dimanche 13 janvier 2013

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Retour sur le film évoqué hier.



Philadelphia, ici une des scènes les plus troublantes avec la Callas

Drame de Jonathan Demme avec Denzel Washington, Jason Robards, Mary Steenburgen, Antonio Banderas, Ron Vawter, Robert Ridgely, Charles Napier, Lisa Summerour, Tom Hanks.

Andrew Beckett (Tom Hanks) est un brillant avocat, et il semble que rien ne pourrait stopper son ascension fulgurante. Il exerce au sein du cabinet tenu par Charles Wheeler, le fondateur du grand cabinet d’avocats de la ville. Pourtant, le jour où son entreprise apprend qu'il est atteint du virus du sida, ses collaborateurs le licencient pour d'obscures raisons, n’hésitant pas à prétexter une faute professionnelle pour justifier son renvoi. Mais Andrew n'est pas homme à se laisser faire, et il compte bien attaquer son ancien cabinet pour licenciement abusif. Il sera finalement aidé de Joe Miller (Denzel Washington), un avocat noir et homophobe très populaire, malgré les réticences de ce dernier à le défendre au début. Ce film est très largement inspiré de l’histoire de Geoffrey Bowers, un avocat licencié par le cabinet Baker & McKenzie parce qu’il avait le virus du sida. Grand succès, ce film a fait plus de 2,7 millions d’entrées en France et Tom Hanks a notamment remporté l’Oscar et le Golden Globes du meilleur acteur en 1994. Pour jouer le rôle d’Andrew Beckett, l’acteur a perdu près de 11 kilos, afin de témoigner de la progression de la maladie de son personnage. Le réalisateur, Jonathan Demme, est également à l’origine du très célèbre Silence des agneaux, avec Anthony Hopkins et Jodie Foster.



Récompenses

•Oscars du cinéma 1994 : Nominé pour l'Oscar de la meilleure chanson originale

•Oscars du cinéma 1994 : Oscar de la meilleure chanson originale

•Golden Globes 1994 : Golden Globe de la meilleure chanson originale

En 1993, le réalisateur Jonathan Demme demande à Bruce Springsteen d'écrire une chanson pour le film qu'il est en train de réaliser, Philadelphia. Le chanteur compose alors la chanson Streets of Philadelphia*.

Sorti en 1994 sur la bande originale du film, la chanson connaît un succès immense en Europe et aux Etats-Unis. Streets of Philadelphia recevra une multitude de récompenses dont l'Academy Award de la meilleure chanson originale.

(Source l'internaute)


samedi 12 janvier 2013

Papier glacé

Photos d'une journée inutile, on ne peut plus futile.

Direction la médiathèque


Chemin faisant cette façade attire mon regard...


... et la porte. J'aime qu'un support retienne ces lianes épaisses
 qui s'enchevêtrent sur les pierres. Combien d'années ont-elles?
Il faudra que je repasse par là au printemps pour voir le feuillage.


J'arrive à la médiathèque. Je m'installe dans un fauteuil pour feuilleter un magazine consultable uniquement sur place. Je lève les yeux, j'aperçois la flèche de l'église Saint Matthieu au-dessus de la verrière; j'aime ce mélange d'architectures.



Je ne suis pas à l'aise dans ce fauteuil pour feuilleter le magazine, je change de place et vais m'asseoir près de deux étudiants à une grande table, au fond de la pièce. Le silence y est encore plus prégnant. Oui, je suis mieux ainsi, le magazine posé sur la table plutôt que sur mes genoux. J'ai toujours aimé le côté luxueux, futile de ce magazine. Je me souviens que ma mère achetait parfois Vogue; elle s'en inspirait pour confectionner nos vêtements. Je feuillette celui-ci, du même style, luxueux, sur papier glacé; oui, futile et... sensuel :



Je tourne les pages, passe sur les nombreuses publicités, sur les bijoux des grands joailliers; je m'attarde un peu sur les accessoires, les sacs, j'ai toujours aimé les sacs; je zappe le reportage sur Carole Bouquet, puis je m'arrête sur cette page; ce numéro  du magazine est consacré à la "famille" :




puis sur celle-ci, et je pense au beau film émouvant que j'ai découvert cette semaine à la télévision, avec Tom Hanks (Oscar du meilleur acteur en 1994) : Philadelphia.



