dimanche 20 mars 2011

Guy de Cointet


 Guy de Cointet et Mary Ann Duganne, actrice "performeuse"

"Guy de Cointet [1934-1983] (il a vécu le même nombre d’années que toi) quitte la France pour New York en 1965 où il fréquente la Factory d'Andy Warhol puis devient l’assistant du sculpteur minimaliste Larry Bell à Los Angeles. Influencé par Raymond Roussel, il écrit plus d’une vingtaine de pièces performatives figurant des accessoires scéniques qui transforment la relation entre les mots, les formes et les couleurs.
Des années 70 jusqu’à son décès en 1983, Guy de Cointet réalise des dessins étranges, parfois dépouillés et très souvent biscornus, où la main joue des tours singuliers à des déclarations triviales ou à des aphorismes cabalistiques. Si les textes de Cointet trouvent un point d’accomplissement dans leurs performances théâtrales, il n’est point de dessin sans texte ou presque. Et c’est peut-être dans ses dessins que le texte, débarrassé de tout enjeu théâtral, apparaît le plus nettement dans la multiplicité de ses sources. Ici un poème de Rimbaud, un slogan publicitaire ou une note de journal intime, là un message personnel, une bribe de conversation, une illumination ou un fragment de roman de consommation… l’enveloppant au contraire d’une gangue le rendant illisible, les dessins de Cointet sont loin d’être de simples exercices calligraphiques.
Le travail de Guy de Cointet est réapparu en Europe en 1996 au Centre National d’Art Contemporain Le Magasin, à Grenoble, grâce à une invitation faite à l’artiste Paul McCarthy, témoin et ami de Los Angeles. Une rétrospective lui a ensuite été consacrée en 2004 au Mamco (Musée d’Art Moderne et Contemporain) de Genève."


Je me suis donc promenée dans l’exposition, m’attardant sur des dessins, des chiffres, des lettres de l’alphabet, des signes calligraphiques, m’appuyant sur le petit livret que j’avais en main pour tenter d’en comprendre le sens et, surtout, avec le désir d’en savoir plus sur cet artiste au charisme indéniable quand on voit ses photos. Et, cette semaine, j’ai donc picoré ça et là, des renseignements, des textes, qui m’éclaireraient sur son travail.





Voilà ce que je ne dois plus faire : amasser des informations, des documents, des photos, des vidéos pendant une semaine sur un sujet en vue d’en parler ! Quelle folie !
Ce n’est pas un billet qu’il faut faire sur Guy de Cointet (photo ci-dessus), c’est un livre ou un film, ce qui a déjà été fait.
Alors tant pis, je ne me sens pas le courage de parler d’un artiste que je viens de découvrir sans avoir l’impression de ne pas savoir faire ressortir l’essentiel. Son travail est si multiple, si riche, d’où la difficulté d’être concise.

Bon, je commence depuis le début !
Dimanche dernier je suis allée voir une exposition de quelques œuvres de Guy de Cointet au Centre d’Art Contemporain. J’insiste sur : Art Contemporain. Exposition réalisée grâce au concours de la Succession de Cointet et de la galerie Air de Paris ; elle réunit un ensemble de cinquante œuvres sur papier, encres pour la plupart exécutées entre 1971 et 1983, et prêtées par le Musée National d’Art Moderne/Centre Pompidou ainsi que par des collectionneurs privés. Présentation de l’exposition sur France Culture (5 minutes) ici.

Now, I'll go and smoke a cigarette


Sans titre (signature de Mahomet), c.1971
encre sur papier



Ethiopia, Los Angeles, 1976
La richesse de son œuvre permettra un parcours varié : des livres de poésie visuelle, des dessins à l’encre, des carnets et les décors de quatre pièces : Ethiopia (1976), Tell Me (1978), A new Life (1981), IGLU (1977)."

Marie de Brugerolle, in Premières critiques, éd. Les presses du réel & JRP/Ringier.

