lundi 20 février 2017

Liberté de penser, liberté de vivre et de mourir comme il nous plaît

Ferney, 4 mai 1772.
"Il faut bien,  Monsieur, que chacun fasse son testament ; mais vous vous doutez bien que celui qu’on m’impute n’est point mon ouvrage. L’Ancien et le Nouveau Testament ont fait dire assez de sottises, sans que j’y ajoute les miennes. Mes prétendues dernières volontés sont la production d’un avocat de Paris, nommé Marchand, qui est le loustic du barreau. C’est une espèce de cible qui fait rire quelquefois par ses plaisanteries. J’espère que mon vrai testament sera plus honnête et plus sage. Le malheur est qu’après avoir été esclave toute sa vie, il faut l’être encore après sa mort. Personne ne peut être enterré comme il voudrait l’être. Ceux qui seraient bien aises d’être dans une urne sur la cheminée d’un ami, sont obligés d’aller pourrir dans un cimetière ou dans quelque chose d’équivalent ; ceux qui auraient envie de mourir dans la communion de Marc-Aurèle, d’Epictète et de Cicéron, sont obligés de mourir dans celle de Calvin s'ils sont à Genève et dans celle du Pape s'ils sont à Rome. J’avoue que, depuis quelques années, on meurt plus commodément qu’autrefois vers le petit pays que j’habite ; la liberté de penser s’y établit sensiblement comme en Angleterre. Il y a des gens qui m’accusent de ce changement ; je voudrais avoir mérité ce reproche, depuis Constantinople jusqu’à la Dalécarlie. Il est ridicule et horrible de gêner les vivants et les morts. Chacun, ce me semble doit disposer de son corps et de son âme à sa fantaisie. Le grand point est de ne jamais molester ni le corps ni l’âme de son prochain, à supposer que ce prochain ait une âme. Notre consolation, après notre mort, est que nous ne saurons rien de la manière dont on nous aura traités. Nous avons été baptisés sans en rien savoir ; nous serons inhumés de même. Le mieux serait peut-être de n’avoir point reçu cette vie dont on se plaint si souvent, et qu’on aime toujours ; mais rien n’a dépendu de nous. Nous sommes attachés, comme dit Horace, avec les gros clous de la nécessité, […]".
 
Lettre de Voltaire au Père Théophile-Imarigeon Duvernet, Abbé Duvernet – 4 Mai 1772 au Château Ferney.

(Source NCC, émission du jour)





vendredi 17 février 2017

Un pianiste alpiniste

J'apprends à l'instant (19 heures), par France Musique, que Maurice Vander est mort hier. Qui connaît Maurice Vander? Les passionnés de jazz.
J'avais posté cette vidéo... un jour.



«A Vander, pianiste alpiniste, soufflant la brûlure glaciale de ses millions de doigts sur les cimes classiques de son clavier Mont-Blanc», ainsi Claude Nougaro rendait-il hommage au talent vertigineux de Maurice Vander, du temps où il se produisait en trio de jazz." 
(A lire ici : Duo d'étoiles)

mercredi 15 février 2017

***

Le golf est le sport des stars. Hum!

Superbe finish!

(Photo de Laurent Cayla, tirée de son livre «Céline au-delà de l'image»)

"À part chanter, Céline a deux passions. Sa passion «rationnelle» est le golf, qu'elle pratique depuis les années 90. Dans son autobiographie, elle raconte que le golf [...] a changé sa vie. Céline explique que c'est une discipline qui exige contrôle, détermination, rigueur et équilibre. En plein son genre. Rappelons que le couple Dion-Angélil possède le club de golf  Le Mirage, à Terrebonne." 
(Source Média, Québec) 

Quelques années plus tard... 
le look est étrange mais le swing est toujours impeccable.





lundi 6 février 2017

Oceania

Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.


Paul Verlaine

(La femme qui m'apparaît en lisant ce poème, c'est cette femme : elle est si belle Oceania). Plus de six ans, déjà...).

dimanche 5 février 2017

Clair-obscur énième

Dimanche 5 février 2017.