Je refermais le magazine, je quittais la médiathèque et je rentrais sous la pluie.

Je savais que rien n'aurait changé en rentrant chez moi, de mon vide intérieur.

Plus tard, pendant que je dînais, je recevais un texto d'un très cher ami qui m'apprenait la mort d'Ourasi. Je comprenais son chagrin, il aimait tant ce cheval. C'est étrange, parce que cet ami venait de rompre ma solitude et donner un sens à ma journée. Il me demandait si j'allais bien : oui, j'allais bien puisqu'il était venu "partager" mon dîner.

vendredi 11 janvier 2013

C'est bien............... ça...



Vu hier soir le film de Jacques Doillon  : Pour un oui ou pour un non.
Un grand moment.
Filmé en 1988 sur un sujet intemporel.
Extraordinaire pouvoir des mots - pour notre bonheur ou notre malheur - dans une mise en scène sobre du huis-clos de Nathalie Sarraute où Jean-Louis Trintignant et André Dussolier excellent et nous emmènent jusqu'aux portes de l'enfer.

Deux amis d'enfance qui ne se sont pas vus depuis longtemps décident de se revoir. Ils parlent et cherchent ce qui a pu causer leur éloignement : des mots prononcés d'une certaine façon, une intonation etc. Très vite, une dispute commence et tourne au règlement de comptes. Passionnant, vertigineux!

"L'un veut faire dire à l'autre la raison de sa distance, de son éloignement dans l'amitié. Il lui faudra insister longuement pour qu'enfin le mobile soit nommé : "Ce n'est rien, juste des mots. Oui c'est à cause de ce rien que je me suis éloigné. Tu m'as dit quand je me suis vanté de je ne sais plus quelle réussite, "c'est bien... ça..." avec un petit ton, avec cet étirement entre le bien et le ça." S'ensuit une joute oratoire où chacun peu à peu découvre en même temps qu'il le formule qu'il vit cette amitié comme un piège et que l'autre représente tout ce qu'il déteste.
Quelle honte pourrait-on penser, de rompre une amitié si parfaite pour un oui ou pour un non! Un "oui"? Ou un "non"? Ce n'est pas la même chose."



mercredi 9 janvier 2013

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"Je suis de confession hébraïque, mais je me suis converti au narcissisme".

Woody Allen dans Scoop.

Jeu de miroirs...

Norman Rockwell (1894-1978) : triple autoportrait 1960 huile sur toile 113 x 88 cm


Je ne peux plus insérer de vidéos depuis mon ordinateur. Blogger n'accepte plus que des vidéos enregistrées sur You Tube ou Dailymotion ou Wat ou Picasa etc. c'est-à-dire tout ce qui ce qui peut être vu par n'importe qui. Or, je veux croire que mes lecteurs ne sont pas n'importe qui, non mais quel orgueil! J'aimais dans ce blog de temps en temps insérer des vidéos personnelles, intimistes, confidentiellles et celles-là je n'ai aucune envie de les enregistrer sur des chaînes publiques. Voilà ce qu'on me propose maintenant :

Je les ai un peu floutées, voire transformées  avec photoshop et je trouvais amusant d'en faire une petite vidéo avec un fond musical. Je vais donc m'en tenir à quelques photos, sans montage, sans musique.

"Se représenter soi-même n'est nullement un acte naturel".
Omar Calabrese, in L'Art de l'Autoportrait

"Connais-toi toi-même. Faut-il en faire le devoir de chacun ?
Sans doute que non.
Ce n'est que dans la mesure où je ne me connais pas moi-même que je peux me réaliser et faire quelque chose.
Seul celui qui se trompe sur soi, qui ignore les motifs de ses actes, peut oeuvrer. Un créateur, qui est transparent à lui-même, ne crée plus"
 (Cioran, cité par Pascal Bonafoux)

Bon, n'allez pas croire que je me prenne pour une artiste. Ah ah! Ce serait à pouffer de rire! (Et toi ne ris pas dans ta barbe). Les artistes dont je parle  et que j'admire dans l'autoportrait n'avaient pas de photoshop, même Francis Bacon :


 












QU'EST-CE QU'UN AUTOPORTRAIT ?

"L'autoportrait est un sous-genre – mineur - du portrait. Curieusement, ce n'est qu'en 1950 que le mot est officiellement admis dans la langue française.

