mercredi 20 septembre 2017

Picasso : Préambule ou/et Mise en bouche (1)








Picasso, Jacqueline assise de profil, 1954
Huile sur toile 

(J'ai recadré et donc rogné ma photo 
qui était légèrement convexe avec le cadre)

L'affiche de l'exposition (plus réussie que ma photo. Hum!)
a été tirée de ce tableau.

Force est d'admettre le Génie absolu de l'artiste. En commençant ma visite de l'extraordinaire exposition (25 juin - 1er novembre 2017) vue avant-hier, je pensais ne pas pouvoir occulter le bruit infernal des enfants présents dans les salles. Je précise que ces enfants excités étaient avec leurs parents qui n'intervenaient pas pour les calmer voire les faire taire et qu'il y avait également des classes de maternelles avec leur "maîtresse" qui, eux (les enfants), étaient absolument silencieux ou, parlant tout bas, observant parfois judicieusement les détails d'un tableau. Je me suis permise de faire part (gentiment) de ce bruit auprès d'une jeune femme, agent de surveillance qui m'a répondu plutôt vivement que "les enfants" sont rois "ont le droit de s'exprimer" (sic).
N'oublions pas que nous sommes à Landerneau, la ville qui "fête le bruit" chaque année. Mais bon, j'ai rarement entendu une telle cacophonie dans un musée ou autre lieu d'exposition importante
L'heure du déjeuner approchait et je pris mon mal en patience en me disant que les enfants commençaient à avoir faim et allaient sans doute - avec leurs parents - quitter les lieux et s'exprimer tout leur soûl dans une crêperie en ville. Ouf ! 
J'avais raison, à midi et demie le calme est revenu, j'étais là depuis une heure, j'avais tout de même réussi à m'extraire de ce vacarme en fuyant les zones occupées par les hyperactifs et j'allais poursuivre ma visite durant une heure.

video

J'aurais pu chanter, en voyant toutes ces œuvres - des premières aux dernières périodes - Tu me fais tourner la tête, tellement je ne m'attendais pas à voir une si belle exposition. J'ai compris assez rapidement que, exceptionnellement, j'allais devoir suivre la chronologie des années pour mesurer l'évolution des créations et l'inspiration suscitée par les différentes muses.

L'intérêt de cette exposition est "qu'elle est constituée des seuls "Picasso de Picasso", soit uniquement à partir des œuvres qu'il avait gardées toute sa vie auprès de lui dans ses différents ateliers, et dont, à sa mort, sa veuve Jacqueline [Roque] hérita en partie. Celle-ci, à partir de ce très important ensemble, organisera ou participera activement à plusieurs expositions de l’œuvre  de son mari, jusqu'à sa propre disparition.
C'est une rétrospective de l’œuvre qui est rendue possible ici grâce à la seule collection particulière de sa fille, Catherine Hutin."
"La rencontre avec Jean-Louis Andral, directeur du musée Picasso d'Antibes, commissaire de l'exposition, a permis de mûrir ce projet depuis l'été 2015."
(Source : Brochure de l'exposition)

Il va falloir que je potasse un peu mes notes, fasse le tri de mes photos pour reparler de cette exposition, plus sérieusement (mais je ne promets plus rien).
En attendant, ce tableau que  j'aime (et pas vraiment dans la veine de ceux qui suivront une dizaine d'années plus tard) :


Femme à la robe rouge, 1946
Huile sur bois


Détail

Après le préambule, et presque deux heures de visite, le ciel était couvert à Landerneau et il était trop tard pour y déjeuner, je tentais tout de même un restaurant, complet et en fin de service. J'avais faim. Je décidais de refaire la route  et même de la prolonger jusqu'à ma cantine où l'on sert en service continu. Quelle bonne idée! Le soleil m'attendait, j'oubliais l'heure de route que je venais de faire, le ciel tristounet de Landerneau et je jubilais d'être là. Mon assiette, ÉNORME, était plus qu'une mise en bouche, j'allais faire le plein d'Oméga 3. Bigre, j'aurais bien demandé un doggy-bag mais je n'ai pas osé; il était 14 h 45. Et les chiens préfèrent le poulet...