Matin.

Ecouté cette émission (deux heures) hier et aujourd'hui. Me suis régalée. Quelle liberté cette femme. Il y a des moments à se tordre de rire quand elle parle du corps des hommes. Il faut dire que la situation de ce qu'elle raconte (avec Paul Guimard, qui n'était pas encore son mari) est vraiment cocasse. Rarement entendu des mots aussi directs, aussi crus. Elle l'a fait dans ses livres - notamment Les vaisseaux du cœur - mais les entendre ainsi dans une émission de Charles Sigel (pas du tout déstabilisé par ses propos, un homme délicieux, d'une grande élégance), j'ai vraiment éclaté de rire. Peut-être faut-il attendre d'avoir 86 ans pour être aussi libre?
 
Après-midi.

En sortant de la médiathèque le ciel était sombre. 
C'était la première fois, je crois (je ne suis plus sûre de rien), que je venais à la médiathèque un dimanche après-midi. Beaucoup de parents, avec des enfants sur les consoles de jeux vidéos, ou courant dans les allées. Ambiance agitée, on dira vivante mais un peu soûlante. J'ai vite fait mes recherches, cette agitation me fatiguait. De plus, les ouvrages que je recherchais étaient tous, malheureusement, sur des étagères au ras du sol. Après une tentative pour attraper un livre, j'ai senti un vertige en baissant la tête. Laissé tombé. Je venais déjà d'attraper à l'étage au-dessus un DVD, également sur l'étagère au ras du sol, un Cassavetes : Love Streams, avec Gena Rowlands; et un Kiarostami (à bonne hauteur) : Le Goût de la Cerise.  J'étais dans les rayonnages des Correspondances et Journaux intimes. Je me suis dépêchée de prendre, un peu au hasard, un ouvrage à hauteur de mes yeux pour vite me remettre d'aplomb : Journal particulier de Paul Léautaud. Je ris, en pensant à mes choix...
Je rentrais à pieds, au pas de course, avant que le ciel me tombe sur la tête. Le vent était glacial. Arrivée à 50? 100? mètres de chez moi, de grosses gouttes commençaient à tomber; je n'avais pas pris de parapluie. Alors je me mis à courir, dans la rue pavée, - attention à ne pas te casser la binette me dis-je -, une averse de grêle se pointait. J'eus le temps d'ouvrir ma porte d'entrée et d'être à l'abri. Ouf! Un mur oblique de grêlons s'abattait sur le toit de zinc.
Je montais rapidement l'escalier, me fit un thé pour me réchauffer. J'avais une petite faim, je grignotais un financier. L'averse de grêle fut brève. Le soleil se leva aussitôt et éclaira un morceau de ma bibliothèque. Il était 17 h 20. J'adorai voir ce clair-obscur, une fois encore.


Ce fut un dimanche plein de rêveries, de pensées sans matière, disons qu'il n'y avait rien qui pouvait me donner à penser, particulièrement. Pourtant, je pensais un peu aux quelques mots échangés hier, rapidement, avec un ami. Que signifie d'ailleurs cette expression : il y a matière à penser. Et voilà, ce n'est pas un hasard si je tombe là-dessus.

vendredi 3 février 2017

Il aurait pu dire : parce que c'était lui, parce que c'était moi





Je reviens donc sur ce Caravaggio (1986) de Derek Jarman que j'ai trouvé superbe d'un point de vue pictural, une suite de tableaux extraordinaires sur l'écran, la peinture en clair-obscur et "la vie passionnée du peintre lombard Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit "Caravage" ou "Le Caravage" (1569-1609), protégé du Cardinal del Monte.
Jarman s'intéresse au triangle amoureux entre Caravage, Lena et Ranuccio.
Le film a reçu un Ours d'argent pour sa conception visuelle lors de la Berlinale en 1986.

