dimanche 31 août 2014

Du jour au lendemain, ne plus entendre la voix de la nuit

Terrible nouvelle! Il n'y a pas mort d'homme mais tout de même, quelle déception, quelle tristesse d'apprendre, en écoutant (avec beaucoup de retard) Alain Veinstein dans son entretien avec Pascal Quignard, que son émission ne figurerait sans doute plus (c'est confirmé) dans la "grille" de rentrée de France Culture. Cette voix, ce ton, cette intimité dans la nuit va me manquer, aux amoureux de la littérature aussi.


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Alain Veinstein


"Pour faire ses adieux à l'antenne de France Culture, où il a présenté la quotidienne "Du jour au lendemain" pendant 29 ans, Alain Veinstein avait décidé de s'auto-interviewer. La direction de la station publique n'avait pas du tout apprécié l'initiative et avait trappé la dernière, rediffusant à la place une émission datant du mois de novembre où le "producteur" interrogeait le romancier et scénariste Pierre Lemaître.
France Culture a finalement mis en ligne sur son site internet l'auto-interview d'Alain Veinstein pour la dernière* de "Du jour au lendemain"."  
Rectification : Un jour, sans lendemain! * A écouter séance tenante!

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Après avoir écouté son entretien avec Pascal Quignard, je passais à celui de Peter Handke. J'empruntais le lendemain à la médiathèque deux livres de cet auteur : Essai sur la fatigue et L'Histoire du Crayon. Je n'ai pas trouvé les ouvrages dont il était question dans l'entretien  : Essai sur le Lieu Tranquille et La Grande Chute. Ce sera pour plus tard... L'Essai sur la fatigue est au plus près de mes préoccupations du moment et le malheureux qui connaît l'insomnie se retrouvera dans cet extrait :

"Il n'était pas question du sommeil comme issue : d'abord ce genre de fatigue se manifestait par une sorte de paralysie qui, en règle générale, ne permettait pas même de recroqueviller le petit doigt, oui, à peine de battre des paupières; la respiration même semblait bloquée, on se sentait figé jusqu'au plus intime de soi-même, une colonne de fatigue; et parvenait-on, une fois encore, à faire le pas jusqu'au lit, après un premier endormissement rapidement expédié, semblable à un évanouissement - nulle sensation de sommeil - on tombait, la première fois qu'on se retournait, dans l'insomnie, des nuits entières, car la fatigue dans la solitude de la pièce, survenait toujours en fin d'après-midi, ou tôt le soir avec le crépuscule. D'autres ont déjà raconté l'insomnie : comment, à la fin, elle détermine même la vision du monde de l'insomniaque, au point, qu'avec la meilleure volonté du monde, il ne peut plus voir l'existence que comme un malheur, toute action comme dénuée de sens, tout amour comme ridicule. Comment l'insomniaque reste étendu là, jusque dans la lumière blême de l'aube qui pour lui ne signifie que malédiction, malédiction qui le dépasse, lui, seul dans l'enfer de son insomnie, malédiction d'une espèce humaine manquée, reléguée sur une planète qui n'est pas la bonne... Moi aussi, j'ai été dans ce monde des insomniaques (et je ne cesse d'y être, maintenant encore)."

Peter Handke, in Essai sur la fatigue, éditions Gallimard, 1989.


vendredi 29 août 2014

Ca va venir...



Affronter une nouvelle journée, après une nuit d'insomnie... cela demande une énergie que je n'ai plus.




Vu Sils Maria il y a une semaine. "Ils" disent : Olivier Assayas a fait un film magistral. OUI! Tout est magistral dans ce film : Juliette Binoche et Kristen Stewart (photo), l"Engadine, Sils Maria. Un grand moment de cinéma. Je suis restée assise dans mon fauteuil quelques minutes après le générique de fin, dans une espèce de recueillement, d'extase qui n'a pas durée quand j'ai entendu une jeune femme derrière moi dire à son amie : "je me suis ennuyée, ça ne m'intéresse pas ce genre de film." J'ai vite oublié ce commentaire, je suis rentrée à pieds, je ne voyais rien de ce qui m'entourait, je ne rêvais que de l'Engadine et de Sils Maria.

Hier, chez le coiffeur. Pas eu encore le courage de revenir à une coupe courte, pourtant je ne me supporte plus. Je sais que ce n'est pas le changement de coiffure qui changera ce visage et ce que contient cette tête sujette à la mélancolie, aux migraines, aux vertiges, aux idées noires.

Pour finir, je cherche à écrire un truc drôle, optimiste, rien ne vient. Allons, cherche bien... ça va venir...


mardi 26 août 2014

"L'aile délabrée, emblème du courage"



Et rebelote! Les années se suivent et se ressemblent...

Hier matin, en reposant mon plateau vidé du petit déjeuner, un papillon de nuit planqué ailleurs est venu s'y poser. J'attrape le plateau doucement, le pose par terre, je prends un chiffon, hop! sur le papillon. Enfermé délicatement je vais l'évacuer par la fenêtre. Ça y est, envolé!