Je contemplais ce ciel à la Eugène Boudin avant de rentrer...


(À suivre... ?!)

samedi 16 septembre 2017

Le ciel, mon patrimoine


Ce week-end, Journées du Patrimoine.
Il y a quelques années, j'avais encore l'envie d'aller voir de plus près certains domaines seulement accessibles ces jours-là.
Aujourd'hui, je me contente me satisfais de ça :






Patrimoine, définition :

"Ce qui est considéré comme un bien propre, une richesse : Son patrimoine, c'est son intelligence."

Mon patrimoine, mais non, ce n'est pas mon intelligence (Tsss!), c'est le ciel.  Celui qui me laisse baba, chaque jour, quand je lève les yeux.
Le ciel, ma richesse.

mercredi 13 septembre 2017

What a lovely day...

... comme se plaisent à dire les Irlandais quand il pleut.

Photos du jour prises dans ma voiture.
J'avais espéré que le ciel aurait été plus clément sur la côte. Que nenni !




Je faisais alors demi tour et j'allais au cinéma voir un film brésilien : Gabriel et la montagne. En VO of course !

"En s'inspirant d'un fait divers, Fellipe Barbosa reconstitue magistralement un voyage bouleversant vers la mort.
En 2009, Gabriel Buchman, un étudiant brésilien, est retrouvé mort sur le mont Mulanje, au Malawi, au terme d'un an de voyage autour du monde. Un fait divers très médiatisé dans son pays. Mais pour Fellipe Barbosa, Gabriel était bien plus qu'un nom à la une des journaux : son ami d'enfance."

Deux heures quinze de déconnexion totale, très beau film, Gabriel est interprété par un fabuleux acteur, Joao Pedro Zappa (ci-dessous).




"Avant d’intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde."

Coïncidence, ce soir sur Arte à 23 h 30, est programmé le précédent film de Fellipe Barbosa Case Grande. Il sera visible pendant sept jours en replay sur Arte/web.

 

"L'artiste [...] est un accident. Rien ne l'attend dans le monde social." (Odilon Redon)


Anonyme, Odilon Redon dans son atelier parisien en 1913.
Paris, bibliothèque de l'INHA,
collections Jacques Doucet.
INHA, dist. RMN-Grand Palais/Martine Becq-Coppola





Odilon Redon, Tête d'Orphée
 Huile sur toile

Paris, Musée d'Orsay


( A suivre)

dimanche 10 septembre 2017

"Portrait d'un génial salaud"

Cet été France-Culture a lancé les Masterclasses que l'on peut réécouter et qui ne sont pas du tout ennuyeuses et sont à la portée du grand public (intéressé tout de même par le processus de création d'une œuvre dans divers domaines artistiques).

" France Culture lance un grand projet inédit en France : une collection de master-classes avec quarante personnalités majeures de la création culturelle dans tous les domaines : littérature, cinéma, arts de la scène, arts plastiques, architecture… Nous entrerons dans l'atelier de fabrication intime des artistes, qui nous expliqueront de façon très concrète comment elles/ils travaillent, de l'idée de départ jusqu'à la finalisation d'une œuvre. Une entreprise collective qui a pour vocation de constituer une collection d’entretiens de référence sur la culture."

J'écoutais hier cette Masterclasse avec Pierre Michon invité de Arnaud Laporte.
Extrait ci-dessous (retranscription telle quelle), à propos des Onze.



-  A.L. Pas mal de texte vous ont résisté, celui-là – même s’il n’y a eu que deux parties sur trois – on a eu la chance qu’il nous arrive. Il y en a tant que ça qui ne sont pas arrivés au bout ?



