mercredi 26 octobre 2016

Figuration poétique ET lyrique!




Marc Chagall peignant Les Arlequins 1938-44
(Crédit photo Archives Marc et Ida Chagall, Paris)


On nous parle souvent, en évoquant sa peinture, de poésie. C'est avec ce regard que j'ai donc découvert l'exposition : Chagall, de la poésie à la peinture à Landerneau au Fonds Hélène et Edouard Leclerc. On pourrait dire aussi que sa peinture est musicale voire lyrique. Lyrique oui, pourquoi pas, cette définition correspond bien à ce que j'ai ressenti. Hop! Je le classe dans la Figuration lyrique sans même savoir si cette catégorie existe en peinture, comme existe, l'Abstraction lyrique. Vérification faite : il n'y a pas de Figuration lyrique!

"Son œuvre, sans se rattacher à aucune école, présente des caractéristiques du surréalisme et du néo-primitivisme. Inspirée par la tradition juive, la vie du shtetl (village juif en Europe de l'Est) et le folklore russe, elle élabore sa propre symbolique, autour de la vie intime de l'artiste. Chagall s'est essayé, outre la peinture sur toile, à la gravure, à la sculpture, à la poésie, à la peinture sur vitrail, sur émail, etc."

(Source Wikipédia, Marc Chagall).
Trois cents œuvres exposées! Vertigineux. Ces œuvres proviennent de collections privées et de musées internationaux. Sachant que je serai incapable de voir toutes ces œuvres, j'ai rapidement regardé le plan de l'exposition représentant les thèmes  importants.
LES GRANDS THÈMES - LE CIRQUE - SCULPTURE ET CÉRAMIQUE - LA GUERRE, L'EXIL - LA BIBLE - LES FABLES DE LA FONTAINE - LA RUSSIE/VITESBK.

Par quoi allais-je commencer si je ne voulais pas suivre les flèches (il n'y en avait pas, heureusement), façon de parler. Je décidais alors, de ne rien décider (0_0) - pas de chronologie*  - et d'avancer en repérant  déjà, de loin, ce qui attirait mon regard, puis, de m'attarder sur des œuvres qui n'étaient pas cachées par un visiteur. Je savais d'emblée qu'il me serait plus ardu de parler de Marc Chagall que de la dernière exposition Alberto Giacometti.

* "Chagall est un artiste qui privilégie la narration dans ses peintures sans respecter le déroulement chronologique des événements. Ces œuvres juxtaposent ainsi plusieurs niveaux de temps : souvenirs de sa jeunesse, épisodes de sa vie présente, actualité..."
"Marc Chagall, né Moïshe Zakharovitch Chagalov, est né le 7 juillet 1887 à Liozna, près de Vitebsk, en Biélorussie (alors intégrée à l'Empire russe). Il a été naturalisé français en 1937 et est mort le 28 mars 1985 à Saint-Paul de Vence dans le sud de la France. Il aura ainsi traversé deux guerres mondiales, une révolution, deux exils, des départs, des voyages et des installations incessantes.
Il est l'un des plus célèbres artistes installés en France au XXe siècle avec Pablo Picasso."



Marc Chagall, Entre chien et loup (1938-1943)
Huile sur papier marouflé sur toile 100 x 73 cm




 

"Chagall décide, avec son épouse Bella et sa fille Ida, de quitter la France en 1941 pour les Etats-Unis. Il y retrouvera de nombreux autres artistes qui ont fui la barbarie nazie : Léger, Duchamp, Masson, Zadkine, Breton, Ozenfant." 
En faisant quelques recherches sur Marc Chagall j'ai visionné cette vidéo, très intéressante (même si on ne parle pas couramment l'anglais, il est assez aisé de comprendre ce qui est dit). C'est ludique, pédagogique, avec quelques documents, dont la période parisienne à La Ruche qui me touche plus personnellement. A voir, cette vidéo sur Chagall, si intéressés.



 

Dans cette période parisienne, je découvre le tableau ci-dessous 
(il ne figure pas dans l'exposition, mais peut-être m'a-t-il échappé) :
Paris, à travers la fenêtre de son atelier, 1913.
Et ce visage (en bas à droite) double face, bleu-blanc,
il tient un cœur dans sa main.
Il allait réaliser le tableau Entre chien et loup 
(affiche de l'exposition ci-dessus)  entre 1938-1943.
J'y voyais une ressemblance... ou plutôt une liberté retrouvée.



"Tableau où s'associent divers signes :
- un ciel transformé en grand drapeau bleu, blanc, rouge

- une Tour Eiffel évanescente d'où semble descendre un parachutiste (façon rationnelle de voler)

- un métro-jouet, les roues en l'air, qui fait allusion au métro sous-terrain

- un chat à tête humaine (souvenir des salles égyptiennes du Louvre)

- deux petits personnages flottant dans une brume qui monte de la Seine

- un personnage à double tête qui tient un cœur dans sa main : une face tournée vers Vitebsk, l'autre vers Paris et le cœur, signe de l'amour qui le liait à Bella

=0=0=0=

Structure binaire de l'univers chagallien qui fait se rejoindre le rêve et la réalité, le présent et le souvenir, l'humain et l'animal, le visible et l'invisible

Chat à tête d'homme en équilibre sur le rebord de la fenêtre et qui veille à la frontière entre le dehors et le dedans."
  
