vendredi 5 août 2016

Ils se rencontrèrent souvent au cours de cet hiver...



Erika se rendit dans sa chambre et lentement commença à se dévêtir. Ce soir-là, il était encore tôt. D'ordinaire, elle passait la moitié de la nuit à lire, ou bien elle goûtait la douceur de s'accouder à la fenêtre, laissant son regard errer au-dessous d'elle sur les toits que la clarté de la lune baignait d'un léger flot d'argent. Elle ne pensait alors à rien de particulier, de précis, c'était juste un vague sentiment de tendresse, pour le chatoiement, le miroitement et le doux ondoiement du clair de lune dont mille carreaux de fenêtre renvoyaient la lueur et derrière lesquels s'abritaient les secrets de la vie. Mais ce soir elle se sentait délicieusement lasse, l'âme lourde du désir de s'abandonner à la chaude, à la douce et enveloppante caresse des couvertures. Une envie de dormir, qui n'était rien d'autre  que le désir de doux rêves heureux, comme un poison anesthésiant, avec un léger frisson qui engourdissait tout son corps. Elle se ressaisit, jetant presque à la hâte ses derniers vêtements, éteignit la bougie. Un instant encore, puis elle étendit ses membres dans le lit...
Comme un jeu d'ombres fugaces, une fois encore, les souvenirs heureux de la journée dansèrent devant ses yeux. [...]
Les images défilaient de plus en plus vite, elles la ramenèrent chez elle, à la maison, pour la reconduire, rapides, dans le passé, jusqu'à ce jour où elle avait fait sa connaissance. Elles se précipitèrent bientôt hors des limites étroites du temps et des événements vécus, vives images de kaléidoscope. [...] Et quelques minutes plus tard, un sommeil sûr la portait vers des rêves heureux.

A son réveil, elle trouva une carte postale sur son lit. Elle ne contenait que quelques mots, jetés d'une écriture ferme, énergique, du genre de ceux qu'on adresse aussi bien à des étrangers. Mais Erika les reçut avec bonheur et gratitude parce que c'était lui qui les avait écrits; elle avait ce don béni de découvrir sous des riens insignifiants toute la richesse réelle qu'ils recelaient. Si bien que cet amour n'allait pas devenir pour elle une douce lumière qui illumine toute chose, la baigne de sa clarté, mais un sentiment transfiguré qui allait s'infuser si profondément en elle qu'il deviendrait comme cette flamme qui brûle de l'intérieur et semble croître en se nourrissant de tout objet qu'elle habite. [...] Les livres, les tableaux, les paysages et les œuvres musicales lui parlaient, à elle qui avait conservé la faculté poétique de l'enfant qui voit dans les images, dans des objets inertes, une réalité mouvante, joyeuse et colorée. [...]
C'est ainsi que les quelques traits d'encre noire sur le carton furent pour elle tout un événement. Elle lut les mots à la façon dont il avait l'habitude de les prononcer, avec la tendre et musicale intonation de sa voix, elle s'efforçait de mettre dans son nom le doux charme secret que seul peut dispenser le langage de la tendresse. [...] elle en aurait presque manqué le contenu, qui n'était pourtant pas si banal : il la priait de lui confirmer l'excursion prévue pour le dimanche. [...] Mais elle relisait sans cesse ces lignes, croyant y percevoir un puissant, un fort sentiment qui n'était en fait que l'écho du sien.

Il n'y avait pas si longtemps que cet amour était entré dans la vie d'Erika Ewald, [...]
Ils s'étaient rencontrés lors d'une soirée dans une maison où elle donnait des cours de piano [...]
[...]
[...]
Elle habitait assez loin du centre de la ville, et ils firent un long chemin par une limpide nuit d'hiver éclairée par la lune. Il y eut un moment de silence entre eux; non par manque d'aisance, mais à cause d'une sorte de crainte qu'ont certaines gens cultivées de commencer une conversations par des banalités. [...]
[...]
Le long chemin solitaire de cette nuit d'hiver les avait rapprochés. Lorsqu'ils se donnèrent la main au moment de se quitter, ses doigts pâles et froids restèrent longtemps, comme oubliés, indécis, dans sa forte main. Et ils se séparèrent comme de vieux amis.
[...]
Ils se rencontrèrent souvent au cours de cet hiver. D'abord ce fut par un heureux hasard, puis, bientôt, il se donnèrent rendez-vous.