Faire un autoportrait, c'est se représenter soi-même : de face ou de trois-quarts, le corps entier ou fragmenté, avec ou sans mise en scène, seul ou avec d'autres personnages.

Sans corps du tout, à la limite : la photographie du contenu de vos poches est une forme d'autoportrait, et vous pouvez également "arranger" votre chambre de telle façon qu'elle en dira beaucoup plus sur vous que la plus ressemblante des photographies. Un autoportrait réussi ne montre pas que l'apparence, mais aussi les sentiments, la personnalité, "l'âme" du sujet.

C'est aussi un genre littéraire...

L'autoportrait n'est pas réservé aux arts plastiques, c'est aussi un genre littéraire.

L'autoportrait littéraire est une catégorie qui ne doit pas être confondue avec l'autobiographie (ou "mémoires), mais qui s’en rapproche ; c'est un genre qui a ses lettres de noblesse : Montaigne, Stendhal, Leiris, Rousseau, Flaubert ("madame Bovary, c'est moi !"), Sartre, Gide, Sarraute…

Curieusement, l’écrivain fait souvent appel au langage pictural, comme dans ce texte fameux de Montaigne :

« Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. »

Et bien sûr le miroir est souvent invoqué (ici par Leiris) :

« J'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante »"

(Source ici avec de superbes autoportraits d'artistes).

Je ne sais pas ce qui se passe avec Blogger ou est-ce mon blog qui est mal paramétré mais ce fut une vraie galère pour insérer même mes photos et faire la mise en page. Quel temps perdu... au lieu de lire, un livre... ou d'aller taper dans la balle... dans la gadoue!

vendredi 4 janvier 2013

L'amour infini me montera dans l'âme

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud

Silence, (in)quiétude, solitude

Je reviens sur Edward Hopper. Je n'ai pas vu l'exposition au Grand Palais qui se termine le 28 janvier mais grâce à Internet et quelques beaux sites j'ai pu faire des visites virtuelles qui m'ont permis d'entrer dans les toiles et la vision du peintre avec peut-être plus de facilité qu'au Grand Palais où il doit falloir jouer des coudes pour approcher les oeuvres.

Hier soir j'ai regardé un documentaire que j'avais enregistré sur Arte il y a quelques semaines, La Toile blanche d'Edward Hopper, dont on peut voir les premières minutes dans cette vidéo :

 

La vie intérieure d'un être humain est un domaine vaste et varié,
qui ne saurait se satisfaire de seulement ordonner couleur, forme et dessin.
Edward Hopper, Reality 1953

"Si ses toiles s’affichent en millions d’exemplaires, lui n’aspirait qu’« à peindre les rayons du soleil découpant une architecture ». Edward Hopper (1882-1967), peintre de la solitude et de l’attente, mêle réalisme, surréalisme et cubisme pour éclairer l’envers du rêve américain. Au fil du parcours se dessine l’autoportrait de l’homme en quête de lui-même qu’il n’a jamais cessé d’être, auprès de sa femme Josephine ("Jo"), son unique modèle. Nourri d’images d’archives et d’extraits d’entretiens, ce documentaire épatant fait une belle introduction à la première grande rétrospective que le Grand Palais lui consacre jusqu’au 28 janvier 2013."

De sa période parisienne - ce n'est pas celle que je préfère - j'ai retenu ces tableaux :
. Soir bleu, interprétée comme l'adieu du peintre à son rêve français et  inspirée par un vers de Rimbaud  :
"Par les soirs bleus d'été, j'irai par les sentiers" (Sensation)
. Stairway at 48 rue de Lille Paris
. Ponts de Paris



Edward Hopper, Soir bleu 1913


Edward Hopper, Stairway at 48 rue de Lille


Edward Hopper, Pont à Paris 1906, Huile sur panneau



Edward Hopper, Le Pont des Arts 1907, aquarelle


Certains proches d'Edward Hopper font un portrait de sa femme, Josephine Nivison, artiste-peintre également, peu flatteur : une femme autoritaire, sans humour et ne supportant pas celui de son époux très enclin à la plaisanterie. On note cependant que sa perception des choses était souvent anarchique et fantasque. "Elle mettait à attaquer son mari - privilège qu'elle se réservait - la même énergie qu'à le défendre, encerclant l'inertie de Hopper d'une rafale étourdissante de provocations. Elle et lui étaient de tempérament si contraire qu'ils étaient l'un à l'autre une source intéressante de stimulation et de désarroi." Pour avoir fréquenté et bien connu des couples représentatifs de "l'artiste et sa muse", cette stimulation et ce désarroi sont pratiquement inévitables voire nécessaires... et pas de tout repos, ni pour l'un ni pour l'autre. Provoquer, attaquer puis défendre : une forme d'amour-passion. 