Guy de Cointet est un artiste performeur ! C’est en assistant à une "performance" mercredi, que j’ai appris ce qu’était un « performeur ».
"L'art performance est une forme d'art dans laquelle les actions d'un individu ou d'un groupe, dans un espace et à un moment particulier constituent l'oeuvre d'art. Ces performances peuvent arriver n'importe où et à tout moment. Le corps, le temps et l'espace constituent généralement les matériaux de base d'une "performance".
L’expérience artistique se fait par l’interaction avec un objet ou un film… C’est le corps de l’artiste qui transforme l’ensemble action plus objets en sculpture. Le temps de l’œuvre est le temps de la co-présence de l’artiste, de choses et des spectateurs."
(Wikipédia)

Mercredi soir j’ai donc assisté à une performance de Dominique Gilliot. Elle a investi le Centre d’Art Contemporain avec une performance sonorisée, déambulatoire, incluant des chansons décalées, des actions millimétrées, des poésies miniatures, en relation avec l’exposition Guy de Cointet. Humour et dérision, j’ai trouvé la "performeuse" intéressante. Je mettrai ce soir deux petites vidéos et les photos, Blogger bloque, débloque pour le moment.

Jeudi soir, j’ai suivi la télé-conférence (merci skype) de l’historienne d’art Marie de Brugerolle, en direct de Lyon, passionnante, suivie d’une projection de documents filmés inédits (le film est en cours de réalisation, c'était donc une avant-première, il aura des sous-titres français, parce-que là tout était en anglais, accent américain, mauvais son, je n'ai pas capté la quart de ce qui était dit mais l'historienne nous avait bien résumé ce que nous allions voir)) sur le travail de Guy de Cointet avec le témoignage de Paul McCarthy et Jeffrey Perkins, cinéaste ami de Guy de Cointet.


 Paul MacCarthy

Jeffrey Perkins

J’ai pendant très longtemps été complètement hermétique à l’art contemporain et depuis que je m’oblige à aller voir ces expositions au CAC de ma ville, peu à peu un cheminement, des recherches, me font découvrir des artistes passionnants et leur démarche m’apparaît moins obscure même si, je m’intéresse depuis toujours à l’expressionnisme abstrait avec des artistes comme Jackson Pollock, Cy Twombly, Sam Francis, Motherwell, Jasper Johns, Malevitch etc. Oui, toutes ces expos du CAC me procure un certain plaisir : celui de me dire que j'ai encore en moi une jeunesse; je n’ai pas perdu ma capacité à m’enthousiasmer pour des formes d’art qui me paraissaient jusqu’à présent incompréhensibles. La différence, pour moi, de cet art contemporain avec la peinture dite moderne, c’est que pour celle-ci, je n’ai pas besoin d’aller chercher des explications pour la comprendre, rentrer dedans, j’ai l’impression de faire corps avec elle. Et, je ne parle pas de Nicolas de Staël, plus figuratif, que j’aime particulièrement.

Encore un mot sur cette actrice Mary Ann Duganne où on la voit dans deux vidéos à l'exposition; elle est superbe et m'a fait penser à la merveilleuse Gena Rowlands (ci-dessous).


Il est entendu que je n'ai pas dit le quart, le dixième, le centième de ce que représente le travail de Guy Cointet. "Il est mort prématurément, après le bref succès de De toutes les couleurs (1982) jouée en français à Paris au théâtre du Rond Point, alors qu'il élaborait ce qui restera sa dernière pièce, The Bride Groom (1983), inachevée." (Source : Marie de Brugerolle.)




Autoportraits

"Chez Guy de Cointet, les objets fonctionnent comme des phonèmes. Les glissements de la lettre à l’image, entre lisibilité et visibilité sont caractéristiques de son travail. Il joue sans cesse entre abstraction et réalisme en construisant des décors dont les éléments ont à la fois des formes géométriques simples et des fonctions très prosaïques. L’usage des objets comme mots et des mots comme objets est au cœur du travail de Guy de Cointet.
Le passage s’est opéré chez lui du livre à la performance, pour former des dispositifs scéniques dans lesquels la voix, le geste, le mouvement sont complémentaire et indissociables.. Le changement d’échelle sera un des facteurs essentiels : "Je les utilise (les livres) dans mes performances mais sous des formes agrandies que j’ai créées, ainsi le public peut voir exactement ce qui est écrit ou dessiné". […]





La variation de la taille des choses permet d’exacerber la réception du public, les objets deviennent des simulacres : ils ne sont pas la chose qu’ils représentent, ils en ont l’aspect, mais leur taille diverge. Leur artificialité est évidente. Un livre en carton peint n’est pas le substitut d’un livre de papier : il devient un portrait de livre, un personnage-livre, un support de discours.
Pour comprendre les problématiques de l’exposition, il faut situer l’importance de la théâtralité dans l’œuvre de Guy de Cointet.




