lundi 18 avril 2011

...et la lumière fut

J’ai tardé à en parler, ne sachant par où commencer, il y a tant de tableaux à découvrir. Il faudra d’ailleurs que je revisite cette exposition une seconde fois ; j’attendrai maintenant la fin de l’été, quand le flot de touristes se sera évaporé.

Cette exposition « De Turner à Monet, la découverte de la Bretagne par les paysagistes au XIXe siècle » a reçu le label d’exposition d’intérêt national.
"Ce label, décerné par le ministère de la Culture et de la Communication, récompense chaque année les manifestations organisées par les musées de France, les plus remarquables par leur qualité scientifique, leurs efforts en matière de médiation culturelle et leur ouverture à un large public." Il faut dire que le musée des Beaux-Arts de Quimper est un très bel endroit que bien des villes de même importances doivent nous envier. Difficile d’imaginer ce que représente l’organisation d’une exposition d’une telle envergure : « le conservateur doit fournir un facility report, un gros dossier contenant le projet scientifique et historique, les plans des salles, la localisation des extincteurs, les courbes d’hygrométrie, la liste des musées qui ont déjà consenti à des prêts, etc. Quimper a de belles références, tels le MoMa de New York, la Tate Gallery ou le Louvre. « Et pourtant, la première réponse des musées est souvent négative, raconte André Cariou, le conservateur. Du côté des collectionneurs privés, ce n’est pas simple non plus… Il faut alors forcer un peu le destin, faire jouer ses relations et discuter longuement des conditions. » Au total, les œuvres proviennent de quarante trois endroits différents. »

Cette exposition comprend 82 peintures, 75 dessins, 26 estampes et 13 livres. Évidemment, je ne vais ici que donner un infime aperçu de ce que l’on peut admirer, pour aller vite, en deux mots, un peu de ce qui a retenu mon attention.

J’ai trouvé très intéressante la mise en vis-à-vis de plusieurs tableaux représentant un même lieu par des artistes différents. Comme cette toile de Jean-François Hue, de 1795 : Vue de l’intérieur du port de Brest et celle de Joseph Mallord William Turner, de 1826 : Le Port de Brest, le quai et le château, dont j'ai parlé plus en détail ici. On peut parler d'abstraction lyrique pour ce tableau de Turner.

 Jean-François Hue, Vue de l'intérieur du port de Brest, 1795


J.M.William Turner, The Harbour of Brest :
The Quayside and Château , 1826-1828. Tate London

Mais ce qui m’a émerveillée ce fut de voir des œuvres d’un même artiste si différentes, passant de la figuration avec une peinture très étudiée, léchée, à un impressionnisme précurseur, avec légèreté.
Notamment de Eugène Boudin, ce tableau de 1873 : Le Port de Camaret puis ces Falaises à Douarnenez, de 1897 où Eugène Boudin - vingt quatre ans plus tard - se laisse aller à une grande liberté.

Eugène Boudin, Le Port de Camaret, 1873.

L’une des œuvres les plus importantes de Boudin.
Celui qui a été le professeur de Claude Monet y démontre sa virtuosité à traduire les effets atmosphériques.


Eugène Boudin, Bretagne, Falaises à Douarnenez, 1897

Ainsi de Claude Monet, mais mon étonnement fut moins grand que pour Eugène Boudin, l’impressionnisme étant déjà moins académique.

Claude Monet, Les Rochers de Belle-Ile, la Côte sauvage, 1886
Dépôt du musée d'Orsay

Je suis dans un paysage superbe de sauvagerie, un amoncellement de rochers terribles et une mer invraisemblable de couleurs.
Enfin je suis très emballé quoique ayant bien du mal, car j’étais habitué à peindre la Manche et j’avais forcément ma routine.
Mais l’océan c’est tout autre chose.
Claude Monet : Lettre à Gustave Caillebotte, 21 octobre 1886.


Claude Monet, Pluie à Belle-Ile, 1886.

Lassé par l’incessante tempête, il choisit un point de vue à l’abri et peint l’un de ses rares regards vers l’intérieur, vers la lande belliloise.

Ensuite j'ai poursuivi tranquillement ma visite, m'arrêtant sur ce qui accrochait mon regard.

Thomas Alexander Harrison, Marine au clair de lune, vers 1892-1893

Harrison appartient à cette génération d'artistes originaires de la côte est des Etats-Unis qui séjournent volontiers en Bretagne à la fin du XIXe siècle.
Après avoir résidé à Pont-Aven, il s'installe à Concarneau loin de l'affluence et peint les plages de Mousterlin et de Beg-Meil.
A partir de 1885, il se fait une spécialité des marines nocturnes qu'il représente d'une manière symboliste.
Marcel Proust admirera de telles œuvres, lors de sa rencontre avec le peintre.
Dépôt du musée du Louvre.


T. Alexander Harrison, sans titre : quatre marines sur une toile non datée

Elodie La Villette, La grève de Lohic et l'île des Souris, près de Lorient. La mer étale. 1875
Dépôt du musée d'Orsay, Paris.


