mardi 21 mai 2013

Sans titre

Dans les ruelles du vieux Quimper aujourd'hui, sous un ciel gris...



 

 

 
Les temps sont durs, très durs...
 

 
 Ce tag m'a rappelé ce questionnement... suivi de celui-ci...
 

 
For ever or never?
 

 

 
Là, un visage,  j'ai eu une pensée pour Jean Cocteau... voir ici...
 

 
Mmm!... Ce qui m'est venu à l'esprit? Pfff!
 

 


Tags de la nature...

lundi 20 mai 2013

"Déraisonner en conscience, voilà la grande affaire de la vie" *

Plaisir du samedi : écouter Charles Sigel... dans L'humeur vagabonde.

*Alfred de Musset (1810-1857)


"Mélange étrange de féminité secrète et de virilité arrogante"

"Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Ce vers, le plus célèbre peut-être d’Alfred de Musset, pourrait résumer l’histoire de sa vie, une existence brillante et terne à la fois où ivresse rime constamment avec jeunesse, comme jouissance avec déchéance.

L’Enfant du siècle fut un enfant terrible, vivant ses passions jusqu’aux limites de la folie, jusqu’à les vider de sens. Sa célèbre (trop célèbre !) liaison avec George Sand, ses amours contrariées avec d’autres femmes, en qui il ne voyait que des mamans ou des putains, révèlent la fragilité de son être : c’est lui l’ambigu Lorenzaccio, déchiré entre corruption et pureté.
Génie adolescent comme Rimbaud, Musset ne croit pas que "je est un autre" : pour lui, au contraire, la littérature ne vaut que si elle est le prolongement de la vie, dans l’alliance instable du pathétique et du futile.
Par cette fragilité extrême, Musset reste aujourd’hui vivant, grâce surtout à son théâtre. Fantasio, Marianne, Rosette, Perdican, Camille, Cœlio forment une ronde où le texte s’incarne, le temps d’une ronde éphémère."

Charles Sigel, je l'ai déjà dit est un conteur formidable, aucune lassitude à l'écouter sur les sujets qui pourraient sembler ennuyeux. Il alimente ses textes de références, d'anecdotes exaltantes. Et les amours, la vie d'Alfred de Musset n'en manquent pas.

Il nous parle aussi de Rachel qu'il rencontre, le 29 mai 1839, à la sortie du Théâtre-Français, Rachel,  et avec laquelle il a une brève liaison en juin.
Un soir après une représentation du Tancrède de Voltaire, ils se retrouvent chez elle; ils se mettent à lire Phèdre, à deux voix, puis s'arrêtant, Musset s'interroge et confesse :

"Je ne vaux plus rien. Je ne suis plus fou en amour et si on ne l'est plus, qu'est-ce qui reste? Déraisonner en conscience, voilà la grande affaire de la vie".

"Je ne vis que quand un coeur bat sur le mien".

Que lui reste-t-il alors après sa rupture avec Rachel ? L'absinthe, le jeu, les filles; il sort, tout plutôt que rester face à lui-même.  

"Être bien tranquille chez soi, est le plus atroce de tous les supplices. Comment Dante n'a-t-il pas pensé à nous montrer un homme en robe de chambre, au quatrième ou cinquième cercle de son Enfer, assis au coin du feu dans son fauteuil, les pieds dans ses pantoufles? C'eût été le dernier degré de l'horreur." 

Flaubert dira de lui à Louise Colet qui lui racontait les progrès de Musset (elle s'intéresse alors à Musset; elle s'était fait une spécialité des hommes de lettres et, après Vigny, elle hésitait entre Flaubert et Musset) :

"En somme c'est un malheureux garçon, on ne vit pas sans religion (religion de l'art chère à Flaubert). [...] Musset n'a jamais séparé la poésie des sensations qu'elle complète; quand on veut mettre ainsi le soleil dans sa culotte, on brûle sa culotte."

Et Flaubert terminera par ce théorème archi-flaubertien (dixit Charles Sigel):

"Moins on sent une chose et plus on est apte à l'exprimer comme elle est, comme elle est toujours."

Deux heures de récit passionnant, difficile à résumer.

