jeudi 20 avril 2017

The winner is

«Je commençais à me faire à l'idée que si je ne devais jamais gagner un Grand Chelem cela ne serait pas une catastrophe, ma vie était déjà fantastique sans un titre majeur à mon palmarès».


Sergio Garcia (né en 1980), vainqueur du Masters 2017 à Augusta.

Après bien des désillusions, l'Espagnol Sergio Garcia est rentré dimanche dans le club fermé des vainqueurs d'un tournoi du Grand Chelem en s'adjugeant le Masters 2017 au terme d'une duel de haute-volée avec l'Anglais Justin Rose. 
© Le Télégramme (photo EPA)

"Je suis sûr que Seve m'a aidé un petit peu pour certains de mes coups et de mes putts (...) J'ai pensé à lui à plusieurs reprises cette semaine, en particulier ce dimanche", a assuré Garcia, troisième Espagnol sacré à Augusta après Ballesteros (1980, 1983) et Jose Maria Olazabal (1994, 1999).

Seve Ballesteros (1957-2011), Masters 1980 à Augusta
Crédit photo : The Guardian





José Maria Olazabal (né en 1966), Masters 1994 à Augusta



(Eagle sur le trou  n° 15)

lundi 17 avril 2017

Triste lumière


Photo 16 avril 2017
 



Le frêne, photo septembre 2010



Assassins

C'était ma belle route, ce chemin de terre qui venait buter sur la chapelle de Kergornet avant de me conduire à Botzulan. Je le montrais aux amis et aux visiteurs avec une sorte de fierté châtelaine, encore qu'elle appartint à tous puisqu'elle était communale. Ces grosses bêtes jaunes du remembrement l'ont défoncée à jamais. Allez donc savoir pourquoi ! Un ingénieur des Travaux publics en a décidé ainsi, et les talus et les haies sont tombés. Vos gueules les ramures et les oiseaux. Ça doit être ça le progrès...
C'était ma voie royale, ce chemin de terre. Il me disait les ans et les saisons, il tournait, montait, descendait entre les chênes et les châtaigniers. Il riait par toutes les lèvres d'un ruisseau qui courait en sa rigole. L'hiver, il subissait fièrement les assauts du vent. L'été, avec toutes ses ombres portées, il était frais comme l'espace d'une basilique.
C'était ma voie sacrée, ce chemin de terre. Il disait la chapelle portant le houx toujours verdâtre et jeune, cette plante de la Semaine Sainte. Et les cimes de ses vieux arbres étaient comme les bannières en procession. Fini. On a tout rasé.
On pouvait très bien le garder, ce chemin de terre. Simplement pour le plaisir des derniers chevaux, des derniers poètes et des tourterelles. Mais non ! On va le combler. Avec les chênes abattus et les troncs fracassés et les souches. Et on y substituera une route droite, rationnelle, cohérente. C'est cela le fascisme aujourd'hui. Il opère dans le végétal. Au cordeau.
Oui, ma belle route n'est plus qu'un cimetière bouleversé. On a tué ainsi en Bretagne la fantaisie et le charme d'un merveilleux réseau vicinal. La France technocrate n'en a rien à faire. Et c'est tout un testament spirituel que l'on déchire. Et c'est toute une mémoire que l'on moque. 
De la mer souillée  jusqu'aux terres ouvertes, ce monde décidément est plein d'assassins...

4-V-78

Xavier Grall, in Les vents m'ont dit, éditions Calligrammes, 1991.

vendredi 14 avril 2017

"Lisez d'abord les meilleurs livres, de peur de ne les lire jamais." H.D. Thoreau





LETTRE X

Concord, 21 juillet 1852

M. Blake,
Je vais trop stupidement bien ces jours-ci pour vous écrire. Ma vie est presque totalement extérieure, toute de coquille, sans tendre amande, si bien que je crains fort que le récit que je pourrais vous en faire ne soit pour vous qu'une noix à croquer, sans la moindre chair à vous mettre sous la dent. Qui plus est, vous ne m'accaparez pas du tout, et je goûte une telle liberté en vous écrivant que je me sens aussi impalpable que l'air. Je me réjouis toutefois d'apprendre que vous avez patiemment accordé votre attention à tout ce que j'ai dit jusqu'à aujourd'hui, et que vous avez décelé quelques vérités. Cela m'encourage à vous en dire davantage - pas dans cette lettre, je le crains, mais dans un livre que je pourrais bien écrire un jour. Je suis heureux d'apprendre que je suis aussi important pour un mortel que l'est un épouvantail opiniâtre pour un fermier - de fait, je suis une gerbe de paille dans des habits d'homme, agrémenté de quelques morceaux d'étain étincelants au soleil. Comme si je travaillais dur dans ce champ ! Mais si ce genre de vie suffit à préserver le maïs d'un homme, eh bien, celui-ci à tout à y gagner. Je ne redouterai pas vos éloges tant que vous saurez bien ce que je suis, d'une part, et ce que je pense ou entends être, d'autre part. Et surtout tant que vous ferez la distinction entre les deux, car il arrive immanquablement qu'en louant le second, vous condamniez le premier.
[...]