Mary Ann Duganne

jeudi 17 mars 2011

De Montaigne à... Epicure



Entrée du Château de Montaigne



Raphaël Enthoven, François Caunac et Frédéric Brahami.
Et Montaigne.G. M-S©Radio France.
Il y a des peuples qui se cachent en mangeant. Je connais une dame, elle est des plus grandes, qui a cette même opinion à savoir, que c'est une attitude désagréable que celle d'une personne en train de mâcher, qui enlève aux femmes beaucoup de leur grâce et de leur beauté, et elles ne se présentent pas volontiers au public avec de l'appétit.
Je connais aussi un homme qui ne peut supporter de voir manger ni qu'on le voie manger, et il cherche à éviter toute présence, plus quand il s'emplit que s'il se vide.
Dans l'Empire du Grand Turc on voit un grand nombre d'hommes qui, pour exceller sur les autres, ne se laissent jamais voir quand ils prennent leur repas, qui n'en font qu'un dans la semaine, qui se déchiquettent et se balafrent la face et les membres, qui ne parlent jamais à personne. Ce ne sont là que des fanatiques qui pensent honorer leur nature en se dénaturant, qui s'estiment de se mépriser et croient s'améliorer en se détériorant.


Michel de Montaigne, in Essais.

En écoutant ce texte ce matin, je pensais que finalement, je n'aimais pas trop non plus que l'on me voie manger. Je connais une amie qui m'aurait encore dit ce soir, si elle m'avait vue : "toi, tu es courageuse, tu ne crains pas d'aller toute seule au restaurant". Eh oui! je n'ai pas craint pas de me "montrer en public" en train de "mâcher" et de mettre mes doigts - avec grâce - dans mon chaudron de moules! Il faut reconnaître que le test du restaurant lors d'une rencontre amoureuse peut être fatal!
Ce soir j'ai assisté à une projection vidéo sur un artiste étonnant sur lequel je reviendrai : Guy de Cointet. Il m'a donné faim, il était tard, j'avais envie de mettre les pieds sous la table. Oui, je sais, c'est mieux à deux mais "mieux vaut être seule que..." blablabla! Et puis, dans ma tête je ne suis jamais seule. De plus, la brasserie était pleine, et les moules à l'andouille (je n'invente rien) délicieuses!


mardi 15 mars 2011

Lu Xun

Lu Xun, statue à Shanghaï

Je reviens sur ce film passionnant sur l’écrivain Chinois Lu Xun que j’ai regardé il y a dix jours.

Petit rappel :


LU XUN: L'âme de la Nation

"A travers la destinée de l'écrivain Chinois LU XUN, nous découvrons la vie des lettres et l'apparition des intellectuels modernes au cours des différentes révolutions qui bouleversent la Chine depuis un siècle. Ce portrait de LU XUN s'intègre dans la série "Un Siècle d'Ecrivains" proposée par Bernard RAPP sur FRANCE 3.
Le nom de Lu Xun (1881-1936) est étranger à la plupart d'entre nous, si ce n'est peut-être pour Journal d'un fou, premier texte écrit en langue chinoise parlée, et La Véritable Histoire d’Ah Q (éditions Stock). Pourtant, ce fils de lettres profond érudit, considéré comme le plus grand écrivain de la Chine moderne, abondamment "récupéré" après sa mort par le pouvoir officiel, a non seulement incarné l’avènement de l'intellectuel indépendant dans un pays où les esprits étaient jusqu’alors soumis au système confucéen, mais a impulsé des avant-gardes sociales, politiques, artistiques encore à l'ordre du jour. D'une belle élégance formelle, remarquablement construit et documenté, le film d’Henry Lange (réalisé avec le concours de Zoo Si, à l’appui des témoignages de familiers et des « héritiers» de son œuvre) restitue à la fois le cadre de cette Chine en mutation dans laquelle Lu Xun a évolué; la richesse et la singularité de son parcours; la solitude exigeante de sa pensée et de ses engagements; le mélange inextricable de lucidité pessimiste et d'élans utopistes qui ont animé cet intraitable, jamais dupe des masques pseudo-révolutionnaires de l'asservissement. Traducteur, enseignant, artiste, romancier, conteur ou polémiste, Lu Xun s'est épuisé, à défendre et revendiquer la liberté, la dignité sociale de chacun."
Réalisation Henry LANGE
Coproduction F PRODUCTIONS / FRANCE 3 / BEIJING TV
Droits MONDIAUX Durée : 52 mn
Versions FRANÇAISE, INTERNATIONALE


J’ai capturé sur mon écran ces deux passages:




Le réalisateur
"Ding Yinnan (丁荫楠), spécialiste des biographies hagiographiques des grands hommes de la Chine du vingtième siècle (Sun Yat-sen, Zhou Enlai, Deng Xiaoping), en a récemment consacré une à Lu Xun. Le film, sorti sur les écrans chinois en septembre 2005, part des dernières années de la vie de l’écrivain, le présentant comme un homme malade et affaibli, revisitant son passé à coups de flashbacks. Ding Yinnan a été conseillé par le fils de Lu Xun, Zhou Haiying. Le principal atout du film est l’acteur principal, Pu Cunxin, qui a une ressemblance hallucinante avec Lu Xun."