A propos de Rolla (oeuvre que je découvre) :

"Rolla, long poème de 784 vers, obtint un succès considérable. Musset y conte l'histoire de Jacques Rolla, le plus grand débauché de Paris, ville du monde «où le libertinage est à meilleur marché».[...] 
À travers Rolla, Musset tente, non sans une certaine grandiloquence, le portrait d'une génération empêtrée dans ses contradictions et qui finit par croire que, le bonheur devenu impossible, il ne reste que l'ivresse ou le suicide."



Aquarelle d'Eugène Lami pour Rolla, poème d'Alfred de Musset. (Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, Rueil-Malmaison.)
Ph. Jeanbor © Archives Larbor

Extrait de Rolla :

Marie en souriant regarda son miroir.
Mais elle y vit Rolla si pâle derrière elle,
Qu’elle en resta muette et plus pâle que lui.
« Ah ! dit-elle, en tremblant, qu’avez-vous aujourd’hui ?"
- Ce que j’ai ? dit Rolla, tu ne sais pas, ma belle,
Que je suis ruiné depuis hier au soir ?
C’est pour te dire adieu que je venais te voir.
Tout le monde le sait, il faut que je me tue.
- Vous avez donc joué ? - Non, je suis ruiné.
- Ruiné ? » dit Marie. Et, comme une statue,
Elle fixait à terre un grand oeil étonné.
« Ruiné ? ruiné ? vous n’avez pas de mère ?
Pas d’amis ? de parents ? personne sur la terre ?
Vous voulez vous tuer ? pourquoi vous tuez-vous ? »
Elle se retourna sur le bord de sa couche.
Jamais son doux regard n’avait été si doux.
Deux ou trois questions flottèrent sur sa bouche ;
Mais, n’osant pas les faire, elle s’en vint poser
Sa tête sur la sienne et lui prit un baiser.
« Je voudrais pourtant bien te faire une demande,
Murmura-t-elle enfin : moi je n’ai pas d’argent,
Et, sitôt que j’en ai, ma mère me le prend.
Mais j’ai mon collier d’or, veux-tu que je le vende ?
Tu prendras ce qu’il vaut, et tu l’iras jouer. »

Rolla lui répondit par un léger sourire.

Il prit un flacon noir qu’il vida sans rien dire ;
Puis, se penchant sur elle, il baisa son collier.
Quand elle souleva sa tête appesantie,
Ce n’était déjà plus qu’un être inanimé.
Dans ce chaste baiser son âme était partie,
Et, pendant un moment, tous deux avaient aimé.



Gervex Henri, Rolla, 1878, présenté au salon de 1878, retiré sous prétexte d'immoralité.
Portail des Collections des Musées de France.

Le poète est inhumé à Paris, au cimetière du Père Lachaise, où son monument funéraire se dresse avenue principale.



Sur la pierre sont gravés les six octosyllabes de son élégie " Lucie ":

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J’aime son feuillage éploré ;
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.

et sur la face arrière, le poème " Rappelle-toi ":

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
Écoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi.



samedi 18 mai 2013

***

Cet après-midi en ville :

De nombreux touristes.
Un mariage. Les cloches de la cathédrale retentissaient dans l'allégresse et attiraient les badauds.

Dans les ruelles,

 ... entendu une femme au téléphone : 
- Je suis devant la pharmacie.
- Non il n'y était pas.
- Je vais voir si je le trouve à la librairie.
- Ouiiiiiiiiiii, je ramènerai une baguette.

... croisé deux "dames", l'une dit :
- On va prendre un café, on ira aux cabinets (0_0).

Emprunté à la médiathèque deux DVD dont un double, de Kijû Yoshida :
- Passion ardente et Amours dans la neige

"Les chants désespérés sont les chants les plus beaux"

Souvenir

J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
En osant te revoir, place à jamais sacrée,
O la plus chère tombe et la plus ignorée
Où dorme un souvenir !

Que redoutiez-vous donc de cette solitude,
Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
Alors qu'une si douce et si vieille habitude
Me montrait ce chemin ?

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et ces pas argentins sur le sable muet,
Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,
Où son bras m'enlaçait.

Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces sauvages amis, dont l'antique murmure
A bercé mes beaux jours.

Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse,
Comme un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse,
Ne m'attendiez-vous pas ?

Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces larmes que soulève un coeur encor blessé !
Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce voile du passé !

[...]