Robert Henri - the Art Student 1906 portrait de Josephine Nivison à 22 ans

Sa peinture fut parfois qualifiée de surréaliste, je pencherais plutôt vers l'hyperréalisme. Hopper est un peintre figuratif pas du tout intéressé par l'abstraction; elle ne l'intéressait pas. Pourtant il s'en est approché dans ce tableau :


Edward Hopper, Rooms by the sea 1951, huile sur toile

Il était toujours à la recherche de la lumière. Rarement il a à ce point illustré son projet de ne vouloir peindre qu'un rayon de soleil découpant les formes d'une architecture que dans cette toile.

Sa peinture est contemplative, empreinte de mélancolie, mais peut-être est-ce la mienne que je transfère dans ce que je vois : le silence, la quiétude, l'inquiétude, la solitude... de cette ouvreuse de cinéma plongée dans ses pensées. Hopper aimait aller au cinéma et le 7e art l'a souvent inspiré tout comme ses oeuvres ont inspiré des cinéastes.



Edward Hopper, New York Movie 1939

Wim Wenders a dit : « On a toujours l'impression chez Hopper que quelque chose de terrible vient de se passer ou va se passer ».

Ce que j'aime vraiment chez Hopper ce sont ces intérieurs (pièce, salon, chambre) avec un personnage, une femme, le regard tourné vers l'extérieur. Dedans/dehors. Mon quotidien, banal, dans le silence...

Dans le documentaire La Toile blanche d'Edward Hopper, interrogé sur l'art abstrait l'artiste laisse entendre qu'il ne l'intéresse pas; cependant il précise que le dripping de Jackson Pollock ne le laisse pas indifférent. Je découvre cet essai en faisant des recherches :


"Man is alone"

mercredi 2 janvier 2013

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« Sous la moustache, il cachait la bouche méprisante du courage,
et ses yeux libres étaient les feux follets du « Gai savoir ». »
Cocteau 

(Philippe Sollers, Gai savoir de Cocteau)

mardi 1 janvier 2013

Nouvel an : vouloir ce qui arrive

Il faut rajouter de la vie aux années
et non des années à la vie."
Proverbe chinois

"N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites.
Décide de vouloir ce qui arrive... et tu seras heureux...".
Epictète



