mercredi 21 décembre 2016

"so sweet..."

This Is Just To Say
 
I have eaten
the plums
that were in
the icebox

and which
you were probably
saving
for breakfast

Forgive me
they were delicious
so sweet
and so cold

"Traduire de la poésie c'est comme prendre une douche avec un imperméable." (Cf. Paterson).

  Vu le dernier film de Jim Jarmusch, Paterson : une merveille. Mon premier film de ce cinéaste, une belle découverte. Pour en savoir plus, c'est ici
  A voir en VO, évidemment.





 
Et d'excellents acteurs :  


Adam Driver (Paterson) et Golfishteh Farahani (Laura)






Jim Jarmusch

(Crédit photo)




Et pour ceux qui ne l'ont pas vu, c'est ce soir sur Arte : Sils Maria.

vendredi 16 décembre 2016

Le plaisir est plus fort que la douleur


Ça m'est apparu comme une évidence aujourd'hui.
La douleur était plus vive que les autres jours. Je l'ai cru. En fait non. C'est mon plaisir de jouer qui était absent.

Je pensais à ces deux belles heures passées lundi, en bonne compagnie. Au démarrage la douleur était bien là, j'avais oublié de prendre un antalgique et de mettre ma genouillère (ben oui, je passe de la coudière à la genouillère, une vraie loque). Nous étions trois, deux messieurs s'étaient inscrits avec moi, il n'y avait pas d'autres places pour avoir un départ.
Ce fut une partie formidable. Pas de bavardage. Jeu mélangeant le sérieux à la décontraction, l'un balayant pas mal le terrain de droite à gauche mais tellement sympathique, souriant, ne perdant pas de temps (j'apprenais plus tard qu'il avait mon âge, je ne lui en donnais pas tant; j'apprenais aussi qu'un golfeur de notre âge avait eu une crise cardiaque la veille au départ du 1 et qu'il était mort, sur place. La mort dont je rêve) et l'autre, joueur, beaucoup plus jeune, (disons une vingtaine d'années de moins), joueur à la carrure d'athlète. Je trouvais son swing un peu rapide avant le départ en le regardant faire ses mouvements d'essai.
Nous démarrons. Dans la descente du premier trou j'avais aussi mal au genou qu'en descendant les escaliers. Je me disais que mes articulations allaient s'échauffer, je me forçais à marcher droit, sans boiter; ne pas leur montrer qu'ils jouaient avec une éclopée. Je portais mon sac, avec seulement trois clubs et un putter J'avais aussi un peu mal à l'épaule. Ah ah!
Double bogey pour moi et pour le "tellement sympathique" qui avait mis une première balle dans l'eau et, bogey pour "l'athlète" qui avait un peu raté son second coup après un super-drive et un swing plus fluide qu'aux essais.
Départ du 2. Drive d'enfer pour l'athlète et hors limite pour tellement sympathique. Pour moi, un bon coup, honnête. L'athlète assurait, ne commentait pas ses superbes coups ni les nôtres mais on sentait de l'empathie dans son attitude à notre égard. Une délicieuse ambiance. Soudain, j'oubliais ma douleur, était-elle toujours là? Je montais la côte sans difficulté. L'athlète fit son premier PAR. Ensuite, pour lui ce fut BIRDIE PAR PAR  BOGEY  PAR PAR BIRDIE au 9. Tellement sympathique avait bien amélioré son jeu à partir du 5, le mien avait été satisfaisant (pour moi), j'étais motivée par leur fair-play.
La partie s'est arrêtée là, au 9 pour tous les trois.
C'était bizarre : je n'avais plus du tout mal au genou. J'en étais sûre : le plaisir était plus fort que la douleur. Mais elle s'est réveillée le soir-même.

Mercredi : fait 9 trous seule. Pris un antalgique avant (douleur revenue, handicapante), mis genouillère. C'était jouable, pas trop souffert. Moins bien joué que lundi mais je me sentais bien.

Jeudi : antalgique, pas mis genouillère. Joué deux balles sur le petit parcours, plat, pas fatiguant, agréable. Douleur tout de même mais jouable. Légèrement vertigineuse. Je joue trop souvent...
Tant que le plaisir est plus fort sur le parcours que la douleur, je golfe!