L'après-midi, profitant d'un temps épouvantable, j'époussette mes meubles et je fais bouger un tableau. Que vois-je sortir de derrière le tableau? Un autre papillon de nuit qui vient se poser sur une étagère. Ras le bol des papillons de nuit dans ma maison! Même technique - pas question de l'écraser - je le recouvre d'un chiffon que je secoue par la fenêtre mais il reste scotché au bord.  Deuxième essai et il s'est envolé. Je parierai qu'il y en a d'autres. Ils sont plutôt repoussants ces papillons de nuit mais je les protège, même si je les agresse sans doute en les faisant s'envoler le jour. Je continue de me demander ce qui les attire chez moi. C'est vrai que mes fenêtres sont ouvertes même à la nuit tombée, et toute la nuit.


« C'est une soirée très ordinaire, dans un coin de la ville. Les papillons sont là. Ils tourbillonnent autour des lampadaires. Comme la lune est absente, les ampoules électriques s'emparent de l’idée de lumière : ils apparaissent alors mille fois plus fascinants. Les papillons s’en exaltent, s’en approchent, et en reviennent parfois. Le plus souvent, ils s’y brûlent les ailes. L’hécatombe est massive. Des centaines de dépouilles gisent au pied des pylônes.
Les survivants tourbillonnent encore autour des lampadaires, mais ils ont les ailes plus ou moins estropiées. Rares sont ceux qui n’arborent pas quelque chose d’abîmé. Pour les papillons de nuit, l’aile délabrée est l’emblème du courage : le signe d’un début d’expérience du grand secret de la lumière. »

Patrick Chamoiseau, Le papillon et la lumière.

lundi 25 août 2014

De, l'écriture

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 Marguerite Duras, 1955 © Lipnitzki—Roger Viollet / Getty Images

"La solitude de l'écriture c'est une solitude sans quoi l'écrit ne se produit pas, ou il s'émiette exsangue de chercher quoi écrire encore. Perd son sang, il n'est plus reconnu par l'auteur. Et avant tout il faut que jamais il ne soit dicté à une secrétaire, si habile soit-elle, et jamais à ce stade-là donné à lire à un éditeur.

Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres. C'est une solitude. C'est la solitude de l'auteur, celle de l'écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu'elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j'avais déjà découvert que c'était écrire qu'il fallait que je fasse. J'en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. le seul jugement de Raymond Queneau, cette phrase-là : " Ne faites rien d'autre que ça, écrivez."

Écrire, c'était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée."

Marguerite Duras, Écrire, Gallimard 1993.

vendredi 22 août 2014

Les Trois Chênes... de Balbec

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Les Trois Arbres (1643)
 
Rembrandt Harmensz Van Rijn (Leyde (Pays-Bas), 1606 -
 Amsterdam (Pays-Bas), 1669)
Eau-forte, pointe sèche, burin et morsure à la fleur de soufre, 1643 
(Bibliothèque nationale de France, Estampes)

"Le printemps revenu, je prenais en sortant du Louvre la terrasse des Tuileries qui surplombe la Seine. Un jour, devant l'Orangerie, je remarquai un petit écriteau qui, avec une orgueilleuse modestie, annonçait l'exposition des eaux-fortes de Rembrandt de la collection Rothschild.
J'entrai. Il était encore tôt dans l'après-midi. Je me trouvai seul dans la salle déserte. Les eaux-fortes étonnaient par leur petitesse, sur ce mur fait pour les grandes toiles. [...]
[...] Je m'apprêtais à entamer la série des scènes bibliques, et repassais intérieurement l'histoire de Tobie, quand je me sentis comme arrêté par une eau-forte. Cette impression, je m'en aperçus tout de suite, n'avait rien à faire, ni avec l'acquiescement admiratif que les belles œuvres nous imposent, ni avec la concupiscence, d'ailleurs plus rare, que certaines d'entre elles vous inspirent. Mon émotion, je m'en rendis compte avec agacement, ne tenait pas aux eaux-fortes, elle tenait à la blancheur de leurs papiers. En effet, ils étaient intacts, d'un blanc aussi pur que le vélin d'un livre neuf. Immaculés? Ou nettoyés chimiquement? Je me le demandais, et je m'en voulais de me le demander. [...] Quelques piqûres dans les marges - consternantes pour ceux-ci - m'auraient, d'habitude, été indifférentes. J'examinais alors l'eau-forte devant laquelle j'étais arrêté. C'était les Trois Arbres. Je les trouvais très beaux. La niaiserie des idées qu'ils me suggéraient m'irrita d'autant plus. Je pensais : "On les croirait gravés de ce matin", et me sentais tout pareil à ces visiteurs qui, traînant leur ennui parmi les Tintoret et les Vermeer, soudain sont arrachés à leur froideur par la ressemblance inespérée d'un portrait avec une personne de leur famille, et qui enfin enthousiastes crient : "Viens vite voir! Exactement la tante Aglaé!".
Mon idée, comme la leur, était tenace autant que sotte. Le pire, c'est qu'elle n'était même pas fausse : ces Trois Arbres auraient pu figurer dans une exposition de gravures modernes. Ils auraient illustré, ils illustraient admirablement les passage des Jeunes fille en fleurs où Proust, sur la route de Balbec, dans le landau de Mme de Villeparisis, se sent hélé par trois arbres dont il ne parvient pas à capter le message. Les arbres de Rembrandt étaient des chênes, eux aussi. Juchés sur leur petit monticule, se détachant en pleine lumière dans un ciel par ailleurs orageux, ils semblaient clamer, eux aussi, une affirmation véhémente et inintelligible. Pour se rappeler que la gravure précédait de trois siècles le livre de Proust, il eût fallu, puisque le dessin ne le montrait pas, un signe matériel, une patine. Je connus alors pourquoi cette blancheur me frappait, elle frustrait le Temps de la seule prise qui lui restât sur eux.
Du même coup, je compris combien cette transcendance est exceptionnelle. Nous sommes, en effet, très prompts à parler d'éternité à propos d’œuvre d'art; mais nous ne réfléchissons pas au sens de ce mot; car nous n'envisageons même pas qu'on puisse extraire les œuvres éternelles de la gangue historique où elles restent prises. [...]
Mais je n'eusse pas trouvé moins beaux les Trois Chênes si j'avais appris qu'ils étaient gravés de la veille et glissés frauduleusement parmi les Rembrandt. Ils échappaient à l'histoire. [...]
[...]
[...]
Je rêvais de tout cela, et j'avais cessé de regarder les eaux-fortes. L'Orangerie s'était peu à peu remplie de visiteurs. Je ne m'en étais pas aperçu; mais je m'étais éloigné du mur machinalement, pour ne pas les gêner. Quand je voulus les regarder de nouveau, entre moi et les Trois Arbres, je reconnus Sylvia.