Dans le coffret DVD (qui contient également un autre film de Derek Jarman, Wittgenstein et, c'est d'ailleurs ce titre qui avait attiré mon attention, étant depuis longtemps intéressée par ce philosophe (Ludwig) que j'avais eu envie de découvrir après avoir lu Le Neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard (ce "neveu" étant en fait Paul, le frère de Ludwig))....
(Sur ces deux films, lire critikat, un condensé bien mieux résumé que le bla-bla-bla que je pourrais en dire... et que je vais dire. Tsss!)
 ... dans ce coffret donc,  il y a un petit livret avec une interview exclusive de Derek Jarman. Quelques extraits :

"Tout a commencé en 1978, au cours d'une projection privée, lorsqu'on m'a demandé si tourner un film sur Caravage m'intéresserait. Je n'avais pas de notions très étendues sur ce sujet si bien que Nicolas Ward-Jackson, le marchand d'art, producteur du film, m'a envoyé quelques livres le jour suivant et passé commande du scénario. Je suis allé deux mois à Rome [...] et j'ai écrit le tout premier scénario de Caravaggio. A compter de ce moment-là, les versions se sont succédées [17 au total], envisageant toutes les directions possibles."
[...]
"Lorsque j'ai eu l'idée de ce film, très peu de gens savaient qui était Caravage. Pour ma part, je connaissais son nom, je pouvais aussi lui associer quelques œuvres, mais je ne savais rien de sa vie lorsque je me suis lancé dans cette entreprise. [...]
Aujourd'hui [en 1985], tout le monde connaît Caravage, en a entendu parler et songe (du moins je l'espère) à aller faire un pèlerinage esthétique à Rome pour contempler sa peinture. Je l'espère, dis-je, car son œuvre picturale est tout à fait extraordinaire et admirable, ce dont on ne se rend pas vraiment compte lorsqu'on n'a sous ses yeux que des photographies de ses peintures. (...) Il ne s'agissait pas pour moi de filmer une biographie fidèle de Caravage, de faire un documentaire. Il s'agissait de mettre en valeur, de reproduire des éléments reflétant sa/ma vie et ses/mes propres expériences, et de les mettre au premier plan. (...) J'ai montré Caravage comme faisant partie de la haute société. Il s'exprime dans la vie privée d'une manière toujours très polie. Je n'ai pas voulu en faire un rebelle. Mon Caravage doute de lui-même et de son œuvre. Et je l'ai fait en connaissance de cause, car cela reflète probablement ma propre situation. (...) La vie tourmentée du Caravage aurait pu être un bon prétexte pour réaliser un film plein de fureur. Le Caravage a été honni par la presse à scandale de l'époque parce qu'on le considérait comme un meurtrier, comme un homme monstrueux. [...] Dans ce contexte, ses peintures ne sont pas aussi violentes qu'on a bien pu le dire. Elles sont même paisibles. Ce mythe d'un Caravage voyou et impétueux dont les peintures seraient sanglantes trouve écho dans la façon arbitraire dont les censeurs voient mon œuvre. Caravaggio a été interdit aux moins de 18 ans parce-qu'il-est-réalisé-par-Derek-Jarman."

"La sexualité de Caravage, bien sûr, est affaire de supposition, mais je pense qu'il ressort de toute évidence de ses œuvres qu'il était homosexuel. Il se peut que les licences que notre récit prend avec l'histoire du personnage de Tomasoni relèvent du mythe. Pourtant, je pense qu'il est possible de tirer de ce mythe une leçon, même si c'est une leçon fragile issue de mon propre travail.
Caravage a signé sa Décapitation [Décollation] de Saint Jean, sa seule toile signée connue, à l'endroit précis du tableau où coule du sang. Sur le plan émotionnel, c'est un choix d'une incroyable puissance. Cette signature n'a d'ailleurs été découverte qu'à l'occasion de la restauration du tableau."