Alfred de Musset, extrait.






vendredi 17 mai 2013

jeudi 16 mai 2013

Vertigineux

Les dizaines de millions coulent pour Jackson Pollock

Jackson Pollock s’est arraché à cette vente record de Christie’s. (AFP)

Jackson Pollock s’est arraché à cette vente record de Christie’s. (AFP)
Une vente aux enchères d’une série d’œuvres d’art contemporain, dont un tableau de l’Américain Jackson Pollock, a franchi un record mondial historique mercredi soir chez Christie’s à New York, avec la somme fabuleuse de près d’un demi-milliard de dollars (quelque 388 millions d’euros), a annoncé la célèbre société britannique.
«C’est la vente aux enchères la plus élevée de l’histoire» dans le domaine de l’art, s’est enthousiasmé Brett Gorvy, le chef du département de l’art d’après-guerre et contemporain chez Christie’s, estimant que ce record illustre l’entrée dans une «nouvelle ère sur le marché de l’art, où les collectionneurs chevronnés et les nouveaux enchérisseurs rivalisent au plus haut niveau, dans le cadre d’un marché mondial».
En deuxième position derrière le tableau de Jackson Pollock, une œuvre de Jean-Michel Basquiat a été vendue à 48,8 millions de dollars.

Number 19, 1948, de Jackson Pollock,
58 millions de dollars!



est caractéristique de la technique dite du dripping que l’artiste a beaucoup employée et qui consiste à faire s’écouler la peinture sur la toile depuis un récipient percé.
Estimée entre 25 et 35 millions de dollars, la toile a finalement été cédée à un nouveau prix record pour l’artiste dans une vente aux enchères, même si certaines de ses toiles sont réputées avoir été échangées à des prix encore plus élevés dans des transactions privées.

Dustheads, (1982) de Jean-Michel Basquiat, 
49 millions de dollars!


a quant à elle trouvé preneur à la somme record de 48,8 millions de dollars, là encore bien au-delà de l’estimation de 25 à 35 millions.
Ces ventes record chez Christie’s surviennent au lendemain d’une vente record chez son rival Sotheby’s, qui a vu attribuer une œuvre du peintre américain Barnett Newman, Onement VI, pour 43,84 millions de dollars, et une autre de Gerhard Richter pour 37,1 millions – le plus haut prix jamais attribué pour une œuvre d’un artiste vivant.


Barnett Newman, Onement VI 1953
44 millions de dollars!


"Barnett Newman ne remporta pas un grand succès comme artiste pendant la plus grande partie de sa vie, étant éclipsé par des personnages hauts en couleurs comme Jackson Pollock. L'influent critique Clement Greenberg écrivit sur lui des papiers enthousiastes, mais ce n'est pas avant la fin de sa vie qu'on commença à le considérer sérieusement. Il influença néanmoins de nombreux jeunes peintres.
Newman est mort à New York d'une crise cardiaque en 1970."
(Il avait 65 ans). 
Source Wikipédia.



mercredi 15 mai 2013

Mercredi 15 mai.

10 h. J'écoute Alain Vestein en podcast, invité : Nicolas Grimaldi, Les théorèmes du moi.
11h. Dépoussiérage, balayage. j'écoute Fidelio de Beethoven. Je rajeunis de 30? de 40? ans en revenant à mes premières amours musicales. Allégresse.

J'ai toujours assez de force pour t'envoyer au paradis

Vu hier soir :

PROMESSE (DVD) de Kijû Yoshida, 1986.

Yoshio Morimoto vit dans les nouveaux quartiers  de Tamashi, dans la banlieue de Tokyo, avec ses parents, sa femme et ses deux enfants. Un matin, le corps de sa mère, Tatsu, est retrouvé sans vie. Lorsque l'inspecteur en charge de l'enquête en vient à se demander s'il ne s'agit pas d'un meurtre, Ryôsaku, le mari de Tatsu, se désigne comme coupable...





"En faisant ce film sur l'euthanasie des personnes âgées dans une société vieillissante, je n'avais pas pour objectif d'en questionner le bien-fondé. L'image récurrente de l'eau, cette eau sans cesse changeante, entendait ainsi refléter la petite existence ignorante des hommes, incapables de connaître même leur propre mort."
Kijû Yoshida













 Captures d'écran

Ce film date de 1986. Le thème de l'euthanasie était alors un sujet bien plus tabou qu'aujourd'hui et Kijû Yoshida l'aborde de façon très crue(lle) du moins dans son geste final. L'euthanasie aujourd'hui peut être abordée de manière plus "douce" si j'ose dire. Oui, j'ose le dire, de plus c'est la définition même du mot euthanasie : mort douce. Or ici, le geste est violent. D'où pour moi, l'importance de légaliser l'euthanasie pour ne pas laisser la personne se suicider, avec des moyens barbares.  Un film beau et fort... pour âme forte et, aguerrie.