Je ne l'avais pas vue depuis trente ans. [...] Dans toute sa personne, le pathétique s'était substitué à l'orgueil. [...]
[...]
Elle regarda, elle aussi les Trois Arbres. Je l'abordai. Elle me dit qu'ils la faisaient penser aux Trois Chênes de Balbec!..."

Pages 195 à 199.

Emmanuel Berl, in Sylvia, éditions Gallimard, L'imaginaire, 1952.

La référence proustienne à ces trois arbres :  

"La ballade à Carqueville et la vue de "trois arbres qui devaient servir d'entrée à une allée couverte" est enfin pour Proust l'occasion d'une variation sur le thème du plaisir et du trouble qu'entraîne la réminiscence involontaire: "Je ne pouvais arriver à reconnaître le lieu dont ils étaient comme détachés, mais je sentais qu'il m'avait été familier autrefois". Ce choc feutré dans l'esprit du narrateur, le rapport au souvenir, au temps de la mémoire, est l'objet même d'À la recherche du temps perdu."

"Il part à Balbec avec sa grand-mère (dans la partie intitulée Noms de Pays : le Pays). Il est malheureux lors du départ pour cette station balnéaire, car il va se trouver éloigné de sa mère. Sa première impression de Balbec est la déception. La ville est très différente de ce qu’il avait imaginé. En outre, la perspective d’une première nuit dans un endroit inconnu l’effraie. Il se sent seul puis, jour après jour, il observe les autres personnes qui fréquentent l’hôtel. Sa grand-mère se rapproche d’une de ses vieilles amies, madame de Villeparisis. C’est le début de promenades dans la voiture de cette aristocrate. Au cours de l’une d’elles, le narrateur ressent une étrange impression en apercevant trois arbres, alors que la voiture se rapproche d’Hudimesnil. Il sent le bonheur l’envahir mais ne comprend pas pourquoi. Il sent qu’il devrait demander qu’on arrête la voiture pour aller contempler de près ces arbres mais par paresse, il y renonce."





lundi 18 août 2014

"Confession et rêveries d'un homme solitaire"

 Emmanuel BERL 1968

Emmanuel Berl, 1968
Crédit photo : Serge Hambourg

Je devais parler du livre de Emmanuel Berl, Sylvia mais j'en suis incapable. Je suis capable de rien en ce moment et ça dure depuis des semaines. Cependant, ce livre, je l'ai aimé passionnément, j'aurai pu le lire d'une traite ou en deux jours. Mais non, j'ai fait durer le plaisir car chaque page, que dis-je, chaque phrase sont à savourer. Attention, ne pas croire qu'on en ressort heureux de vivre; enfin si, si être en vie nous donne encore ce plaisir de lecture. Je n'en dirai rien donc. Sinon ces extraits sur Proust, que l'auteur a connu, auquel il fut lié d'amitié et qui sont évidemment des pages savoureuses.