H.D.T.


LETTRE XI

 [Concord, septembre 1852]

M. Blake,
Voici les considérations que je vous ai promises. Vous pouvez les garder, si cela vous intéresse, et les tenir pour des fragments épars de ce que je finirai peut-être par considérer comme un essai plus complet lorsque je me replongerai dans mon journal.
Je vous envoie ces pensées sur la chasteté et sur la sensualité non sans une certaine défiance et une certaine honte, ne sachant si je m'adresse à la condition humaine en général ou si je trahis mes défauts particuliers. Je vous prie de m'éclairer sur ce point si cela vous est possible.

Henry D. Thoreau

DE L'AMOUR

Personne n'a jamais répondu de façon satisfaisante à la question de la nature de cette différence essentielle entre l'homme et la femme qui fait qu'ils sont attirés l'un vers l'autre. Nous devons sans doute reconnaître la justesse du distinguo qui assigne à l'homme la sphère de la sagesse et à la femme celle de l'amour, mais il n'en demeure pas moins qu'aucun des deux n'appartient de façon exclusive à l'une ou l'autre. L'homme dit sans cesse à la femme : Pourquoi ne te montres-tu pas plus sage? La femme demande sans cesse à l'homme : Pourquoi ne te montres-tu pas plus aimant? Il ne leur appartient pas de décider d'être sage ou aimant, car à moins d'être à la fois sage et aimant, il ne peut y avoir ni sagesse ni amour.
La bonté transcendante est une, bien qu'appréhendée de différentes façons, ou par des sens différents. Nous la voyons dans la beauté, nous l'entendons dans la musique, nous la sentons dans le parfum, un palais fin la goûte dans la saveur, et le corps tout entier la ressent dans cette chose rare qu'est la santé.
[...]
[...]

DE LA CHASTETÉ ET DE LA SENSUALITÉ

Le sexe est un sujet remarquable car, bien que nous soyons très concernés par ses manifestations, tant directement qu'indirectement et que, tôt ou tard, il occupe les pensées de chacun, l'humanité tout entière, pour ainsi dire, s'entend à garder le silence à son sujet. C'est, du moins, le plus souvent le cas entre les deux sexes. L'une des caractéristiques humaines les plus intéressantes se trouve plus occultée qu'aucun autre mystère. Elle est traitée avec un goût du secret et une crainte respectueuse qui, de toute évidence, ne conviendraient pas même à une religion, quelle qu'elle soit. Je crois qu'il est inhabituel, même pour les amis les plus intimes, de parler des plaisirs et des angoisses qui vont de pair avec la sensualité, autant que d'ébruiter l'aspect physique de l'amour, ses tenants et ses aboutissants. Les Shakers n'exagèrent pas plus dans leur façon d'en parler que le reste de l'humanité dans sa façon de le passer sous silence. Non pas que les hommes devraient en parler, pas plus que de n'importe quel autre sujet d'ailleurs, sans rien avoir de valable à dire, mais il est manifeste que l'éducation de l'homme vient à peine de commencer - il y a si peu de communication réciproque digne de ce nom.
Dans une société pure, on n'éviterait pas aussi souvent d'aborder le sujet de l'acte sexuel. On l'occulte plus ou moins, davantage par honte que par respect, ou on se contente de l'effleurer. Mais si on le traitait naturellement et simplement, peut-être éviterait-on d'en parler comme d'une chose mystérieuse. Si la honte nous empêche de l'évoquer comment peut-on passer à l'acte? Malgré les apparences, il y entre sans aucun doute bien plus de pureté que d'impureté.
[...]
[...]
Quand il y a impureté, c'est que sans le savoir, nous nous sommes "abaissés pour nous rencontrer".
[...]

Henry David Thoreau, in "Je suis simplement ce que je suis" Lettres à Harrison G.O. Blake, éditions finitude, 2007.


"Plus que jamais, je trouve qu'il n'y a rien à gagner à entretenir un commerce régulier avec les hommes. Cela revient à semer le vent, sans même récolter la tempête, rien qu'un calme et une inertie dépourvus d'intérêt. Nos conversations ne sont qu'interminables spéculations creuses et polies. [...) Tout cela serait plus respectable si, comme on l'a déjà dit, les hommes étaient des Géants du Désespoir, et non des Pygmées désespérés."
4e de couverture.