 Pu Cunxin, Lu Xun


La véritable histoire d’Ah Q a également fait l’objet d’un film de Cen Fan "qui, en 1982, fit sensation au Festival de Cannes et l’acteur Yan Shunkaï reçu le prix du meilleur acteur au festival international du film de comédie de Vevey, en août 1982."
 Yan Shunkai

Hier je regardais rapidement aux informations à la télévision des images d’une exposition qui se tient à Paris en ce moment : Tous cannibales, et cela m’a interpellée, je me souvenais des mots de Lu Xun : "dévorer l'homme", (seconde vidéo).
Une phrase de Claude Lévi-Strauss, placée en exergue de l'exposition, donne le ton :
"Nous sommes tous des cannibales. Le moyen le plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger".


"Chez certaines tribus anthropophages, boire le sang et manger la chair de leurs ennemis était un moyen de s'approprier leur force. Le délire anthropophagique est une conviction psychotique : boire le sang de l'homme rapprocherait l'anthropophage du divin. En contact avec les peuples amérindiens, les explorateurs ont cherché à expliquer les motivations des tribus cannibales. Dans son Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, Jean de Léry explique que "plus que par vengeance et pour le goût (…), leur principale intention est, qu'en poursuivant et rongeant ainsi les morts jusqu'aux os, ils donnent par ce moyen crainte et épouvantement aux vivants". L'anthropophagie est généralement considérée comme un acte de folie dans les sociétés occidentales. Il est perçu aussi chez certains peuples comme un acte d'humiliation pour la personne dépecée et sa famille. L'anthropophagie peut également être vue dans certains cas comme une volonté de s'approprier une partie de quelqu'un, à compter que l'anthropophagie ne nécessite pas forcément de meurtre. Ce n'est pas de la démence dans tous les cas de figure, l'anthropophagie peut être aussi nécessaire pour la survie". (Source
Wikipédia)


Lu Xun Museum, Shanghaï

lundi 14 mars 2011

***

Marie Trintignant, je viens de la voir dans ce film sur le féminisme.
J'ai envie de dire, sur la féminité.
Elle est si belle, si troublante.
Et si intense dans ses amours.
On ne peut vivre sans amour.
Je ne vis pas.
Je ne vivrai plus.
Résignation.
Mais je ne souffrirai plus.
Consolation.

dimanche 13 mars 2011

Dimanche gréco-romain

Pfff! Mon voisin travaille et ne se préoccupe pas de l'état des murs de l'entrée. Nous sommes deux dans cet immeuble : lui et moi. Différence d'âge entre nous deux 25 ans? Je n'en sais rien. Devinez qui est le (la) plus jeune? Hé hé, c'est bibi! Enfin... on dira que c'est moi.
Ce matin, coup de balai dans notre bel escalier (j'ai eu un coup de foudre pour cet escalier quand j'ai découvert mon appartement il y a deux ans, j'avais l'impression d'être à Rome, je lui trouvais un charme italien avec ce ciment badigeonné de rouge; il est plus rouge que sur la photo).



Mais voilà, en bas de l'escalier, il ne faut pas lever la tête, sinon on voit ce plafond qui s'écaille. Bon, OK, en Italie il y a plein de plafonds qui tombent en ruine mais là, j'en peux plus de voir ces morceaux de peinture qui se décollent. Ni une ni deux, au boulot, je vais me limiter au grattage!