Octave Penguilly-L’Haridon, Les Petites Mouettes,
rivages de Belle-Île-en-Mer à Port Donan, 1858

Je ne veux pas quitter cet aimable artiste, dont tous les tableaux cette année sont également intéressants, sans vous faire remarquer plus particulièrement Les Petites Mouettes, l’azur intense du ciel et de l’eau, deux quartiers de roche qui font une porte ouverte sur l’infini (vous savez que l’infini paraît plus profond quand il est plus resserré), une nuée, une multitude, une avalanche, une plaie d’oiseaux blancs, et la solitude ! Considérer cela mon cher ami, et dites-moi ensuite, si vous croyez que Mr. Penguilly soit dénué d’esprit poétique.
Baudelaire.

Octave Penguilly-L’Haridon, Les Roches du Grand Paon, île de Bréhat

« On dirait un paysage de la planète avant l’apparition de l’homme ».
Théophile Gautier.

Et je termine par le port de Quimper, puisque c’est là que je vis aujourd’hui. Chaque jour j’emprunte la passerelle qui va d’une rive à l’autre et chaque jour, quelle que soit l’heure, mon regard est ébloui par ce lieu où scintille la rivière de l’Odet ; les flèches de la cathédrale pointées vers le ciel transpercent mon cœur de leur beauté comme le feraient des flèches d’amour. (Je ris, il faut bien que je me motive, à vivre ici, dans la solitude).

Eugène Boudin, Vue du Port de Quimper prise de l’aval, 1858.

Oui, c’est une belle exposition, à voir et à revoir :
Du 1er avril au 31 août.

Les photos étaient interdites et toutes celles reproduites ici proviennent de diverses recherches sur le Net. Les légendes sous les tableaux sont celles de l’exposition.

Allez, j'ose joindre mes "marines" de Quimper, mais le ciel de Eugène Boudin est bien plus beau :



dimanche 17 avril 2011

samedi 16 avril 2011

Balade en ville

"Le bouledogue français est un petit chien à l'allure effrontée et vivace; puissant malgré sa petite taille.
Eveillé, actif, intelligent, s'intéressant à tout ce qui l'entoure, courageux et entreprenant, c'est un sportif très musclé, doté d'une solide ossature."

Ces deux-là sont inséparables:)... ils étaient sur mon chemin. Ici c'est le maître qui lève la patte! Eh oui, il y a de quoi se casser la binette s'ils passent entre vos jambes! Je n'ai pas osé les devancer pour les prendre de face. Dommage, ils avaient vraiment l'air effronté et me plaisaient beaucoup.





***

Ces petits cailloux qu’il sème sont des graines qui germent dans mon cœur.

jeudi 14 avril 2011

25 ans aujourd'hui

"Ce samedi 19 avril 1986, un long cortège marchait dans Paris. Silencieux, 5000 personnes environ, une majorité de femmes, venues de tous les pays. On accompagnait Simone de Beauvoir, non dans une manifestation féministe joyeuse, comme celles auxquelles elle avait si souvent participé, mais vers le cimetière Montparnasse. Elle était morte quelques jours auparavant, le 14 avril. Jean-Paul Sartre, le compagnon de toute sa vie, était mort lui aussi en avril, le 15, six ans plus tôt."
Source : Hors-série Le Monde.

Vingt cinq ans aujourd’hui. Je l’admirais et je n’ai aucun souvenir de cet enterrement alors que j’étais à Paris.

Mais je me souviens que j’étais près de toi, déjà inconscient. Je devais tenir ta main, oui certainement, celle qui pouvait encore sentir la mienne. Je ne pense jamais à toi à demi mort, j’ai complètement occulté cette fin, je ne pense à toi que vivant, entièrement vivant, extraordinairement vivant, excessivement vivant, follement vivant, monstrueusement vivant. Et tu sais quoi ? Il m’arrive maintenant de ne plus penser à toi ! Si si, quand je suis amoureuse, de quelqu’un d’autre. Hé hé, c’est fou non ? Pardon? Que dis-tu? A mon âge c'est insensé? Mmm'oui! mais ne t'inquiète pas, c'est en rêve, je rêve beaucoup tu sais bien; tu me disais toujours : tu devrais écrire des romans! Ah! tu ne t'inquiètes pas? Ah! tu voudrais bien que je sois amoureuse? Tsss!
Je l’ai déjà dit, j’ai oublié le son de ta voix, cela me semble incroyable et pourtant c’est vrai, même ton rire, je n’ai plus souvenir du son, c’est étrange, j’ai beau fermer les yeux très fort, me concentrer, je te vois me parler, je te vois rire, je me vois dans tes bras, je me vois sur tes pieds, hi hi ! je sais les mots que tu prononces mais pour ce qui est du son : rien ! niet ! nada ! C’est quelque chose qui me dépasse. Je ne comprends pas pourquoi, je ne me souviens pas de ta voix. En fait, le film de toi que je me passe dans ma tête est un film muet, avec en bande son, Boby Lapointe !