"Je rentrai à Paris afin d'y attendre le jour d'ailleurs proche où je devais partir pour Fontainebleau. J'étais impatient de revoir Proust, de le remercier des mots d'introduction dont il m'avait accablé à Evian pour les personnes qu'il croyait, bien à tort, mes voisines. J'avais hâte de lui annoncer la bonne nouvelle, de lui dire qu'il se trompait, qu'il existait des cœurs accordés. J'étais si plein de moi, si parfaitement bête que j'avais l'impression de le délivrer d'une vue des choses, dont je pensais qu'elles devaient lui être plus pénibles encore qu'à moi.
Il m'écouta avec son habituelle, sa terrible attention. Au rebours de ce que je prévoyais, il parut consterné. Et, dans ses larges yeux dont les paupières tombantes ne parvenaient pas à amortir l'éclat, je crus voir se refléter la carte cavalière de la région maudite qu'il m'allait falloir traverser.
Désarçonné tout de suite, je m'aperçus avec surprise que je ne pensais pas qu'il eût tort. Je ne croyais pas plus que lui au bonheur. En un sens j'y croyais moins; [...]
Si d'ailleurs la personne, la présence de Sylvia devaient m'être si néfastes, fallait-il donc regretter qu'elle ne fût pas morte? Je le lui demandai. Il me répondit tranquillement que cela allait de soi, que si, au lieu de recevoir sa réponse, j'avais appris sa mort, j'eusse éprouvé sans doute un chagrin cruel, mais évité l'inéluctable dégradation de mon propre sentiment, qu'il jugeait plus cruelle encore. [...]. Je regardais Proust : rasées de frais, ses joues avaient l'air prises dans la pulpe d'un légume mûri en cave, son visage de dieu sumérien, mécontent quoique calme, semblait refuser l'encens frelaté qui montait vers ses narines. Le liège des murs, l'odeur de la chambre, le désordre des meubles, tout me parut faux jusqu'à l'absurde. Lui-même, était-ce un monstre? 
Je l'observais avec suspicion. Je songeais que la sensibilité et même la compassion au malheur d'autrui ne sont pas incompatibles avec la méchanceté. [...] Je lui dis que, dans sa manière de voir, l'amour n'était qu'un onanisme halluciné. Sa figure, déjà si blême, blêmit encore. Ses yeux étincelaient de fureur. Il se leva et alla s'habiller dans son cabinet de toilette. Il devait sortir. Je remarquai la vigueur de ce malade. Jusqu'à ce moment, je n'y avais pas fait attention. Ses cheveux étaient beaucoup plus noirs et plus épais que les miens, ses dents plus solides, sa mâchoire lourde paraissait capable de beaucoup broyer, sa poitrine, bombée par l'asthme sans doute, faisait ressortir la largeur de ses épaules. S'il fallait en venir aux mains, comme je le crus une seconde, je n'étais pas du tout sûr de parier pour moi.
Du cabinet de toilette, il me décochait les phrases les plus désagréables que lui inspirât son ingéniosité. Nous étions loin du temps où il m'interrogeait avec astuce pour s'assurer qu'il n'existait aucun lien de cœur entre aucun membre de ma famille et George Sand, avant de me déclarer qu'il n'aimait pas du tout ses romans. "Vous êtes bête!" criait-il, "aussi bête que..." et il énumérait des personnes dont certaines célèbres à juste titre, pour leur intelligence. Je savais très bien ce qu'il trouvait de commun entre elles et moi; c'était cet aveulissement des esprits devenus incapables d'apercevoir ce qui les gêne, de constater un fait, même évident, s'il contrarie leurs systèmes ou dérange leurs attitudes.
Évidemment il pensait avec un juste dégoût que deux mots d'une jeune fille, peut-être stupide, avaient suffi pour me faire renier les vérités qu'il m'avait lui-même enseignées. Cette flaccidité intellectuelle lui répugnait sans doute plus qu'une infirmité physique, plus que des tares morales, en quoi il avait sans doute raison.
Mais il ne m'en irritait que davantage; tombé au dernier cran de la vulgarité, je pensais que les amours normales lui étaient intolérables parce qu'elles lui étaient impraticables, [...]
Mais la colère montait en lui, devenait plus forte que le désir de mesurer ma dégradation, d'y parer et de m'en punir. "Sortez! Sortez!" criait-il. Et il lançait les injures comme des pantoufles par la porte du cabinet de toilette. Je sortis en effet, moitié fuyant, moitié chassé, consterné de terminer si mal une amitié si précieuse, soulagé pourtant comme si je venais d'échapper à un grand danger.
Et bien sûr, je ne peux repenser à cette scène sans détester ma balourdise, mon ingratitude, et plus encore ma fausse perspicacité pharisienne. Mais je crois quand même que, si effrayé ou persuadé, ou séduit, j'eusse renié Sylvia, il ne fût rien resté de moi vraiment rien que la vaine possibilité de dénombrer au jour le jour les vicissitudes lassantes et monotones de mon néant."

Pages 126 à 132.

Emmanuel Berl, in Sylvia, éditions Gallimard, L'imaginaire, 1952.

Sur Emmanuel Berl (1892-1976) : lire ici et là 

Ce matin je m'interrogeais sur le sens de ma vie. Je ne trouvais pas de réponses ou plutôt j'occultais les réponses, trop négatives. Alors, j'ai retranscrit ce texte. C'était peut-être ça, lui donner un sens? Le trouver dans la littérature et le partager. 


mardi 12 août 2014

***



Moi : Tu penses à quoi le matin quand tu te réveilles?
Elle : A rien, à me lever pour faire pisser la chienne. Pourquoi? Et toi?
Moi : A rien. A aller faire pipi. (Je n'allais pas lui dire la vérité).

dimanche 27 juillet 2014

Une "menière" de vivre...

Longtemps j'ai vécu seule, souvent avec mélancolie, parfois avec une certaine joie de vivre cette indépendance, cette liberté.
Aujourd'hui je vis avec un sale type, un méchant compagnon : Prosper Menière. Il bousille ma vie. 
Toujours j'ai souhaité que ma vie ne se prolonge pas trop longtemps mais aujourd'hui je voudrai qu'elle s'arrête.

Le spécialiste (réputé) que j'ai consulté l'année dernière à la même époque, je l'ai revu jeudi, mes crises de vertiges étant de plus en plus rapprochées. Cette fois il a bien diagnostiqué : maladie de Menière et, comme si ça ne suffisait pas, associée aux vertiges positionnels "qui sont deux choses différentes" a-t-il précisé en poursuivant : "Menière, on n'en guérit pas. On vit avec. On essaie de gérer." On n'en meurt pas, malheureusement, sauf si... je... n'en peux plus...