Aujourd'hui vendredi : douleur, intense. Je préviens ma partenaire dès ce matin qu'il est probable que je ne puisse pas faire les 9 trous cet après-midi.  Antalgique ce matin mais pas repris avant le départ; genouillère. Sensation vertigineuse. Départ, bavardage... Nous entendons quelqu'un nous appeler, sur le 9. C'était lui... Je regrettais de... je sentais que... Nous passions ensuite elle et moi d'un trou à l'autre... Une partie "amicale", sans enjeu (ouf!)... Abandon au green du 7, douleur vive. J'avais fait un trou de plus que prévu mais je ne pouvais vraiment pas finir avec elle.  Aucun plaisir à jouer.
Le temps était pourtant magnifique,  le ciel bleu, les petits sapins "enguirlandés" paradaient avec leurs boules brillantes... j'aurais pu faire sous cette lumière de plus jolies photos que les précédentes...

lundi 12 décembre 2016

Foin de la sagesse, soyons fous !

Ce matin dans les NCC : Érasme, Éloge de la Folie 

Première émission de la semaine sur le thème :

Sommes-nous tous fous?



Jacob Cornelisz Van Oostsanen (?)
 Fou qui regarde à travers ses doigts, vers 1500. 

Davis Museum and Cultural Center, Wellesley (Massachusetts). 
L’Éloge de la Folie d’Érasme illustré par les peintres de la Renaissance du Nord, Editions Diane de Selliers.

"Tout le monde dit du mal de la Folie. Cependant, moi seule parviens à amuser tant les dieux que les hommes. Il me suffit d’apparaître pour que votre visage s’éclaire. Je me montre et aussitôt je chasse l’ennui de votre âme."

Le vieillard et l’enfant

« Qui supporterait le voisinage d’un vieillard riche d’expériences et doté d’un parfait jugement ? Personne. Mes vieillards à moi ne sont pas dégoûtés par l’existence et n’empoisonnent pas les autres. Ils ont en outre un avantage sur la petite enfance : le plaisir de bavarder. De plus, les vieillards et les enfants s’adorent car tout les rapprochent et jusqu’à leur physique : cheveux clairsemés, bouches édentées, balbutiements, manque de mémoire, insouciance. Cette ressemblance s’accroît au rythme de la vieillesse jusqu’à l’heure du trépas, où le vieillard – comme le petit enfant – ne sait plus regretter la vie ni sentir la mort.
A côté de mes métamorphoses, que valent celles des autres dieux. Ils transforment leur protégé en arbre, en cigale, en serpent ; moi, je ramène l’individu au meilleur moment de sa vie. Si les hommes essayaient de me suivre plutôt que de chercher la sagesse, ils seraient toujours jeunes au lieu de décrépir.
Les philosophes et les gens occupés aux affaires sont vieillis avant l’âge et continuellement moroses, parce que la tension et les soucis les ont aigris.
Mais fous au contraire, gras et bien-portants s’épargneraient tous les inconvénients de l’âge s’ils ne fréquentaient jamais les sages. »
Érasme, Éloge de la Folie.

 "Qui veut retrouver sa jeunesse n'a qu'à reprendre ses folies."
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.

(Que j'aime la folie... et les fous!).

vendredi 9 décembre 2016

Beaucoup, beaucoup, beaucoup trop sérieux

C'est sûr, ça manquait un peu de lumière cet après-midi!

Photos du jour


Ma partenaire me regardait prendre cette photo et me dit :
Il est ridicule ce sapin.
En fait, c'est moi qu'elle trouvait ridicule, je le sentais. Mais, le sapin aussi elle le trouvait ridicule.
Ça me plaisait encore plus de le prendre et je le trouvais doublement intéressant, insolite voire absurde dans cette herbe sèche près des bâtiments en ruines.
J'imaginais les jardiniers du golf qui l'avaient planté là puis décoré de boules et de guirlandes. Ils ont dû bien s'amuser. A vrai dire, je ne me souvenais plus si le sapin était déjà planté là ou s'ils l'avaient planté pour Noël? A vérifier après les (horribles) fêtes. Je penche pour l'idée qu'il était déjà là, bien enraciné : insolite, charmant, délicieux, troublant, n'ayant rien à faire là mais imposant sa présence. Non mais!

