera intense mais je n'aurai pas peur, je m'accrocherai à ses bras, confiante.
La dernière fois c'était en juillet; ça avait bien marché. Je tenais debout sans vaciller.

Huit mois sans crise avec un traitement de cheval et malgré le traitement, nouvelle crise. Avec elle, les pensées sombres reviennent, les nuits sans sommeil, l'obsession du vide vertigineux que l'on souhaiterait finalement, définitif.

Plus de lectures, plus d'écran ou alors juste pour se raccrocher à quelque chose dans cette solitude abyssale.

Ce soir j'ai réussi à butiner sur la Toile et j'ai lu ça.
J'ai aimé.