"Lorsque le plus bergmanien des cinéastes japonais aborde le thème de la vieillesse et de la disparition, il le fait avec un tel aplomb qu’il offre l’un des portraits les plus saisissants de la "mort au travail". Crument. Sans artifice. La découverte de la mort de Tatsu Morimoto par la police, soupçonnant son mari Ryosaku d’avoir mis fin à ses jours, nous conduit quelques années en arrière dans la vie d’un vieux couple que le temps a rongé lentement et que la sénilité atteint progressivement. Certes, Yoshida n’a jamais brillé par un optimisme béat, mais, à l’opposé de Kurosawa qui dans ses dernières œuvres abordait la mort avec sérénité, sa vision reflète la peur et le désespoir, l’horreur de la fin de vie. Troublante coïncidence, ce sera cette même Sachiko Murase, la Tatsu de Promesse qui incarnera la magnifique vieille dame de Rhapsodie en Août cinq ans après. Ici, pas de recueillement, pas d’acceptation stoïque, mais un sentiment de panique croissant, de l'appréhension individuelle au cauchemar des chambres d’hôpital hantées par des séniles se chamaillant, ou répétant en riant à l’envi des « je veux mourir ». Le couple Morimoto vit ses dernières années d’amour fou dans une douleur intense, faite d’escarres, d’incontinence et de maladie d’Alzheimer. Ils retournent tous deux en enfance, perdent la mémoire, mais conservent intacts jusqu’au bout leurs sentiments sublimes et déchirants. Toute certitude s’évanouit dans l’angoisse de la dislocation. 

Le moi disparaît dans un brouillard ou la conscience de l’autre et de soi menace de s’éteindre d’un instant à l’autre, s’efface du monde, non pas dans une forme de sérénité, mais dans l’horrible conscience de sa dislocation. Tout n’est que souvenir pour les Morimoto. La vie est derrière eux. « Laisse moi mourir, je t’en prie » supplie Tatsu à son mari. Promesse aborde frontalement la dégradation des corps, le sentiment de dégénérescence inéluctable. Yoshida rend ouvertement hommage aux horloges sans aiguilles des Fraises Sauvages - autre grande œuvre sur le vieillissement, mais c’est plus encore de Cris et Chuchotements qu’on pourrait rapprocher Promesse. Il s’attache pareillement à observer la lenteur d’une agonie contaminant progressivement tout l’entourage, bouleversant son fonctionnement quotidien et mettant en évidence toutes les failles morales, les non-dits, le dysfonctionnement familial."

Olivier Rossignot, Culturopoing.com

Lire la suite ici (une belle et complète analyse)

dimanche 12 mai 2013

"... arriver un beau jour à l'extase du non effort"


Jacques Plassan, sans titre.




[...]

[...] ça devient plus ou moins
une représentation une expression
de mon propre mythe
de ma mythologie existentielle
incluant la pensée consciente et l'inconscient
et tous les moyens du bord pour activer
l'intuition et l'imagination
et l'inspiration si chère si rare
quand la volonté par chance est là où alors
la forcer à coups de bâton à coups de fouet s'il le faut
afin d'arriver un beau jour à l'extase du non effort
car la page blanche comme le néant
non ! cela ne doit pas exister !

samedi 11 mai 2013

Faire crédit à l'imagination du lecteur : Ô oui!



Lutte de Jacob avec l’Ange (détail), Eugène Delacroix, 1855 -1861. 
Peinture à l’huile et cire sur enduit, Paris, Eglise Saint Sulpice.