Stefan Zweig, in L'Amour d'Erika Ewald. Bibliothèque de la Pléiade, (Traduction, Nicole Taubes)

Lu cette nouvelle de Stefan Zweig hier.  Il n'avait que 24 ans quand il l'a écrite. Ce sont les premières pages... 

"Erika Ewald est une jeune femme convenable, l’âme artiste, pure et rêveuse. Elle enseigne le piano et vit la musique. Une existence simple et sans effervescence en dehors des moments passés avec ce violoniste, qui partage sa passion du langage musical. Instants dont l'intensité dépasse sa sensibilité de jeune fille candide et ouverte au grand amour. La flamme grandit, mais pour lui, le sacrifice de la musique au profit du mariage est inconcevable. Sensualité virile et mots tendres amènent Erika au bord de l'abandon, du don de soi au-delà des convenances. Et pourtant. Elle résiste, refuse ce sort de femme libre de son corps qu’elle pourrait offrir au risque d'être abandonnée ensuite.
C'est l'angoisse et la solitude.
Mais voilà que l’amour revient, lancinant. Engourdissant, aveuglant, anesthésiant, euphorisant. Il faut en retrouver l’objet… Mais sera-t-il toujours là, présent à l'attendre ??
L'amour d'Erika Ewald, c’est une histoire sans histoire. C’est l’amour sans aboutissement, c’est la rencontre avec un destin auquel on laisse porte close. C’est une existence vécue en quelques semaines. Et puis plus rien.
Poésie, sensibilité, atmosphère réservée mais enveloppante, vérité, vies humaines décrites avec la subtilité d’un œil vif qui peut décortiquer le banal sans lui ôter charme et crédibilité. Zweig aurait tout autant trouvé sa place à notre époque…"

jeudi 4 août 2016

Journal

Lundi 1er août.

Après-midi : golf. Je n'avais aucune raison d'y aller le cœur battant et pourtant il battait encore plus fort que d'habitude. Il était encore possible que je l'aperçoive au practice. Je l'ai aperçu...
Joué potablement à partir du trou n° 3. Au 5 j'ai enquillé un joli coup de sandwedge pour faire le PAR.  J'aurais aimé qu'il fut là... Toi, tu m'as vue (*_*).
Pris un café au bar, seule. Deux joueurs sont arrivés, sont venus me serrer la main (sympathique). L'un d'eux me connaissait (de vue), à l'époque lointaine où je jouais dans un autre golf. En fait, tout le monde me connaît, me repère - peut-être parce que je joue tout le temps seule - et je ne connais personne. Ils se sont assis pour prendre un café, je suis restée au bar, debout, et nous avons parlé : 
- du parcours que je trouvais physique et fatigant (pour mon âge. Hum!). L'un avait un chariot électrique.
- de chariot électrique, de local à chariot (qui n'existe pas)
- de mon index (ils me l'ont demandé). Non, je ne fais plus de compétitions
- d'un joueur de cet ancien club où j'étais membre. Son nom ne me disait rien (je ne retiens pas les noms et puis, ça remontait déjà à... 1992/93).  Ils m'ont dit son âge, j'ai répondu : le même que le mien. Poli l'un a dit : vous ne le faites pas et l'autre s'est marré en disant : oh le flatteur!, et on a ri tous les trois.
- de cette femme âgée qui a fait une crise cardiaque sur le petit parcours il y a quelques semaines. Qu'elle avait un chariot électrique. Que ça s'était passé quand elle était dans un bunker (0_0) (je repensais à mon rêve), en compétition. Qu'il y avait trois médecins sur le parcours qui sont intervenus tout de suite + défibrillateur + SAMU. Qu'elle avait été trois jours dans le coma et que là, à cet instant elle était à nouveau sur le petit parcours et que c'était leur amie. Ouf! Ah Que...
Ah Que j'en ai profité pour dire que j'aimerai faire une attaque et mourir sur un golf, ma passion. Ils étaient d'accord mais pas pour demain. Et moi si, j'ai dit : même pour demain (et ils n'imaginaient pas - heureusement - à quel point j'étais sincère); l'un m'a demandé : et pourquoi? J'ai éclaté de rire en disant : parce Que. Non mais! Et l'autre (çui qui disait que je faisais pas mon âge, tsss!) a dit : allez, reprenez un café je vous l'offre. Vous voulez que je fasse une crise cardiaque? ai-je dit. Je n'ai pas le temps, mais je vous remercie, ce sera pour une autre fois. J'ai réglé mon café et je suis partie en les saluant; ils étaient très sympathiques, comme je dois le dire tous les joueurs de ce club dont j'aime vraiment l'ambiance décontractée.
Soirée : Film DVD , Woody et les Robots. A l'heure où on ne parle que robotique, Woody Allen en 1973 avec ce film était un précurseur :  En 2173, un homme congelé est ramené à la vie par des chirurgiens révolutionnaires. Complètement fou, burlesque, très amusant. Woody chaplinesque.