-  P.M. Oui, il y en a. Mais Les Onze, c’est très particulier.  Les Onze, j’ai écrit en 92, j’ai écrit ce qui est maintenant la première partie – pas tout à fait mais une grande partie  de la première partie des Onze – j’ai écrit l’hiver 92/93, pour marquer le coup de l’année 93, qui n’avait pas été marquée suffisamment à mon avis. Mais, je me suis arrêté. Je ne voyais pas comment raconter l’enfance de ce peintre [François-Elie Corentin], j’invente un peintre, dont je racontais l’enfance de ce peintre dans la première partie, et après il fallait faire le moment où il peint le tableau, sous la Terreur. Et ça, j’avais mille solutions pour le faire mais je ne voyais pas laquelle. Donc j’ai abandonné ça, je l’ai mis dans un coin, j’y pensais de temps en temps et, en 2008, Bob [Gérard Bobillier, fondateur des éditions Verdier] – encore lui – Bob a été atteint d’une maladie très grave et m’a dit : « il faut qu’on publie Les Onze ». Et, je l’ai fini, en partie, pour lui, avant qu’il ne meure l’année d’après. Et la deuxième partie est venue très vite et très bien. Enfin, très bien [rire moqueur de P. Michon], elle est venue très vite en tout cas.



-  A.L. C’est vrai qu’il y a cette première partie, vous le disiez, le parcours de François-Elie Corentin, que vous imaginez, avec des résonances très fortes avec votre vie : un père absent, un amour très fort des mères…



-   P.M.  Oui, c’est parce que c’était en 92 que j’écrivais ça ; donc j’étais encore dans cette théologie du père du fils et du Saint-Esprit etc., mais dans la deuxième partie, comment dire, dans la deuxième partie c’est le portrait d’un génial salaud. J’ai beaucoup pensé, j’ai beaucoup pensé, comme personne, comme homme, dans la deuxième partie, à Picasso. C’est, c’est… et d’ailleurs la « vitre blindée » vient de Guernica. J’ai beaucoup pensé au caractère, à l’homme qu’a été Picasso : c’est-à-dire à la fois un génie à peu près absolu et … je m’abstiens de porter un jugement…
 

Je ne cacherai pas ma satisfaction d'entendre, enfin, quelqu'un - et pas n'importe qui - oser dire de vive voix  (et pourtant si douce), par écrit c'est déjà fait, que ce "génie absolu" fut aussi "un salaud" (là, c'est moi qui termine sa phrase). Il fut l'ami de Max Jacob et on connaît la suite ou plutôt la fin qui, même si elle fait polémique, ne nie pas la réalité des faits. Mais il n'y a pas qu'avec Max que le génie a montré son vrai caractère d'homme, avec ses femmes et particulièrement Dora Maar qui vécut dans l'ombre du génie auquel elle avait voué sa vie.
Zoé Valdès écrit dans son ouvrage La Femme qui pleure :

"J'ai aimé Picasso, maintenant je m'arrête froidement devant son œuvre avec admiration, sans plus. La tendresse m'a abandonnée. Pourtant Je ne peux concevoir l'art sans amour. Mais je ne ressens plus ce profond amour. Peut-être arriverai-je, avec le temps, à me réconcilier avec son œuvre." (Page 144).
"Jaume [ou Jaime] Sabartés, le secrétaire de Picasso, a dû en voir des choses, mais il a préféré se taire. Il se devait d'être fidèle au Grand Génie, à l'homme monument, à l'artiste historique. J'écris le mot "Génie" avec une majuscule et sans aucune hésitation, car c'est ce qu'il était; mais j'hésite à écrire le mot "homme", avec cette simplicité apparente et grandiose qui élève l'être humain quand il décide de lutter pour la vérité." (Page 146).
Je me suis légèrement écartée de mon sujet, Pierre Michon et ces Masterclasses qui valent vraiment le coup d'une écoute attentive : Denis Podalydès, génial et pas...; Sylvain Tesson, habité par ce qu'il raconte et souvent très drôle; Olivier Assayas...; Patrick Chamoiseau... ceux que j'ai écoutés, et les autres qu'il me reste à découvrir. Je suis en excellente compagnie à l'heure du dîner et c'est tellement mieux que tout ce qu'on peut voir à la télévision à cette heure-là !