Ici également, des œuvres commentées. (En revanche, je trouve les couleurs des tableaux reproduits "sursaturées"). Que vais-je pouvoir dire maintenant. Rien de plus, rien de mieux, (mon billet pourrait s'arrêter là, avec cette vidéo) sauf à parler plus particulièrement de l'exposition de Landerneau et ne pas trop me disperser.


Marc Chagall, Bella son épouse, Ida sa fille


 Bella posant pour le Double portrait, 1925, Paris

Je parcourais rapidement le Journal de l'exposition offert aux visiteurs dans lequel nous pouvions notamment lire l'entretien entre Meret Meyer (MM, fille de Ida Chagall), Jean-Louis Prat (JPL, Commissaire artistique) et Michel-Edouard Leclerc (MEL, qu'on ne présente plus;-)). Bien avant avoir vu ou lu quoi que ce soit sur l'exposition, il y a quelques mois en faisant une recherche sur le Nu dans l'art, je découvrais celui-ci de Marc Chagall, Nu mauve, qui ressemblait - me semblait-il - à celui que ma nièce venait d'acquérir d'un autre artiste, contemporain mais sans comparaison de cote, hum! (une huile sur toile de 1966, une peinture au couteau, épaisse dans des tons pourpres) et je m'y attardais, il m'intéressait. Ma priorité fut, non pas de chercher ce tableau mais de ne pas le rater pendant ma visite, je voulais vérifier de visu s'il me plairait autant que sur la photo que je regardais. (Je le découvris donc plus loin et, en fait, il ne ressemblait pas du tout à celui de ma nièce que je n'ai vu que sur photo et qui est bien plus abstrait lyrique ;-);  le Nu (pourpre) de son tableau ne se devine que pour un œil avisé; il est très beau (la chanceuse). J'aimais ce Nu mauve de Chagall sans pouvoir dire pourquoi. C'est le genre de tableau que l'on doit pouvoir regarder chaque jour en y trouvant toujours quelque chose de nouveau. J'ai complètement raté la photo en gros plan, celle-ci trouvée sur la Toile (mais couleurs de l'original moins vives) :




 Marc Chagall, Nu mauve, 1967
Huile et sable sur toile, 140 x 148 cm
Collection privée
  
Néanmoins, j'ai quelques photos de ce Nu mauve, avec d'autres tableaux.
(Sans flash, tout est sous-exposé)



"J'ai toujours considéré les clowns, les acrobates et les acteurs, comme des êtres tragiquement humains qui ressembleraient, pour moi, aux personnages de certaines peintures religieuses." (Marc Chagall)


La Danse, 1950-1952
Huile sur toile de lin 238 x 176 cm

Centre Pompidou, Paris  



Ce n'est qu'en rentrant chez moi que je lisais ceci :
Extrait de l'entretien du Journal de l'exposition :
MEL (Michel-Edouard Leclerc) - Au final quelle est l’œuvre que vous préférez dans l'immense production de Chagall?
MM (Meret Meyer) - Le Nu mauve... Pour sa force et sa puissance. A l'encontre de l'image qu'il donnait, Chagall regardait la peinture des autres artistes, des artistes contemporains qui niaient la peinture, et répondait par la peinture. Ce tableau en est une expression. Il y met à l’œuvre des techniques qui lui permettent de densifier sa peinture et de la réinterroger en même temps.
Parenthèse terminée. Poursuivons.  

Ce tableau était renversant



(Ma photo, une de plus, était vertigineusement ratée. Mmm!
J'emprunte celle-ci.
Marc Chagall avait la tête à l'envers quand il l'a signé)


L'Homme à la tête renversée, 1919

 Huile sur carton marouflé sur bois
H. 57 ; L. 47 cm

Collection particulière
© Adagp, Paris 2015 – Chagall ®

Il faut tout de même préciser que si cette exposition présente près de 300 œuvres de Marc Chagall, sont inclus dans ce chiffre des dessins sur papier, des lettres, des ouvrages illustrés :

"L'exposition révèle les différentes rencontres  de Chagall avec les poètes et les écrivains de son temps - d'où son titre "de la poésie à la peinture". Chagall a connu tous les grands poètes, depuis Guillaume Apollinaire, jusqu'à Max Jacob, en passant par Louis Aragon ou Blaise Cendrars. Si l'on connaît bien l'attachement de Chagall à la musique, on le connaît moins à travers ses grands livres illustrés qui montrent véritablement son intérêt pour les mots qui alimentent en permanence les nuances de sa palette. 
D'où l'originalité et l'intérêt de l'exposition présentée à Landerneau. Elle reflète une partie de son œuvre moins connue." (Jean-Louis Prat).


 Voici Max Jacob
Ma Vie 3
1922
Encre et crayon sur papier à lettre glacé

(Cliquer sur l'image pour lire)



Autoportrait au sourire, 1924-1925
Eau-forte et pointe sèche
Épreuve d'essai
  Dédicace "à Tériade, amicalement, Chagall Paris"

Parenthèse : Cet autoportrait me rappelait (au moment où je le regardais) - dans le trait, pas dans l'expression - un de ceux de Rembrandt. Mais en le revoyant (ici), je me rends compte de mon erreur!