Mardi 2 août.

Stress... familial. Ah oui! J'aurais préféré être morte que de faire de ce que j'ai fait cet après-midi! Mais je suis incapable de faire dans la demi-mesure. Je donne tout ou rien!
Soirée : pour me détendre, regardé DVD emprunté à la médiathèque : BARDOT La Méprise. Un film de David Teboul. Absolument magnifique.

Mercredi 3 août.

Golf prévu mais pluie le matin; ai annulé. Appelé un menuisier pour raboter ma porte d'entrée. M'a rappelée. Venu l'après-midi. Elle était complètement coincée. J'étais inquiète et me demandais s'il allait pouvoir la sortir, seul, de ses gonds. Youpi! Même pas eu besoin de la raboter, les rondelles ont suffi. Je ne pouvais pas l'aider et il a réussi à la porter et à la "regonder" tout seul. J'étais tombée sur un pro, sur un site où on trouve tout.
Elle, devait être dans l'avion du retour après avoir passé six semaines ici avec ses enfants, elle en a deux maintenant. Pour elle, un stage d'un mois qu'elle a terminé avec des "appréciations de stage" très élogieuses. Cette année je n'avais pas pu faire de photos, de vidéo de leur séjour, ni à l'aéroport. J'avais le cœur gros. Passons, évacuons. Reprenons notre souffle!



Soirée : film DVD, Zelig de Woody Allen (1983). En lisant cette critique sur la pochette, je m'étais dit que c'était ce qu'il me fallait en ce moment : "Woody Allen nous offre son film le plus optimiste". Encore une comédie burlesque : "Avec Zelig, Woody Allen invente un personnage fascinant qui lui permet d'explorer une multitude de facettes propres à l'animal humain, mais aussi de s'amuser avec ce cinéma qu'il aime tant. Zelig, l'homme-caméléon comme on le surnomme, épouse l'apparence physique et les pensées des gens qui l'entourent." Non seulement drôle, Woody Allen réalise une véritable prouesse technique en intégrant son héros dans d’authentiques images d'archives du monde des années 20. Excellent film en noir et blanc.

Jeudi 4 août.

Golf en fin de matinée, le petit parcours. Lorsque j'ai terminé, arrivait sur le practice l'un des sympathiques joueurs rencontré au bar lundi. Petit signe amical. Lui, n'était pas là. 
Après-midi : lecture d'une nouvelle de Stefan Zweig, L'Amour d'Erika Ewald.
19 h 30 : photos du jour.




Soirée : perdu mon temps à écrire ici. In my solitude...
Demain vendredi 5 août :  fin de matinée, golf!



lundi 1 août 2016

JE NE VOUS EMBRASSE PAS

Je retranscris le délicieux mail reçu ce matin, d'un visiteur de mon blog :

Objet : Madame de 

"Bravo et merci!
Vous m'avez donné mon frisson de la journée avec ce post.
C'est une recherche sur Eric Rohmer qui m'a fait venir sur votre blog il y a quelque temps, depuis je suis votre "Je" [...].
Cordialement,
[.]

***

Je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas 
 (*_*) Non mais!