J’ai dévié de mon sujet là !

Simone de Beauvoir (9 janvier 1908 - 14 avril 1986).

mercredi 13 avril 2011

Spleen, enième...

Nous nous étions donnés rendez-vous au port pour prendre l'apéritif.
A chaque fois que je descends le petit chemin et que j'aperçois ce paysage, je m'obstine à prendre des photos alors que JE SAIS que pas une seule ne rendra CE QUE JE VOIS.
Ce que je vois est vivant, bouge, dégage un parfum incommunicable.
Il est 19 heures... on se tape la cloche au Café de la Cale avec La Plancha Bigoudène : pâté Hénaff, andouille, saucisson, jambon, pain croustillant, un verre de Menetou-Salon et ce spectacle sous les yeux.






Il est 22 heures, le retour...
Pourquoi ne suis-je pas plus heureuse? Pourquoi toujours ce sentiment de manque?  Je vis pourtant  quelques instants de joie, mes lectures souvent m'enchantent, n'est-ce pas suffisant pour être heureuse? Il serait temps que je me satisfasse de ce qui m'est offert. Sais-je ce que je veux?

Depuis quelques jours j'écoute chaque matin les émissions des NCC qui préparent aux sujets du bac philo :
"Vivre l'instant présent, est-ce une règle de vie satisfaisante ?"
"Qu'attendons-nous pour être heureux ?"
"Homo festivus"
"... n'y a-t-il que le méchant qui soit seul ?"
Jouissif!


Une colonne chante

Quel est celui qui m'aime assez
pour rejeter la vie qu'il aime?
Si quelqu'un pour moi se noie dans la mer,
je serai rédimée de la pierre
pour revenir, revenir dans la vie.

J'ai telle nostalgie du bruissement du sang;
la pierre est un si grand silence.
Je rêve de la vie : la vie est bonne.
Personne n'aura-t-il
le courage de me réveiller?

Et si je suis un jour au milieu de la vie
qui me prodiguera le plus pur de son or, -
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .  .   .   .   .   .   .
solitaire je pleurerai,
je pleurerai après ma pierre.
A quoi me sert mon sang s'il mûrit comme un vin?
Il ne peut de son cri faire surgir de la mer
celui qui m'a le plus aimée.

Rainer Maria Rilke, in Le livre d'images.


***

Elle aime vraiment cet artiste diariste!

***

"L'inconstance perd tout, en ne laissant mûrir aucune semence."
Henri-Frédéric Amiel, Journal Intime.

mardi 12 avril 2011

La caresse, la douleur, la vie en musique

Hier soir sur Arte : Georges Prêtre, l'urgence de la musique.

La caresse

La douleur

Quand la musique devient théâtre avec le chef d’orchestre.
Georges Prêtre vit la musique, il l’exprime avec son corps, son visage.
86 ans lorsque fut enregistré ce documentaire et une énergie qu’il nous transmet.
Cinq minutes ci-dessous avec des images floues, sinon à revoir ici intégralement et une meilleure qualité d'images. Ça vaut le coup de prendre une heure de son temps pour voir ou revoir ce documentaire, vivifiant. Bonheur assuré!


Richard Strauss, Le Chevalier à la Rose


"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée." Platon.

lundi 11 avril 2011

Quand l'amitié vous dit des mots d'amour

"J'ai vu que tu hésitais à fermer ton blog, s'il te plaît ne le fais pas, je l'aime tellement ! J'apprends tellement ! Oui je sais c'est égoïste, mais je suis toujours si contente quand je vois que tu as écrit quelque chose..."

J'écris pour moi bien sûr, enfin, je ne suis plus si sûre. Au moment où je m'interroge - de plus en plus souvent - sur l'intérêt de poursuivre, je reçois ce matin cette douce injonction et je remets à plus tard l'échéance.

Et puis, ce matin encore, ces mots dans un autre mail, d'une autre amie :
"Tu me manques Xxxxxxx et j'ai hâte de te voir."

C'est bon de savoir qu'on vous aime, quand l'éloignement géographique ne permet pas d'autre rapprochement.
Quand je ne suis plus sûre de rien, que le doute s'installe, les amis se manifestent, comme s'ils sentaient que j'allais me noyer.


Photo : René Maltête

Ecrire ici m'aide parfois à sortir la tête de l'eau, mais j'ai besoin que cette "tête" soit emplie d'autre chose que de mots pour "enchairir" cette écriture.

dimanche 10 avril 2011

Un dimanche en ville



Le ciel est par dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?

Paul Verlaine

8 heures.
Je jette un oeil sur le ciel, par-dessus les toits...


17 heures.
A vos marques, prêts...


... partez! 