jeudi 7 septembre 2017

"Les mots ne sont que de la spéculation. Ils cherchent mais ne trouvent pas le sens de la musique" *


* John Ashbery, in 


En 2012, Barack Obama remettait la National Humanities Medal
à John Ashbery (décédé le 3 septembre 2017 à 90 ans)

"Dans le New York Times, un professeur et poète note qu'Ashbery est devenu (relativement) célèbre en dépit d’une écriture exigeante, ses poèmes n’offrant “pas de réponses faciles, pas d’affirmations confortables”. Et il insiste lui aussi sur l’expérience singulière que constitue leur lecture.
[...]
Il est un poète singulier capable d’être à la fois élégiaque et léger, parfois même bouffon. Il est, après tout, l’auteur de ‘Paysage avec outils agricoles et rutabagas’ et de ‘Daffy Duck à Hollywood’. Si vous pouviez trouver un espace impossible à l’intersection entre Franz Kafka et l’artiste pop Roy Lichtenstein, John Ashbery y serait joyeusement assis comme le chat du Cheshire [d’Alice au pays des merveilles].”



LE PEINTRE

Assis entre la mer et les immeubles
Il se plaisait à peindre le portrait de la mer,
Mais comme les enfants imaginent qu’une prière
N’est que silence, il s’attendait à ce que son sujet
Surgisse sur la sable, et, saisissant son pinceau,
Se colle en autoportrait sur sa toile.
Il n’y a pas eu de trace de peinture sur la toile
Jusqu’au moment où les habitants des immeubles
L’ont encouragé : « Tentez de vous servir du pinceau
Comme d’un moyen vers une fin. Désignez, pour le portrait,
Un sujet moins furieux, moins ample, un sujet
Plus à l’écoute de vos humeurs changeantes, où peut-être d’une prière. »
Comment leur expliquer qu’il priait déjà
Pour que la nature plus que l’art naisse sur sa toile ?
Il choisit son épouse comme nouveau sujet
L’amplifiant, à l’image de bâtiments en ruines
Comme si s’oubliant, le portrait
S’était exprimé de lui-même sans pinceau.
Encouragé il a trempé son pinceau
Dans la mer, murmurant une prière lui montant du fond du cœur :
« Mon âme, la prochaine fois que je peindrai un portrait
Que tu viennes dévaster la toile. »
Les nouvelles se sont répandues comme de la poudre, enflammant les bâtiments :
Cet artiste avait retrouvé son sujet auprès de la mer.
Imaginez un peintre crucifié par son sujet !
Trop épuisé pour lever son pinceau,
Son attitude attire des artistes penchés aux fenêtres des immeubles
Avec des rires cruels : « Nous n’avons plus aucune chance
Maintenant de nous étaler sur la toile
Ni d’engager la mer à s’asseoir pour qu’on fasse son portrait. »
On l’a décrit comme un autoportrait,
Et à la fin toute trace de sujet
Commença à s’évanouir, laissant la toile
Parfaitement blanche. L’artiste posa son pinceau.
Et soudain un hurlement en forme de prière
Monta des immeubles grouillant de monde.
Ils l’ont jeté, le portrait, de la plus haute des tours ;
Et la mer a dévoré la toile et la brosse
Le sujet ayant pris la décision de demeurer prière.
John Ashbery, traduction en français du poème original The Painter, 1956, par Elizabeth Brunazzi (2012), relue par Matthieu Baumier


John Ashbery, 28 juillet 1927 - 3 septembre 2017
Source photo

— Est-ce qu’il vous est possible d’évaluer l’influence de l’École de New York, ou tout du moins de cette nébuleuse d’écrivains sur la poésie contemporaine américaine? Votre propre influence peut-être? 