"Édouard somnole; ses pensées insensiblement prennent un autre cours. Il se demande s'il aurait deviné, à la seule lecture de la lettre de Laura, qu'elle a les cheveux noirs? Il se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l'imagination qu'ils ne la servent et qu'ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît. Il songe au roman qu'il prépare, qui ne doit ressembler à rien de ce qu'il a écrit jusqu'alors. Il n'est pas assuré que Les Faux-Monnayeurs soit un bon titre. Il a eu tort de l'annoncer. Absurde, cette coutume d'indiquer les "en préparation" afin d'allécher les lecteurs. Cela n'allèche personne et cela vous lie... Il n'est pas assuré non plus que le sujet soit très bon. Il y pense sans cesse et depuis longtemps mais il n'en a pas écrit encore une ligne. Par contre, il transcrit sur un carnet ses notes et ses réflexions.
Il sort de sa valise ce carnet. De sa poche, il sort un stylo. Il écrit :

"Dépouiller le roman de tous les éléments qui n'appartiennent pas spécifiquement au roman. De même que la photographie, naguère, débarrassa la peinture du souci de certaines exactitudes, le photographe nettoiera sans doute demain le roman de ses dialogues rapportés, dont le réaliste souvent se fait gloire. Les événements extérieurs, les accidents, les traumatismes, appartiennent au cinéma; il sied que le roman les lui laisse. Même la description des personnages ne me paraît point appartenir proprement au genre. Oui, vraiment, il ne me paraît pas que le roman pur (et en art, comme partout, la pureté seule m'importe) ait à s'en occuper. Non plus que le fait le drame. Et qu'on ne vienne point dire que le dramaturge ne décrit pas ses personnages parce que le spectateur est appelé à les voir portés tout vivants sur la scène; car combien de fois n'avons-nous pas été gênés au théâtre, par l'acteur, et souffert de ce qu'il ressemblât si mal à celui que, sans lui, nous nous représentions si bien. - Le romancier, d'ordinaire, ne fait point suffisamment crédit à l'imagination du lecteur.""

André Gide, in Les Faux-Monnayeurs, éditions Gallimard, collection Folioplus classiques, 2008.

"Dans Folioplus classiques, le texte intégral, enrichi d'une lecture d'image, écho pictural de l'oeuvre (ici La lutte de Jacob avec l'ange), est suivi de sa mise en perspective organisée en six points :

. Mouvement littéraire : La crise du roman
. Genre et registre : Le roman à l'épreuve du miroir
. L'écrivain à sa table de travail : Un roman carrefour
. Groupement de textes : La mise en abyme
. Chronologie : André Gide et son temps
. Fiche : Des pistes pour rendre compte de sa lecture"

4e de couverture

Comme je l'écrivais précédemment, je n'ai pas l'impression de lire un roman mais un essai autobiographique et c'est pour cela qu'il me passionne. Pourtant Gide réfute toute identification avec ce personnage (Édouard) et il écrit dans son Journal, le 20 octobre 1929 :

"Je n'ai jamais pu inventer." C'est par une telle phrase du journal d’Édouard que je pensais le mieux me séparer d’Édouard, le distinguer... Et c'est de cette phrase au contraire que l'on se sert pour prouver que, "incapable d'invention" c'est moi que j'ai peint dans Édouard et que je ne suis pas romancier."

(Mais il précise) :

"Il entre, dans chacune de ses réflexions ce léger biais qui fait que c'est Édouard qui la pense, et non moi. A mon avis, je dirai même que l'indice de réfraction m'importe plus que la chose réfractée. Et je ne puis imaginer un individu sans biais; mais ce qui me gêne (et me sert) c'est que tour à tour, ou simultanément, je les ai tous. Allez donc faire comprendre et admettre cela aux critiques!!"

François Mauriac dans son propre Journal en 1939 écrivait :

"Nul doute que ne soit très grande dans ce "roman" la part du journal authentique. [...] Tout ce que Gide m'a avoué, je le retrouve ici, à peine transposé. Ce sont les mêmes termes, bien souvent, que ceux entendus de sa bouche..."

vendredi 10 mai 2013

jeudi 9 mai 2013

"Il y a l'amour, l'amour et encore l'amour"

Prétendantes :
Les vrais prétendants font défaut, les prétendantes ne m’enchantent guère. Je n’écoute pas les chansons de Carla Bruni, les critiques littéraires de Valérie Trierweiler, dans Match, me semblent très grises, les chichis bourgeois de NKM me débranchent, Dati me paraît datée, Pécresse rabâche, Duflot me crispe, Batho m’endort, Bachelot ne me fait pas rire, Taubira grossit, Filippetti m’ennuie, Hidalgo m’assoupit. Marine Le Pen est peut-être une bonne cuisinière (son compagnon a l’air bien nourri), mais son commissaire politique aux lèvres minces, Florian Philippot, est blême à faire peur. Pas de doute, c’est un Jacobin, il rétablirait la guillotine. Pourvu que le bon vieux Juppé, le meilleur de tous, soit réélu à Bordeaux ! C’est toujours à Bordeaux qu’il faut aller quand la France dérape.