AVANT



PENDANT




APRES
Mmmm! It's not perfect but is better!
Cette semaine je vais acheter une boule en papier chinois pour cacher l'ampoule:)
Cette après-midi je suis allée voir une expo de photos :
La Compagnie Française des Mines du Lautrium 1875-1981.
Images d'un passé industriel, photographies de Yannis IaKovidis
Les mines antiques du Laurion : la richesse d'Athènes.
Très belle exposition et, j'ai retrouvé dans ces photos le rouge de mon (notre) escalier romain:)




Ce soir, moment divin avec Cecilia Bartoli sur Arte dans L'art des castrats. Frissons pour clore un dimanche gréco-romain:). Philippe Sollers - amoureux de Cécilia Bartoli - devait être scotché devant l'écran!

samedi 12 mars 2011

Sérieusement futile

J’ai fait un rêve étrange : je n’étais plus moi, j’étais une autre.
Etait-ce un cauchemar ?
J’étais devenue trop sérieuse, ennuyeuse.
Je craignais ma futilité alors j’ai voulu l’éradiquer. (Du coup j’ai supprimé ce matin d’un coup de sabre des photos que j’avais mises dans mon billet d’hier).
Et ce n’était plus moi. (Alors j'ai insisté sur le futile dans ce billet)
Je veux continuer d’être moi :
rire pour alléger ce qui est grave,
plaisanter quand tout autour de nous est si lourd à supporter.
Parfois j'ai si peur, alors je ris, et j'oublie.
Je veux pouvoir être aussi futile que sérieuse.
Il est si difficile d’être gaie, futile, dans la solitude.

"La futilité des gens sérieux vaut le sérieux des gens futiles."
Louis Scutenaire, in Mes inscriptions 1943-1944.

Je lisais cette semaine un dossier intéressant dans Philosophie Magazine :
Et vous, êtes vous normal? Il semblerait que je le sois (que je le fusse?:))!

Cette réflexion ci-dessous n’a rien à voir avec ce que je viens d’écrire mais elle me vient à l’esprit. Je l’ai entendue dans les NCC :

"Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant tapissé de nombreuses plantes, appartenant à de nombreuses espèces, abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent çà et là, des vers qui rampent dans la terre humide,
si l’on songe que ces formes si admirablement construites, si différemment conformées et dépendantes les unes des autres, d’une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui agissent autour de nous
."
Charles Darwin, in L’origine des espèces.

vendredi 11 mars 2011

Déjeuner chinois

Il y a un an j'étais toute excitée à l'idée de mon séjour à Paris, je commençais ma liste de choses à faire, à voir sur place et ça me remplissait de joie. Cette année, rien, pas de projet d'escapade, je ne peux rien prévoir pour le moment et, d'ailleurs, la lassitude m'envahit. Pourrais-je prévoir une escapade que je n'en aurais même pas le désir.
L'air est doux, il y a du soleil (hou hou les météorologues nuls qui annonçaient de la pluie pour aujourd'hui), timide ce matin mais fier cette après-midi.

J'ai pris le taureau par les cornes, euh... je me suis donné un coup de pied au "popotin" et je suis partie déjeuner en ville! Direction Le petit Gaveau, c'est archi-plein, pas une place de libre, le pianiste est là, la salle est si bruyante qu'on l'entend à peine. Il y aura une place dans vingt minutes me dit-on. Il est 13 h et je n'ai pas envie d'attendre dans ce brouhaha. Je vais au restaurant chinois un peu plus loin. Le contraste est saisissant de calme. Les plats sont bons, la musique en fond sonore douce.

En ressortant du restaurant, j'aperçois la cathédrale, que je n'avais encore jamais vue sous cet angle dans la rue Sainte Catherine.
Puis je m'arrête devant cette vitrine d'un beau magasin pour hommes. L'étalagiste est un(e) artiste, c'est superbe. Quelques reflets avec mon appareil, dommage. J'aime beaucoup ce magasin, j'y entre même parfois, pour le plaisir,

comme je rentrai chez Charvet Place Vendôme. Snobisme? Non, je m'emplissais les yeux de couleurs, de soieries, de calme, luxe et beauté.
"Selon Proust, dont les chemises, les cravates et les gilets venaient de chez Charvet, ce dernier restait "le signe d'un certain monde, d'une certaine élégance". Proust passait de longs moments chez Charvet à la recherche de la couleur parfaite pour ses cravates, tel un "rose crémeux". Les marcels de Proust venaient aussi de Charvet. Le narrateur de sa Recherche du temps perdu tue le temps avant son déjeuner chez Swann, "tout en resserrant de temps à autre le nœud d'une magnifique cravate de chez Charvet"."
C'est là que j'ai acheté le noeud papillon que tu portais le jour de notre mariage, un mélange de genres assez bohême : ton costume en velours à grosses côtes et ce noeud papillon en soie, marron à petits pois rouge.
Je traîne un peu au retour, je me sens moins lasse mais guère joyeuse. Allons allons, vite un deuxième coup de pied au "popotin"!

mercredi 9 mars 2011

L'Angelus du soir

Tout le jour je fus pensive.
A l’heure où les "actifs" quittent leur bureau
et les internautes leur écran,
j’ai regardé le ciel.
A l'approche du printemps,
à toute heure du jour et de la nuit
je l'observe, oisive.
Ce soir, quand sonnait l’Angélus
j’ai vu ces traces blanches
dans le jour déclinant
"fauve avec des tons d’écarlate".
J’ai ouvert ma fenêtre
et j’ai branché le son
pour la énième fois.
J’avais le cœur battant
et je ne sais pourquoi.