Je répliquais :
Je ne trouve pas qu'il soit ridicule. Il est insolite.  J'aime ce qui est insolite, ce qui surprend. Et je marmonnais intérieurement : j'aime ce qui n'est pas classique, j'aime ce qui interloque, dérange, déconcerte et même (et encore plus) ce qui est absurde

Quelques trous plus loin, celui ci-dessous. Je le prenais en photo à toute vitesse. Je ne lui demandais pas si elle le (ou me) trouvait ridicule, elle ne disait rien et s'avançait rapidement vers le tee de départ du 9. Nous venions de jouer square (à égalité) sur le trou précédent, elle n'aimait pas ça; elle avait pourtant déjà gagné le match-play au trou n°7... mais elle n'avait pas gagné tous les trous car aujourd'hui, j'avais enfin osé lui dire (avant de putter sur le 2) que si elle voulait faire un match-play elle devait me rendre  des points. J'en avais marre de faire des match-plays à chaque fois qu'on jouait ensemble, qu'elle me l'annonce au deuxième trou quand elle était déjà one up (premier trou de gagné, quoique aujourd'hui c'était moi qui étais one up) et qu'elle ne me rende pas de points (j'étais allée vérifier sur Internet, combien elle devait me rendre sur 9 trous) Elle répliqua : Oh! tu as vu comment je joue en ce moment? Je répondais : et alors, en match-play on doit rendre des points; sur 18 trous tu devrais m'en rendre 7, la moitié sur 9 trous. Ok, je t'en rends 3 sur les derniers trous (les plus difficiles, ce qui était normal; un petit coup de pouce et elle m'aurait rendu 4 mais bon, 3 me convenait). Même en me rendant des points elle a gagné; c'est sûr elle est plus forte que moi.
Au club-house je l'invitais à prendre un café. Je lui disais qu'il y avait une belle chronique  dans le dernier numéro (gratuit au golf) du magazine Journal du golf et qu'elle devrait le lire. C'était amusant. Mmm!




Extrait, Chronique de Pierre-Michel Bonnot, Journal du golf :

"Narcisse s'était insensiblement laissé gagner par le syndrome de l'ego-golfeur, un mal insidieux qui vous transforme en huître* des fairways. Passionné jusqu'à la déraison de ces technologies de pointe destinées par un habile principe de vases communicants, à vous bourrer le crâne en vous vidant les poches, il s'était peu à peu coupé du monde des vivants [...]
Analyseur de swing relié à son portable, capteurs dans le gant, le grip des clubs, jusque dans les semelles de ses chaussures. [...]
Le pire c'est que ce nombriliste monde du silence lui convenait parfaitement. [...] il avait rapidement grimpé les échelons de la hiérarchie régionale jusqu'à devenir le meilleur joueur de sa génération.
Le plus seul aussi.
[...]
Et puis, au matin de Noël, il s'était trouvé contraint de jouer la demi-finale de l'interminable Coupe de match-play de l'Old Fart GC en compagnie de l'irascible Colonel Molle.
Le rigide militaire, auquel ce blanc-bec n'allait certainement pas apprendre ni les bonnes manières ni les bases stratégiques du match-play, avait choisi de traiter l'indifférent par le plus souverain des mépris**. [...] Bref, le Colonel avait joué sur toute la gamme de ce que les Anglais nomment "gamemanship" et qu'on pourrait traduire par "fourberie".
Rien n'y avait fait. Narcisse Legabelou était beaucoup trop fort. Et surtout beaucoup, beaucoup, beaucoup trop sérieux. Le Colonnel, poussé dans ses derniers retranchements dès son drive initial, avait attendu que ça passe, que le gamin tente enfin un coup impossible, qu'il se prenne pour un autre, qu'il attaque le green du 8 en deux par-dessus la mare à moitié gelée. Rien. Sérieux comme un pape et sourd comme un pot, Narcisse traçait sa route.

"On s'emmerde non?"
Ça lui était sorti du fond de l'âme. Cinq trous qu'il venait de perdre de rang, pas un cil du gamin ne bougeait, le Colonel recru d'épreuves, fatigué des entreprises et sentant venir la froideur de tombeau d'une fin de journée, était depuis un moment déjà fatigué des entreprises et résolu à se retirer en bon ordre sur la base soigneusement préparée à l'avance d'un double grog fumant.