"Correspondance philosophique? Traité épistolaire? Un peu de tout cela. A la manière des sages de l'Antiquité s'adressant à leur disciple. Ces lettre qui s'échelonnent sur treize ans, constituent un prolongement précieux et inédit à Walden et à La Désobéissance civile, puisque c'est une pensée in progress qui s'y exprime en toute liberté. Elles sont aussi le pendant dynamique de l'immense Journal que Henry David Thoreau (1817-1862) rédigea tout au long de sa vie, sur les conseils d'Emerson. [...]"
Thierry Gillyboeuf (traducteur de l'ouvrage).
 
"Depuis l’adolescence, je suis fermement convaincu que Thoreau est mon allié, mon garde-frontières qui me défend contre les bêtises dont je suis capable, contre l’intempérance absurde de mon caractère qui me pousse à enfourcher le cheval de la vie sans selle ni bride. La leçon essentielle que nous apprend Thoreau consiste à simplifier notre vie, à dire non d’une voix de stentor, et à ignorer les mille âneries qu’on tente de nous imposer."
Jim Harrison : Thoreau, mon allié, mon garde-frontières.


Citation commémorative de Thoreau à Library Way de New York




jeudi 30 mars 2017

Giga






(Cliquer pour agrandir... et clic droit pour afficher et lire. C'est Méga (*_*))


lundi 27 mars 2017

"Aux origines d'un geste libre"

"Lorsque j'avais entre huit et douze ans, j'étais passionné d'astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs." 

"J'aime le noir, c'est ma couleur préférée. Un noir absolu, froid, dense, profond, intense."




Peintre français d'origine allemande (1904-1989) connu pour le style abstrait de ses tableaux, où de puissantes lignes noires, proches de la calligraphie, se détachent le plus souvent sur un fond de couleur uniforme.


(À suivre...)


dimanche 26 mars 2017

"Les vieilles taupes..."

Écouté ce matin sur la RTS


Le père Guy Gilbert au Vatican en 2015
Photo : Andreas Solero/AFP

"Prêtre-éducateur dans la région parisienne depuis plus de 40 ans, Père Guy Gilbert aide quotidiennement des dizaines de jeunes en perdition, dans les rues, dans les banlieues ou dans la bergerie qu'il a restaurée en Provence.
Il est l'auteur d'une quarantaine de livres, dont "Vie de combat, vie d’amour" (éditions Philippe Rey, 2015) qui, derrière la façade rebelle du prêtre au perfecto, montre une personnalité profonde et attachante."(Source RTS : Entre-nous soit dit).
"Les églises où je prêche sont pleines à craquer". (Ça ne m'étonne pas).
Cette interview est truculente, percutante. Quelques perles du Père (mais pour un collier complet écouter cette émission) :

"Pendant la quête, pas de bruit! (Que des billets que des billets que des billets)."

"Une vieille taupe de 50 ans." (0_0)

"Oui, je dis des gros mots... les jeunes ont des gros mots...
J'essaie pendant que je célèbre l'eucharistie - j'aime célébrer l'eucharistie - de ne pas dire de gros mots; parce que les vieilles ça les choquent profondément. Mais enfin... elles s'habituent... elles s'habitueront."
- Un peu comme vous (dit-il à la journaliste qu'il ne déstabilise pas, épatante Mélanie Croubalian)
- Ben oui (lui répond-elle)
- J'ai pris leur langage."

"Quand on dit que la politique c'est le plus haut sommet de l'amour... Mon c.l !" (*_*)

Une heure pour bien commencer la journée avec le Père "bling bling" (?). Ah ah! Les "vieilles taupes" de 50 ans peuvent passer leur chemin.... ou, tendre l'oreille. Ça décoiffe : une bouffée d'air, pendant que la campagne présidentielle s'envenime, se délite... à un mois des élections!

Père Guy Gilbert, Vie de combat, vie d'amour, éditions Philippe Rey, 2015.




lundi 20 mars 2017

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir

Paysages urbains sous un ciel triste et beau




Téléphérique, Brest
(Pour voir les cabines de près et le ciel bleu, c'est ici. Hum!)






Rajout personnel (0_0)

 
Photos prises le 9 mars 2017, dans un état vertigineux
après une manœuvre libératoire.
Ce n'était certes pas le jour pour tester le téléphérique!