 
Autoportrait : Rembrandt aux yeux hagards, 1630
Eau-forte et burin sur papier

Puis, en faisant mes recherches, je trouve par hasard ce texte :


"Je suis certain que Rembrandt m’aime »
La leçon des grands maîtres de la gravure
est perceptible chez Chagall, particulièrement celle de Rembrandt.
Plusieurs illustrations bibliques effectuées
par Chagall rappellent les gravures du
grand peintre de l’Ecole hollandaise. Elles
s’en rapprochent notamment par
l’utilisation de la technique du clair-obscur, les effets de contraste,
et enfin par l’aspect très humain conféré aux anges


Celui-ci dessous ne me rappelait rien... (enfin si : Tal-Coat, Fautrier...)
Je l'aimais bien.
J'y voyais deux visages "nimbés" d'une même auréole.

  
Marc Chagall, Autoportrait (Tête au nimbe), 1911
Huile sur carton marouflé avec bordage kraft
Collection privée

(Et je poursuis ma visite d'une manière complètement désordonnée)





Huile sur toile

Centre Pompidou Paris
Musée national d'art moderne
Centre de création industrielle
Dation, 1988
En dépôt au musée de Grenoble

LES FABLES DE LA FONTAINE



Le Coq et le Renard

 

Le Chat et les deux Moineaux, 1927
Aquarelle et gouache sur papier

Collection Larock-Granoff, Paris



(Photo empruntée ici)

Le Renard et les Raisins, 1926-1927
Aquarelle et gouache sur papier

Collection Larock-Granoff, Paris


J'aime le tableau ci-dessous, ses couleurs, tant sur le fond que sur la forme. Cette femme à cheval sur ce coq géant en l'étreignant et ce couple sur la barque.


Le contraste des couleurs est meilleur sur cette photo trouvée ici

 
Le Coq, 1928-1929
Huile sur toile, 81 x 65 cm

Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid


Je photographiais la maquette du Plafond de l'Opéra, mais bien entendu, il n'en ressortait pas grand chose. Je me souvenais d'un passage du livre de David McNeil (fils de Marc Chagall), Dans les pas d'un ange, où il racontait qu'il avait participé au "coloriage" de cette maquette avec son père.


"Réalisé en un an (en 1964), ce plafond rassemble tout ce qui "fait" Chagall : couleurs, foisonnements de personnages ailés, de fleurs, d’instruments de musique... Et dans la foule de détails, on peut même trouver le peintre lui-même mais aussi André Malraux qui apparaît dans le panneau dédiée à "Pelléas et Mélisande" de Debussy. La fresque rend en effet hommage à quatorze compositeurs et à leurs œuvres."
"Il organise l’espace du plafond en cinq compartiments, chacun porté par une tonalité différente. Ainsi accorde-t-il au bleu Moussorgski et Boris Goudounov, Mozart et La Flûte enchantée ; au vert Wagner et Tristan et Isolde, Berlioz et Roméo et Juliette ; au blanc, Rameau associé au Palais Garnier et Debussy à Pelléas et Mélisande ; le rouge correspond à Ravel et à Stravinski dont Chagall avait réalisé les décors et les costumes de Daphnis et Chloé et de L’Oiseau de feu.

Enfin, le jaune fait référence à Tchaikovski et Alfred Adam et aux ballets Le Lac des Cygnes et Giselle. En une ronde joyeuse se mêlent les figures tendres des couples légendaires, des personnages ailés, des toits de Vitebsk et des monuments parisiens."
Dans le Journal de l'exposition, au sujet de cette œuvre :

MEL - La rencontre avec Malraux a été importante pour Marc Chagall...
JLP   - André Malraux en effet a été d'une aide précieuse, un soutien, jusqu'à la fin de sa vie. Pensez à la réalisation du plafond de l'Opéra national de Paris, au Palais Garnier. C'est une œuvre unique, remarquable, dont on n'a pas fini d'admirer la présence. Un révélateur de son génie créateur et des connivences nombreuses qu'il a toujours maintenues avec les textes mais aussi avec la musique, le ballet et la mise en scène.

La réalisation de ce plafond suscita néanmoins de nombreuses critiques et polémiques. 



J'étais intéressée par le cubisme du tableau ci-dessous.
Je ne l'ai pas photographié. Photo empruntée (Source)


Dédié à ma fiancée, 1911
Huile sur toile, 196 x 114,5 cm

Kunstmuseum, Bern

Extrait Journal de l'exposition :

MEL - Et vous, Jean-Louis, quelle est l’œuvre que vous préférez dans l'immense production de Chagall?

JLP   - J'aime beaucoup Dédié à ma fiancée.
Cette composition est réalisée en 1912 (?), et le titre a été donné par Blaise Cendrars, qui vivait lui aussi à La Ruche. Il donnera plusieurs titres à d'autres œuvres de Chagall, dont il était l'ami très proche. 
C'est une œuvre que je tenais beaucoup à faire venir à Landerneau. On y lit, quand il est à Paris, son besoin de peindre et d'écrire ce qui lui manque, sa fiancée qui n'est pas là, Bella, qu'il retrouvera et épousera après son retour en Russie.
C'est extrêmement émouvant, mais au-delà du sujet, c'est pour l'époque, un vrai renouveau pour la peinture. On est dans un expressionnisme très fort et une poésie qui se fixent dans un sujet peu banal. Ce que Guillaume Apollinaire a appelé un art surnaturel.