Derek Jarman, le cinéaste, metteur en scène, réalisateur, a choisi pour interpréter le Caravage, Nigel Terry (1945-2015) qui ressemble il est vrai au portrait de Caravage, que j'ai reproduit dans mon précédent billet




Nigel Terry, Michelangelo Merisi, dit Caravage

Nigel Terry, décédé en avril 2015 est surtout connu pour son rôle dans Excalibur : le Roi Arthur. Lors de mes recherches, je n'ai guère trouvé d'articles sur cet acteur faisant mention de sa magnifique interprétation dans celui de Caravage. Ceci pourtant, dans Le Figaro, après sa mort:
"En 1986, il joue le génial et fantasque peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio dit Le Caravage dans le film Caravaggio de Jerek Jarman. En 1991, toujours sous la direction du même réalisateur, il campe Le baron Mortimer, l'amant de la Louve de France, la reine Isabelle d'Angleterre et fille de Philippe le Bel dans Edward II. On le retrouve en 1992, au côté de Marlon Brando et Catherine Zeta-Jones dans Christophe Colomb : la Découverte de John Glen"

Le Figaro écrit Jerek Jarman au lieu de Derek Jarman et, je ne vous dis pas les erreurs de dates, de noms que j'ai pu noter sur différents sites au cours de mes recherches. Il faut vraiment vérifier ses sources. Peu d'articles également sur ce film qui n'est même pas toujours mentionné dans la filmographie des acteurs-interprètes.

A propos du choix des acteurs, ce qu'en dit Derek Jarman :

"J'ai toujours pensé que Nigel Terry ressemblait étrangement à Caravage. Mais ce n'est pas parce qu'il lui ressemblait que je l'ai d'abord choisi. C'était juste une raison de plus. J'ai choisi les autres acteurs à mesure qu'ils venaient me rendre visite. [...] J'ai choisi les gens qui me semblaient avoir une sorte d'indépendance, qui exprimaient un sentiment d'insatisfaction vis-à-vis de leur carrière théâtrale, et qui avaient des idées bien arrêtées et tranchées sur leur situation en dehors du monde du théâtre. J'ai aussi sélectionné des gens qui avaient des visages fascinants."
(Textes extraits d'un entretien réalisé au National Film Theatre en 1985 quelques jours avant la sortie du film en salles en Angleterre).



Dexter Fletcher , Caravage jeune
 




Sean Bean, Ranuccio Tomasoni

"Shaun Mark Bean, plus connu sous le nom de Sean Bean, est un acteur britannique de cinéma et de télévision, né le à Sheffield, au Royaume-Uni. Après avoir été diplômé de la Royal Academy of Dramatic Art, il fait en 1983 ses débuts professionnels au théâtre avec Roméo et Juliette."



Spencer Leigh, Jerusaleme sourd-muet qui restera 
le fidèle compagnon de son maître Caravage, qu'il vénère.

L'actrice Tida Swinton (née en 1960) est magnifique. Elle avait 23 ans lors du tournage, commencé en 1983. 


Nigel Terry et Tina Swindon, Lena

Dans le bonus du DVD,  (sorti en 2007) elle parle du film, du tournage et, du charisme de Derek Jarman. Selon Tida Swinton, les films de Derek "racontent une même histoire, la sienne".






"Tilda Swinton a étudié à la West Heath Girls' School [...]. Diplômée de l'Université de Cambridge en sciences politiques et sociales, elle intègre la Royal Shakespeare Company en 1984, qui la lance sur la scène théâtrale."
En bonus également une interview, passionnante, du décorateur Christopher Hobbs qui explique qu'il aura fallu sept ans pour mener à bien le projet de ce film, réalisé en studio, le budget étant trop limité pour le tourner en Italie. Nicholas Ward-Jackson (le marchand d'art et producteur du film) a tenté quelques contacts pour tourner dans de grands palaces italiens, sans succès, cela dépassait leur budget.. Il a fallu à Jarman une ingéniosité extraordinaire, un travail immense pour faire ce film, en studio.