Sans un mot, sans un adieu, sans même lui serrer la main, il avait planté là l'adolescent lointain.
[...]"

* (ou en bavard pour vous déstabiliser. Rajout personnel)
** Je n'en étais tout de même pas à ce stade avec ma partenaire. Je serais de mauvaise foi de la comparer à ce Legabelou, mais, mais, mais... je préfère ne pas imaginer l'ambiance d'une vraie compétition en match-play. Il faut savoir - sans en avoir l'air - déstabiliser la partenaire et avoir - comme a dit l'autre jour son "coach" qui nous accompagnait - "la gagne". Cette expression m'a fait frémir. Je l'avais oubliée depuis longtemps. Je n'avais plus envie que de me réjouir, seule ou pas, quand je faisais un joli coup, envie de calme, de douceur, de petits sapins enguirlandés, là où on ne les attend pas, un peu comme les rencontres de hasard...

mercredi 7 décembre 2016

"Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages" *



(12 janvier 1876 - 22 novembre 1916)

"J'aimerais mieux être un météore superbe, et que chacun de mes atomes brillent d'un magnifique éclat, plutôt qu'une planète endormie.
La fonction propre de l'homme est de vivre, non d'exister.
Je ne perdrais pas mes jours à essayer de prolonger ma vie, je veux brûler tout mon temps."
(Jack London).

Vu samedi soir sur Arte un très beau film-documentaire : Jack London, une aventure américaine.

"Réalisé  à l’occasion du centenaire de sa disparition, ce passionnant documentaire retrace le destin hors normes de Jack London, à travers des archives exceptionnelles, souvent inédites, dont les remarquables photographies que l’écrivain voyageur a prises lui-même. Il mêle les témoignages de spécialistes à des scènes de reconstitution tournées dans le grand Nord canadien, en Polynésie et dans son ranch de la vallée de Sonoma, sur les traces de cet insatiable explorateur de la nature, qu’elle soit sauvage ou humaine."

Jack London a été élevé dans un milieu très pauvre, la classe ouvrière, prolétaire. Il est né dans ce milieu et ne l'a jamais oublié. D'où - peut-être -  ses liens avec le socialisme.
A la fin du 19e siècle, de nouveaux émigrants venus d'Europe affluent vers l'Amérique. La production industrielle explose mais cette formidable expansion plonge aussi dans la pauvreté des Américains menant une existence de misère.

J'ai capturé sur l'écran cette photo, uniquement parce que l'homme moustachu, à droite, avec sa casquette de pêcheur, est le sosie de feu mon grand-père (il était aussi maigre; il avait de magnifiques cheveux blancs et la même moustache ainsi que sa casquette de pêcheur vissée sur La tête toute la journée)!



"Le vagabondage m'avait empoigné et je ne pouvais plus m'en passer. Demain est autre jour... et je débordais de jeunesse."

Jack London, après son divorce en 1905 (marié avec Elizabeth Maddern, "Bessie", en 1900), se remarie avec Charmian Kittredge. (Prononcer Charmiane).

Avec Charmian, Jack a trouvé plus qu'une épouse, celle-ci devient sa première lectrice. Elle tapait ses manuscrits.

Cultivée, sportive, cavalière émérite, elle devient aussi son compagnon d'aventures, celle avec qui tout partager même les paris les plus audacieux.



Jack avait besoin d'une sorte de partenaire et c'est comme ça qu'ils se voyaient. Entre eux, ils s'appelaient : partenaires. Elle était prête à l'accompagner dans toutes ses aventures.

Durant l'été  1916, la découverte de Psychologie de l'inconscient publié par Carl Gustav Jung impressionne Jack fortement. Elle lui permet de porter un regard nouveau sur son parcours, de mieux comprendre les forces qui guidèrent sa vie et motivèrent son travail d'écrivain :

"Je me trouve au bord d'un monde si nouveau, si terrible et tellement merveilleux avoue-t-il à Charmian, que j'ai presque peur de le regarder."