(Petit rappel : cliquer sur les images pour, 
agrandir la grisaille ambiante) 


Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire

Elle, est une autre

Ce matin-là, elle prit le sachet posé sur sa table de chevet depuis quatre semaines et le remisa. Rempli de divers médicaments qu'elle avait ingurgités plusieurs fois par jour : anti-vomitif, anti-vertigineux acétylleucine et autres bétahistine, anti-migraineux, anti-maux d'estomac etc, etc., en supportant - mal - les effets secondaires; toutes ces molécules censées améliorer son état ne fonctionnaient plus, ou alors si modestement, qu'elle décida de ne plus rien prendre, comptant sur la énième manœuvre libératoire prévue trois jours plus tard pour remédier  à son état d'ébriété vertigineuse; mais ce geste, pourtant violent, qui s'avérait efficace lors des précédentes crises n'y remédiait plus. Pire Mieux encore, elle décida, ce matin-là - premier jour du printemps sous une pluie fine et un ciel gris - elle décida, elle décida... pfff! elle ne savait plus que décider. L'ORL non plus d'ailleurs! Il levait les bras au ciel avec un sourire compatissant pour parer à sa désespérance lorsqu'il l'accueillait dans son cabinet; elle lui répondait, en levant les bras au ciel. Ce n'était plus son magicien comme elle l'appelait intérieurement, jusque-là. A chaque manœuvre le grand vertige était toujours là, la nausée imminente (mais elle parvenait à la contrôler); il avait beau lui dire à chaque fois : vous n'êtes pas venue pour rien, elle, n'y croyait plus. Il était perplexe, son cas était difficile, il lui prescrivait de nouvelles molécules et même du calcium (0_0), et un médicament qui se terminait en... ium pour ses migraines, qu'elle ne prit pas après avoir lu les effets secondaires de la catégorie " Très fréquemment" (oui, il existe des échelles. Très fréquent = plus d'1 patient sur 10. Fréquent = 10 patients sur 100. Peu fréquent = 10 patients sur 1000. Fréquence inconnue, ceux-là, ces effets secondaires, sont horribles, inconnus quant à la fréquence mais donc pas impossibles; les "très fréquents" suffisaient à la dissuader de prendre cette molécule...ium). Elle préférait poursuivre ses remèdes parfois efficaces pour ses maux de tête, encore un anti.... et poser sur son front brûlant les masques de gel réfrigérés qui ne restaient froids que quelques minutes, absorbant la chaleur de son front en un clin d'oeil, mais elle en possédait plusieurs dans son frigo; durant son petit-dèj elle avait le temps d'en mettre cinq et, oui, parfois, c'était miraculeux.

mercredi 15 mars 2017

"La photographie, c'est la vérité et le cinéma, c'est vingt-quatre fois la vérité par seconde..." (Jean-Luc Godard)

 
Joachim Phoenix, The Master   

"Quelles sont les 5 plus belles scènes de photographies de notre Histoire du cinéma ?"
Réponse dans une superbe réalisation de Luc Lagier à découvrir sur Blow up !



Jean-Luc Godard
(Photo extraite de ce "court-métrage" de 13 minutes)

***





" Et du matin au soir, ils ne parlaient qu'argent, argent. Ou encore travail, travail. Et ils se croient des êtres humains. " 

Eiji Yoshikawa, in La parfaite lumière.


mercredi 8 mars 2017

Le mieux-que-rien

Le secouant et le tenant à bout de bras, je regardais le pantalon que je venais de repasser : c'est mieux-que-rien, me disais-je pas vraiment satisfaite. Je m'interrogeais alors : le mieux-que-rien est-il mieux que le rien? Et me revenaient à l'esprit certaines circonstances  qui, d'évidence, m'obligeaient à conclure que le rien valait mieux que le mieux-que-rien et plus encore que le moins-que-rien !
Attention! Je ne parle pas du presque-rien ni du je-ne-sais-quoi. Quoi que... je-dis-ça-je-dis-rien.

Je remettais le pantalon sur un cintre, je jetais un coup d’œil par la fenêtre, nom de Zeus, il a bien salopé mes vitres avant-hier, je n'y voyais rien. Et là, c'est sûr - vu le temps pourri, les travaux et la gadoue dans mon quartier - c'était mieux de ne rien voir!

(*_*), in Une philosophie à coups de rien*, éditions Saint Sylvestre, collection L'imaginaire, 2017.

* Ne pas confondre avec celle de Marcel Moreau  : Une philosophie à coups de rein, éditions Denoël, 2007, avec qui j'avais passé une enivrante Saint-Sylvestre.
(Tendres pensées vers l'ami qui m'a offert ce livre pour mon anniversaire. Dix ans déjà...).

 

lundi 6 mars 2017

Rendez-vous avec soi


"Trois mois après qu'on eut cessé de se voir, avec Clémence, je lui donnais encore des rendez-vous. Mais je ne l'en informais pas, ça me paraissait plus sûr. Avertie d'un lieu, d'une date et d'une heure, elle ne serait probablement pas venue, et j'en eusse davantage souffert, sans doute, que dans le cadre de mon petit arrangement, où je ne pouvais guère lui en vouloir de ne pas me retrouver.