Tandis qu'un choeur de cloches dures
Dans le grandissement du jour
Monte, aubade franche d'injures,
A l'adresse du Dieu d'amour !
Paul Verlaine, L'Angélus du matin

A André Bénac

Ce qui me charme en toi, Quimper de Cornouailles,
C’est qu’une âme rustique imprègne ta cité,
Que les champs sont chez eux au coeur de tes murailles
Et que, né paysan, ton peuple l’est resté.

Tes rivières te font un collier de sonnailles
Et dans leurs reflets verts mirent le quai planté
Dont tes Nausicaas, blondes du blond des pailles,
Aspergent le granit d’eau vive et de gaîté.

Le soir, à l’heure intime et bleue où les toits fument,
Quand se tait l’angélus aux clochers qui s’embrument,
Un grêle biniou chevrote un air léger ;

Et, sur le bord de l’ombre où se dissout la ville,
Le Mont Frugi s’accoude ainsi qu’un vieux berger
Qui rêve sous la lune à quelque jeune idylle.
Anatole Le Braz, Quimper.

mardi 8 mars 2011

Femme, tout simplement



Photo Elliot Erwitt, en couverture du Hors-Série Le Monde

J’ai acheté ce week-end le Hors-Série du Monde consacré à Simone de Beauvoir. Ce sont les hommes qui sont choisis pour ces Hors-Séries, Simone de Beauvoir est la première femme. En le parcourant je me suis demandé pourquoi je l’avais acheté, sans doute espérais-je y découvrir une part d’elle que je ne connaissais pas ? Eh bien non, je sais tout ce qui est dit, j’ai le texte intégral des extraits proposés. Bien sûr, je découvre quelques hommages de femmes qui lui sont rendus. Bon, ce Hors-Série viendra s’ajouter aux autres écrits de, et sur, cet écrivain que j’aime. Ah si, il y a un portfolio avec de très belles photos que je n’avais jamais vues. Ce numéro vaut la peine d’être acheté et lu par ceux et celles qui ne connaîtraient pas bien son œuvre, sa vie. C’est un bon condensé.

Aujourd’hui, Journée internationale de la femme ! Féminine, féministe, les deux mots sont incomplets, je me sens autant l’une que l’autre mais dans un mélange fait de douceur, de certitude, plus que de revendication, peut-être parce que je vieillis ? Pourtant je me rebelle toujours, pour moult choses, moult idées mais en ce qui concerne la femme je m’invente un mot qui me correspondrait, je me sens "fémininiste". A vrai dire j’ai eu de la chance. L’homme de ma vie en faisait plus que moi en tâches ménagères et il n’était ni de droite ni de gauche ; le rêve non ? Les autres, mes amants (pas si nombreux... rires), si je n’ai jamais eu envie de vivre avec eux c’est bien parce que deux jours, une semaine voire trois, du quotidien en leur compagnie suffisaient à me donner envie de prendre le large pour… me reposer ! Et, il ne faut surtout pas croire que ceux qui ont des idées de gauche soient plus féministes que ceux de droite. Ce fut, dans mon expérience, le contraire. Même dans mon expérience professionnelle ! C’est pourquoi je reste une féministe extrêmement modérée et une féminine avertie. Je crois en fait que nombre de femmes que j’aime, que j’admire sont cela : femme, tout simplement.

Mon hommage pour ce jour, avec ce texte, premières pages de l'ouvrage :



Je suis née dans un petit hôpital de Tokyo.
Maman dit se rappeler encore de deux choses :
Une souris traversant la chambre à fond de train
et dans laquelle elle vit un signe de bon augure.
Une infirmière penchée sur elle et qui lui murmurait
l’air navré : "Je crains que cela soit une fille.
Préférez-vous informer votre mari vous-même ?"