Quelques indécis :
j'y vais ou j'y vais pas?

samedi 9 avril 2011

Un crayon dans la tête

Avant que commence le spectacle je regardais la scène, dans l’ombre, et j’ai tout de suite pensé que j’allais regretter d’être venue. Deux cordes pendaient du plafond, de grandes flaques d’eau au sol, une chaise sur le plateau, une autre accrochée à une corde, des murs noirs percés d’ouvertures. Je connaissais pourtant le sujet de la pièce. Mais quelle idée de venir voir quelque chose qui allait me perturber un peu plus, sur la vieillesse, la mort, le suicide alors que ces sujets sont une obsession ?



Dominique Reymond (La Vieille) et Micha Lescot (Le Vieux)  interprètent  ' Les Chaises ' de Eugène Ionesco , mise en scène de Luc Bondy, décors et lumières Karl-Ernst Herrmann , costumes Eva Dessecker , son et musique André Serré , maquillage et coiffure Cécile Kretschmar , collaborateur artistique Geoffrey Layton , assistant à la mise en scène Roch Leibovici

Dans la salle, comble, les lumières s’éteignent, des spots éclairent faiblement le plateau et le vieux couple, deux vieillards, entrent en scène, bringuebalants, deux silhouettes décharnées, tremblantes, grimaçantes. Mon appréhension se confirme. Je vais être confrontée à ma propre finitude. Car, le metteur en scène, Luc Bondy, ne nous épargne rien de la déchéance physique : tremblements, dentier que le vieux crache, et même la couche-culotte du vieil homme ; il fallait oser... ce cruel retour à l'enfance?

Mais c'est autre chose qu’il faut retenir de cette pièce, Les Chaises de Eugène Ionesco, c’est toute la folie de ces deux êtres qui parviennent encore à 90 ans à esquisser des pas de danse en écoutant à la radio Marinella, à se moquer du monde en faisant des pirouettes et elle, divine, à jouer de sa féminité lorsqu’elle oublie ses douleurs, elle bouge alors avec la grâce d’une danseuse.


J’ai beaucoup ri durant ce spectacle (j’avais le sentiment de rire plus que les autres) parce qu’il me prenait de plein fouet et j’aime l’idée que l’on puisse rire de soi, rire du pire, de ce que nous deviendrons, peut-être, si par (mal)chance ?!? nous parvenions à atteindre un grand âge. Cela remet beaucoup de choses en place de nos valeurs.


Cinq minutes d’inquiétude ont vite été remplacées par une heure quarante de bonheur : dérision, absurdité, acceptation de la mort, sénilité, solitude et des moments d’une tendresse infinie et bouleversante.
La fin ? Il faut aller voir la pièce !

Le THEATRE et sa MAGIE, avec deux comédiens prodigieux : Dominique Reymond et Micha Lescot.
Mais tout est dit ici comme je l’ai ressenti.
Je craignais de m’ennuyer, de fermer les yeux pour ne pas voir… Ben non, même pas peur de vi…… vre ! J'inventerai, comme ces vieillards, des invités imaginaires le jour de ma mort pour faire la nique à la solitude.
"Quoi de plus normal que d'imaginer une fête? La dernière fête avant de se suicider?" dixit Luc Bondy.


Cette scène a quelque chose de celle de Pina (ci-dessous) que l’on peut voir dans le film de Wim Wenders (que je n’ai pas encore vu). Il dit ceci de Pina Bausch :
« Ce qui l’intéressait, ce n’était pas la façon dont ses interprètes bougeaient mais ce qui les faisaient bouger. […] En sortant de ses spectacles, je marchais autrement, mon corps était en train de danser ».


Je dansais aussi hier soir après avoir vu Les Chaises, j’aurais pu avoir des semelles de plomb c'étaient des ballerines que j'avais aux pieds ! Et puis, j'avais un crayon dans la tête!

Dernière minute : Luc Bondy.

jeudi 7 avril 2011

Que la lumière soit...

Je vais retourner la voir cette toile au format impressionnant (172,7x223,5 cm) que j'ai vue lors de l'inauguration de l'exposition : "De Turner à Monet", sur laquelle je reviendrai. Il y a tant de merveilles dans cette expo que je dois prendre mon temps pour en parler.
Mais ce matin j'ai affreusement besoin de soleil, il est là radieux dans le ciel mais il m'en faut un autre, pour me "réanimer". Alors je pense à Turner (1775-1851) , et à cette toile, qui représente Le Port de Brest, le Quai et le Château, de la ville où je suis née. Et cela me réchauffe le coeur. Quand je la revois reproduite ici, je suis étonnée, j'étais bien plus éblouie en la voyant l'autre jour "pour de vrai". Elle était dans cette salle, comme un soleil grandiose parmi des oeuvres bien plus sombres. Turner et sa lumière, là sous mes yeux. Et soudain m'est revenue en mémoire, cette toile que j'avais vue à la Tate Gallery à Londres (avec toi en 1981) : Venice with the Salute, que j'avais trouvée alors très abstraite, elle datait de 1840 et tranchait avec les autres toiles du Maître de 1809 à 1823 plus figuratives. Aujourd'hui mon oeil s'est tellement exercé à l'abstraction que je perçois très bien la Salute dans cette toile.
"Son passage d'une représentation plus réaliste à des œuvres plus lumineuses, à la limite de l'imaginaire (Tempête de neige en mer, 1842), se fit après un voyage en Italie en 1819 (Campo Santo de Venise). Turner nous montre le pouvoir suggestif de la couleur, ainsi, son attirance pour la représentation des atmosphères le place comme un précurseur de l'impressionnisme jusqu'à devenir « le peintre des incendies » ; d'autres préfèrent pousser plus loin encore leur analyse en voyant dans l'absence de support descriptif dans les œuvres de Turner, les prémices de l'abstraction lyrique." (Wikipédia)