MM  - Ce tableau est certainement la meilleure illustration de ce que Chagall a apporté de nouveau à Paris alors que les clés de lecture pour comprendre ce tableau ne sont pas évidentes. L'animal est en fait un homme déguisé avec une tête de taureau, habité par une forte connotation sexuelle. La fiancée n'est pas présente du tout hors par la ferveur en rouge vif qui imprègne tout le tableau.
On y retrouve surtout toutes les réminiscences russes dont la mascarade à travers les coutumes du carnaval qui permettent la métamorphose de l'homme en animal et de l'animal en homme. 
Il y a aussi de nombreux éléments d'art populaire : la femme représentée qui gicle, comme propulsée dans le haut du tableau. On y reconnaît un foulard russe, un morceau de nappe russe et une lampe cassée en deux tombée à droite...  Avant le titre de Cendrars, le tableau s'appelait La lampe et les deux personnes. Il a été exposé sous ce titre au Salon des Indépendants.
Quelques Sculptures et Céramiques


Deux têtes à la main 
ou Deux têtes, une main. 1964
Épreuve en marbre

Collection privée


Maternité
ou Vierge à l'Enfant
ou Mère et Enfant. 1952
Bronze

Collection privée


Au premier plan La Bête fantastique 
ou l’Âne ou Cheval fantastique, 1952. Bronze
Au second plan Le Coq, 1952. Bronze






... "rester humble devant la matière"


L'Horloge, 1950-1952
Céramique murale 12 carreaux
Peinture aux engobes et aux oxydes sur émail blanc

Collection privée 

L'horloge fait partie des motifs récurrents dans les œuvres de Chagall.


Marc Chagall dans son atelier avec Pablo Picasso

(Photo capturée dans le Journal de l'exposition)


J'approchais de la fin de l'exposition. J'avais vu tant de choses qu'il me faudrait "digérer", comprendre. Mes recherches, pour faire ce billet qui peut paraître long n'est pourtant qu'un mini-billet vraiment très mini, sur l’œuvre immense de cet artiste, m'ont permis de compléter ma vision de l'artiste et de son Œuvre. Je pensais y être relativement insensible, j'avais une espèce de préjugé, j'avais décrété : "ça ne te passionnera pas". Peut-être! En tout cas, ça m'a bigrement intéressée et j'en suis sortie avec une certaine allégresse. Tous ces êtres, ces animaux qui volent et chutent même dans le ciel m'avaient donné des ailes!


L'Arc-en-ciel, 1967
Huile sur toile de lin AM 1998-90

Centre Pompidou, Paris
En dépôt au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg
 


Le Cirque bleu, 1950-1952
Huile sur toile de lin

Centre Pompidou, Paris
En dépôt au Musée National Marc Chagall, Nice



La Chute d'Icare (à gauche), 1974-1977
Huile sur toile 213 x 198 cm

En gros plan, image Google
(Cliquer pour agrandir)
"Songez que c'est un homme de quatre-vingt-dix ans qui peint des tableaux aussi important que Job, La Famille, La Chute d'Icare, Don Quichotte, sur des thèmes majeurs de la littérature." (Jean-Louis Prat)

La toile ci-dessous est la dernière, non pas de l'exposition, mais sur laquelle je me suis attardée. Elle me rappelait des souvenirs... aux Baux de Provence, mais sur le tableau de Chagall (encore une photo un peu floue!) il s'agit de Saint-Paul de Vence.


La Table devant le village, 1968.
Huile sur toile

Collection privée 



Sur cette photo de 1984, Jean-Louis Prat (debout à droite),
Commissaire artistique de cette exposition

"Lorsque Chagall venait déjeuner chez Marguerite et Aimé Maeght en compagnie de Vava, son épouse, il retournait rapidement travailler.
Il se retrouvait à la lumière de son superbe atelier, en train d'inventer les sujets sur lesquels il revenait souvent pour les réinterpréter de manière totalement nouvelle. En nous proposant de rentrer dans de nouveaux rêves. Chagall ne restait jamais sur un acquis. Dans les discussions avec Aimé Maeght, il imaginait un livre, une exposition, il en parlait librement, avec l'envie de renouveler les expériences.
[...]
J'ai eu la chance de le connaître en arrivant à la Fondation Maeght à Saint-Paul, j'avais alors vingt-neuf ans, lui était déjà âgé."
(Jean-Louis Prat dans le Journal de l'exposition)



Marc Chagall à La Colline, à Saint-Paul de Vence, vers 1975
"Quand je peins, je peins; ce à quoi j'ai pensé et ce que je voulais exprimer, je l'apprends ensuite par les journaux." (Marc Chagall)
"Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir." (Marc Chagall - Citation du Journal de l'exposition).

Toutes les photos sont personnelles, sauf si précisé. Pour la plupart je les ai recadrées, sans l'encadrement. Beaucoup d’œuvres sont sous verre, pour leur protection, d'où la qualité aléatoire de mes photos. Et pourtant ce sont des verres, magiques, anti-reflets que l'on ne soupçonne même pas.  Magique!

Pour l'élaboration de ce billet je me suis inspirée de la brochure et du Journal de l'exposition, qui m'ont menée vers des recherches, passionnantes, que je ne pouvais toutes retranscrire ici : l’œuvre de Chagall est vertigineuse. La chronologie n'est pas celle de l'exposition, la mienne est désordonnée, dans l'ordre (ou plutôt le désordre) des photos que j'ai prises durant ma visite... le 22 septembre!!! (L’exposition se termine le 1er novembre). Je ne pensais plus au billet que je m'étais promise de faire, tant je rebondissais d'un document à l'autre, je passais mon temps à lire, je découvrais Chagall; c'était tout de même une sacrée découverte! Mais j'avais déjà été initiée par David McNeil de la plus charmante façon. J'ai un peu "zappé" LA BIBLE à l'exposition. Allez savoir pourquoi; c'est dommage? Oui, sûrement. Dieu (s'il existe mais je n'y crois pas) me pardonnera. J'ai tout de même contemplé, longtemps, sa Crucifixion en jaune, en me remémorant Le Christ jaune de Paul Gauguin... Mais aussi le  tien, bleu, dont je n'ai pas de photo, malheureusement. Le symbole du Christ a inspiré de nombreux artistes.