Ce lecteur attentif, que je remercie, a compris qu'il fallait cliquer sur le lien, pour intensifier le "frisson". Mmm!
Ce post m'a été inspiré par un message laissé récemment sur la boîte vocale d'un (cher) ami, message que je terminais par un : Je ne vous embrasse pas. J'aurais même bien aimé tambouriner de mes petits poings sa poitrine, de ces je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas, à la manière inimitable de Madame de (Danielle Darrieux). Je crains cependant que mon ami n'ait pas saisi l'humour et, le véritable sens de ce je ne vous embrasse pas. A moins qu'il ne tombe par hasard sur mon blog - comme ce visiteur - en faisant une recherche sur... Max Ophüls? Hé hé! A vrai dire, il eut fallu pour qu'il comprenne que je le lui disse (hi!) de vive voix, agrémentée d'un baiser de trois baisers (*_*).
 
Je remercie ce lecteur qui aime peut-être également Ma nuit chez Maud...
 
C'est l'été, badinons avec l'amour! 

dimanche 31 juillet 2016

"Une leçon de peinture au Louvre"




(Suite, Quelques pas dans les pas d'un ange)

[...]
Il m'a fait grâce de la vie de Van Gogh, de celle d'Utrillo et Modigliani, contraints de brader toutes leurs toiles à d'immondes bistrotiers contre un verre de vin et nous sommes partis au Louvre qui était fermé pour travaux. Dans une telle situation Elle aurait fait appel au conservateur, lui a simplement attendu que passe un gardien qui le connaissait. [...]. Le type lui a ouvert, lui donnant du "Maître", ce à quoi il répondait invariablement "Centimètre". Les portes se sont ouvertes, j'étais habitué aux fastes, aux révérences, qu'on nous ouvre comme ça me paraissait normal, enfant je n'ai pas vraiment réalisé que je côtoyais de grands personnages, que l'homme avec lequel je faisais un dessin à deux mains au fond du jardin était Joan Miró, que le géant qui tordait pour moi des bouts de fil de fer [...] était bien Calder, [...].
Le Louvre. Le Louvre pour nous tout seuls! Il connaissait le musée par cœur et a réussi pendant une heure et demie à éviter tout ce qui valait la peine d'être vu, ne me montrant que des choses banales et pompeuses, j'étais en effet un peu dégoûté. Puis il a craqué : Il voulait revoir les peintures de Poussin. Là il s'est assis sur une banquette au milieu de la salle, je me suis assis à côté de lui et on a longtemps regardé un des tableaux, puis il a tendu le bras devant lui, repliant sa main pour cacher le sujet, plutôt le prétexte du tableau, un tout petit machin vaguement mythologique, à sa demande je l'ai imité et là tout m'a semblé évident, la composition, les masses, les fameuse lignes de fuite, j'étais fasciné.
Quand le gardien a refermé les portes derrière nous en disant : "Au revoir, Maître", j'avais eu droit au cours d'initiation le plus bref, le plus dense, le plus intelligent  qu'on puisse jamais donner, plus tard j'ai amené mon fils au Musée, essayant de faire la même chose, l'endroit était bondé, nous n'avions aucun recul et je n'avais pas pour raconter Poussin le millième du talent de mon "Centimètre".
Pages 73-74.

David MacNeil, in Quelques pas dans les pas d'un ange.

 

Nicolas Poussin, Les Saisons *

Le cycle est exposé au Musée du Louvre
"Chaque peinture est un paysage élégiaque représentant à la fois des scènes de l'Ancien Testament et une saison ; des allusions aux quatre phases du jour, aux quatre âges de la vie et aux quatre éléments y ont été décelées. Exécutées quand l'artiste était malade et souffrait de tremblements de mains, Les Saisons sont une réflexion philosophique sur l'ordre dans le monde naturel."
(Wikipédia)

* Devant quel tableau de Poussin, Chagall a initié son fils à l'observation d'une peinture? On ne le sait pas. David McNeil parle de "masses, de ligne de fuite". Le Printemps ou le Paradis terrestre (l'une de ces quatre Saisons) invite à la contemplation,




et ça aurait pu être ce personnage représentant Dieu, le Créateur vers lequel Eve pointe son doigt, que Chagall aurait cadré de sa main. Ce dont je doute tout de même, car il ne s'agit pas ici de "petit machin"!


"Adam et Ève forment un couple de petits personnages statiques dans une forêt calme, éclipsé par la végétation luxuriante. La figure en robe du Créateur peut être vue en haut sur un nuage entouré d'un halo de lumière. Il est figuré loin du spectateur, s'éloignant comme s'il était conscient de ce qui est à venir. La disposition des personnages dans la composition rappelle les représentations classiques de miniatures médiévales."