Mais la maladie ne lui laisse maintenant plus de répit. Lorsqu'il repart pour la Californie, à la fin du mois de juillet, il a terriblement grossi. Les reins ne fonctionnent presque plus et occasionnent des douleurs intenses. Le 22 novembre 1916, quelques jours seulement après qu'une équipe de la firme Pathé est venue le filmer sur son ranch, il décède des suites d'une crise d'urémie *. Il venait d'avoir 40 ans.




* sur sa mort, les avis divergent, la thèse du suicide est évoquée (Source Wikipédia ci-dessous) :

"Il meurt le des suites d'un empoisonnement du sang causé par une urémie, maladie dont il souffrait depuis son voyage dans le Pacifique. Au moment de sa mort, il était également atteint de dysenterie, et était rongé par son alcoolisme. Certains ont répandu la rumeur que Jack s'était suicidé, mais un de ses docteurs, Alan Thompson, présent lors de sa mort, confirmera la thèse de l'empoisonnement.
Le sujet du suicide avait déjà été évoqué dans un de ses romans intitulé Martin Eden, où son héros se donne la mort. Dans la biographie réalisée par l'écrivain, poète et chanteur Yves Simon, consacrée à cet auteur et intitulée : Jack London, le vagabond magnifique, la thèse du suicide par une overdose de morphine est retenue :
« Quant à sa mort, il penche plus pour un suicide que pour un accident. L'homme a trop écrit, trop vécu — au sommet de sa gloire, il s'impose de nouveaux défis : tour du monde avec son propre bateau, le Snark, reportages tout-terrains. Son cœur, sa tête sont trop pleins, son corps malade. La machine humaine a tourné au-delà de ses forces et de ses moyens. Le génie fatigué de la vie disparaît avant d'avoir eu l'idée de vieillir : « Je ne perdrais pas mes jours à essayer de prolonger ma vie, je veux brûler tout mon temps. »"
Jack avait été un formidable témoin de son temps, accompagnant tous les bouleversements d'une Amérique en pleine mutation.
Six mois après sa mort, le 6 avril 1917, les États-Unis rejoignent les alliés et déclarent officiellement la guerre à l'Allemagne. Un an plus tard le conflit est terminé, ils sont devenus la première puissance mondiale.
Jack de son côté est l'auteur le plus lu du monde!



(Toutes ces photos sont mes captures d'écran)

Pour revoir sur Arte ce film très documenté (1 h 30) et plus passionnant, plus VIVANT que ces deux ou trois notes volées  :
  • Diffusion :
  • mercredi 28 décembre à 16h55
  • jeudi 12 janvier 2017 à 09h25
  • Disponible en direct : oui
  • En ligne du 26 novembre au 10 décembre 2016
  • Disponible en Europe

lundi 5 décembre 2016

Moi je... Un journal à soi


Cet opuscule de 1998, édité par la bibliothèque de Quimper, je l'ai déniché lors d'une braderie de livres en 2012, retrouvé hier en dépoussiérant ma bibliothèque.


On y trouve une bibliographie d'auteurs (écrivains, philosophes, penseurs, essayistes...)  qui se sont  adonnés à cette pratique du journal, de l'Antiquité (Saint Augustin) jusqu'au 20e siècle.

" Le journal est écrit pour soi, sans souci de construction, sans recherche de l'effet produit, sans reprise ni travail : a priori, c'est exactement le contraire de l'art. Du moins est-il ainsi à l'état naturel, chaque fois qu'on a recours à lui pour suppléer à une communication défaillante, faire face à une épreuve...

Mais à qui désire de surcroît publier un jour, et s'exprimer en public, le journal offre un espace plein de ressources, grâce à l'équilibre de ses contraintes (dater, écrire par fragments, ne pas corriger, dire vrai) et de ses libertés (aucune forme, aucun contenu ne sont prescrits). Il propose au minimum, par la discipline qu'il comporte, une sorte d'atelier d'écriture personnel.