C'était d'ailleurs mon idée première. Ne pas lui en vouloir. J'avais assez accumulé de griefs contre elle, de notre vivant, pour ne pas en ajouter maintenant qu'à ses yeux je n'existais plus. Je la voulais, dans l'absence, d'une angélique pureté, et, comme je n'avais plus d'intérêt dans l'affaire qui trois mois plus tôt nous liait encore, je me sentais absolument libre de la respecter et de la chérir. Je l'eusse aidée, le cas échéant, si elle avait eu besoin de moi. Mais, puisqu'elle n'avait pas besoin de moi, j'étais, en un sens, d'autant plus disponible, délivré de ce qui eût pu se manifester chez elle tantôt sur le mode de la prière, tantôt sous la forme de la réprobation. Bref, maintenant qu'elle n'était plus dans ma vie, je pouvais tranquillement me consacrer à elle.

J'allai à notre premier rendez-vous un jour de printemps, en fin d'après-midi, de façon qu'elle pût s'y rendre après la fermeture de l'agence où elle travaillait. Il n'y avait personne quand j'arrivai, à la table que je nous avais assignée, et je sus ainsi qu'à tout le moins elle n'était pas en avance. Après quoi, j'appris qu'elle n'était pas à l'heure. Je décidai enfin, une vingtaine de minutes plus loin, qu'elle était en retard. Et je commençai à l'attendre pour de bon.

Je dus attendre vingt minutes encore pour considérer qu'elle était très en retard. Au-delà, comme elle ne paraissait toujours pas, je me mis en tête qu'elle s'était trompée de jour, et pris la décision de rentrer chez moi.

J'y avais rendez-vous, cette fois, avec moi-même. Mais, n'étant pas sûr de m'y retrouver, je traînai. J'arrivai donc à mon tour en retard, et, avant même de pousser ma porte, j'en connus la sanction comme j'abordais, au sortir du métro, les rues trop calmes de mon quartier : tout était fermé, et je n'avais pas chez moi de quoi dîner de façon décente. Je ne voulais néanmoins pas ressortir pour dîner à l'extérieur. Je déteste dîner seul à l'extérieur. Seul chez moi aussi, du reste. Mais, chez moi, il n'y a que moi pour le savoir. Ça m'aide."
Pages 7-8-9.
Christian Oster, in Les Rendez-vous, éditions de Minuit, 2003.


Et toujours cette jubilation (éprouvée également avec les romans de Jean-Philippe Toussaint) lorsque je lis les romans de Christian Oster. On peut l'écouter (ci-dessous) invité de l'émission Du jour au lendemain de Alain Veinstein (encore une voix de la nuit que j'aimais particulièrement), en 2013, pour son roman En ville, dont j'ai parlé ici.


 

dimanche 5 mars 2017

***

Il faut du courage pour téléphoner à ceux qui vont mal,
surtout quand ils sont détestables (*_*)


 Hello Donald? I'm listening to you...
Do you hear the birds?
Tweet tweet tweet...

(AP Photo/Steven Senne, Tuesday, Aug. 23, 2011) 


mercredi 1 mars 2017

"Le micro est là pour tout entendre de l'intime" Jean-Louis Jacopin, une voix qui restera...




Jean-Louis Jacopin (1946-2017)

"La voix est cette partie de soi qui, point de non retour, marque dans sa mue, la perte de l'enfance. L'entendre, la comprendre, l'écouter, la travailler, lui donner corps, lui reconnaître son corps, dans l'intimité ou sur les scènes, c'est tenter de garder du corps sous les artifices."
Jean-Louis Jacopin, Voix d'acteurs.



Jean-Louis Jacopin, je viens de l'apprendre, est mort ce dimanche 26 février. Dans sa biographie, on peut rajouter ses lectures dans les Chemins de la philosophie.
Pour lui rendre hommage, Adèle Van Reeth a proposé ce matin (d'une voix très émue) la réécoute de ce texte de Albert Camus, lu par Jean-Louis Jacopin dans les NCC le 1er septembre 2015.
Pour l'entendre, c'est à partir de la minute 48:26. A l'écoute, avec la voix de Jean-Louis Jacopin, le texte donne à "entendre l'intime".




 

Le texte, ci-dessous :
"Beaucoup affectent l’amour de vivre pour éluder l’amour lui-même. On s’essaie à jouir et à faire des expériences, mais c’est une vue de l’esprit. Il faut une rare vocation pour être un jouisseur. La vie d’un homme s’accomplit sans le secours de son esprit avec ses reculs et ses avances, à la fois sa solitude et  ses présences. A voir ces hommes de Belcourt qui travaillent, défendent leurs femmes et leurs enfants et souvent sans un reproche, je crois qu’on peut sentir une secrète honte. Sans doute, je ne me fais pas d’illusions.
Il n’y a pas beaucoup d’amour dans les vies dont je parle, je devrais dire qu’il n’y en a plus beaucoup. Mais du moins, elles n’ont rien éludé. Il y a des mots que je n’ai jamais bien compris, comme celui de péché. Je crois savoir pourtant que ces hommes n’ont  pas péché contre la vie, car s’il y a un péché contre la vie  ce n’est peut-être pas tant d’en désespérer que d’espérer une autre vie et se dérober à l’implacable grandeur de celle-ci. Ces hommes n’ont pas triché. Dieux de l’été, ils le furent à vingt ans par leur ardeur à vivre, ils le sont encore, privés de tout espoir. J’en ai vu mourir deux ; ils étaient pleins d’horreur, mais silencieux. Cela vaut mieux ainsi. De la boîte de Pandore où grouillaient les maux de l’humanité, les grecs firent sortir l’espoir après tous les autres comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant. Car l’espoir, au contraire de ce qu’on croit équivaut  à la résignation. Et vivre c’est ne pas se résigner."
Albert Camus, in Noces.
Mes recherches m'ont amenée vers cette étude des Voix d'acteurs, par Jean-Louis Jacopin. Extraits :