"Contrairement à l'aquarelle de Nantes, Turner prend des liberté avec la réalité pour peindre sa grande toile du Port de Brest. Il est aidé seulement par deux croquis sommaires faits sur place, interprétant en particulier la rive droite. Cette peinture se situe aux antipodes de la précision documentaire et son marchand la refusera car de telles oeuvres suscitaient alors des moqueries."


J.M.William Turner, The Harbour of Brest :
The Quayside and Château , 1826-1828. Tate London



J.M.William Turner, Turner et la Loire, 1829



J.M.William Turner, Venice with the Salute, 1840,
The Tate Gallery, London.

mercredi 6 avril 2011

Peut-on peindre la pensée?

Une exposition au Palais des Beaux-Arts de Lille se tient actuellement (jusqu'au 13 juin) avec 45 portraits de philosophes peints au XVIIè siècle :
PORTRAITS DE LA PENSEE. La figure du philosophe au siècle d’Or.
Vélasquez/Ribera/Giordano.

Hendrick Ter Brugghen, Démocrite

"Démocrite d’Abdère (en grec Δημόκριτος / Dêmókritos), né en 460 av. J.-C. à Abdère et mort en 370 av. J.-C., était un philosophe grec souvent classé parmi les Présocratiques du point de vue philosophique, bien qu’il soit un peu plus jeune que Socrate, et qu’il soit mort quelques trente années après lui. Il est considéré comme un philosophe matérialiste en raison de sa conviction en un Univers constitué d’atomes et de vide (théorie atomiste)."

Ce visage m’a rappelé cet autoportrait de Rembrandt de 1629, il avait alors 23 ans.



« Rembrandt un bonnet bas comme un béret posé sur l’arrière de la tête, les cheveux courts, mal rasé, ricane. Les yeux sont plissés par le ricanement. Le rictus des lèvres découvrent des chicots noircis ».
Pascal Bonafoux, in Rembrandt, Autoportrait, éditions Skira, 1985.
(Je n'ai pas trouvé de reproduction de ce tableau sur le Net, il figure dans l'ouvrage de P. Bonafoux, dont j'ai déjà parlé ici et . Je l'ai photographié d'où la mauvaise qualité de l'image).

"Que désigne ce doigt de Démocrite hilare ?
La matière qui, seule, constitue ce monde."
"Ce portrait de Démocrite est associé au rire. Montaigne dans un chapitres des Essais présente Démocrite comme « trouvant vaine et ridicule l’humaine condition » et qui, de ce fait, n’apparaissait jamais « en public qu’avec un visage moqueur et riant » !
Pourquoi une vaine et ridicule condition humaine ? Parce que tout dans la nature, le monde, l’Univers, le cosmos, se réduit à une combinaison d’atomes dans le vide. Et ces agencements se modifient sans cesse. Néant hier, être aujourd’hui, néant demain, voilà la loi de tout ce qui est. […]
Que faire face à cette vérité ontologique ? Pleurer si l’on est Héraclite et qu’on déplore de ne pas pouvoir descendre deux fois dans le même fleuve, ou rire si l’on est Démocrite parce que l’on sait qu’il ne sert à rien de déplorer, désespérer, se lamenter, se plaindre : ce qui doit avoir lieu aura lieu, nul besoin de verser des larmes sur ce contre quoi nous n’avons aucun pouvoir. C’est cela la définition du philosophe… ".
Michel Onfray.

Je découvre cette exposition en lisant l’article du Philosophie Magazine (mars 2011), partenaire de l’exposition : TOILES DE MAITRES A PENSER, et les points de vue de nos philosophes contemporains :

Michel Onfray : RIRE ET JOUIR. Démocrite par Henrick Ter Brugghen.
Jocelyn Benoist : MEDITER ET S’INCARNER. Platon par José de Ribera.
Marc de Launay : DIALOGUER ET POLEMIQUER. La dispute des philosophes, par le Maître du Jugement de Salomon.
Denis Moreau : ECRIRE ET MOURIR. Portrait de René Decartes, par Jean Batist Weenix.