Marc Chagall,  Crucifixion en jaune, 1942



Paul Gauguin, Le Christ jaune, 1889

Gauguin a peint ce tableau, à Pont-Aven, où il s'était installé trois ans plus tôt (Chagall n'était pas encore né! 1887). Et si aujourd'hui l’œuvre est conservée à New-York (Albright-Knox Gallery) on peut voir dans la chapelle de Trémalo à Nizon, près de Pont-Aven, un Christ en croix; cette chapelle vaut la visite.


Christ en croix dit Le Christ jaune
depuis qu'il a servi de modèle à Gauguin, qui l'a peint.
(Photo :  Yann Gwilhoù pour Wikipédia)

  Mais là, je m'égare de mon sujet : Marc Chagall!


vendredi 21 octobre 2016

"Pardonne-moi mon Anne"

C'était toute cette semaine dans A voix nue, une demi heure chaque soir avec Anne Pingeot. 
Pour le poème d'amour (avec la voix nue de "l'aimée"), "pour les petits déjeuners de nulle part", "pour la passion de chaque étreinte" c'est à partir de la minute 15:51. Mais ce serait vraiment dommage de se passer du reste... et des autres émissions (en commençant par la première), ponctuées du rire si charmant - à la fois spontané et retenu - de Anne Pingeot.




"Anne Pingeot a choisi de réserver à France Culture et à un historien, Jean-Noël Jeanneney sa seule et unique prise de parole alors que viennent de paraître en librairie le volume de la correspondance que François Mitterrand a entretenu avec elle, Lettres à Anne (1962-1995) ainsi que le Journal pour Anne (1964-1970) , tous deux publiés aux éditions Gallimard. Une conversation libre, confiante, passionnante, tantôt joyeuse et tantôt grave, où Anne Pingeot et Jean-Noël Jeanneney parcourent un demi-siècle d’une grande histoire d’amour de la première rencontre jusqu’à la disparition de François Mitterrand."

dimanche 16 octobre 2016

Je ne me souviens de rien du tout

Livre terminé dans la soirée, hier.
Le narrateur s'adresse à son ami d'enfance, vingt ans plus tard. Extraits :

"Et exactement comme les tiens, lui dis-je, mes parents m'ont toujours traité d'hypocondriaque au sujet de ma maladie, de charlatan au sujet de mes exercices de lecture, puis, plus tard, de mes premières tentatives pour écrire, tu te souviens? Tant de choses m'apparaissent clairement désormais, qui avaient complètement disparu de ma mémoire pendant des décennies. Surtout ces choses terribles, effroyables, qu'on n'ose plus évoquer parce que ceux qui les ont causées sont morts depuis longtemps. Mais tout à coup, j'ose dire ces choses terribles et effroyables, c'est même assez facile. Et d'ailleurs, elles sont encore bien plus terribles et effroyables que ça. Ce n'était que lorsque nous revenions de haute montagne que m'attendait la véritable punition pour mon comportement en haute montagne. Pareil pour toi, lui dis-je. Je m'en souviens exactement. Ils me reprochaient alors mon comportement abject en Suisse, dans l'Engadine, ou sur l'Ortler, dans le Tyrol italien, ils faisaient le décompte complet de tous mes manquements et élaboraient des châtiments sophistiqués. Je n'avais pas regardé suffisamment loin et suffisamment longtemps les beaux paysages qui s'offraient à moi, me reprochaient-ils, je m'étais opposé à leurs injonctions, en dormant le jour et non la nuit comme il se doit, disait souvent mon père. [...] Alors ils restreignaient mes repas et supprimaient délibérément mes plats préférés des menus quotidiens. Et tu as subi exactement la même chose lorsque tu revenais de haute montagne avec tes parents, lui dis-je. Mon père étalait ses dessins et ses aquarelles partout dans sa chambre, et je devais dire au sujet de chacune de ces aquarelles et de chacun de ces dessins ce qu'ils représentaient et qu'ils étaient les meilleurs. Quand je me trompais, quand j'étais incapable, en dépit de tous mes efforts, de me rappeler quel était le motif naturel correspondant à telle ou telle œuvre, il se fâchait. [...] Lorsque mon père ratait un dessin, il rejetait la faute sur moi, il prétendait que je lui avais caché la lumière, ou que j'avais, comme il disait, ruiné son inspiration en lui adressant la parole. D'ailleurs j'étais nul autre, disait-il, que celui qui avait ruiné l'ensemble de sa carrière d'artiste. Au fond, tout fils ne vit que pour ruiner l'artiste qu'est son père, m'a-t-il dit un jour, tu te souviens? [...]
[...]
[...]
[...]
Ta mère a certainement tricoté autant de bonnets et de chaussettes que la mienne, mais tu n'as pas encore eu le courage de les chercher, ces bonnets et ces chaussettes vert pomme, pourtant il te suffirait sûrement d'ouvrir l'un ou l'autre tiroir de ta maison, tu en trouverais des centaines. [...] Tu te souviens pourtant, qu'elles ont sans cesse tricoté ces bonnets et ces chaussettes, dis-moi que t'en tu souviens? [...] Je n'ai jamais vu ta mère faire autre chose que tricoter ces bonnets et ces chaussettes vert pomme, tu te souviens, lui dis-je. Il répondit alors qu'il ne se souvenait pas. Il avait pris le train de six heures et avait raté sa correspondance, ici à Schwarzach-Sankt Veit. Il était trempé, me dit-il, je l'examinai attentivement et m'aperçus qu'il était effectivement trempé. Nous ne nous sommes pas vus depuis vingt ans, lui dis-je, pourtant je me souviens encore exactement de la façon dont tu prononçais le mot épreuves. Et je me souviens que je parlais toujours plus fort que toi, lui dis-je. [...] Je lui dis de se lever et de m'accompagner au buffet de la gare, où il faisait sûrement meilleur. Non, dit-il, il ne le souhaitait pas, il voulait attendre l'arrivée de son train assis sur ce banc. [...] Tu te souviens quand nous avons passé la nuit à Flims, dans les Grisons? lui dis-je. Il secoua la tête. Tu ne te souviens pas? lui demandais-je. Non, dit-il, avant de poursuivre d'une voix très calme et très faible : Je ne me souviens de rien du tout."