C'est un geste que font les artistes-peintres et aussi les photographes, de tendre le bras et avec la main de fixer - de détacher - un "morceau" de tableau ou de paysage (pour le photographe) et c'est vraiment comme si nous "zoomions" sur un détail, qui apparaît clairement. Il m'arrive souvent de le faire et aussi, de regarder quelque chose en mettant mes mains autour des yeux comme des jumelles, le champ visuel devient alors plus précis.

.../...
Il faudra (faudrait!) que je revienne sur Chagall, après avoir vu l'expo... 

A 18 heures ce dimanche, je m'accordais enfin un peu de repos, la peinture (de mes fenêtres) était cette fois terminée, et j'observais ma ligne de fuite qui se désagrégeait tandis qu'une autre allait tirer un trait dans le ciel.




samedi 30 juillet 2016

Le TEMPS d'écoulement de la bouteille

Vendredi 29 juillet.

Après les trois fenêtres - dimanche, mardi, jeudi - j'entamais ce matin la peinture d'une porte-fenêtre. A midi j'entendais sonner les cloches de l'église, ça faisait donc une heure que je peaufinais... ma tendinite. Midi! Sans doute était-il sur le parcours? Nous devions jouer ensemble, je m'en réjouissais. Je m'en réjouissais tellement. Je m'en réjouissais trop! Mon bras me faisait si mal jeudi matin que j'annulais mon départ de ce vendredi... et je ne faisais rien pour améliorer mes douleurs. Je ne pensais qu'à lui et je me demandais même si ma tendinite (réelle) était vraiment le prétexte pour annuler mon départ. Je ne savais plus. Je ne savais rien d'ailleurs. Je ne savais pas s'il avait vraiment envie de jouer avec moi ce vendredi ou les autres jours. J'en arrivais à me demander si, le fait que ça me fasse autant de plaisir de jouer avec lui - car c'est sûr, il le savait - ne devenait pas une contrainte pour lui voire une gêne, en tout cas, quelque chose de pesant au lieu d'être léger et agréable, nonobstant sa galanterie, sa gentillesse intactes pour chercher mes balles et relever le drapeau! Bref, il était toujours - pour moi -  un adorable partenaire de golf.  
En cet instant, je l'imaginais, je le voyais se placer derrière la balle pour voir sa ligne avant de taper son drive, c'est un joueur discret, coups réussis ou moyennement, il ne commente pas; c'est formidable, j'appréçiais cette discrétion, cette placidité, loin de la mienne. Je continuais de peindre, de peiner, de m'appliquer pour ne pas mettre de peinture sur la vitre. Il y avait du vent et, sur la dernière marche de l'escabeau j'étais tendue, un peu crispée. Aujourd'hui, le travail manuel ne m'empêchait pas de penser à autre chose qu'à ce que je faisais, je pensais à lui, comme une idiote, idiote comme je le suis quand je suis avec lui. Je ne lui dis rien, rien de tous ces mots que j'ai en moi, de ces phrases que je prépare et qui restent bloquées quand nous sommes ensemble. Lui non plus ne dit pas grand chose. Et de quoi lui parlais-je l'autre jour en buvant  nos cafés? Hum! De la mort! Complètement idiote? Non, carrément dingue! Eh bien là, nous avons finalement bavardé sur le sujet pendant presque une heure; nous avions commencé par parler de peinture - mais non, pas de mes fenêtres -, d'artistes-peintres.  Nous nous quittions ensuite comme deux potes? Non, ce n'est pas vrai, nous ne sommes pas des potes, nous sommes des amis de golf. Mais oui, alors, tout va bien! Arrête de te triturer les méninges. Cependant, je crois qu'il serait préférable de ne pas prévoir nos départs ensembles, qu'il vaudrait mieux laisser le hasard décider, ou pas, de nos rencontres sur le parcours. J'ai le cœur qui bat trop vite quand j'ai rendez-vous avec lui, et lui retrouvera sa liberté.

Il est 13 h 30, je viens de terminer la porte-fenêtre et ce pénible panneau de petits carreaux; plus qu'une porte-fenêtre à faire et ce sera enfin terminé! J'ai un peu mal au crâne et très faim.