"Il est des auteurs impitoyables pour ce travail vocal parce que leur écriture, conçue spécifiquement pour le théâtre, c'est-à-dire, pour être dite à un moment précis, dans une situation précise, ne demande rien d'autre, justement, que d'être dite. Je pense ici à H. Pinter mais surtout à celui qui a poussé à son extrême cette ascèse du mot : S. Beckett. Pour jouer ces auteurs (je parle essentiellement du travail vocal), il ne faut rien faire. Qu'est-ce que cela veut dire ? Tout simplement qu'il faut émettre les mots pour ce qu'ils sont : sans tristesse (ne pas baisser la voix), sans romantisme (ne pas traîner les voyelles, ne pas trop les ouvrir, un "a", pas un "â"), sans violence (ne pas fermer trop brutalement les phrases), sans joie (ne pas finir avec la voix trop en l'air), sans neutralité (ne pas éteindre, étouffer sa voix, garder l'énergie de la profération), etc..., on voit à quelles contraintes (seules garantes de liberté de jeu), il faut s'astreindre pour tenter de se rapprocher au-delà des désirs de l'auteur, de sa démarche, de sa marche. Arriver à parler simplement, telle est peut-être la spécificité du travail de l'acteur contemporain."
[...]
Quand il n'y a pas d'image ? Je veux parler de la radio, comment cela se passe-t-il ? Supposons une émission sur Marcel Proust à France Culture. Enfermé dans le studio, le comédien voit le réalisateur, le producteur (celui qui est à l'origine de l'émission, qui en propose les thèmes, qui choisit les textes...) et le technicien dans la régie, de l'autre côté de la vitre. Il les voit parler entre eux, s'affairer autour des magnétophones (et aujourd'hui, de l'ordinateur), rire ou s'interroger mais il ne les entend pas. La première fois cette solitude capitonnée peut se vivre comme une véritable exclusion. Devant lui le micro. Parfois on lui donne un casque pour qu'il entende sa propre voix au cours de l'enregistrement. Cette expérience est toujours difficile à ses débuts car le comédien entend, avant même d'avoir commencé, sa respiration, parfois les battements de son cœur, sa déglutition, le bruit de sa salive, tous ces insupportables clichements qui sont pour la qualité de l'enregistrement autant de parasites qu'il va falloir maîtriser. Maîtrise donc du corps intérieur, celui de l'écorché dont j'ai déjà parlé qui, au passage, vient de s'enrichir de quelques nouveaux éléments. A ces parasites internes, il faut rajouter tout mouvement intempestif trop bruyant, tout bruit de pages qu'on tourne, toute sifflante trop prononcée, toute explosive trop forte (ces attaques de phrase par un B ou un P !), toute chuintante trop mouillée, bref tout ce qui, partout ailleurs ne pose pas de problème parce que l'image et le mouvement gomment les imperfections au bénéfice de l'action qu'on voit. A la radio, on ne voit que ce
qu'on entend. Il faut que "l'image sonore" soit absolument parfaite pour que toutes les images qu'elle évoque, puissent comporter tous les défauts que l'auditeur souhaitera donner à sa rêverie.
[..]
Quand le comédien joue, à la radio c'est avec et de sa voix. C'est comme si son être tout entier implosait pour se retrouver dans le son qu'il émet. Il faut quand sa voix vibre et parle, que le comédien accepte d'être ailleurs. C'est-à-dire partout où il n'est pas. Là où d'autres l'écoutent.

Jean-Louis Jacopin, Voix d'acteurs. 