A Resa von Schirnhofer

le 11 mars 1885
Nice, pension de Genève,
Petite rue Saint-Etienne

Chère Mademoiselle,
Cet hiver, on obtiendra difficilement quelque chose à lire que j'aurais écrit, c'est ce qu'ont décidé mes yeux. Je souhaiterais, à cause de ces yeux imbéciles, me retrouver dans une quelconque obscure Venise, car ce que j'attends de Nice, un air très sec et un ciel constamment très pur, voilà ce qu'on ne peut pas obtenir ici, cet hiver, pas plus qu'ailleurs. C'est un hiver d'exception : nous avons eu un raz-de-marée comme il n'y en a pas eu depuis cinquante ans, deux petits tremblements de terre, deux ou trois fois par jour de longues averses a la tedesca*, et une permanente alternance des caprices du ciel : - ce qui a fort mal convenu à ma santé. Mais depuis quelques jours, je bénéficie dans ma petite pension, de la présence d'un Allemand** qui est venu pour moi et qui m'est tout dévoué - mais j'apprécie fort peu les Allemands, c'est une autre sorte de "nébulosité de traîne" qui m'est tout à fait insupportable...
Est-ce que j'aime les Français? Quelques-uns d'autrefois, Montaigne, surtout. De ce siècle, uniquement Beyle, au fond, et ce qui a pris racine sur son terrain.
Et c'est cela qui dicte aujourd'hui cette lettre que je vous adresse, chère mademoiselle Resa : bien que, comme je l'ai dit, mon moral oculaire s'écrie "Ne lisez ni n'écrivez, monsieur le Professeur".
Il doit y avoir en France une sorte d'enthousiastes stendhaliens, on m'en a parlé, qui s'appellent les "rougistes". Pouvez-vous vous mettre un peu en chasse de ce côté-là : trouver, par ex., une nouvelle édition du Rouge et le Noir, préfacée par un monsieur Chapron, si j'ai bien compris le nom. Où cette fine poule (il est mort) a-t-elle pondu son oeuf? Stendhal n'a pas écrit de plus grand livre que celui-là. Faites la connaissance du plus vivant des disciples de Stendhal, M. Paul Bourget, et racontez-moi quels nouveaux essais il vient d'écrire (je vous avais montré ici, à Nice, son recueil, les Essais de psychologie contemporaine). Il est, me semble-t-il, le vrai disciple de ce génie que les Français ont découvert avec 40 ans de retard (des Allemands, je suis le seul à l'avoir reconnu et sans obéir à une instigation d'origine française). Les autres littérateurs célèbres de ce siècle, Saint-Beuve et Renan, par exemple, sont à mon goût bien trop sucrés et trop ondulants; mais ce qui est ironique, dur, sublimement méchant, à la manière de Mérimée - oh, comme cela convient à mes papilles!
Fin mars, j'irai en Allemagne par la Suisse. Le mariage de ma soeur est annoncé pour cette année : saluez Malwida de ma part et recevez, vous aussi, les salutations

De votre tout dévoué
Nietzsche

* signifie "à l'allemande"
** Il s'agit de Paul Lanzky

La lettre A Resa von Schirnhofer est extraite de l'ouvrage :
Lettres choisies de Nietzsche, Folio classique 2008.

On peut lire ici un document de Guiliano Campioni sur
Une source inédite de Nietzsche : Guy de Maupassant.

Sur Paul Bourget dont parle Nietzsche :
"Faites la connaissance du plus vivant des disciples de Stendhal,
M. Paul Bourget [...] Il est me semble-t-il le vrai disciple de ce génie
que les Français ont découvert avec 40 ans de retard..."

Et voilà une année qui commence bien sérieusement! [Rires].

lundi 31 décembre 2012

Le désir et la mort

"Évoluer, c'est céder à la fatalité"
Thomas Mann, Der Tod in Venedig


"Tu es vieux Gustav, et aucune impureté au monde
 n'est aussi impure que la vieillesse."











(Captures d'écran - Cliquer pour agrandir)

J'avais dû le voir dans les années 70 et ne l'avais pas revu depuis. J'ai emprunté le DVD de Mort à Venise à la médiathèque et l'ai regardé hier soir. A vrai dire, je ne me souvenais que de la fin. Quel choc en le revoyant : esthétique, pathétique, magnifique. La veille j'avais regardé le "bonus" avec des interviews qui nous permettent de comprendre certains remaniements de Visconti par rapport au roman de Thomas Mann dont il s'est inspiré. Gustav von Aschenbach dans le roman de Mann est écrivain, Visconti en a fait un musicien. L'on sait que Thomas Mann est un écrivain féru de musique;  alors qu'il séjourne à l'Hôtel des Bains au Lido, il apprend la mort de Gustav Mahler et c'est durant cette période qu'il écrira La Mort à Venise.

"Mais c'est aussi à Venise qu'est mort, en 1883, Richard Wagner à qui Mann dédie un essai durant la même période. Enfin, c'est sur la plage du Lido que Mann voit se réveiller son homosexualité latente devant la beauté d'un jeune noble polonais de quatorze ans."

"Benjamin Britten compose en 1973 un opéra intitulé Death in Venice. Les similitudes entre Visconti et Britten sont intéressantes. Tous deux ont une vision très musicale de l'œuvre de Thomas Mann, une musique forcément mélancolique, ce qui peut être rapproché du fait que le musicien, comme le cinéaste, tous deux homosexuels, déjà âgés, meurent la même année, en 1976, peu de temps après avoir créé leur œuvre, comme s'ils s'étaient eux aussi identifiés au héros de la nouvelle."

"L'influence dionysiaque est palpable dans l'œuvre de Mann. Le héros est pris d'une véritable fièvre dionysiaque, extasiante qui va le mener à sa perte. Il rappelle ainsi la proche parution de La naissance de la tragédie de Nietzsche, qui analyse les composantes dionysiaques de la tragédie, opposées à la part apollinienne de l'œuvre."