Quelques captures du film Caravaggio ci-dessous
qui m'ont rappelé quelques souvenirs (*_*)




(L'abstraction dans le détail de la figuration...)



La scène finale du film représente une des œuvres majeures 
de Caravage et se trouve au Musée du Vatican :

Déposition de Croix

(Scène du film ci-dessous)


L’œuvre originale, pas de photo ici, reproduction interdite, 
à voir sur le site du Musée du Vatican.


Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (Caravaggio), 
 (Milan 1571 - Porto Ercole 1610) Déposition de Croix, 1600-1604 environ
Huile sur toile, cm 300 x 203
Inv. 40386

Petite vidéo de quelques scènes du film capturées sur mon écran





Conclusion : 

Un coffret réunissant deux des films les plus aboutis du cinéaste anglais Derek Jarman, Caravaggio et Wittgenstein, en DVD dans la collection J’aime le cinéma! agnès b. de l’éditeur Cinemalta, qui a pour vocation de rendre visibles des films introuvables ou méconnus. À ce titre a déjà été publié un coffret renfermant deux films de Cassavetes, Love Streams et A Child Is Waiting
(Source critikat, avril 2006)
On devrait trouver ce coffret dans les bonnes médiathèques...

J'avais bien sûr entendu parler de Caravage et du  Caravagisme caractérisé par le clair-obscur. Je ne suis pas sûre d'avoir appris beaucoup de choses sur la vie de Michelangelo Merisi, dit Caravage bien que ce film soit un "Biopic". Qu'importe, il m'a donné l'envie d'en savoir plus et sur le peintre et sur Derek Jarman. C'est un beau film dont l'intérêt va au-delà de la représentation picturale avec une mise en scène magnifique et surtout, j'ai découvert Jarman,  un homme gai, gay et tourmenté (j'ai fait de nombreuses recherches sur sa vie), brillant, comme un diamant... Aujourd'hui, ce diamant est une étoile dans le ciel...

"Les étoiles sont les diamants du pauvre. Les riches cachent leurs diamants dans leurs caves, confus de les comparer aux richesses du Bon Dieu qui scintillent aux cieux." (Dixit une vieille femme dans Caravaggio. Traduction française).

Sur Derek Jarman, lire aussi dans Libération : L’Émoi bleu.
 

© Iconic IMages/Terry O’Neill

Derek Jarman photographié par Terry O'Neill

Derek Jarman (1942-1994) (aurait eu 75 ans le 31 janvier 2017).

Je réitère, avec Françoise Giroud :

 "C'est épatant, les artistes. Ils sont fous, mais pas vraiment comme tout le monde. J'ai un faible pour eux."

(Toutes mes photos sont des captures d'écran du film Caravaggio, sauf reproductions de tableaux). 

lundi 30 janvier 2017

"Tu me vois en couleur ou en noir et blanc?"



Cette folle histoire de mouche(s) m'a fait sourire, rire ce matin.
La folie, l'absurde, la rêverie... les mouches.
C'est tout de suite après les dernières minutes (Raphaël Enthoven) des NCC Chemins de la Philosophie - dont le sujet du jour traitait du populisme - à écouter ci-dessous :


(Cliquer sur le lien ci-dessus. Deux minutes de folie douce ! ).

Cet après-midi, malgré l'humidité, j'ai pris l'air en foulant des greens comme des éponges remplies d'eau, sur le petit parcours. Je toussais, je [me] mouchais, entre chaque trou voire entre chaque coup, bien plus que Céleste chez son psy, et mon nez qui avait déjà des allures de nez de clown tant il était irrité, n'allait peut-être pas tarder à rester au fond de mon mouchoir, comme celui de Flaubert :

A sa nièce Caroline.
Croisset, jeudi, 2 heures [juillet 1868?]