Cette négociation entre journal et œuvre s'est développée dans deux directions. D'une part, le journal comme réservoir et brouillon, comme noyau ou coulisse de l’œuvre, selon les occasions - c'est le cas chez Franz Kafka, Michel Leiris, et bien d'autres... D'autre part, le journal lui-même comme une œuvre à part entière, satisfaisant un nouveau type de lecteur, qui souvent est un fanatique du genre, qui a ses auteurs fétiches, souvent même un auteur fétiche, dont il pratique et vénère le journal. Le modèle du journal-œuvre est sans doute celui d'Amiel, qui est mort en croyant que son journal ne pourrait être publié qu'en extraits, mais qui lui a donné tous les soins qu'on donne à une œuvre majeure. Impubliable en 1881, ce journal a fini par être intégralement édité un siècle plus tard - et il faudra sans doute un siècle encore pour qu'il soit lu comme il le mérite.(1)"


1. Philippe Lejeune, Un journal à soi (ou la passion des journaux intimes) : exposition, Lyon, bibliothèque municipale 30 septembre-27 décembre 1997. - Lyon : Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique : Amis de la bibliothèque de Lyon, 1997.





Journaux intimes,
confessions

"Désignant tout d'abord le registre sur lequel on inscrit les dépenses et les recettes journalières, puis le cahier où consigner des notes au jour le jour, le journal, comme moyen d'expression et d'autoanalyse, naît à la fin du 18e siècle. Son apparition coïncide avec l'effondrement d'un ordre social communautaire bien établi, favorisant l'émergence du moi et la recherche, par le biais de l'écriture, d'une solution à des problèmes existentiels.

Un grand nombre d'écrivains, en quête de singularité, authenticité spirituelle mais aussi d'aventures et d'expériences vécues, vont exploiter le genre en France (Chateaubriand, Stendhal, Gide, Léautaud...) comme à l'étranger (Kafka, Tolstoï, Musil, Pessoa...) et le considérer comme une œuvre littéraire à part entière.

Soumis à aucune limite en dehors de celle du temps et de l'espace, ni à aucune exigence esthétique (il n'est pas, a priori, destiné à être divulgué et publié), le journal intime peut varier à l'infini et offrir une grande diversité de formes : chronique (Goncourt), bloc-notes (Mauriac), récit (Ernaux), autofiction (Guibert) tout en conservant son rôle premier de "secrétaire particulier" et d'aide à la connaissance de soi."





Un aperçu du Journal de Marie Bashkirtseff 
et du Journal de Benjamin Constant
(Clic droit pour afficher et agrandir, mais c'est illisible)



Stendhal, Œuvres intimes - Dessin sur un cahier d'écolier. 
Tolstoï, Journaux et carnets



Georges Perros, Papiers collés - Catherine Pozzi, Journal de jeunesse
C.F Ramuz, un extrait de son journal


Mémoires , carnets

"Le journal intime - loin d'être limité à un travail d'introspection et d'analyse au service de la connaissance de soi - s'écrit également, à la faveur d'événements historiques ou de changements sociaux que l'auteur a vécus ou dont il a été le simple témoin, sur fond de tout ce qui l'entoure.

A côté des souvenirs d'hommes illustres ou influents rédigés sous forme de mémoires, des acteurs plus modestes de l'histoire - voire des anonymes - tiennent ainsi à laisser une trace durable des événements qu'ils ont traversés et à consigner dans un journal le fruit de leur expérience. Chroniques vivantes de la société, ces écrits constituent souvent des matériaux pour l'histoire et en renouvellent l'approche et la perception par la place qu'ils accordent aux témoignages vécus tels que récits sur la condition ouvrière (Ménétra), souvenirs de la vie à la campagne (Holden) ou journaux de guerre (Barthas, Folcher)."


Gustave Folcher, Les carnets de guerre (1939-1945. Anne Frank, Journal.
Edith Holden, Journal champêtre : notes de la vie rustique 
sous le règne d'Edouard VII



Louis Barthas, Les carnets de guerre



Journaux de bord,
carnets de voyage... 

"Journaux de bord et relations de voyage remontent aux premières expéditions que géographes, marchands et marins entreprirent pour découvrir le monde. Rapports journaliers et circonstanciés sur le déroulement des opérations, ils renvoient à l'histoire des explorations et des moyens de communication.

Le genre évolue cependant dans son contenu en même temps que la terre se dévoile dans ses extrêmes limites et que l'esprit du voyage se transforme. De simple relation, il devient, en fonction de la qualité du narrateur, soutien à une étude scientifique, enquête ethnographique ou encore, élevé au rang de divertissement littéraire, art de raconter les voyages sous forme de journaux et de carnets de route.