 José de Ribera (1591–1652)
 Platon, vers 1630

« On reconnaît généralement dans cette toile un portrait de Platon en raison du livre tenu par le philosophe : Livre des Idées, qui renvoie aux principes suprasensibles de la réalité dans la philosophie platonicienne. C’est pourtant une réalité bien sensible et toute prosaïque que représente le tableau. Ribera, profondément marqué par la manière du Caravage, et loin d’idéaliser son sujet, lui donne des traits extraordinairement réalistes ».
Jocelyn Benoist.


La dispute des philosophes" est un tableau du Maître du Jugement de Salomon (Nicolas Poussin)
 (après avoir été longtemps attribué à José de Ribera).

« Cette « dispute » est toute entière nimbée d’ironie : censée transcender les controverses sans fin des opinions communes, la philosophie promet la vérité ».
Marc de Launay.

Jan Baptist Weenix (1621-1659)
Portrait de René Descartes, 1647-1649

« La toile de Weenix donne l’image d’un philosophe fatigué, désabusé, quelque peu mélancolique, marqué par la vie et le combat des intellectuels. L’intensité et la profondeur, la sévérité mêlée de lassitude du regard, sont frappantes. L’inscription latine dans le livre, Mundus est fabula, a la forme d’une devise. Elle signifie de prime abord : « Le monde est une fable ». »
Denis Moreau.

« La philosophie a toujours été peinte : l’Ecole d’Athènes par Raphaël, Diogène par Poussin, Socrate par David, Descartes par Frans Hals, Nietzsche par Munch ; Sartre, Deleuze, Guattari, Foucault par Fromanger, Derrida par Adami, et chaque portrait incarne la pensée, autrement dit lui donne chair – donc âme."
Michel Onfray.

 Friedrich Nietzsche par Edvard Munch,

  Michel Foucault par Gérard Fromanger,

Jacques Derrida par Valerio Adami

A propos des philosophes, cette phrase de Robert Musil en annexe d'un blog ami :
" Il n'était pas philosophe. Les philosophes sont des violents qui, faute d'armée à leur disposition, se soumettent le monde en l'enfermant dans un système."
Je m'interrogeais ce matin (pléonasme:)) de savoir pourquoi je ne parvenais pas, malgré mes lectures de certains ouvrages de philosophes, à maîtriser mes émotions, à rester zen, à accepter la vie telle qu'elle est et y trouver cette sérénité qu'est censée apporter la philosophie.

mardi 5 avril 2011

***

Ils me remplissaient de joie, ils étaient ludiques, joyeux, délicieux… nos échanges épistolaires.

***
(0_0)
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(+_+)
Ils furent.
Trop. Peur. Tomber.

***************
Je venais de passer trente minutes dans la piscine d’eau de mer et quarante minutes dans le silence du salon de repos, bercée par le bruit du flux et du reflux des flots, pour finir enveloppée d’une boue brûlante d’algues reminéralisantes. Sous la couverture chaude et dans la pénombre, j’étais soudain si bien que mon coeur s'est serré et j’ai failli pleurer. Mais non, c’eût été un tantinet émotionnel.



***

"La seule vie qui soit passionnante est la vie imaginaire".
Virginia Woolf.

"L'imaginaire et le réel sont deux lieux de la vie".
Jacques Lacan.

dimanche 3 avril 2011

***

Et zut! Hommage à Elizabeth Taylor en remplacement de Max Frisch.
Bon... y a Spencer Tracy dans le film (Le père de la mariée)... consolation.

Max Frisch



Sur Arte soirée thématique consacrée à Max Frisch, avec un film de Volker Schlöndorff : Homo Faber puis un documentaire, Max Frisch, citoyen avec un portrait de l’écrivain engagé.

Le Journal 1961-1972 de Paul Nizon (encore lui) commence ainsi :

24 mars 1961, Zurich
Rencontré Max Frisch dans la rue. Quel choc de le revoir ! La réalité romaine, subitement là ; ma situation personnelle difficile et l’importance spécifique que revêtait Frisch dans cette conjoncture. Etc.
Il me donne rendez-vous à la Kronenballe. Vingt-deux heures, longue table. Frisch et Dürrenmatt sont assis face à face comme deux dirigeants syndicaux, c’est de la politique littéraire.[…]

Et s’il commence ainsi son Journal, il le termine encore avec Max Frisch :

25 décembre 1972, Zurich
[…]
Il faudrait quand même qu’un jour je tire au clair mon contentieux avec Frisch.
Maintenant, cap sur le présent, sur le récit, sur la fiction.

Paul Nizon parle de Max Frisch tout au long de son Journal, parfois avec empathie, d’autres fois avec un zeste d’amertume mais toujours avec respect voire reconnaissance. Il faut dire que Frisch ne craignait pas de le bousculer!

Je ne vais pas rater cette soirée, je vais pouvoir vérifier si l’image que je me suis faite de Frisch à la lecture du Journal de Nizon ressemble à celle que je vais voir. J’ai des doutes !

samedi 2 avril 2011

Stendhal, De "je" mis avec "moi"...