— C’est difficile à dire, je suis plutôt mal placé pour juger, je pense que vous l’êtes mieux que moi. Je lis de la poésie contemporaine, mais pas énormément. Je ne sais pas, peut-être que nos expériences verbales et langagières, nos expérimentations non-systématiques ont contribué à la naissance de la  L=A=N=G=U=A=G=E poetry  bien que cette dernière ait pris une tournure radicalement différente ensuite. Ce qui a compté aussi, c’est sans doute notre rébellion contre la poésie conventionnelle, en particulier celle de Robert Lowell dont l’œuvre me laisse vraiment froid!  Ce genre de poésie est malheureusement toujours présent; cependant, et peut-être est-ce là que notre influence se fait sentir, il y a différentes sortes de poésies expérimentales et d’expériences poétiques qui se font un peu partout, pas uniquement aux États-Unis d’ailleurs. Ce n’était pas le cas quand nous avons commencé à écrire et à expérimenter avec le langage il y a cinquante ans.

Extrait d'un entretien avec John Ashbery, par Olivier Brossard en 2001 dans la revue L'Oeil de boeuf.

***

Il n'y a pas de bonheur de vivre, sans amour.
Mieux vaut mourir que vivre sans aimer.

lundi 4 septembre 2017

"Devant ce paysage où tout remue en moi"




L'EXTASE

Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent
Reflétant deux corps nus saisons contre saisons

J'ai tant de raison de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belle raison que j'ignorais hier
Et que je n'oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne

Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse

Étoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous

Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.

24 novembre 1946

(1947)
(Le Temps déborde)
Paul Eluard

jeudi 31 août 2017

De la mort émerge la vie


Vu ce soir MOE  NO SUZAKU film japonais de Naomi Kawase. Renversant.
Pudeur, beauté.



" On ne peut rendre de beauté à l'écran, 
que celle que l'on éprouve..."  

Naomi Kawase.


"MOE NO SUZAKU est un film chaste, calme et gracieux comme un battement de cil. Aucun artifice dans ce film de Naomi Kawase. On y pleure, on y aime, on y souffre, on y meurt en silence. On parle à peine. Pour dire l'essentiel et conjurer le superflu. Le ton est donné dès le premier plan du film se dessine un tableau impressionniste : un plan large sur un massif montagneux encombré de feuillus. 
Le reste du film est à l'image de ce plan-là : la nature rythme les élans de l'âme, calmement, sans esbroufe, avec pudeur et dignité.
L'histoire est d'une simplicité biblique. [...]
MOE NO SUZAKU est un film allégorique et silencieux. Presque une chimère."
(Source : brochure du DVD).


Dur de revenir au quotidien.  Alors...
je pleure et je me dis,
après le silence, le cri, de la nuit :




samedi 26 août 2017

Une histoire de galets * (fin)

*
                 Au-delà
                                                                Du galet
                                 Que tu caresses
                                                                De la main
                                 C'est autre chose
                                                                Que tu caresses
                                 Un 
                                                                Ailleurs
                                 Qui te révèle 
                                                               A toi même

  
 

                                          Vous provoquez
                                                                                  La caresse
                                           Vous appelez
                                                                                   La main
                                            Vous savez jouer
                                                                                   De ses besoins



                                   Quand le regard
                                                                           N'a plus de prise sur vous
                                   Vous êtes toujours là
                                                                            A portée d'un intérieur
                                    Qui s'offre
                                                                            A nous




                                          Le regard
                                                                        S'épuise de vos courbes
                                          Il porte en lui
                                                                        L'ABSENCE



Jean-Pierre Salaün
GALETS
Avec des photographies d'Emmanuelle Mathieu 
Éditions, Cahiers Blanc Silex, 1996

(Poèmes extraits de l'ouvrage. Cliquer sur les images et clic droit pour agrandir.
Non, je n'ai pas volé le galet en forme de cœur sur une tombe, c'est un cadeau, d'un cher ami). 

samedi 19 août 2017

Une histoire de galet (2)

Mardi 15 août 2017.
(Bonne fête maman chérie).