La destination du voyageur est souvent déterminée par les besoins de son époque ou les caprices de la mode - Amériques, Italie, Proche-Orient, Chine, Afrique... - à moins qu'elle ne soit dictée simplement par la fascination d'un paysage particulier - désert, steppe ou montagne - où enfoncer ses pas et aller à la quête de soi."


 Albrecht Durer, Journal de voyage aux Pays-Bas (1520-1521)
Michel de Montaigne, Journal de voyage



Michel Leiris, Journal de Chine - Théodore Monod, Carnets

Cet opuscule se termine par une petite biographie
d'Articles et d’Études critiques 



"il n'a pas assez envie de m'aimer..."
Agnès Bonzon-Verduraz, Mon cher journal 

(Qui n'a jamais noté sur un morceau de papier, de nappe-papier d'un bistrot, sur un ticket de caisse, de parking, de métro, ou comme ici un billet de train, une de ses pensées. L'instant est vérité!)





Un journal à soi
Illustration de Tomi Ungerer 

"Cette bibliographie a été réalisée par la bibliothèque municipale de Quimper dans le cadre des Rencontres d'automne 1998 organisées par l'Association Gros Plan sur le thème Cinéma et autobiographie. L'art du : je.
Tous les ouvrages cités appartiennent aux collections de la bibliothèque."

La liste d'écrivains figurant dans cette bibliographie - bien qu'importante, de quoi satisfaire le lecteur de la bibliothèque de Quimper - est non exhaustive. Pour les Journaux intimes et confessions, j'en ai compté 150 et cet opuscule date de 1998.  
On trouve aussi aujourd'hui via les blogs, quelques  diaristes (journal ou récits autobiographiques). Ces diaristes-blogueurs sont connus ou pas, ils publient pour la plupart sous leur patronyme, d'autres sous le nom (titre) de leur blog mais on peut les découvrir dans leur "A propos"; les anonymes sont rares mais il y en a...
Le journal d'écrivain se complète parfois de dessins, souvent dans les Carnets de voyage ou, comme aujourd'hui avec l'ordinateur, de photos.

samedi 3 décembre 2016

La première fois

Samedi 3 décembre.

Assise, les yeux dans le vague, je sirote mon thé en pensant à cette scène vécue jeudi. 

Je montais dans le bus, passais ma carte sur le "truc" et me dépêchais - comme d'habitude (même si je le prends rarement) - d'aller jusqu'au milieu du bus, en me tenant fermement car il venait de redémarrer brutalement (je pouvais me cogner, tomber sur le c... et je ne suis pas un Botero!).
Oui, je me dépêche toujours d'aller au milieu pour m'asseoir aux places "normales"  la tête haute, en passant devant les places vides "réservées aux personnes âgées". Non mais! Pas question de m'asseoir là. Tsss! Mais le bus était plein et je restais coincée à l'avant, les places des vieilles étaient occupées (en partie par des jeunes, mais ils ont le droit aussi d'être fatigués). Tant mieux. Je n'avais que deux stations à faire. Que nenni! J'allais vivre "la première fois" et pas celle de mon premier baiser.  
Un jeune homme, noir, se lève de sa place "réservée aux personnes âgées" (aaarrrgggrr!) et me regarde avec un grand sourire. Pas besoin de me dire : prenez ma place. Je n'allais pas la lui refuser, il avait l'air si gentil, je l'aurais offensé. J'en avais pourtant très envie et de lui dire avec un grand sourire : je ne suis pas encore une vieille! Mais je savais, cette fois j'en étais sûre, je l'étais. Je ne lui dis rien de cela, je m'asseyais. Je ravalais mon orgueil, en le remerciant : c'est gentil. Il reste près de moi, de toute façon, on ne pouvait pas bouger et, accroché au pilier il dit : il n'y a pas beaucoup de personnes gentilles aujourd'hui (il avait un sourire éclatant, il insistait sur le mot gentil). Il attendait une réponse : ben si, vous. Je rajoutais : maintenant il y a le wi-fi dans le bus et tous les jeunes (et moins jeunes) ont le nez plongé dans leur smartphone mais il y a tout de même parfois des regards souriants. Je n'en vois pas beaucoup me dit-il, les gens sont fermés, ils ont peur avec tout ce qui se passe, ils ne cherchent pas le contact ni les regards.  Je sentais qu'il avait envie de parler mais deux stations c'est vite fait (eh oui! parfois je suis flemmarde en plus d'être vieille. Hi!) et il fallait déjà  que je me lève pour arriver près de la porte de sortie. Alors je lui dis : vous savez, je suis persuadée qu'on ne peut répondre à un sourire que par la gentillesse mais je suis d'accord avec vous, nous croisons rarement des visages souriants dans la rue. C'est dommage. Merci beaucoup.
Il descendait aussi à la même station, il allait à gauche et moi à droite. Il devait avoir 16-17 ans. Il n'était pas Harold et je n'étais pas Maude...
Je venais tout de même de prendre un coup de Penn Bazh
Il y a eu une première fois, il y aura une seconde, une troisième et ainsi de suite, jusqu'à ce que... mort s'en suive.
Mais c'était plutôt une bonne journée, j'avais parlé à quelqu'un, de vive voix. (Et là, éclatons tous de rire, derrière nos écrans). 