Mon Loulou,
Ta bonne maman me charge de t'écrire, ce dont je m'acquitte avec empressement.
Elle a eu hier la visite de ton bel oncle Achille Dupont, qui est resté trois heures; puis, à dîner, Mme de Maupassant.
La voiture de sa "fameuse fille" va la remmener à Rouen, dîner chez Mme Lebret. Quelle partie de plaisir !
Le seul événement de mon existence a été, mardi, l'apparition du sieur Raoul Duval, qui s'est pris pour moi de passion, (ou de curiosité?), et puis j'ai un rhume inimaginable ! Je tousse et je mouche, dans le silence du cabinet, d'une façon incessante. Mon pauvre nez va rester au fond d'un de mes mouchoirs, et j'ai peur de lancer mes poumons sur les cendres.
Amuse-toi bien dans la nouvelle Athènes.
Ton vieux Ganachard.

dimanche 29 janvier 2017

N... de D... !

"L'infinie stupidité des masses me rend indulgent pour les individualités, si odieuses qu’elles puissent être. Je viens d’avaler les six premiers volumes de Buchez et Roux. Ce que j'en ai tiré de plus clair, c’est un immense dégoût à l’encontre des Français. N... de D... ! a-t-on été inepte de tout temps dans notre belle patrie! Pas une idée libérale qui n’ait été impopulaire, pas une chose juste qui n’ait scandalisé, pas un grand homme qui n’ait reçu des pommes cuites ou des coups de couteau !! « Histoire de l’esprit humain, histoire de la sottise humaine! », comme dit M. de Voltaire."

Gustave Flaubert, dans une lettre à George Sand.

samedi 28 janvier 2017

***

C'était déraisonnable d'y aller, je le savais.
Pas envie d'être raisonnable et pourtant pas envie non plus d'être malade.
Devenir raisonnable, pour quoi? Je ne pose même pas la question, pour qui?
Pour quoi, donc?
Pour te donner plus de chance de vivre longtemps?
Je le suis déjà, bien trop, raisonnable, mais c'est sans calcul en ce sens. Au contraire. Si, physiquement mon corps le supportait, je ne vivrais que d'excès. Mais les excès me rendent malade et je déteste être malade. Je veux bien mourir mais je ne veux pas être malade.

Était-ce plus raisonnable de rester chez moi, au chaud, à demi somnolente, à écouter le silence? Vous ne l'entendez pas ce silence? Moi je peux non seulement l'entendre mais le toucher. C'est devenu une présence, palpable, parfois douce parfois amère. Bien sûr, il y a la radio de temps en temps mais en ce moment je sature et, je débranche tout! Là, je regarde ma table basse, le désordre qui s'y trouve : les livres, les magazines (bien superposés), les trucs de menthol pour mes migraines, les numéros du JDD que je n'ouvre même plus, le livre sur Tal Coat que j'avais ramené de l'expo vue il y a deux ou trois ans, que j'avais aimée et dont voulais parler, en faire un beau billet, resté en brouillon (je le publie ce soir, non terminé, sans même le relire, un jour... je le terminerai...); le bol (moche, souvenir parisien dans lequel il y avait à l'origine une terrine de pâté quelconque) dans lequel, ce soir, il y avait la compote que je viens de manger; la bougie allumée dans le verre,  les télécommandes de la télé que j'ai rapidement éteinte tant les programmes ne m'intéressent pas, les étuis à lunettes, un programme de télé sous le Volupté de Sainte-Beuve, le verre d'eau que je viens de boire avec mon anti-vertigineux quotidien, les granules homéopathiques contre les crampes, le pot d'azalées blanches qui commencent à faner, le cendrier sans mégots offert par le restaurant où nous avions dîné avec nos deux témoins le jour de notre mariage et, enveloppant tout cela : LE SILENCE ! La seule chose que vous ne voyez pas...


Mais, le silence est un luxe, ÉVIDEMMENT !