Le temps était propice à la promenade. Il devait y avoir foule de touristes vers les stations fréquentées de la côte. Je n'avais pas envie d'être mêlée au troupeau, j'avais envie de silence ("J'aime tout ce qui s'écrit sur le silence." Paul Quéré). Je pensais alors que c'était un beau jour pour entrer dans un cimetière, pas n'importe lequel évidemment. Depuis le temps que j'avais déposé mon galet là-bas... il avait dû être "lessivé", je voulais vérifier s'il y était toujours.
J'avais trouvé mon lieu de promenade pour ce 15 août. J'y allais. A nouveau, le cœur battant.

Cette fois le portail du cimetière était ouvert. Mes pas crissaient sous le gravier blanc. Mon galet serait-il là? Avec son inscription?
Oui, il était là, bien en vue (je l'avais caché, timidement, le jour où je l'avais déposé) entre les adorables jardinières de la Poèterie mais les pluies avaient eu raison de la jolie phrase (empruntée au poète) que j'avais écrite dessus à l'encre dit, indélébile. Qu'importe, ces mots étaient gravés sur la plaque qui ornait la tombe; ils appartenaient au défunt, à l'artiste Paul Quéré, et à sa famille que je remercie d'avoir laissé le galet, sans inscription mais pas sans mes pensées.




J'étais venue les mains vides, ma visite était impromptue. Puisque mon galet avait été conservé, peut-être serait-il temps, correct, que je me fasse (re)connaître de la famille? J'y songeais. Plongée dans ma rêverie, je remarquais soudain près de la tombe une pierre en granit garnie de petits galets en forme de cœur, protégée par des buis et du lierre. Je ne l'avais même pas remarquée lors de mon précédent passage. Je me penchais sur cette pierre tombale où était gravé un nom et une date, 2007. Elle était bien là la dernière fois. Je trouvais cette pierre d'une infinie poésie. Je ne sais pas pourquoi mais je pensais que c'était une enfant qui reposait là, avec ces petits cœurs. Et si près du poète Paul Quéré, quelle troublante découverte.






Avant de partir, je voulais mettre un peu d'eau dans les jardinières. J'allais bien trouver un point d'eau, il y en a toujours dans les cimetières. Je fis le tour et n'en trouvais pas mais, planqués dans un muret je vis deux jerricans dont un à demi rempli d'eau et je l'empoignais. En revenant vers la tombe je remarquais que nombre d'entre elles étaient garnies de deux, trois tout petits galets, voire d'un caillou. J'aimais ces présences.


Mais là, que vois-je? Ma parole, ce cimetière n'est que pure poésie ! Ici pas de nom, pas de pierre tombale mais un rectangle garni de plantes, délimité par des pierres plates, bien sûr des petits galets bien ronds et sur une stèle se dressant comme un menhir, une photographie : un portrait de femme riant aux éclats. Ne rien dire, juste regarder cette tombe cet adorable petit jardin et cette femme, merveilleuse, une fée* qui me disait à l'oreille : ne prenez pas la vie trop au sérieux.




J'allais arroser les jardinières de la Poèterie et remettre le jerrican en place. Je quittais le cimetière,  émue de tant de poésie, je peux même dire, de beauté. Le ciel était bleu, le Christ et sa croix étaient amputés du bras gauche (les vents de la baie d'Audierne peuvent être très violents).



C'est un petit, délicieux, cimetière. La chapelle était fermée.

Je remontais dans ma voiture, direction la route de la plage, histoire d'entendre gronder l'océan. Des voitures dans les deux sens sur la route très étroite. je comprenais pourquoi. Elles faisaient demi-tour, pas un mètre carré pour une voiture dans les trois parkings archi-pleins, des manœuvres risquées pour faire demi-tour. Quelle idée d'être venue jusque-là... un 15 août!!! Je repartais rapidement sans m'arrêter. Oui, décidément, pour trouver la paix il n'y a que les cimetières qui sont fréquentables le 15 août.