(A propos de la lecture à la radio, texte Voix d'acteurs à lire à partir de la page 12).
J'ai un grand regret : n'avoir aucun enregistrement des voix de mes chers disparus. Et leur voix est la seule chose -d'eux - dont je ne parviens pas à me souvenir. Parfois, je regarde leurs photos, longtemps. Tout me parle, leur regard, leur sourire, leur sourcils froncés, leur air surpris, étonné, leur attitude, leur façon d'être; je peux les voir bouger et presque les toucher comme s'ils étaient là près de moi. Mais-je-n'entends-pas-leur-voix, je ne me la remémore pas. Aujourd'hui, nous prenons des vidéos sans arrêt, les photos d'antan (irremplaçables quand on les caresse de nos mains) sont maintenant des petits films. Reflètent-ils toujours la réalité des êtres? Oui, s'ils ne savent pas qu'ils sont filmés sinon, ce sont des acteurs, des comédiens que nous filmons, surtout quand il s'agit d'enfants. 
Ce qui est étrange, c'est que j'entends, telle qu'elle est, la voix des êtres aimés, des proches encore en vie, quand je pense à eux en leur absence. J'ai le son, l'intonation de leur voix dans l'oreille.
Les morts emporteraient-ils leur voix avec eux? Dépêchons-nous d'enregistrer celle de nos chers amis.


lundi 27 février 2017

Plutôt mourir debout que de vivre à genoux

Hier, dimanche.
J'étais là, sous le ciel gris, dans l'air humide, légèrement frissonnante, dans un état fébrile. Il n'y avait personne sur le petit parcours. Le vent faisait larmoyer mes yeux encore plus que d'habitude, au point que parfois -pour ne pas dire à chaque coup - je voyais à peine la balle que j'allais taper. Personne - qui aurait pu me voir ce midi - n'aurait pu imaginer que je tenais tout juste debout et que, ce que j'essayais de surmonter c'était encore ces vertiges qui me tourmentaient depuis samedi matin. Surmonter aussi l'abattement, la solitude. Se révolter, se battre pour ne pas se laisser abattre ("Plutôt mourir debout que de vivre à genoux" L'Homme révolté, A. Camus). J'avais mis mon collier cervical pour conduire et je l'avais gardé pour jouer, m'empêchant ainsi de tourner la tête.  
Tout allait si bien depuis cinq semaines (du moins du côté des vertiges, pour le moral c'était autre chose)  et particulièrement depuis une semaine, mon jeu s'améliorait. Vendredi soir j'étais, sinon heureuse, revigorée. Je fis même ce billet sur "l'âne et le poney", assez tard, sans qu'aucune sensation vertigineuse ne s'installât, si ce n'était celle que m'inspirait Gena Rowlands.  
J'étais là ce matin pour tenter de relever le défi que je m'imposais : ne pas avoir plus de vertiges en jouant au golf que si j'étais restée sans bouger assise sur mon canapé à essayer d'occulter ce tournis, d'alléger cette tête si lourde quand la crise s'installe. Je ne jouais pas très bien, je marchais lentement. J'étais au fond du trou parcours lorsque je vis passer une voiture au loin... allant vers le parking du grand parcours...
Puisqu'il n'y avait personne, je remettais une ou deux balles quand je ratais mes coups mais je ne pouvais pas faire un plein swing, j'avais peur de déclencher un vertige rotatoire, celui qui me donne envie de mourir sur le champ. Je me rappelais soudain que j'avais oublié de mettre ma médaille autour du cou. J'avais des larmes plein les yeux mais je ne pleurai pas - du moins, pas en cet instant. Je terminais le parcours, fatiguée mais avec l'impression d'être moins vertigineuse. Mes chaussures étaient crottées, j'allais les nettoyer près du club house.
Ouf! dans ma voiture le larmoiement s'arrêta, je jetais un coup d’œil dans le miroir, mon rimmel waterproof n'avait pas fait de dégâts, simplement il n'y en avait plus "c'est l'dégel des amants/jolie môme" (pourquoi m'obstinais-je à en mettre pour venir au golf? Encore cette illusion de meilleure mine avec que sans), j'insérais Glenn Gould dans mon lecteur. Je me suis mise à rire : des images amusantes, improbables, me passaient par la tête. Je roulais doucement, sur mon chemin pas trop de croisements m'obligeant à tourner la tête. Tout allait bien. Ma tête était droite, quelques tensions cervicales, l'équilibre était précaire mais cette crise ne me laissait pas clouée, prostrée comme il arrive parfois. Je "positivais" (je déteste ce verbe ridicule), et puis, peut-être que quelqu'un pensait à moi...

Les hivers se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Malheureusement et, heureusement. J'avais alors une énergie - mue par un sentiment amoureux - que je n'ai plus. Un an de plus n'arrange rien, l'énergie s'essouffle; les années pèsent de plus en plus lourd, en un an on en prend le double voire le triple; pour certain(e)s les kilos prennent la même ascension, pour d'autres c'est la descente sur la balance. Mmm!

Hier, malgré les vertiges, je postais ce billet, pour faire diversion. Écrire ici - n'importe quoi -, un moyen de ne pas rester fixée sur cet état, déprimant.