Que vois-Je? Un Biopic sur Camus sur LCP en ce moment. Voyons ce que ça donne...
Y a qui chez Ruquier? Bof... 

jeudi 26 janvier 2017

EVIDEMMENT

On a beau faire ce qui est préconisé à coups de marteau par la pub, on peut la choper quand même cette sale grippe.
On dit qu'elle peut être mortelle. J'en rêvais, la nuit, je le désirais, je crois que la fièvre m'a fait délirer dans ma putain de solitude. (Pardon maman chérie pour le gros mot).
Aujourd'hui, j'ai pu mettre le nez dehors, enfin, le temps d'aller jusqu'à ma voiture. Il fallait bien que j'aille acheter un peu de nourriture et autre course...

Je remonte dans ma voiture, j'allume la radio, j'entends France Gall; je l'adore et je chante avec elle. J'ai donc encore une voix. Sourire aux lèvres je pensais : il y a deux jours tu voulais (pour la énième fois) mourir et là, tu chantes, tu tapotes ton volant en rythme.
Ben, rien de contradictoire là-dedans. 
N'attends pas trop longtemps...


Y A ...
COMME UN GOUT DE POUSSIERE DANS TOUT
[...]
Y A DES SILENCES QUI DISENT BEAUCOUP
[...]
ET TOUTES CES QUESTIONS QUI TIENNENT PAS DEBOUT
EVIDEMMENT 
EVIDEMMENT
ON RIT ENCORE
POUR LES BETISES
COMME DES ENFANTS
MAIS PAS COMME AVANT 

EVIDEMMENT
EVIDEMMENT




J'allais oublier... et c'est important, pour mesurer la futilité de mes propos : cette grippe, ces lamentations sont-elles justifiées ou plutôt justifiables, au regard de ce jeune homme, hémiplégique,  qui traversait la rue avec beaucoup de difficultés?

"Laissons les autres se lamenter sur ces temps mauvais ; je me plains de leur misère, car ils sont dénués de passion. Les pensées des hommes sont ténues et fragiles comme des dentelles ; ils sont eux-mêmes pitoyables comme des dentellières. Les pensées de leur cœur sont trop misérables pour être coupables." 
Soren Kierkegaard

lundi 23 janvier 2017

Ils sont fous... j'ai un faible pour eux




Le Caravage (1571 - 1610)
Craie sur papier par Ottavio Leoni vers 1621

"Les caractéristiques principales que l'on retrouve dans l'influence caravagiste sont l'utilisation du clair-obscur [le ténébrisme] et l'organisation spatiale qui réduit à rien la distance séparant le spectateur de la scène du tableau. Le premier plan semble venir toucher la surface du tableau, limite du monde de l'image et de celui du spectateur.
L'expression baroque naissante trouvera son origine dans l'exhibition des sentiments non dissimulés ainsi que dans l'attitude des personnages, figés au cours d'un mouvement ; instant choisi par le peintre pour apporter l'intensité dramatique à la scène.
L'éclairage, lorsqu'il ne provient pas d'une source difficilement identifiable à l'intérieur même de la composition, est latéral et participe avec violence au modelé des corps. Il crée la profondeur sans avoir recours aux artifices de la perspective linéaire. Le fond sombre et l'absence d'arrière-plan rend la scène particulièrement intimiste tout en produisant une ambiance dans laquelle l'être humain est porteur d'une destinée ombrageuse aux accents souvent pessimistes."

(Source : Le caravagisme)

"En quelques années, sa réputation grandit de manière phénoménale. Caravage devient un modèle pour une génération entière de peintres qui s'inspirent de son style et de ses thèmes".


 Saint Matthieu et l'Ange




Le Martyre de saint Matthieu




La Vocation de saint Matthieu

On peut voir ces œuvres à la Chapelle Contarelli

"En septembre 2013, le pape François a déclaré être particulièrement touché par cette Vocation de saint Matthieu : « Ce doigt de Jésus… vers Matthieu. C’est comme cela que je suis, moi. C’est ainsi que je me sens, comme Matthieu »."