* Rajout le 20 août, 17 h.
J'ai appris aujourd'hui que ce n'était pas une femme mais un jeune homme qui était enterré dans ce "petit jardin". Je le savais que parfois les garçons étaient aussi des fées. 

jeudi 17 août 2017

Stationnement gênant


Ça devient coton de trouver des places pour se garer...




... même sous mes fenêtres !
(Camions de livraisons)



Heureusement que j'ai une place de parking !
Ça pourrait faire mal (^_^)


mardi 15 août 2017

"Les pervers sont de vrais ploucs"



"Depuis que «BullShit» est sorti, je reçois plein de réactions et de témoignages de femmes et d'hommes qui se sont reconnus et je peux vous garantir qu’il n’y a rien de léger ni de glamour dans leurs confessions. Mon message est clair : dès que vous commencez à vous demander ce que vous avez le droit de faire ou non, dans votre couple, dans une relation amicale ou professionnelle, partez! Personne ne doit se laisser dicter ses actes et ses pensées."

Nicole Kranz, BullShit,  éditions Torticolis et frères, 2016.
Ce qui frappe également dans le roman c’est le désintérêt, voire la dureté des parents de Chloé. Comment l’expliquer?

– Simplement parce que le pervers narcissique est un formidable manipulateur. Il mystifie tout le monde, la famille, les amis, les collègues de travail. Il embobine, c’est son talent. Mais le pire, c’est que souvent, les pervers sont de vrais ploucs. C’est un drôle de mélange. Parfois, ils font peur, tellement ils sont intrusifs et menaçants. Parfois, ils font pitié tellement ils sont à côté de la plaque et encombrants. Tout au fond, ce sont de pauvres types.

( Source Le Temps.ch)


mercredi 26 juillet 2017

***

"Certes je ne crois pas que personne puisse comprendre la tristesse qui habite mon âme, je souris, je ris comme tout le monde, mais chaque sourire est une larme de plus qui se concentre dans mon âme jusqu'à ce qu'éclatent ces perles d'amertume sur ces pages où elles restent."

Anaïs Nin, Journal d'enfance.

lundi 24 juillet 2017

Robot footeux







" Il n'y a pas que l'Euro de foot féminin dans la vie: les robots aussi ont droit à une bonne vieille compétition de football, avec ballons, pelouse, supporters et qui sait, peut-être des robots-hooligans? Voyez ici l'équipe d'Australie, qui a gagné la compétition 5 fois d'affilée et va défendre son titre à Nagoya au Japon du 27 au 30 juillet. Je ne sais pas ce qui est le plus surprenant : que des robots jouent au football ou que l'Australie gagne un titre à ce sport dans lequel elle ne brille pas particulièrement avec des joueurs de chair et d'os... ".

AFP

(Source Le Temps.ch)

mardi 11 juillet 2017

L'affiche : un signe graphique exprimant l'idée sans le secours des mots

Quand on vit dans une ville touristique, pourquoi de ne pas jouer à la touriste ?
C'était il y a une semaine...
Je venais de voir une exposition au Musée Départemental Breton, par intérêt (j'ai toujours aimé les affiches des "chemins de fer" et les affiches publicitaires en général) mais aussi pour y trouver un peu de fraîcheur dans les salles climatisées, le temps d'échapper à la chaleur caniculaire. Il y avait peu de visiteurs lesquels, sans doute,  avaient préféré prendre de vrais bains de mer sur la côte, plutôt que de les voir sur des affiches. J'ai photographié quelques affiches mais elles sont ternes, sans flash. On peut les voir, de leurs couleurs plus éclatantes, dans le dossier de presse. Quelques-unes des miennes, tout de même :










(Cliquer sur les images pour lire les textes de André Gide et Max Jacob)

Je m'arrêtais un instant pour regarder par la fenêtre du Musée,
le Quai de l'Odet et les arcades du Café des Arts


Je prenais également les deux affiches ci-dessous car je venais de traverser la semaine précédente les Monts d'Arrée par la route de Brasparts, un jour de brume sous un ciel gris (mais c'était magique et magnifique), avant d'arriver à Saint-Pol de Léon où je passais la nuit, avant d'aller le lendemain jouer au golf de Carantec. Parenthèse finie.
« J'aimerais vous montrer les monts chauves de l'Arrée, les sentiers blancs qui conduisent à des manoirs poignardés, les chemins qui s'enroulent autour des hameaux bleus. C'est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondées, aussi sonores que des gongs »
Xavier Grall, Les vents m'ont dit.