     
      Vie de Henry Brulard. Conditions :

      1° N’imprimer qu’après mon décès ;
      2° Changer absolument tous les noms de femmes ;
      3° Ne changer aucun nom d’homme.
                   Civita-Vecchia, le 30 novembre 1835.
                                                H. B.

Je me trouvais ce matin, 16 octobre 1832, à San-Pietro in Montorio, sur le mont Janicule, à Rome, il faisait un soleil magnifique. Un léger vent de sirocco, à peine sensible, faisait flotter quelques petits nuages blancs au-dessus du mont Albano ; une douce chaleur délicieuse régnait dans l’air, j’étais heureux de vivre. Je distinguais parfaitement Frascati et Castel-Gandolfo qui sont à quatre lieues d’ici, je regardais la villa Aldobrandini où est cette sublime fresque de Judith du Dominiquin. […] Au-dessous du mur contre lequel je m’appuie sont les grands orangers du verger des capucins, puis le Tibre et le prieuré de Malte, un peu après sur la droite, le tombeau de Cécilia Metella, Saint-Paul et la pyramide de Cestius. En face de moi je vois Sainte-Marie-Majeure et les longues lignes du Palais de Monte-Cavallo. Toute la Rome ancienne et moderne, depuis l’ancienne voie Appienne avec les ruines de ses tombeaux et de ses aqueducs jusqu’au magnifique jardin du Pincio bâti par les Français, se déploie à la vue.
Ce lieu est unique au monde, me disais-je en rêvant, et la Rome ancienne malgré moi l’emportait sur la moderne, tous les souvenirs de Tite-Live me revenaient en foule. Sur le mont Albano à gauche du couvent j’apercevais les prés d’Annibal.
Quelle vue magnifique ! c’est donc ici que la Transfiguration de Raphaël a été admirée pendant deux siècles et demi. Quelle différence avec la triste galerie de marbre gris où elle est enterrée aujourd’hui au fond du Vatican. […]… Ah ! dans trois mois j’aurai cinquante ans, est-il bien possible ! 1783, 93, 1803, je suis tout le compte sur mes doigts… et 1833 cinquante. Est-il bien possible ! cinquante ! Je vais avoir la cinquantaine et je chantais l’air de Grétry :

Quand on a la cinquantaine

Cette découverte imprévue ne m’irrita point, […] Après tout, me dis-je, je n’ai pas mal occupé ma vie, occupé ! Ah ! c’est-à-dire que le hasard ne m’a pas donné trop de malheurs, car en vérité ai-je dirigé le moins du monde ma vie ?
[…]
Je me suis assis sur les marches de San-Pietro et là j’ai rêvé une heure ou deux à cette idée : Je vais avoir cinquante ans, il serait bien temps de me connaître. Qu’ai-je été, que suis-je, en vérité je serais bien embarrassé de le dire.
[…]
Quai-je donc été ? Je ne le saurais. A quel ami, quelque éclairé qu’il soit, puis-je le demander ? M. di Fior[i] lui-même ne pourrait me donner d’avis. A quel ami ai-je jamais dit un mot de mes chagrins d’amour ?
[…]
Avais-je donc un caractère triste ?
[…]
Ai-je été un homme d’esprit ? Ai-je eu du talent pour quelque chose ? […] Mais ai-je eu le caractère gai ?
Enfin je ne suis descendu du Janicule que lorsque la légère brume du soir est venue m’avertir que bientôt je serais saisi par le froid subit et fort désagréable et malsain qui en ce pays suit immédiatement le coucher du soleil. Je me suis hâté de rentrer au Palazzo Conti (Piazza Minerva), j’étais harassé. J’étais en pantalon de… blanc anglais, j’ai écrit sur la ceinture en dedans : 16 octobre 1832, je vais avoir la cinquantaine, ainsi abrégé pour n’être pas compris : J. vaisavoirla5.
Le soir en rentrant assez ennuyé de la soirée de l’ambassadeur je me suis dit : je devrais écrire ma vie, je saurai peut-être enfin, quand cela sera fini dans deux ou trois ans, ce que j’ai été, gai ou triste, homme d’esprit ou sot, homme de courage ou peureux, et enfin au total heureux ou malheureux, je pourrai faire lire ce manuscrit à di Fiori.
Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! Il y a de quoi donner de l’humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes.