Photos du jour

Une araignée morte (je vérifie qu'elle est bien morte)



Pause café sous un ciel gris et sieste pour la mouette espionne




Et ce soir, en attendant une amie pour dîner 



Où ça?
A Sainte-Mariiiiiiiiiiiiiine!

Samedi 30 juillet.

Golf solo à l'heure du déjeuner. Temps agréable pour jouer. Perdu deux balles sur le même trou mais j'en avais trouvé deux, laissées en plan sur le green - sans joueur - d'entraînement! La bonne aubaine.

14 heures : me suis bien détendue en écoutant Michel Onfray. Sujet du jour : Le TEMPS.
Première partie : Création du TEMPS mort.
Je n'ai pas le temps de résumer mais ces quelques phrases à réécouter dans le contexte, m'ont fait éclater de rire : 
. Les machines à TUER LE TEMPS : télévision, smartphones, iPod, iPhone etc.
. Aujourd'hui, (cf. Twitter), il faut kiffer ou niquer! (0_0)
. On fabrique des sourds, on fabrique des illettrés!  
. Ici il parle de l'enregistrement d'une émission de télévision et du montage de l'émission; les plans séquences montrent une bouteille, dont la contenance varie. C'est LE TEMPS d'écoulement de la bouteille qui indique LE TEMPS de l'enregistrement . (Dit comme cela ce n'est pas drôle, mais dit par Onfray c'est désopilant. Si, si!)
. Toujours sur LE TEMPS. Il faut éviter  deux écueils : 1) Vivre comme si on n'allait jamais mourir. 2) Vivre comme si nous allions mourir demain.
. Si vous trouvez que la vérité se trouve dans le journal que vous lisez, dites-vous que la vérité se trouve dans le journal que vous ne lisez pas. 
Etc. Comment tuer LE TEMPS... ou plutôt, comment ne pas le tuer!

18 heures.

Je ne change rien à ce que j'ai écrit vendredi; ça n'a plus cours puisque je viens d'apprendre que mon adorable partenaire ne pouvait plus jouer sur ce parcours à partir du mois d'août. Donc, je n'avais pas à faire de "prévisions"; elles se faisaient naturellement. So long... comme disent les anglais. Mon cœur va retrouver son rythme, plus lent (0_0)! 

Allez, demain, peinture! Dernière étape. Ouf!  Et, si j'en ai Le TEMPS, transcrire un dernier extrait de Quelques pas sur les pas d'un ange.
Enfin, laissons Le TEMPS faire son chemin et... la bouteille se vider.

Photos du jour, ma découverte de ce matin.




Ça fait des semaines que des hirondelles ont fait leur nid dans les voliges au-dessus de ma fenêtre. Le nid est bizarre, compact, une partie dure (guano?), je ne peux pas le prendre en photo (j'ai tenté plusieurs fois avec un miroir) mais les dégâts de fientes sont peu ragoûtantes. J'ai le vertige et ne peux aller les enlever. Je vais prévenir le propriétaire de  ce toit. Et ce matin, en plus des fientes je découvre ces oisillons morts. Pourquoi sont-ils morts? Les hirondelles continuent leur va et vient vers le nid...  La mort rôde, dans mon environnement. Hum!
 

jeudi 28 juillet 2016

"C'est dur d'être le fils de quelqu'un, c'est encore plus dur d'être le père de quelqu'un"

L'exposition Marc Chagall Aux Capucins à Landerneau se tient depuis le 26 juin et jusqu'au 1er novembre 2016. Cette visite sera un de mes projets d'arrière saison. Laissons la place aux visiteurs de l'été. Mais en attendant, je commence à me plonger (m'envoler?)un peu dans l’œuvre de l'artiste en visionnant quelques vidéos et, j'ai terminé ce récit  de David McNeil : Quelques pas dans les pas d'un ange.