(Sources Wikipédia)

Cette œuvre que Mann désigne comme "une tragédie" est une réflexion sur la mort, l'amour, le mal, l'art et la culture.

Je ne me souviens pas lorsque j'ai vu ce film la première fois, avoir été troublée, enthousiasmée comme je l'ai été hier soir. Cette tragédie mise en scène par Luchino Visconti est exacerbée par les images, les décors, les personnages et bien sûr la musique de Mahler, l'adagietto de la 5e Symphonie qui rajoute à la ferveur, à la mélancolie de la tragédie.
Dirk Bogarde dans le rôle d'Aschenbach est admirable... comme toujours.

samedi 29 décembre 2012

Nighthawks et la muse...


"La réalisatrice Sophie Barthes revisite le tableau énigmatique d’Edward Hopper Nighthawks (1942). Dans son atelier, alors qu’il achève l’une de ses œuvres, l’artiste est interpellé par sa muse s’ennuyant dans sa toile. Soudainement, elle quitte le cadre pour rejoindre le bar des Noctambules..."



Et, d'autres courts métrages vu par... ici.

vendredi 28 décembre 2012

Une éternité de l'instant


Parfois il faut savoir la poser cette caméra parce qu'à certains moments
il faut vivre l'instant et non pas, filmer l'instant.

La mort : je la sais, je la connais, je l'ai vue, je la rêve, je me la rêve,
je me vois.
Dire que j'ai pas peur? Probablement si, j'ai des peurs, mais pas des paniques?
En tous cas on sait pas et ce que j'ai appris dans mes voyages
c'est : tant qu'on ne sait pas on ne peut pas en avoir peur.



Quelques extraits : mauvaise image, mauvais son. Mais "qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse". J'avais enregistré sur K7 (oui j'ai encore un magnétoscope et une vieille télé [Rires]) un documentaire que j'ai visionné hier soir sur cet acteur-écrivain. Dommage que la vidéo ne repasse pas sur la toile. Cette fois ma K7 est morte et mon magnétoscope ne va pas tarder à me lâcher aussi. Ce sera l'occasion de réinvestir dans du matériel de notre époque. Il faut savoir tout de même, que mon enregistrement est bien net sur mon écran de télé; c'est le fait de filmer ensuite mon écran avec mon appareil photo qui donne cette image médiocre. En fait, je ne regarde pratiquement jamais la télévision en temps réel. J'enregistre ce qui m'intéresse.

mercredi 26 décembre 2012

La petite marchande d'allumettes

Gabrielle 7 ans.

- Toi, est-ce que tu aimerais bien mourir?
Des fois oui des fois non.
Moi j'aime bien la vie, en fait j'adore la vie.
Des fois on doit mourir parce que son corps est trop fatigué de vivre, parce qu'on a pas assez à manger comme la petite fille aux allumettes et des fois... ça c'est rare... on a envie se suicider, on a envie de mourir. 
Je pense qu'il y a plus de gens sur la terre qui ont envie de vivre plutôt que mourir.
Un jour quand ton corps il sera très très fatigué, et pour reposer ton corps ça suffira pas de dormir, alors il faudra mourir. Et t'as pas besoin te tuer, t'as pas besoin te suicider, ton corps y va s'arrêter de vivre tout seul.
[...] Mes rêves... c'est d'être scientifique ou de partir sur la lune ou d'être chef d'orchestre ou des choses comme ça.
Pour moi entendre de la musique ça fait du bien à mon corps. La musique ben c'est un peu comme la vie et moi j'aime beaucoup la musique.; mon coeur y ressent un peu comme s'il était déjà mort et qu'il est en train de revivre. Mais de toute façon ben il est pas prêt de mourir... mon coeur... parce que j'ai que 7 ans et que je connais pas de gens qui sont morts à 7 ans.
En fait je sais pas trop quand je vais mourir. Mais personne ne sait pas trop quand il va mourir en fait. Quand tu meurs c'est un peu comme quelqu'un qui avait un couteau et qu'il plantait dans ton coeur. Et... c'est comme ça que je ressens la mort."

Gabrielle (que l'on peut entendre à partir de la 14e minute dans le reportage).