Amour :
Christiane Taubira parle d’amour comme personne. Elle est transportée, transportante, transvasante. Enfin une femme politique qui ne craint pas de faire sans arrêt des citations poétiques et philosophiques ! Vous me direz que ses références sont disparates, mais ça n’a aucune importance. Il y a l’amour, l’amour, et encore l’amour. Elle annonce le temps des cerises, le retour des gais rossignols et des merles moqueurs. Je la serre dans mes bras reconnaissants, je sens que je pourrais vivre avec elle d’amour et d’eau fraîche.

Philippe Sollers,  Chroniques du Point.

Jeudi de l'Ascension! Où vais-je grimper aujourd'hui? Aux rideaux? Tsss! Sur mon escabeau? Pfff!


L'autre jour je lisais un passage du Journal d’Édouard dans Les Faux-Monnayeurs : quelques réflexions sur le "roman". Passionnant ce livre de André Gide, que je considère plutôt comme un Essai autobiographique que comme un roman.
Zut, on sonne à ma porte...

Bon, pas le temps de transcrire ce passage... A suivre.

mercredi 8 mai 2013

***

Pour répondre à la personne qui m'a envoyé un mail hier ou ce matin, et que j'ai - par une mauvaise manipulation - supprimé, et pour lui expliquer pourquoi je n'ai pas "ouvert les commentaires", lire ici.

Je la remercie.*

Pour autant, il est vrai que mon blog/journal s'est transformé au fil des billets, des années, à autre chose qu'un véritable Journal, avec des "reportages", des images pour, sans doute, amenuiser ce JE qui devient  de plus en plus mélancolique; le reflet de ma vie... déclinante.

Sourions! Le soleil ce matin a fait place à la pluie de la nuit. C'est le 8 mai! Que commémore-t-on déjà? 
Tiens, j'entends à la radio  Brigitte Fontaine, un intermède dans l'émission des NCC, qui chante : L'amour c'est du pipeau... Les paroles sont "gratinées" et, bien entendu, je ne suis pas DU TOUT d'accord avec elle. L'amour c'est la seule chose qui vaut d'être vécue.

* Si elle me lit : pouvez-vous me renvoyer le lien de votre blog que je n'ai pas pu consulter?

mardi 7 mai 2013

Les con(s)-vaincus d'avoir raison


J'écoutais dimanche Raphaël Enthoven disséquer et expliquer l'ouvrage de Diderot : Jacques le Fataliste. Un excellent moment.

"Deux personnages, un valet et son maître, chevauchent plus ou moins paisiblement sur des routes, vers une destination qui restera inconnue, s'arrêtent dans des auberges, devisent à bâtons rompus : questions philosophiques, souvenirs intimes, anecdotes... Au fil de leur voyage, d'autres individus de rencontre y vont aussi de leurs récits, et voilà que s'ouvrent de nouveaux tiroirs, qui multiplient les niveaux temporels et les registres, ou confondent allégrement la réalité et la fiction. Par-dessus tout, un narrateur souverain ne cesse d'intervenir, proposant au lecteur un étrange pacte narratif :
 « Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le récit des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur faisant courir à chacun tous les hasards qu'il me plairait. Qu'est-ce qui m'empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? d'embarquer Jacques pour les îles ? d'y conduire son maître ? de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau ? Qu'il est facile de faire des contes ! Mais ils en seront quittes l'un et l'autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai. »"


Quelle est la valeur d’un discours que la réalité dément en permanence mais qu’on ne parvient jamais à contredire ? 