Pages 92 - 93 - 94 et 99 - 100 - 101.
Récit : Retrouvailles.

Thomas Bernhard, in Goethe se mheurt, Récits, éditions Gallimard 2013.

""J'ai écrit ce qu'il y a de plus grand, cela ne fait aucun doute, mais c'est aussi de cette façon que j'ai tétanisé la littérature allemande pour quelques siècles. J'aurais été, mon cher, avait dit Goethe à Riemer, le tétaniseur de la littérature allemande. Ils sont tous tombés dans le piège de mon Faust."

La férocité de Thomas Bernhard fait rage dans les quatre récits rassemblés ici en un volume, selon son souhait. Qu'il s'agisse de Goethe mourant, de la haine de l'Autriche ou de la détestation de la famille, l'humour et l'ironie du grand prosateur se révèlent toujours aussi percutants. Mais surtout, ces quatre miniatures contiennent tout l'univers de Bernhard et forment un condensé très maîtrisé des motifs qui traversent toute son œuvre."

4e de couverture

(J'en suis sortie "tétanisée", aussi laminée que "l'ami" du narrateur dans le récit Retrouvailles. Époustouflant! C'était ça ou regarder la télévision en prime time, le samedi soir, en m’assoupissant).

samedi 15 octobre 2016

***

Samedi 15 octobre.

La pluie était annoncée mais je m'étais dit qu'une fois de plus la météo ne serait pas celle prévue. (Eh bien si!).
J'arrivais au golf à 11 heures sous un ciel noir mais sans pluie. Je passais à l'accueil et en sortant, je tenais la porte - surprise - à un de mes toubibs, que je voyais ici pour la première fois. Il me salua d'un "Bonjour madame" un peu précieux et je lui répondis : Bonjour monsieur. Je n'allais tout de même pas lui donner du "Docteur" voire du Professeur.
J'arrivais au départ et croisais des joueurs qui rentraient et me souhaitaient "Bon courage". Je n'en avais pas vraiment, je voulais vérifier si ma motivation était aussi forte, sans état amoureux, que lorsque mon cœur battait la chamade en sachant que j'allais le voir. Je pouvais alors affronter les éléments les plus déchaînés, je n'avais plus de douleurs, plus d'articulations fragiles, plus de tendinites, plus de migraines, mon corps n'existait plus, du moins, il ne me faisait plus souffrir : je ne sentais même pas la pluie, le vent me réjouissait, j'étais alors sur une autre planète, la planète des bienheureuses.
J'attaquais le trou n° 1 sous une pluie légère mais un ciel bien plombé. Je poussais mon chariot d'une main, de l'autre je tenais mon parapluie, trop lourd pour ma tendinite. Je terminais le trou sans putter, il tombait des cordes. 
J'allais m'abriter dans une allée près du départ du 2. C'était le déluge. J'allais voir s'il y avait des balles perdues dans le ruisseau. Il n'y en avait pas. Je revenais sous les arbres. Sous mon parapluie, j'aimais le son de ce déluge. Je ne pensais à rien ou presque. Je pensais juste que j'étais un peu folle et, un peu triste. Je pensais je pensais je pensais...
Je pensais que la pluie allait s'arrêter, elle ne s'arrêtait pas et c'était maintenant un mur de pluie qui s'écrasait sur les fairways. Personne à l'horizon. Oui, j'étais folle d'avoir démarré.
Le déluge semblait sur la fin mais la pluie continuait. Je décidais aussi de continuer. Je posais mon parapluie, posais ma balle sur mon tee, j'avais mis deux vieux gants troués, ils étaient déjà trempés et glissaient sur mon grip. J'avais deux pulls, celui du dessus était bien imbibé. 
Je finissais le trou, sans plaisir, ouvrir, fermer, ouvrir, fermer le parapluie pour jouer sous la pluie qui tombait bien, ce n'était pas drôle et de plus, il y avait des bourrasques de vent. Au 3 j'apercevais un couple sur le 4. Je décidais d'arrêter après le 4. Je ne puttais pas non plus au 3, mon pull était trempé, j'avais enlevé mes gants, j'en avais assez. Ma casquette protégeait mes yeux (mais j'avais mis du waterproof (*_*)). Au deuxième coup sur le 4, je devais attendre que les deux joueurs quittent le green pour jouer. Hop! Je ramassais ma balle et je rentrais dare-dare. Je ne savais plus avec quel bras tenir mon parapluie, j'avais mal dans les deux. Pfff!
Je saluais le couple qui était sur le green et je passais mon chemin. 
Enfin à l'abri, je grimpais sur le chemin caillouteux. J'étais très très loin de la planète des bienheureuses et ce que j'avais pu faire l'hiver dernier par des temps aussi affreux, JE NE POUVAIS PLUS LE FAIRE!