Elise Andrieu © DR


Un très joli moment à écouter sur France Culture avec Gabrielle, cette petite fille de 7 ans qui, déjà, fait de la philosophie sans le savoir sur la vie, la mort, le suicide, avec une lucidité, une spontanéité étonnantes et avec générosité. Le reportage se passe dans des écoles Montessori (La Baleine et L'Horizon).*

"Ils ont entre 5 et 9 ans, ont entendu le conte d'Andersen, La petite marchande d'allumettes et expliquent à leur manière ce que veut dire pour eux la pauvreté, l'indifférence et la mort, mais aussi l'espoir, la chaleur et le rêve."

* "Selon Maria Montessori, chaque enfant est unique. Il a sa personnalité propre, son rythme de vie, ses qualités et ses difficultés éventuelles. Les enfants traversent tous des « périodes sensibles (en) » :
Il s'agit de sensibilités spéciales en voie d'évolution, des moments de la vie de l'enfant où celui-ci est tout entier « absorbé » par une sensibilité particulière à un élément précis de l'ambiance.
Ce sont des périodes passagères, transitoires ; elles se limitent à l'acquisition d'un caractère déterminé ; une fois le caractère développé, la « sensibilité » cesse. Il est donc primordial que l'ambiance (l'environnement) offre au bon moment à l'enfant les moyens de se développer en utilisant ces périodes sensibles."

Cela m'a ramenée à mes jeunes années professionnelles avant lesquelles j'effectuais un stage dans un Jardin d'enfants Montessori à Meudon. J'ai pu ensuite mettre en pratique cette merveilleuse pédagogie dans une école près de la Sorbonne. Je n'ai "enseigné" que quatre ans et la vie m'a fait ensuite prendre d'autres voies...

mardi 25 décembre 2012

La dernière promenade...


... eut lieu le 25 décembre 1956. Oui, j'y pense, à chaque Noël.

"La promenade [...] m’est indispensable pour me donner de la vivacité et maintenir mes liens avec le monde, sans l’expérience sensible duquel je ne pourrais ni écrire la moitié de la première lettre d’une ligne, ni rédiger un poème, en vers ou en prose. Sans la promenade, je serais mort et j’aurais été contraint depuis longtemps d’abandonner mon métier, que j’aime passionnément. Sans promenade et collecte de faits, je serais incapable d’écrire le moindre compte rendu, ni davantage un article, sans parler d’écrire une nouvelle. Sans promenade, je ne pourrais recueillir ni études ni observations."

Robert Walser, in La Promenade.

La dernière promenade date de la Noël 1956. Au matin, Robert Walser, auteur de L’Institut Benjamenta, des Enfants Tanner, du Commis, de Sur quelques-uns et sur lui-même, de Retour dans la neige, de La Promenade, part seul en direction du Rosenberg. C’est sur un chemin de neige que deux écoliers le découvrent dans l’après-midi. « La tête, légèrement tournée sur le côté, le promeneur offre une image parfaite de la paix de Noël. Sa bouche est ouverte ; on dirait que l’air hivernal, pur et frais, pénètre encore en lui », écrira Carl Seelig.

(Source : remue.net)



lundi 24 décembre 2012

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« Ce Noël, je le passe tout seul à Bâle, car j’ai décliné les cordiales invitations de Tribschen*. Il me faut du temps et de la solitude pour réfléchir une peu à mes 6 conférences et pour me concentrer… »
Nietzsche, Lettre à Erwin Rohde le 21 décembre 1871.

* Nietzsche avait passé à Tribschen chez les Wagner les deux Noëls précédents.

dimanche 23 décembre 2012

L'horizon, c'est ce soir

"Ne pas faire de projet à long terme.
L'horizon, c'est ce soir."

Alexandre Jollien dans De chair et d'âme.


Vu ce film hier; il va repasser sur Arte jeudi 27 décembre à 5 heures du matin. Une belle rencontre.  A enregistrer!

"Tétraplégique à la suite d'un accident de parapente, Philippe Pozzo di Borgo a inspiré le film «Intouchables». Handicapé après sa naissance, Alexandre Jollien est un philosophe attachant. Pour la première fois, ces deux cabossés de la vie ont accepté de se rencontrer pour mener un dialogue sur la différence, leurs différences, mais aussi ce qui les rassemble."