Alors, me voilà obligée d'ingurgiter quatre molécules différentes, trois fois par jour, plus un morceau de la fameuse barrette, le soir. Quant aux effets secondaires de cette batterie de médicaments, le spécialiste évite d'en parler, la liste est si longue.  Ce qu'il n'a pas arrêté de m'asséner c'est : Menière ON-N'EN-GUERIT-PAS! Ce n'est pourtant pas l'avis du Professeur Chays : (écouter à partir de la minute 46:30).

De plus, suppression du sel, du café, du vin (il ne me l'a pas dit mais ça c'est déjà fait depuis la dernière crise il y a un mois). Une vie sans sel, sans petit noir c'est tout vu pour moi pour voir la vie en noir. De toute façon avec toutes ces molécules je vais être atone et stone alors franchement, vivre comme une morte-vivante, très peu pour moi. Et, évidemment, plus de projets d'aucunes sortes, Menière entre sans prévenir et sans frapper à la porte au moment où tout semble aller mieux... et, chaque nouvelle crise ne sera JAMAIS la dernière. Quel compagnon insupportable!

Après la manipulation de jeudi, je m'applique à suivre les recommandations (sauf que j'ai repris le volant sans me faire conduire... et je ne me rase pas sous le menton (0_0))... je me tiens droite comme un piquet avec ma minerve mais dès que je l'enlève j'oublie. "Dormez avec, sur le dos, en position relevée à 45°" m'a-t-il dit! Porter une minerve au lit, j'ai déjà l'impression d'être dans la boîte en sapin! D'ailleurs il est temps que je pense à l'urne...


Après la consultation, moral en berne, un peu (même beaucoup) de glycérine aux mirettes (expression de mon bien-aimé), je suis allée pour m'apaiser boire un thé au port de plaisance. A l'ombre et en lisant Rachel et autres grâces de Emmanuel Berl, je retrouvais un soupçon de bien-être. Je levais le nez de temps en temps et contemplais cette plage près de laquelle dans ma jeunesse nous venions dans un bar - qui n'existe plus - jouer au bowling.



Je décidais alors d'aller faire une petite promenade jusqu'au bout du quai et sur la jetée. 



Il faisait chaud, très chaud. Je n'avais pas envie de rentrer tout de suite et de faire une heure de route. Je décidai de rester dîner au Tour du Monde. La terrasse était pleine et très animée, le serveur me trouva une table à l'ombre. J'étais seule, vieille parmi la foule, la jeunesse. Le poisson était bon; avec un doigt de vin blanc il eut été très bon; avec de l'eau pétillante, y a que dans le verre que ça pétillait, pas dans mon sang. La lumière du soir sur les bateaux et le Pont de Plougastel était exceptionnelle, mon enthousiasme de contemplative était intact, le soleil descendait du ciel comme un ange... L'instant occulta mes idées noires qui devinrent saumonées, comme le ciel.




Cependant je repris le chemin du retour alors qu'il faisait encore jour, avec les mêmes angoisses et l'idée insupportable que ce sale compagnon ne me lâcherait plus. J'arrivais chez moi dans la nuit; le Festival de Cornouaille battait son plein.

J'ai décidé de suivre le traitement prescrit pour six mois pendant un mois et voir si mon système digestif, ma tête tiennent le coup, si je ne deviens pas un zombie.

Dans un mois... le sort en sera jeté!

D'ici là, je n'écrirai pas ici, l'écran ne faisant qu'augmenter la fatigue, voire quelques symptômes.  Une déconnexion n'est pas superflue.

samedi 19 juillet 2014

Mélancolique et drôle : vivre en "pré-deuil"

L'été c'est aussi le moment de lecture des magazines, d'articles de journaux sur lesquels je ne m'arrêterais pas a priori, je m'attends à du futile et, surprise, je lis parfois aussi de jolies pensées, avec lesquelles je me sens en phase, comme ici, dans un article signé Marie-Laure Delorme : Héléna Noguerra, Rester dans la marge.