David McNeil est né à New York, en 1946, d'une mère anglaise et d'un père russe naturalisé français qui s'appelait... Marc Chagall. Aujourd'hui, il rend hommage à ce père génial qu'il a trop peu fréquenté. Il le fait à sa manière, éclectique et marginale, en publiant un livre qui ne ressemble ni à une confession ni à une autobiographie. Il s'agirait plutôt de nouvelles et de contes. Un livre empli d'images, d'odeurs et d'histoires fantastiques. «J'ai ressenti le besoin de ce livre lorsque j'ai découvert celui, terrible, de Marina Picasso, l'année dernière. Ce fut une lecture très douloureuse! Elle parle de Picasso, son grand-père, comme on décrit de plus en plus souvent les artistes : un tyran domestique. J'ai voulu détromper mon propre fils, qui pouvait peut-être penser que j'avais connu une enfance semblable.»"
Quoi de mieux que la mémoire d'un "enfant" pour parler de son "Papa". David McNeil, fils de Marc Chagall, plus connu comme musicien, parolier, que comme fils à Papa. Pour en savoir plus sur Marc Chagall mieux vaut aller voir ses œuvres. Le récit de David McNeil est intimiste, il nous parle de son père à travers ses propres souvenirs mais c'est lui, (D. McNeil) que nous découvrons. Il écrit comme on parle, c'est cela qui est touchant, attachant.
«Ce qu'il faut, c'est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses.»
Hemingway

Extraits.... [...] dans les pas d'un ange.

Pendant tout un temps nous prenions chaque matin la route de Vallauris. [...] Vallauris est une ville  qui est à la céramique ce que Murano est au verre soufflé, un must pour les visiteurs de la Côte d'Azur.. A Aix les calissons, là-bas c'est la poterie. [...] La ville vit de la vente de bien vilains objets, il n'y a rien à redire, par contre eux [les Provençaux] vous diront que s'ils font autre chose que ce que les gens veulent ils peuvent fermer boutique, les gens très souvent ont un goût de chiottes, l'expression vient de là.
Madoura comptait des potiers renommés, c'était donc normal qu'on s'adressât à eux quand on voulait s'essayer à la céramique, mais Picasso était paraît-il furibond, apprenant que mon père voulait y travailler. Vallauris était son fief. Matisse c'était Nice, Cimiez exactement, avant qu'il n'empiète sur la ville de Vence avec sa chapelle, une tout autre histoire, Léger c'était Biot où allait plus tard s'ouvrir son musée, un gros bloc de béton, une sorte de rectangle couché sur le flanc, une grosse boîte à chaussures allongée sur la tranche. [...] Picasso était partout, d'Antibes à Vallauris en passant par Cannes, mais papa n'a sûrement pas choisi Madoura pour faire la nique à l'autre, les deux hommes s'estimaient et mon père, quelques jours après ma naissance, lui avait envoyé une photo de moi, Françoise Gillot écrit dans  sa biographie qu'il l'avait épinglée au mur de son studio, si je n'ai aucun Picasso à mes murs, j'aurais au moins été au mur de Picasso. Les deux hommes s'estimaient mais une sorte de jeu s'était peu à peu installé entre eux, ce qui donnait des phrases comme celle-ci :
"Aimez-vous Picasso? demanda un jour une jeune journaliste à papa.
- Si Picasso m'aime, moi je l'aime aussi", répondit mon père.
Une petite fille passait et repassait sans cesse devant l'atelier où "on" travaillait, peut-être était-ce Paloma, qui sait, mais papa m'a demandé d'en faire autant chez lui : "Dis-moi ce qu'il fabrique", ou "Quelle terre emploie-t-il."  La petite fille et moi étions des espions à la solde  de deux des plus grands créateurs de ce siècle, deux caractères si forts ne pouvaient que s'affronter et ça faisait de bien belles étincelles."
Pages 39 - 40 - 41.