Et la conclusion de R. Enthoven, qui prend tout son sel à l'écoute bien plus qu'à la lecture:

"Se prendre au sérieux c’est manquer de sérieux. Face à la légèreté, la pesanteur ne fait pas le poids. Ce livre est délicieux de légèreté, comme une crème fouettée.
Indépendamment de tout cela, il y aussi de l’idée justement ; y a de l’idée qui lui échappe. Un philosophe n’est pas comptable des idées qui lui échappent ou qu’il professe.
Peu importe les intentions de Diderot, seul compte ce qui lui échappe, qu’il l’ait voulu ou non, on s’en fiche.  Et qu’est-ce qui lui échappe là ? Le fait que, avoir raison ne suffit pas.
C’est facile d’être deux à avoir raison dans une discussion, parce qu’on ne parle pas de la même chose. C’est comme deux goûts qui s’affrontent. J’adore Cézanne vous aimez Léonard de Vinci, nous avons raison ; parce qu’on ne communique pas en fait. Ce sont les gens qui ne communiquent pas qui ont raison ensembles, ce sont les gens qui s’assènent des arguments. En politique quand des opinions se combattent elles s’opposent des arguments en permanence, mais ce ne sont pas des arguments ; elles s’opposent des opinions mais ce ne sont pas des opinions, ce sont des opinions qui se prennent pour des arguments! Alors, les gens croient que ce sont des arguments parce que ce sont des raisonnements mais comme on ne parle pas de la même chose en définitive et comme ce sont des raisonnements qui au fond sont hémiplégiques, ce sont des raisonnements qui n’empruntent que la moitié du cerveau, ce sont des raisonnements qui fonctionnent dans un système, dans un dogme, ce sont des raisonnements hermétiques à un autre discours que le leur, c’est aussi facile d’avoir raison que d’être dans le faux. Et dans le texte de Jacques le Fataliste, le fait que :  - on a raison quand on dit X on a raison quand on dit Z, on a raison quand on dit blanc on a raison quand ont dit noir, on a raison quand on dit droite on a raison quand on dit gauche -, n’est pas une façon de renvoyer dos à dos toutes les opinions, mais c’est une façon de dire que quand les gens discutent et s’engueulent, et se disputent au lieu de discuter justement, en vérité ils ne font qu’asséner des opinions et à aucun moment des arguments. Or, comme ce sont des opinions qui se prennent pour des arguments et qu’ils veulent méconnaître le fait que ce sont d’abord des opinions, comme ce sont des certitudes ou des convictions qui prennent la forme flatteuse d’un raisonnement, ça produit des débats sans fin et des dialogues de sourds. Or le modèle du dialogue de sourd c’est le moment où tout le monde a raison. 

Il y a vraiment deux façons de ne pas s’entendre : une est de dire deux choses qui n’ont rien à voir et qu’on oppose indûment l’une à l’autre ; l’autre est d’être d’accord sur tout. Les gens qui s’engueulent sur tout s’entendent aussi peu que les gens qui sont d’accord sur tout. Parce que les gens qui sont d’accord sur tout ne se voient que pour être d’accord. Cherchez celui qui n’est jamais d’accord avec vous c’est comme chercher celui qui est toujours d’accord avec vous. Dans les deux cas, on est convaincu de ce qu’on pense et il faut vraiment ici, comme Guitry le faisait d’ailleurs, écrire convaincu en deux mots."

dimanche 5 mai 2013

"Un geste qui en dit long"

C'était le 3 mai... petit rappel. 

 

"Les affiches du métro parisien revisitées par Reporter sans frontières à l’occasion de la 20e journée internationale de la liberté de la presse." 
(Benoît Tessier/Reuters)



Manifestation en Chine le 7 janvier 2013

Les manifestants ont déposé des chrysanthèmes devant le siège du groupe Nanfang, à Canton, pour protester contre la censure qui a visé l'hebdomadaire Nanfang Zhoumo - Courrier international

vendredi 3 mai 2013

***

Aujourd'hui, à Tréboul.








Toujours le même paysage, jamais la même lumière.

***

Mes premiers mots dans ma tête ce matin au réveil :
jepensejepensejepensejepensejepensejepensejepensejepensejepensejepense
jepensetrop.
Puis j'ai compté les années de non-solitude : mes années d'enfance, d'adolescence et le début de ma vie de jeune femme. De un à vingt-cinq ans donc. De vingt-cinq à trente ans, apprentissage de la solitude avec un sentiment de liberté, celle de 68 et des années 70. De trente à quarante ans, mes plus belles années, avec toi, si intenses qu'elles valaient bien le double. De quarante à aujourd'hui : solitude totale. Bien sûr, il y eût des jours heureux, des sentiments amoureux, partagés, des jours où cette solitude fut salvatrice mais le bilan est désastreux.
Qu'est ma vie?