Helena Noguerra en interview pour Non Stop People

Helena Noguerra

(Lien pour les lecteurs qui - comme moi - la connaissent à peine 
mais je doute qu'il y en ait (0_0))
"Mes parents étaient des anarchistes post-soixante-huitards. Mon père m'a élevée dans l'admiration de Bergman et de Pasolini. Il aurait aimé que je sois Marguerite Duras. Mon père n'est pas attiré par ce qui brille. Il n'aime pas être le sujet de la façon dont je me mets en avant. Car moi parlant de lui, c'est du spectacle : une manière de me mouvoir dans la lumière, d'enjoliver mon caractère, de réécrire mon histoire."
Elle aime qu'on dise d'elle qu'elle est folle. Les codes et les modes l'encombrent. Elle a posé nue et le regrette.
"J'ai posé nue après 40 ans pour montrer que la femme pouvait toujours être désirable à cet âge-là. Je me suis piégée moi-même et je ne le referai plus. Je lis les magazines féminins et je constate que les femmes en sont toujours au même point. On leur explique comment plaire aux hommes : rester jeunes et jolies ; tailler des pipes ; préparer de bons petits plats. J'attends qu'on demande à Vincent Lindon sa liste de produits de beauté pour la sortie d'un film."
Les formes sociales du succès sont l'argent et l'apparence. Elle connaît la vulgarité de l'un et la fragilité de l'autre. 
"Je peux gagner en une journée dix fois la retraite de mon père".
 "La beauté libère et aliène : comment vais-je vivre sans? J'ai peur de vieillir. La place de la femme reste liée à son sex-appeal. Je serai peut-être une belle vieille dame, mais au prix de quelle solitude? Les femmes âgées sont abandonnées comme de vieux chiens sur la route. J'en ai toujours eu conscience, mais je l'approche maintenant de manière organique. J'espère que le temps qui passe va, au moins, m'apprendre à lâcher des choses."
Helena Noguerra est mélancolique et drolatique à un point extrême. Elle avoue vivre en "pré-deuil" dans une boulimie et une énergie de choses à faire. 
"Chaque jour est un bon jour pour mourir. Ça va aller très vite. Alors, je veux vivre toutes les vies possibles."
Elle aimerait mourir, telle Françoise Giroud, qu'elle admire, à l'âge de 86 ans."*
* C'est étrange, c'est aussi ma référence d'une belle mort.


mardi 15 juillet 2014

De l'importance de l'ID dans l'art



Né à Genève en 1985, 
il vit et travaille aujourd'hui à Londres.






Pour rester dans le contexte et le style de notre époque, je dirais : J'aime!
Mais on a le droit de ne pas aimer et même de se gausser :-)
Chacun est libre de ses j'aime ou j'aime pas.

Et mes petits canards sur la rivière le 14 juillet, je les aime aussi (°_-)
La surprise fut l'arrivée d'une autre portée dans l'autre sens...



 
Durant cette promenade du 14 juillet, loin de la foule, découverte originale à côté des cuisines d'un restaurant gastronomique, dans l'arrière cour. J'ai toujours pensé que les cuisiniers étaient des artistes 



Mon Bordeaux préféré!

mercredi 2 juillet 2014

Des (dé)raisons de vivre

Jeudi 19 juin.

Tout va bien donc d'après l'IRM.
Déjeuner délicieux avec ma nièce, en vacances ici pour dix jours. Elle n'en revient pas de ce soleil breton... C'est la première fois que nous déjeunons en tête-à-tête; un moment de détente surtout pour elle, arrivée fatiguée avec ses deux petits enfants.





Puis je l'accompagne jusqu'à la thalasso où elle va se faire masser, cadeau de sa mère.
Je poursuis ma promenade seule, avant de rentrer et profite du temps, beau et pas encore trop chaud, quoi que... déjà trop pour moi.

Vendredi 20 juin.

Belle matinée. Me sens en forme, puis vers 16 h mal au crâne.
Chaleur torride. Migraine s'installe. Ce soir je dois pourtant rejoindre mon amie pour une balade apéritive suivie d'un dîner en terrasse sur le port de l'île Tudy. Je ne vais pas annuler, nous avons tant de mal à organiser nos rendez-vous. Je me dope à ce que je peux : paracétamol puis aspirine, masque gel sorti du réfrigérateur. Léger soulagement. Je me prépare sans enthousiasme, j'ai trop chaud, je mets des vêtements amples. J'y vais. Je suis épuisée. J'ai tenu le coup, pour la balade et le dîner, je n'ai bu que de l'eau; le spectacle des bateaux sur une mer d'huile au soleil du soir (pas encore couché) est si beau...

Dans la nuit premiers symptômes... (Je n'aurais eu qu'un mois et demi de répit).

Samedi 21 juin.

A peine assise pour me lever, je retombe sur mon lit, le plafond tourne. La crise commence, dure, violente. Angoisse, désespérance. Chaleur torride dans l'appartement. Nausées. SOS médecin en fin de matinée. Injection, piqûre. 
Impossible d'avaler quoi que ce soit, même l'eau... Maux de tête. Horrible journée.

Dimanche 22 juin.

Idem! Vertiges, nausées. Rien mangé, peu bu. A 23 h, SAMU. Hypertension, déshydratation. Les Urgences, nausées persistantes, on me dirige vers un box, puis perfusions. Nuit sur un brancard, dur, sans oreiller. Douleurs dorsales. Dos, tête, vertiges, nausées. La totale. Plus de forces. Envie de mourir, pour de bon.

Lundi 23 juin.

Matin. Je demande à rentrer chez moi, les perfusions m'ont réhydratée, je n'en peux plus sur le brancard. Médecin accepte, évidemment. Je tiens debout, état d'ébriété. J'ai l'habitude, les crises sont récurrentes. Une infirmière, à ma demande, me commande un taxi, à mes frais me dit-elle. M'en fous mais ce n'est pas normal dans mon état. J'ai encore une nausée... Je n'ai rien dans le ventre depuis vendredi soir.
J'attends le taxi trois quart d'heures. Je craque. Je pleure.
Retour à la maison. Je mange un demi yaourt et je m'allonge.
Nuit sans nausées. Mal de tête passé.

Mardi 24 juin.

Enfin un petit déjeuner qui passe. Il faut que je mange. Je veux aller à l'aéroport demain matin pour leur dire au revoir... Je me repose.

Mercredi 25 juin.