La Suisse en Bretagne? Une toute petite Suisse tout de même !

 

Saint-Pol de Léon, la cathédrale et la chapelle Notre-Dame du Kreisker dont la flèche culmine à 78 mètres.

Mes photos prises sur la route de Brasparts et à Saint-Pol... puis au golf de Carantec (pour finir la parenthèse). 


Le Mont Saint-Michel de Brasparts





Notre-Dame du Kreisker à la tombée de la nuit


Saint-Pol, La Grande Rue vers 23 heures.
Pas un pékin en vue (0_0)
Il était temps que je rentre à l'hôtel.


Charmant hôtel. J'y fis une belle découverte au petit déjeuner le lendemain matin. Sur une étagère, deux tomes du Journal de Marie Bashkirtseff.
Je demandais à l'hôtelier comment il avait déniché ces exemplaires, introuvables. Il me dit : c'est une cliente qui les me les a laissés. Je les ouvrais, les trente premières pages avaient été lues, le reste n'était pas découpé. Je le lui dis, avec ferveur et une certaine émotion. Je lui parlais de Marie Bashkirtseff, que c'était un trésor que lui avait laissé sa cliente. Je n'osais pas lui demander s'il me les vendrait. Je les reposais sur l'étagère... rêveuse.Ils avaient été achetés d'occasion pour 28 euros chacun; c'était écrit au crayon à l'intérieur.





Au putting-green, je prenais ces photos discrètement
en attendant mon départ pour... la compétition.
Vouiiiiiiiiiiii !

Ma dernière compétition remontait à... 25 ans !
Mon score ne fut guère brillant mais un de mes partenaires (partie de 4) jouait comme un Dieu et les deux autres étaient charmant(e)s. Cinq heures pour faire les 18 trous, dont une heure sous la pluie, je ne pensais plus en être capable. C'est fait. 

Revenons à nos moutons notre exposition. En sortant du Musée et sa fraîcheur climatisée, la température extérieure me fit l'effet d'une bombe sur la tête. Bizarrement, je l'occultais, une ambiance de fête régnait sur le parvis de la cathédrale, je me mêlais à la foule des touristes mais pas que, je regardais autour de moi, je levais le nez pour voir les maisons, le ciel, les terrasses pleines, et je sentais cette chaleur lourde; elle ne m'oppressait pas; il y avait dans l'air une palpable légèreté de l'être. Je saisissais ces instants, en rêvant tout de même de fraîcheur maritime. J'étais en ville, en vie, en cet instant c'était là qu'était la vie, c'était là que je devais être. J'en oubliais presque mon hyperacousie, mais pas pour longtemps.


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A propos du Petit Train, je lisais dans la presse cet après-midi...






" [...] désir de grande ville, désir de monde et attente, ce trop-plein d'attente qui vous empoigne et vous imprègne.  La ville comme théâtre de la vie, qui donne à voir et à vivre tout autrement l'activité humaine et la vie dans sa diversité. En ville, on touche d'emblée du doigt la rumeur et le mystère. L'aventure. Parce qu'on y trouve cette diversité. La possibilité du choix. La surprise. "
Paul Nizon, in Le Livret de l'amour, Journal 1973-1979.

Le soir de cette chaude journée j'avais envie de voir la mer; direction la baie d'Audierne. Et je pouvais dire aussi, en ces instants, que c'était là que je devais être.





Plage de Penhors