"Le sujet de l'inconscient ne touche à l'âme que par le corps" (Lacan)

samedi 25 février 2017

Hello everybody

(*_*)


(Statistics : a drop of water in the web ocean)
(Clic to larger image)

How are you American readers my friends ?

Thank's a lot to you to blow (detonate? explode? (0_0)) my statistics.

My english langage is very bad but my mind is all right. 

Best regards***

Hi!
 

vendredi 24 février 2017

Allez, courez, courez en liberté!

Retour sur image. Souvenez-vous... le 11 février *** les ânes

Vérification faite hier  : Ils étaient toujours là.
Je ne m'étais pas complètement trompée!
Je me suis renseignée auprès du "propriétaire", en fait, il y en a un de chaque espèce : un âne et un poney.


Toujours aussi triste de les voir plantés là. J'aurais bien fait comme la merveilleuse Gena Rowlands dans le merveilleux film que je viens de voir de, et avec le merveilleux John Cassavetes : Love Streams (1984). Oui oui, trois fois merveilleux, dix fois cent fois merveilleux. Gena Rowlands me bouleverse dans tous les films de Cassavetes. Quand elle emmène les poneys chez elle, c'est moi qui les emmène. Je suis une femme sous influence, je suis aussi toquée qu'elle. Ô ce sourire, cet instant de bonheur éphémère, quand elle les voit galoper dans la nature, vers la liberté. J'ai capturé ces scènes parce qu'elles ont à voir avec la bienveillance que je porte aux animaux et à leur liberté mais, évidemment, ce n'est pas le sujet principal du film.















 (Captures d'écran)


Je ne savais pas que ce film était ressorti en salles (sans doute à Paris), je l'ai vu en DVD. Love streams, en français traduit par Torrents d'amour. Dans le film, Gena Rowlands (Sarah) parle plutôt d'un flux qui ne s'arrête jamais, incontrôlable, de l'amour. Et le bel, le fol amour de ce film c'est celui de ces deux êtres : Robert et Sarah. Elle, fragile et toquée, paraît folle aux yeux des autres, mais cette folie n'en est pas, elle n'est que ce torrent d'amour qui ne tient qu'à un fil (comme celui du funambule) pour ne pas tomber dans l'abîme le plus profond. C'est beau, c'est tendre, c'est violent, c'est cruel, c'est doux. Ce sont tous ces sentiments, renversants, qui bouleversent dans Love Streams. 

"Cinq ans avant de mourir d’un cancer, John Cassavetes signait son ultime film. Ours d’or à Berlin, jamais repris en France depuis sa sortie, Love Streams est la quintessence de l’art cassavetien : beaucoup de passion et de travail.
LOVE STREAMS
avec lui-même, Gena Rowlands, Seymour Cassel, Diahnne Abbott
En 1984, Love Streams remporte l’Ours d’or au Festival de Berlin. Pour tous les cinéphiles, la cause est entendue : depuis vingt-cinq ans et son premier film (Shadows), John Cassavetes, avec sa belle gueule et son enthousiasme communicatif, incarne presque à lui tout seul le cinéma indépendant américain."

[...] Pourquoi les gens que vous aimez ne vous aiment-ils pas forcément ? Elle ne monnaie rien, Sarah, l’amour qu’elle éprouve pour les autres est un torrent pérenne. De l’autre côté, il y a Robert (John Cassavetes), un très riche écrivain accro à la débauche, qui héberge des prostituées dans sa grande maison (celle de Cassavetes, souvent vue dans ses films).[...] Que sont-ils l’un pour l’autre ? On l’apprendra bientôt. A vrai dire, c’est important et, en même temps, ça ne l’est pas tellement. L’important, c’est que Sarah et Robert sont deux âmes égarées qui se régénèrent l’une auprès de l’autre, parce que l’amour qu’ils se donnent est gratuit, n’attend rien en retour. Soudain, le film prend une autre tournure, devient troublant, presque gênant. Cet homme et cette femme, ces personnages, forment un couple qui se confond avec le couple que formaient Cassavetes et Rowlands dans la vie. Il y a entre eux un flot continu d’on ne sait trop quoi, qui dépasse le sexe et l’amour, et qui ne s’éteindra jamais, même s’ils se séparent physiquement."
(Source Les Inrocks, 1984)

"Comme toujours chez lui [Cassavetes], les êtres se déchirent dès lors qu'ils se caressent, la douceur se mue en violence, et l'effroi est de tous les plans. Peur de vieillir. Peur de mourir. Peur de se retrouver seul aussi : un soir d'orage, coiffé d'un chapeau de paille ridicule, Robert contemple, éperdu, sa maison envahie par les animaux que lui a achetés sa sœur, sa cinglée de sœur qui s'en va, elle, telle une héroïne de Tennessee Williams, vers une autre vie, vers un nouvel espoir qui sera forcément déçu." (Télérama).