9 h 30. J'arrive, elle est là avec sa mère et ses enfants. Elle me dit : t'es folle, tu aurais dû rester au lit, laisse ton corps se reposer (elle est infirmière, comme sa mère, ma sœur). La petite fille est excitée et on annonce du retard, grèves. L'avion partira avec deux heures de retard mais elle aura sa correspondance pour la Guadeloupe.  Ça c'était il y a deux ans.

Aujourd'hui, elle a grandi et a un petit frère de 9 mois. Encore plus éprouvant pour la maman ce long voyage.






 

 

Au revoir les enfants, bon voyage et à l'année prochaine...
Voilà, j'ai fait la reporter-photographe : raison de vivre?

Jeudi 26 juin.

Je me nourris, je me force pour prendre des forces. Je cherche en permanence des raisons de vivre. Je m'accroche à la nature, à la musique. 
Vais à la pharmacie, rupture de stock national de Vogalène et Vogalib. Panique! Vais demander autre chose à ma toubib.
Puis je m'arrête pour prendre un thé au bord de la rivière : raison de vivre! 

Vendredi 27 juin.

Rendez-vous chez ma nouvelle toubib. Elle m'écoute, me répond, me questionne; un vrai échange. Je lui remets mes directives anticipées. Elle semble de mon avis... On en discute longuement, je lui en parle sérieusement avec légèreté et humour. Elle sourit mais n'est pas dupe. Je lui dis : vous ne devez pas avoir beaucoup de patients qui vous parle comme ça. Elle me dit : non, personne et elle me sourit. Elle a un visage sans beauté particulière mais son sourire illumine tout et lui donne une grâce au-delà de la beauté. Je la trouve merveilleuse. Je suis heureuse de l'avoir trouvée. Au laboratoire lorsque je leur ai donné le nom de mon nouveau médecin traitant on m'a dit : - mais, le DR. X ne prend plus de patient? - Eh bien si, elle m'a acceptée. - Vous avez de la chance, elle est très efficace. 
Oui, j'ai eu de la chance... ça m'arrive rarement.

Samedi 28 juin.

Il pleut. Pluies d'orage.
Pu lire un peu. Terminé  Sylvia de Emmanuel Berl. La littérature qui me touche, qui me correspond, des sujets essentiels la vie, la mort, l'amour, la solitude. La littérature : raison de vivre? Un peu mais insuffisant.

Dimanche 29 juin.

Toujours des pluies d'orage. Repassage en écoutant Le Gai savoir. Sujet : Voyage au bout de la nuit de Céline. Ça me va...

J'ai faim.

Lundi 30 juin.

Séances de cinéma jusqu'à mercredi à 3,50 euros. Je vais voir Bird People de Pascale Ferran. Critiques majoritairement positives. Beaucoup aimé la première partie, celle de Gary. Suis pas rentrée dans la seconde celle de Audrey, trop long, pas ressenti cette poésie dont on parle. Bon, ne pas se fier à mon jugement, sans doute... et sans valeur.

Mardi 1er juillet.

Chercher des raisons de vivre. Parvenir à vivre, sans chercher de raisons.  Je cherche des chaises de salle à manger, les miennes sont défoncées, toutes les quatre. Pourtant je les aime bien. En attendant j'ai trouvé sur le Net des galettes pour cacher la misère! Depuis mes recherches de chaises sur le Net je suis assaillie de pub... Je reçois même des mails de propositions avec mon patronyme!!! C'est dingue, comment connaissent-ils mon nom. Merci la confidentialité.

Mercredi 2 juillet.

11 h. Je pars faire neuf trous, ça me manque trop. Je suis pourtant légèrement vertigineuse. Je mets ma casquette, le soleil tape déjà fort. Peu de monde sur le parcours, je peux faire une petite pause et me prendre en vidéo pour vérifier mon swing.

Va falloir que j'achète un nouveau pantalon. Hum! Bouh! Vilain backswing mais bonne traversée. Bonne idée de se filmer, il faut que je corrige ma montée, là je ne joue qu'avec les bras, au lieu de tourner les épaules et le torse. Ah mais! il y a 25 ans je n'avais pas d'arthrose!
Ces neuf trous m'ont fait du bien mais je n'aurais pas pu faire plus.

 Sur le parcours : raison de vivre!



vendredi 27 juin 2014

ÇA SUFFIT !




Le Conseil d'Etat se réunit pour décider si la poursuite des soins de cet homme, dans un état végétatif chronique depuis cinq ans, constitue ou non une obstination déraisonnable.

  (Crédit photo : Millet pour Le Monde)
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mardi 17 juin 2014

Journal

Vendredi 13 juin.