Papa s'était mis en tête de m'apprendre la peinture pour mieux m'en dégoûter. C'était un métier pourri que d'être un artiste, je savais heureusement construire des cabanes, je pourrais sans problème devenir architecte. Je recevais, contrairement aux garçons de mon âge qui ont pour Noël des ballons de football ou des panoplies, les œuvres complètes de Mansart ou de Le Corbusier. [...] Il trouvait les musées trop chers, il avait raison. Il voulait toujours qu'on édite des livres bon marché de son œuvre, "pour les étudiants", il avait dû souffrir en Russie de devoir renoncer aux ouvrages qu'il voulait. Chaque année il faisait une lithographie pour Derrière le miroir, la revue éditée par Aimé [Maeght], elle aussi bon marché, mais ces revues faisaient la joie des marchands et des spéculateurs, on trouve un peu partout ces lithos encadrées, à prix exorbitants, dont le pli intérieur a été repassé. "Ce n'est pas parce qu'il y a des gens malhonnêtes qu'il faut punir tout le monde" était l'avis sensé des deux hommes.
Je devais étudier la peinture mais surtout les peintres et leurs biographies, plutôt celles insistant sur leur pauvreté, leur misère récurrente et inéluctable. Il oubliait bien sûr de parler de Picasso, de Braque, de Dali, oubliait les nouveaux, Buffet, Mathieu, de Staël, les Américains, Stella, Lichtenstein et déjà Warhol, dont les limousines faisaient passer la Rolls d'Aimé pour une Fiat 500, ces gens-là avaient eu de la chance, voilà tout. On parlait plutôt de Soutine : Ce pauvre émigré était arrivé de Minsk en haillons, gelant à la Ruche, obligé pour survivre de voler de la viande rue de Vaugirard, presque laissé pour mort un méchant soir d'hiver après une bagarre avec des clochards qui en voulaient à sa pourtant maigre pitance.
Soutine, il est vrai, avait une vie pénible, mais ce que mon père décrivait comme une agression cachait une histoire plus cocasse, dont il avait, je crois, un peu honte : Lui travaillait nu malgré le grand froid qui régnait dans son atelier, comme il n'avait en fait qu'un seul jeu de vêtements il ne voulait pas les tacher en peignant. Le jeune peintre ukrainien achevait son grand Bœuf écorché d'après un modèle cru venant des abattoirs. Une carcasse de bœuf coûtait vraiment cher alors il voulait en faire plusieurs tableaux et bien sûr la viande s'était décomposée, peu à peu le rouge vif était devenu vert. Ne pouvant acheter un autre demi bœuf il est retourné rue de Vaugirard chercher un seau de sang dont il a aspergé son modèle. Le sang a éclaboussé toute la pièce, est passé à travers les lattes du plancher et a dégouliné chez mon père qui est sorti tout nu dans la rue en criant : "Au secours, on assassine Soutine!" [...]
Pages 71 - 72 - 73
David McNeil, in Quelques pas dans les pas d'un ange, éditions Gallimard, 2003.

(A suivre...)


***

Je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas je ne vous embrasse pas (*_*) Non mais!

mercredi 27 juillet 2016

***

Et... trois ans plus tard, Julie Fuchs était ce soir aux Chorégies d'Orange  avec
La mélodie du bonheur!




Hum! J'a do re  le solfège (*_*) 

Et, Le roi carotte  de Jacques Offenbach vous connaissez?
Un opéra-bouffe. Hi!



Faire du rire un chasse-spleen (gratuit)

mardi 26 juillet 2016

Je... Je vous embrasse





Camille Claudel, La petite châtelaine, marbre (1895), musée Rodin, Paris.

Monsieur Rodin,


Comme je n’ai rien à faire je vous écris encore. Vous ne pouvez vous figurer comme il fait bon à l’Islette.


J’ai mangé aujourd’hui dans la salle du milieu (qui sert de serre) où l’on voit le jardin des deux côtés. Mme Courcelles m’a proposé (sans que j’en parle le moins du monde) que si cela vous était agréable vous pourriez y manger de temps en temps et même toujours (je crois qu’elle en a une fameuse envie) et c’est si joli là !

Je me suis promenée dans le parc, tout est tondu, foin, blé, avoine, on peut faire le tour partout c’est charmant.


Si vous êtes gentil, à tenir votre promesse nous connaîtrons le paradis. Vous aurez la chambre que vous voulez pour travailler. La vieille sera à nos genoux, je crois.

Elle m’a dit que je [mot manquant: pouvais ?] prendre des bains dans la rivière, où sa fille et la bonne en prennent, sans aucun danger.


Avec votre permission, j’en ferai autant car c’est un grand plaisir et cela m’évitera d’aller aux bains chauds à Azay. Que vous seriez gentil de m’acheter un petit costume de bain, bleu foncé avec galons blancs, en deux morceaux, blouse et pantalon (taille moyenne), au Louvre ou au Bon Marché (en serge) ou à Tours.


Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille ce n’est plus la même chose.


Je vous embrasse


Camille


Surtout ne me trompez plus.

(Pour "voir" la lettre originale manuscrite de Camille Claudel à Auguste Rodin, c'est ici)