Il était temps que je me lève, je ne voulais pas faire surgir les réponses à cette question, elles seraient trop déprimantes.

Le ciel était bleu, deux lignes blanches le traversaient, une tourterelle venait de se poser dans une ouverture du clocher de l'église...


mercredi 1 mai 2013

De, la réflexion

Mardi 30 avril.

Vacances scolaires obligent. Le parcours était encombré. Je la rejoins au 2 et lui propose que nous jouions ensembles même si je sais qu'elle préfère jouer seule. Elle accepte, l'attente sera plus agréable à deux me dit-elle, se défendant ensuite de mal jouer. Je rêverais de jouer comme elle si je vivais jusqu'à 93 ans. Je lui dis que je suis contente de la revoir. Je ne joue pas l'hiver me dit-elle. C'est plus raisonnable lui dis-je. Mais alors que faites-vous, vous ne vous ennuyez pas? Je ne m'ennuie jamais réplique-t-elle avec un sourire malicieux : "j'écris des poèmes, je joue du piano, je fais des aquarelles." Je n'en reviens pas. Quelle délicieuse femme! Et elle rajoute : "et puis, il y a des animations au Jardin d'.", la résidence de retraite (qui n'est pas un mouroir) où elle séjourne depuis ses 80 ans. A cinq minutes du golf en voiture, et en plus, elle conduit. Et comme je prenais des nouvelles de sa santé, elle me dit : "bien sûr ce n'est plus comme avant, mais je n'ai aucunes douleurs, je n'en ai jamais eues! Dans le ton de sa voix il y a une fermeté, une autorité, une assurance qui me laisse à penser qu'elle va vivre encore longtemps.
Je pensais alors que c'était un témoignage merveilleux et me demandais pourquoi moi, bien plus jeune tout en ne l'étant déjà plus, j'ai de l'arthrose et des douleurs récurrentes. Peut-être parce que je n'ai pas envie de vivre jusqu'à 93 ans. Il faut avoir envie de vivre pour vivre longtemps, je le crois, j'en suis sûre. L'envie de vivre occulte sans doute les douleurs.

Soirée :

Je regarde ma terrasse au crépuscule à travers les vitres (propres, nettoyées dimanche). Amusant la lampe du salon près des plantes, magie de la réflexion (j'avais écrit réflection; je pensais à la lumière se réfléchissant dans la vitre).
Spleen du soir...



Mercredi 1er mai.

J'ai sorti quelques livres de ma bibliothèque ce matin et lu ce qu'écrivaient dans leur Journal Stendhal, Katherine Mansfield, Georges Bataille, Paul Nizon, un premier mai.
Un seul extrait :

Bloc-notes, mai 1917.
Dans ces notes - aide-moi, Seigneur, je jouerai cartes sur table...

"Quand on vit seule...
Même si, par un hasard épouvantable, je venais à trouver un cheveu sur ma tartine de miel.. au moins, ce serait un cheveu à moi.
[...]
"L'amour et les champignons.
Si on pouvait seulement distinguer l'amour vrai du faux, comme on distingue les bons champignons des mauvais. Pour eux, c'est si simple - on les saupoudre bien de sel, on les met de côté et on prend patience. Mais quant à l'amour, dès qu'on a découvert quelque chose qui lui ressemble, même de la façon la plus lointaine, on est absolument certain, non seulement que c'est un spécimen authentique, mais encore que c'est peut-être le seul et unique champignon véritable qui restât à cueillir. Et il faut un nombre effroyable de champignons vénéneux pour vous convaincre que la vie n'est pas tout entière un cèpe interminable."
Katherine Mansfield, in Journal."

Après-midi : 

Reçu visite impromptue  de ma filleule, son mari, et les deux enfants, mes nièces et neveux, avec la chienne. Ce fut durant deux heures une tornade? un ouragan? dans mon salon avec les enfants et la chienne, mais j'étais heureuse de les voir. Eclats de rire assurés et complices avec ma filleule. Je leur proposais d'aller à la crêperie le soir avec les enfants mais ils ont préféré reprendre la route pour la Normandie, de bonne heure.
Après les aboiements stridents (à crever mes tympans qui sont déjà mal-en-point) du caniche, le calme fut tout de même assez jouissif.