Je rangeais mon matériel archi-trempé dans mon coffre. Le couple qui était sur le green du 4 avait aussi abandonné. "Trop c'est trop" me dit-il.
Et je rentrais chez moi en me maudissant car je devais monter mon sac de golf pour le faire sécher avec les clubs dans mon appartement. Quel bintz!
Il était 13 h 30. Je me préparais des toasts de saumon fumé puis un potage... Le soleil fit son apparition, le temps s'était calmé, moi pas vraiment.
J'allais m'apaiser en poursuivant mon interminable (mais passionnant - si, si) billet sur Chagall.

mardi 11 octobre 2016

***

« En tout objet qui agit par la séduction, le charme, le seul vrai charme, est épidermique : qui songe à louer le squelette de sa Dulcinée ? » 
Julien Gracq, En lisant en écrivant.

dimanche 9 octobre 2016

En attendant Marc Chagall (2)

A Paris, je ne visitais ni académie, ni professeurs. Je les trouvais dans la ville même, à chaque pas, dans tout. C'étaient les commerçants du quartier, les garçons de café, les concierges, les paysans, les ouvriers. Autour d'eux planait cette étonnante lumière, liberté que je n'ai jamais vue ailleurs.” (Marc Chagall)

(A suivre...)

vendredi 7 octobre 2016

Un instant de grâce

En début de semaine, je suis allée faire un tour dans mon ancien club de golf, celui que j'ai quitté en 1997. Une envie, comme ça, sans raison précise, si ce n'était celle de trouver un pantalon pour jouer l'hiver. Futilités! Pas de soldes d'hiver dans leur boutique, évidemment, et tout était hors-de-prix!
Puis, j'y rencontrais - par hasard - un ami qui m'invita à prendre un café. Sur la terrasse, à l'heure des "fins de parties", en milieu d'après-midi, je reconnaissais d'anciens joueurs du club; ils étaient donc toujours là. On parlait haut et fort. Puis, j'entendis mon prénom, je me retournai et  je vis une amie et ancienne partenaire venir vers moi. Plaisir de la revoir. Nous nous promettons de nous appeler pour jouer ensemble ici ou dans mon club, échangeons nos numéros de téléphone (mais j'avais déjà le sien) et, que deviens-tu? et patati et patata... A bientôt. Buvant tranquillement mon café avec l'ami qui conversait de son côté avec une autre personne, j'entendis à nouveau mon prénom et une autre joueuse vint vers moi, m'embrassa et idem : échange de téléphone, IL FAUT ABSOLUMENT QU'ON JOUE ENSEMBLE, et patati et patata. Je répondais pendant ce temps à un petit signe amical d'une autre joueuse, attablée plus loin, qui me reconnaissait. Tout cela était fort agréable et sympathique. J'avais l'impression de n'avoir pas quitté ce club vingt ans plus tôt. Et si les visages avaient un peu changés, les regards étaient restés les mêmes.
Je ne m'attardais pas après avoir bu mon café avec l'ami et je me promettais de venir jouer avec elles un de ces jours ou de les inviter dans mon club, plus rustique.

Il faut battre le fer quand il est chaud! Le lendemain j'envoyais un texto à la première, qui avait été si souvent ma partenaire en compétitions et avec qui j'aimais jouer. Je lui proposais donc de faire un parcours avec elle ce vendredi (mais seulement pour 9 trous). Elle me répondit illico : "j'ai un départ vendredi avec une amie, si tu veux te joindre à nous ce sera avec plaisir". Ce qui fut dit fut fait.

Nous étions au départ toutes les deux dix minutes avant - comme il se doit - et attendions son amie. Une autre partie de trois allait démarrer avant nous et, attendait aussi. Mon amie me présente :
- xxx, une ancienne joueuse du club...
Je leur serre la main. L'une me demande, aimablement :
- Vous n'étiez pas sur la terrasse l'autre jour? 
- Si
- Je vous ai remarquée.
- Ah bon?
- Oui, vous avez un visage si... particulier...
- (Silence), elle poursuit
- ... si joli. 
- Gênée ou plutôt, perplexe, je la remercie, en rougissant.
Je me disais qu'elle avait réussi une belle pirouette après son "si... particulier", et pour se rattraper, a rajouté "... si joli".  Particulier, peut-être mais joli, hum! c'est invraisemblable. Elle, avait un joli prénom et un beau regard, assez impénétrable.
- Bonne partie nous dit-elle en se dirigeant vers son tee de départ.