Je suis là assise, mes pensées me transportent autour du monde et en moi-même, j’essaie de retracer le voyage sur le papier.
Je veux parler de l’amour – dire ce qu’il en coûte d’être un être humain – raconter la solitude – ce que c’est d’être une femme.
Je veux parler d’une rencontre, sur une île. D’un homme qui a changé ma vie.
Je veux parler d’un changement qui fut accidentel, et d’un changement qui fut délibéré.
Je veux parler de moments que je regarde comme des cadeaux, et de bons moments, et de mauvais moments.
Je ne pense pas que le savoir ou l’expérience que j’ai acquis, et qui font partie de moi, soient en rien plus grands que ceux des autres.
J’ai réalisé un rêve – et j’en ai dix de plus à la place. J’ai vu l’envers de quelque chose d’éblouissant.
Je ne parlerai pas ici de la Liv Ullmann que l’on rencontre dans les magazines et les journaux. Certains penseront, peut-être, que j’ai passé sous silence des faits importants, mais il n’a jamais été dans mon intention d’écrire une autobiographie.
Ironiquement, ma profession exige une exhibition quotidienne du corps, du visage, des émotions. Et pourtant, j’ai peur maintenant de me dévoiler. J’ai peur que ce livre ne me laisse vulnérable et m’ôte toute défense.
Je suis tentée de broder, de me montrer moi-même et ce qui m’entoure sous un jour favorable pour gagner la sympathie du lecteur. Ou au contraire de noircir les choses pour leur donner plus de sel.
Comme si je n’étais pas convaincue que la réalité est digne d’intérêt.

"Il y a en moi une jeune fille qui refuse de mourir" a écrit Tove Ditlevsen, une romancière danoise.

Je vis, je me réjouis, je me désole, je lutte toujours pour devenir adulte. Et pourtant, chaque jour, pour une chose ou une autre que je fais et qui me touche, je l’entends en moi cette jeune fille. Elle qui fut moi, il y a de longues années. Ou celle que j’ai cru être.
C’est une voix pressante et qui proteste presque toujours, mais parfois à peine audible, plein de désir inassouvi et de tristesse. Je ne veux pas l’écouter, parce que je sais qu’elle n’a rien à voir avec ma vie d’adulte. Mais elle me fait douter.
Certains matins, je décide de vivre sa vie, d’être quelque chose d’autre que ce qui fait ordinairement mon rôle quotidien. […]
Regardant en arrière les rêves de mon enfance – ceux dont je me souviens – je me rends compte qu’ils ressemblent étrangement à bien des rêves que je fais encore aujourd’hui ; mais je ne les vis plus comme s’ils faisaient partie de la réalité.
Celle qui est en moi et qui "refuse de mourir" espère encore quelque chose de différent. Aucun succès ne la satisfait, aucun bonheur ne l’apaise.
J’essaie sans cesse de me changer moi-même. Car je sais bien qu’il y a beaucoup plus que ce que j’ai approché. Je voudrais être sur la voie qui y conduit. Trouver la paix, pouvoir m’asseoir et écouter – hors de toute influence – ce qui est en moi.


Liv Ullmann, in Devenir, éditions Stock, 1977. Titre original : Changing.

Et quand femme rime avec caractère, élégance et féminité, ça donne ceci :

Katherine Hepburn
Eblouissante non? Femme, tout simplement.

dimanche 6 mars 2011

Balade dominicale

Le soleil, le ciel, la lumière, tout avait un petit air de printemps ce matin.
Je l'appelle pour lui demander si elle ne voudrait pas faire une balade à Bénodet cette après-midi.
- Mmm! Je ne sais pas, il fait froid, il y a du vent, j'ai la flegme.
- Mais le soleil va nous réchauffer, je passerai te prendre.
- Mmm! A Bénodet, c'est chic, on ne peut pas y aller mal habillée!
- Hein? Ça va pas! Mais non, tu restes en décontractée, d'ailleurs je vais moi-même mettre mes grosses chaussures de marche, alors, tu vois... Et tu t'en fiches des autres. OK, je passe te prendre à deux heures et quart?
- Bon d'accord mais je ne m'habille pas.
- Si tu préfères nous ferons la promenade Avenue de la Mer, c'est plus sauvage que l'Avenue de la Plage et moins "chic".
Il faut que je la bouscule un peu pour qu'elle mette le nez dehors.
Je passe la prendre à l'heure convenue.
Nous arrivons à Bénodet à deux heures et demie. Il est déjà difficile de trouver une place pour se garer.
- Je ne connaissais pas ce côté sauvage de l'Avenue me dit-elle.
Elle avait l'air contente. Un début mars qui sent le printemps; côté plage sur les planches ça doit être noir de monde, on est bien mieux ici.
Les pêcheurs du dimanche s'affairent...