Mon thé était froid pour une "resucée" (je me souviens de ce mot dans ta bouche, maman chérie). 

Bon, hier j'étais au golf, avec une partenaire, parce que hein, je ne prends pas le bus tous les jours! Je marche encore... Non mais!

" La vie persiste au sein même de la destruction " (Gandhi)

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhOZ-RsHaClov-07gYrDkXRLYidRvYTm9VG_9rRxg-nT1dKcnHZ6p80GfadOe5anhD7o-BS-_Xlm8yaKhlLb09dH1A7V2WunV_Co4ZaeB1aFNj9EK0zgwvSSBhO0700hbvLSup_wLrcq-U/s1600/DSC08464.JPG 

Je m'étais habituée à ces pignons blancs en vis-à-vis de ma terrasse, et la toiture servait de perchoir aux pigeons, aux mouettes, aux choucas; les hirondelles y faisaient leur nid et les pigeons, l'amour. J'aimais les observer, parfois c'était une nuée d'oiseaux qui voltigeaient.

Les travaux de démolition ont commencé le 2 novembre, après l'installation de grilles puis de bâches de protection dans la rue.



Le mur a d'abord été scié avec une énorme scie circulaire, côté mitoyen.  La grosse pelleteuse croquait ensuite à pleines dents la maison, dans un nuage de poussière. Parfois j'avais l'impression que les murs de la mienne tremblaient. Fenêtres fermées, j'entendais à peine un bruit sourd; le double vitrage est efficace.  Ça n’avançait pas très vite; sans doute prennaient-ils beaucoup de précautions, il y avait tout de même de la circulation, autorisée sur la moitié de la chaussée.










J'avais imaginé lors de l'annonce des travaux que la démolition de ce bâtiment allait se faire en deux temps trois mouvements, j'imaginais des énormes boules de fer lestées qui viendraient taper le mur qui s'écroulerait d'un seul coup ou une implosion comme pour démolir une tour. Avec leur système, il y en a pour des jours à tout abattre, bonjour la pollution. Derrière ces pignons blancs, de grands murs gris, affreux. Bon, pas de panique, c'est un projet au long cours, d'amélioration et de "mise en valeur" de ce quartier historique, dont, probablement, je ne verrai pas la fin (0_0)...  En attendant, il va falloir... passer l'aspirateur! et que ça se passe bien.


"L'entreprise SAR a entamé les travaux de destruction du bâtiment, première étape de la rénovation du quartier de Locmaria à Quimper (Finistère).

Ce mercredi était le premier jour des travaux visant à embellir le quartier de Locmaria, à Quimper (Finistère).
Cela commence par la destruction de la maison du gardien : aujourd'hui, l'entreprise SAR a entamé les travaux. Équipée d'une scie à béton, la société a commencé à découper le mur afin de désolidariser la maison destinée à la destruction, du bâtiment attenant qui, lui, va rester debout.
Les travaux de démolition dureront jusqu'au 20 janvier. La rue  est fermée jusqu'au 23 novembre."

(Source Ouest-France 2/11/16)

Jusqu'au 20 janvier!!!!  Hum! Qui va lentement va sûrement.