De je mis avec moi tu fais la récidive…

Je me dis ce vers à chaque fois que je lis une de ses pages.
On pourrait écrire, il est vrai, en se servant de la troisième personne, il fit, il dit. Oui, mais comment rendre compte des mouvements intérieurs de l’âme ? c’est là-dessus surtout que j’aimerais consulter di Fiori.
Je ne continue que le 23 novembre 1835. La même idée d’écrire my life m’est venue dernièrement pendant mon voyage à Ravenne ; à vrai dire, je l’ai eu bien des fois depuis 1832, mais toujours j’ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi, faites pour faire prendre l’auteur en grippe ; je ne me sens pas le talent pour la tourner. A vrai dire, je ne suis rien moins que sûr d’avoir quelque talent pour me faire lire. Je sens quelquefois beaucoup de plaisir à écrire, voilà tout.
[…]
Voici le raisonnement qui m’a rassuré à l’égard de ces Mémoires. Supposons que je continue ce manuscrit et qu’une fois écrit je ne le brûle pas ; je le léguerai non à un ami qui pourrait devenir [dévot] ou vendu à un parti comme ce jean-sucre de Thomas Moore, je le léguerai à un libraire, par exemple à M. Levasseur (Place Vendôme, Paris).
[…] Il en fera copier quelque peu, et lira, si la chose lui semble ennuyeuse, si personne ne parle plus de M. de S[tendh]al, il laissera là le fatras qui sera peut-être retrouvé deux cent ans plus tard comme les mémoires de Benvenuto Cellini.
S’il l’imprime et que la chose semble ennuyeuse, on en parlera au bout de trente ans comme aujourd’hui on parle du poème de la Navigation de cet espion d’Esménard…
[…]
Mes confessions n’existeront donc plus trente ans après avoir été imprimées, si les Je et les Moi assomment trop les lecteurs ; et toutefois j’aurai eu le plaisir de les écrire, et de faire à fond mon examen de conscience. De plus, s’il y a succès, je cours la chance d’être lu en 1900 par les âmes que j’aime, les madame Roland, les Mélanie Guilbert, les…
Par exemple, aujourd’hui 24 novembre 1835, j’arrive de la Chapelle Sixtine où je n’ai eu aucun plaisir quoique muni d’une bonne lunette pour voir la voûte et le Jugement Dernier de Michel-Ange ; mais un excès de café commis avant-hier chez les Caetani, par la faute d’une machine que M[ich]el-Ange a rapporté de Londres, m’avait jeté dan la névralgie. Une machine trop parfaite ; ce café trop excellent, lettre de change tirée sur le bonheur à venir au profit du moment présent, m’a rendu mon ancienne névralgie, et j’ai été à la Chapelle Sixtine comme un mouton, id est sans plaisir, jamais l’imagination n’a pu prendre son vol.
N’étant bon à rien, pas même à écrire des lettres officielles pour mon métier, je suis rentré, j’ai fait allumer du feu, et j’écris ceci, sans mentir j’espère, sans me faire illusion avec plaisir comme une lettre à un ami. […] Quel encouragement à être vrai, et simplement vrai, il n’y a que cela qui tienne. Benvenuto a été vrai et on le suit avec plaisir, comme s’il était d’hier, tandis qu’on saute les feuillets de ce [jésuite] de Marmontel qui pourtant prend toutes les précautions possibles pour ne pas déplaire, en véritable Académicien. J’ai refusé d’acheter ses mémoires à Livourne, à vingt sous le volume, moi qui adore ce genre d’écrits.
Mais combien ne faut-il pas de précautions pour ne pas mentir!

Stendhal, in Vie de Henri* Brulard, tome II, chapitre I, extraits.

J’ai ouvert ce volume des œuvres complètes de Stendhal tout à fait par hasard jeudi matin alors que la veille je venais de lire le Journal de Paul Nizon et les extraits que j’ai retranscris sur ce qu’il dit de l’’intime", du "je" et de leur importance dans ses écrits. Et voilà que je tombe sur ce chapitre de la Vie de Henri Brulard et sur ces Je et ces Moi qui hantent également ce personnage qui n’est autre que Stendhal (Henri Beyle) lui-même.
Je me disais que ce serait une jolie fin pour clore mon blog que ces deux extraits – Paul Nizon et Stendhal - où les je et les moi si bien inspirés de leurs auteurs donnent une crédibilité à mon JE. Mais non, il faudra que je mette fin à ce blog, avec des mots d’amour, l'essence (le(s) sens) de mon existence. Je devrais les dénicher dans ma bibliothèque, sans tarder ou… en moi ? Qui sait…

* Henri ou Henry Brulard, c’est selon les éditions. La mienne est celle de Pierre Larrive, Paris, 1956.

vendredi 1 avril 2011

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Ce commentaire dans un blog m’interpelle : "on ne parle pas dans un blog". Je cherche à en savoir un peu plus, j’interroge sur cette phrase et voici la réponse : on ne peut dire "parler", c'est inadéquat quand il s’agit d’écriture.

Exact, c’est inadéquat, "on ne parle pas dans un blog", on écrit ; j’avais pensé que cette phrase voulait dire : on ne parle pas de soi dans un blog, mais non, il s’agissait seulement d’une question de verbe. J'aurai dû y penser, obsédée que je suis par l'intime, le Moi, le Je!

Cela me fait penser à cette phrase de Marguerite Duras :
"Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit."

Ecrire c’est aussi se parler à soi-même pour ne pas suffoquer, écrire remplace la parole, la conversation que l’on n’a pas, écrire c’est la bulle d’oxygène qui remplace l’irremplaçable : une présence.
Mais je l’ai maintes fois écrit dans ce journal.