Deux nageurs courageux, en combinaison tout de même! Bizarre ce ballon rouge sur son dos! Une bouée... au cas où?



Sur la plage, dans une petite crique, des pique-niqueurs! Je n'ose pas les prendre en photos. Bien sûr, les mauvaises langues diront que ce soleil en Bretagne est exceptionnel. Pfff! Laissons-les débiner le temps breton.
Après notre marche d'une heure, je lui propose d'aller prendre un thé en face, au port de Sainte-Marine. Finalement nous prendrons un cappuccino au Café de la Cale.




- Comme on est bien me dit-elle. On aurait même pu venir déjeuner ici!
- Oui, on aurait dû lui dis-je. Je lui montre la planche sur la table de nos voisins : boîte de pâté Hénaff et pain de campagne. Tu as vu, ce doit être ce qu'ils appellent la "planche bigoudène". On aurait dû s'en prendre une avec un verre de sancerre au lieu de notre capuccino, ça me donne faim, pas toi?
- Non, il est trop tôt, une autre fois, pour l'apéritif.
- Yes!

De retour à la maison, après l'avoir raccompagné chez elle, j'ouvre une boîte de pâté Hénaff (j'en ai toujours en réserve), l'air du large ça creuse! Je m'en fais une tartine, me sers un demi verre de Graves, je peux maintenant écouter et "déguster" Pavarotti sur Arte. Oui, la vie est belle!
Mon amie aujourd'hui va beaucoup mieux qu'en septembre 2009. Elle a retrouvé du punch, elle sort même toute seule parfois et elle sourit souvent, cela rend son visage lumineux.

samedi 5 mars 2011

Brèves de Karl


Sur Arte toute cette semaine : Fashion Week.
Hier soir : Lagerfeld confidentiel de Rodolphe Marconi.
Le couturier interviewé par Rodolphe Marconi.

Passant devant des bâtiments en travaux :
J’adoooore les odeurs de chantier.
A propos de son homosexualité :
Je l’ai sue à 11 ans.
Je n’étais pas le fils d’un fermier de la Creuse.
Je ne sors pas d’une famille bigote avec le sens du péché.
Ça n’a posé aucun problème à ma mère ni à mon père.
Dans les toilettes de la maison Chanel, une pancarte :
"Si tu pisses partout
T’es pas Chanel du tout"
Le bon vieux temps, on s’en fout.
Si c’était mieux avant, on se jette par la fenêtre tout de suite.
Il faut du changement.
Le monde de la mode m’amuse.
J’ai besoin d’être seul, de la solitude.
Je déteste les gens qui ne supportent pas d’être seuls.

Je ne m’attache à rien.
Je n’ai pas de racines.
Je suis transportable.
La mort ? La postérité ?
Je suis là, et après on n’est plus là.
Pensez-vous qu’il y a quelqu’un qui vous connaît vraiment ?
Je pense que c’est quasiment impossible.
Je veux être une apparition.

La solitude c’est une victoire, une lutte.
La solitude permet de recharger les batteries quand on a une vie comme la mienne.
Il faut bien trouver le temps de lire.
Fascinant, agaçant parfois, cette phrase de R. Marconi est tout à fait appropriée :
« … humour, dérision et intransigeance, une lucidité déroutante..."
S'il m'invite (tsss!) je refuse qu’il me serre la main. Non mais ! J'adoooore son accent, surtout quand il dit "je n'étais pas le fils d'un fermier de la Creuse" et "j'adoooore les odeurs de chantiers" :). Sûr ça change du N° 5!


A propos del'affaire John Galliano :
"Je suis furieux. Furieux que cela ait pu arriver." C'est ce que vient de déclarer Karl Lagerfeld au quotidien américain spécialisé Women's Wear Daily.
"La question aujourd'hui n'est même plus de savoir ce qu'il a dit ou non, estime Lagerfeld. L'image a fait le tour du monde, et c'est une image horrible pour la mode parce que les gens vont penser que tous les designers et l'univers de la mode ressemblent à cela."

Le couturier de Chanel précise qu'"à l'heure d'Internet, tout le monde doit se montrer prudent, spécialement les personnalités publiques. Vous n'avez pas le droit d'ête ivre dans la rue".
(Source Libération)