Je rumine, pire je broie du noir. Il fait très chaud dans l'appartement. La terrasse : un four. A  15 heures je prends ma voiture direction Sainte-Marine. Les places à l'ombre sont recherchées au Café de la cale, j'en trouve une; une table inoccupée mais accolée à deux autres, occupées. Je demande si je peux m'asseoir là : avec plaisir (et un grand sourire) me dit le client qui, avec deux amis, semble sorti tout droit de son yacht!
La serveuse arrive, je lui demande un chose; elle me demande de répéter : vous ne faites pas de chose? lui dis-je (sans rire).  Elle ne sait pas ce que c'est. Le yachtman à côté de moi, en riant dit : bien sûr qu'elle sait faire des choses et lui donne la recette : jus de pamplemousse et Schweppes. La serveuse sourit, s'en va puis revient avec mon chose. Elle avait compris, au bar on avait dû lui expliquer puisqu'elle me dit : voilà, avec de gros glaçons mais pas de balles de golf!
Vu mon spleen, j'aurais dû commander un Truc, jamais essayé!
Ce petit port est un havre de paix. Mon cocktail bu je pars faire une petite marche le long de la côte près du Fort. Je fais une pause, je m'assois sur un muret de pierres, je regarde l'eau claire gîter sur les roches, je pense à mes escapades avec nostalgie, avec le sentiment que je n'en ferai plus. Désir annihilé par l'angoisse de la solitude. Je reprends ma promenade, je ne vois que beauté du paysage, je me console, qu'irais-je voir ailleurs? Oui, bien sûr... mais cet ailleurs-là je ne le retrouve que là et là, je n'ai même plus cette impression de solitude.

Samedi 14 juin.

Rien fait. Lecture qui m'enthousiasme, en parler une autre fois, longuement : Sylvia de Emmanuel Berl. Une belle découverte. Merci à l'ami qui me l'a conseillé.

Dimanche 15 juin.

Une journée entière à rêver du Léman. Ça devient une obsession. J'attendrai les résultats de... mardi et selon, me déciderai à partir ou pas, là ou ailleurs.

A 18 heures, je lis sur la terrasse, un avion commence sa descente vers l'aéroport, j'envoie un texto à ma soeur : ça y est, ta fille arrive! C'était bien son vol; elle devait être épuisée de ce long voyage avec sa petite fille et cette fois, il y a en plus un petit frère... et les bagages!

Lundi 16 juin.

Après un week-end épuisant à rien faire : se bouger, penser à rien, jouer au golf. Pratiquement personne sur le parcours après les compétions du week-end. Génial. Je parle à mon coach, je lui dis : t'as vu, j'ai acheté des nouveaux clubs! M'a pas répondu, j'ai inventé une réponse : ma ti... j'espère que t'as acheté les meilleurs. Tsss! Ils sont plus légers, moins rudes pour mon dos mais pour le moment je ne les maîtrise pas parfaitement. Là, je l'ai entendu, il m'a dit : concentre-toi, bouge pas la tête! J'ai ri, là je le voyais vraiment, à côté de mon chariot, sa clope roulée scotchée sur sa lèvre.

Le soir, pris des nouvelles des enfants voyageurs. Il était 20h30, ma sœur me dit :  ils sont déjà couchés et leur mère aussi. Ben oui, jet lag (0_0)

http://blog.poussinvoyageur.com/wp-content/uploads/2013/09/enfant-decalage-horaire.jpg


Mardi 17 juin.

Réveillée tôt, pas de stress, se dire que le temps passe vite et qu'à deux heures ce sera fini. A dix heures moins cool, mal au ventre, je vais quand même en prendre un quart. A midi, salle d'attente puis perfusion. Je lui demande si je peux mettre des boules Quiès pour atténuer le bruit de marteau-piqueur (la dernière fois - il y a dix ans - je ne l'avais pas supporté), elle me dit : ça risque d'être pire avec la pression mais faites comme vous voulez. Et oui, je veux! Direction le tunnel, j'enfonce les boules bien ramollies dans mes doigts, à fond dans mes oreilles. Elle me met le casque, je lui dis que je ne veux pas de musique, la dernière fois c'était pire avec la musique puis me met une poire dans la main pour prévenir si j'avais un problème.
Tout s'est bien passé, super les boules Quiès, beaucoup plus supportable le marteau-piqueur!
Résultats avec la radiologue (glaciale, c'est un nouveau genre les médecins réfrigérants) : rien d'anormal = on ne peut rien faire contre vos vertiges. CQFD!
Jankélévitch a donc raison :

"Lorsque l’homme veut conjurer l’angoisse, il tombe bien souvent dans le vertige, car qu’est-ce que le vertige sinon une sorte de précipitation de l’homme impatient qui, pour lever l’hypothèque de l’angoisse, se jette tête baissée au devant de l’instant qui vient, afin de l’exorciser et de lever l’hypothèque de l’instant en instance."

Alors, je projette une escapade ou pas? La nuit porte conseil, attendons.


samedi 14 juin 2014

Robot foot

J'écoutais il y a quelques minutes - d'une oreille distraite - les infos/foot et j'entends parler du Japon. Je me suis dit : Noooooon, c'est pas vrai, les japonais jouent au foot? Ça me semblait tellement loin de l'idée* que je me fais des japonais que je suis allée vérifier sur Internet si le Japon était au programme de ce Mondial Foot qui, maintenant est même devenu (le foot et sa coupe) tendance chez les intellectuels de gauche. (Dixit France Culture)
Et que vois-je : Côte d'Ivoire/Japon en direct à 3 heures, heure française). Hé bé!

Et plus loin... Obama joue au foot avec un robot japonais (=_=) ce qui m'intéresse beaucoup plus, évidemment!




* Idée qui serait plus proche de celle-ci :


Sengaï (Moine bouddhique japonais, 1750-1837, figure majeure du Zen)

La plus célèbre de ses peintures représente un cercle, un rectangle et un triangle. Sengaï laissa l'œuvre sans titre ni légende (sinon sa signature), 
mais elle est souvent appelée « l'Univers ».