Son nom sonne comme ravage... sauvage : Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, mais n'a rien à voir avec Soulages (qui a eu 97 ans le 24 décembre 2016!).
Vu la semaine dernière  ce film :

Caravaggio de Derek Jarman

"Évocation très contemporaine du peintre Caravage, avec des comebacks et mélange entre fiction (tableaux) et réalité (le film). Pour l'apprécier pleinement il faut d'abord réviser ses connaissances picturales sur l’œuvre du peintre. A voir impérativement pour les amateurs de peintures."
 

(A suivre, le film...)

"C'est épatant, les artistes. Ils sont fous, mais pas vraiment comme tout le monde. J'ai un faible pour eux." (Françoise Giroud)

 

samedi 21 janvier 2017

Les amoureux du 15e


C'était il y a 40 ans, ces photomatons... toi et moi,
deux mois, jour pour jour, après notre rencontre le ...


21 janvier 1977
21 janvier 2017 




Jusqu'au 25 mai 1986, on nous appelait LES AMOUREUX DU 15e

C'est étrange qu'aujourd'hui, 21 janvier 2017, par hasard, j'ai reçu un mot d'amitié d'amour magnifique, qui m'a laissé le cœur battant devant mon écran pendant de longues minutes. Amour? Amitié? Les deux se mêlent des années plus tard, comme à l'époque, quand je lui parlais d'amour il me répondait, désir. Il avait raison... 
Mon Aimé est mort en 1986 mais sa "pierre précieuse" ne l'oublie pas. 
Et si cet homme délicat qui m'écrit justement, aujourd'hui 21 janvier 2017, coïncidence, des mots (et, coïncidence des mots que je garde pour moi) magnifiques, je me dis que finalement le hasard n'existe pas.
Quand j'ai commencé ce blog fin août 2009... c'était pour panser ce chagrin amoureux d'avec cet homme. Je me suis mise alors à parler de toi, pas très souvent, puis de lui, quand... j'espérais toujours... et encore, puis, peu à peu de beaucoup d'autres choses... 

C'est chouette (pour moi) de relire mes premiers billets, c'est ma mémoire, c'est ma vie, une belle vie... malgré tout, et si riche. Et cet ami-amant-amour, c'est vraiment doux de recevoir ses mots aujourd'hui, avec un détachement qui me permet de les savourer encore plus. Merci à lui.

Mon Aimé... je me souviens comme si c'était hier de notre rencontre, dans ton atelier.  

vendredi 20 janvier 2017

Crazy and Great!

Vu il y a quelques jours film (DVD) de Jim Jarmusch, VO sous-titrée en français. En Noir et Blanc.

Coffee and Cigarettes

Bande annonce





Un film composé de plusieurs courts-métrages. Chaque séquence a son propre scénario mais toujours autour du même thème : un décor noir et blanc, un rendez-vous, une conversation entre deux personnes (amis ou pas) autour d'une tasse de café (ou de thé) en fumant (ou pas) une cigarette. Des dialogues complètement déjantés, mais chaque séquence  nous parle de... la condition humaine?
Mes séquences préférées : COUSINES* et COUSINS? (comment dire... sur la vanité, la superficialité des relations, de la (fausse) amitié. La séquence avec Bill Murray (Delirium) est également inénarrable, oui, comment dire : ce film est absolument génial (doublement, si on aime l'absurde). D'un humour décoiffant, grinçant, voire mélancolique auquel je suis très sensible. Et tellement dingue! Sans parler de la piade d'acteurs : 24 stars plus excentriques les unes que les autres.
Pas trouvé mes séquences préférées sous-titrées en français mais pour ceux qui comprennent l'anglais on peut les voir en cliquant sur les liens.
Certaines séquences peuvent se passer de traductions, comme  
Delirium (près de 1 500 000 vues!)
Le dernier "court-métrage" du film, CHAMPAGNE est mélancolique, comment ne le serait-il pas? Le seul avec quelques expressions en français : Champagne, Paris, Joie de vivre. 
* COUSINES avec Cate Blanchett interprétant les deux rôles (épatante). 




Strange to meet you

Roberto Benigni et Steven Wright