L'amie de mon amie venait d'arriver, je ne la connaissais pas. Elles avaient prévu de faire 18 trous et moi 9. Qui vois-je arriver? Le mari de mon amie avec qui je jouais très souvent aussi, il y a plus de vingt ans. Il avait abandonné le golf depuis quelques années et il nous a accompagnées sur 9 trous. Il était fatigué, légèrement dépressif m'a-t-il semblé et nous a quitté très rapidement. J'ai laissé mes partenaires poursuivre; nous nous sommes promises de "remettre ça" une autre fois. Ce fut une bonne partie, un démarrage difficile pour toutes les trois puis, réchauffées sans doute, nous avons bien joué. Je ne regrettais pas de ne faire que 9 trous, j'avais faim en voyant mon amie dévorer son sandwich.

Je ne prenais même pas le temps de prendre quelque chose au bar, je rangeais mon matériel dans le coffre et décidais d'aller déjeuner à Saint-Marine, en terrasse, j'étais bien couverte, il était 14 heures 15. J'avais fait la même chose lundi après mes 9 trous, ce fut aussi délicieux d'être devant ce paysage et bien plus jouissif que de déjeuner sur la terrasse du club house. J'allais finir par prendre un abonnement au Café de la Cale!

J'allais ensuite en voiture jusqu'à la pointe et je fis une balade le long de la baie, je me sentais aussi calme intérieurement que cette mer où filaient, sans bruit, quelques bateaux. Si j'aimais jouer au golf, en cet instant j'aimais peut-être encore plus être là, solitaire, contemplative. Je n'avais pas mon appareil de photo, ce n'était pas plus mal. Il y avait une lande de fougères sèches et de broussailles le long du sentier, sur la droite et sur la gauche cette baie magnifique; l'horizon était dégagé malgré un ciel un peu couvert, j'apercevais les îles Glénan. Dans la lande une ouverture menait à un portail en bois blanc, je m'approchais doucement, un superbe papillon noir et orange y était scotché. Je ne voulais pas le déranger; derrière le portail je devinais un grand parc, la pelouse était tondue, j'imaginais une belle demeure que je ne voyais pas. J'avais assez marché pour aujourd'hui après mes deux heures de golf. Je fis demi tour. Deux cormorans juchés sur des rochers au bord de l'eau n'avaient pas bougé depuis un quart d'heure. Ils étaient comme moi, captivés, charmés par ce qu'ils avaient sous les yeux. Comme un instant de grâce.

Dans ma voiture, en rentrant, je pensais à toi, mon Amour...




mercredi 5 octobre 2016

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(J'aime (*_*))


Composition: Serenade for Strings in C Major, Op. 48, II. Waltz
Composer: Pyotr Ilyich Tchaikovsky
Recording by: Moscow Virtuosi Chamber Orchestra

mardi 4 octobre 2016

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"Ce qui est lourd, c'est le savoir silencieux : je sais que tu sais que je sais : telle est la formule générale de la gêne, pudeur blanche, glacée, qui prend pour insigne l'insignifiance (des propos). Paradoxe : le non-dit comme symptôme... du conscient."
Roland Barthes, in Fragments d'un discours amoureux (L'air embarrassé).

dimanche 2 octobre 2016

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" Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s'empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour; quelque chose de plus impitoyable que l'espace nous tient éloignés d'eux. Et les images de la vie, en ce lointain reflet qu'elles nous laissent, se font plus attirantes encore. Nous pensons à elles comme au corps d'un amour défunt qui repose au creux de la tombe, et désormais nous hante, splendeur plus haute et plus pure, pareil à un mirage devant quoi nous frissonnons. Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprenons la quête tâtonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n'avons pas eu notre pleine mesure de vie et d'amour, mais ce que nous laissâmes échapper, nul repentir ne peut nous le rendre."

Ernst Jünger, in Sur les falaises de marbre.

samedi 1 octobre 2016

JUSTE MAGNIFIQUE


Gaspard Ulliel (Louis), Juste la fin du monde de Xavier Dolan


Juste sublime ou juste d'"un ennui mortel"?
"A chaque comédien Xavier Dolan donne le temps de livrer de l'inédit. Il ose étirer les scènes plus que de raison, pour faire surgir des nuances et des intonations bouleversantes. Le grand frère prolo et ordurier (Vincent Cassel) semble d'abord un faire-valoir comique, jusqu'à ce que ses fêlures, hurlées, envahissent l'espace. La nervosité fofolle de la mère peinturlurée (Nathalie Baye) dévoile peu à peu une folie plus profonde, peut-être proche de la sagesse. La belle-soeur effacée et bafouillante (Marion Cotillard) devient une belle figure de la compassion, en même temps qu'une vestale de la vie qui doit continuer... Faire jouer à ces acteurs-là (sans oublier Léa Seydoux), tous célèbres et rayonnants, une partition aussi noire, radicale et minoritaire, d'un dramaturge plutôt méconnu, voilà un geste artistique fort et ambitieux. Une manière exemplaire d'entretenir la flamme de la cinéphilie." 
Louis Guichard
 
"Ça parle beaucoup, ça soliloque, ça tourne méchamment en rond ou ça fait du surplace. Rien ne se dit, au fond. On a compris que c'était là le sujet : la claustration et la frustration de chacun, le déni, l'impuissance. Mais c'est moins cela en vérité qui est ici ausculté que la propre vanité de Dolan, ivre de son cinéma. Typique d'une forme de néo-pompiérisme de cinéma d'auteur, Juste la fin du monde est juste d'un ennui mortel. "
Jacques Morice

C'est JUSTE MAGNIFIQUE dans "le déséquilibre, entre outrance et acuité, entre drame et comédie". Un film dur pour âme sensible.


 

vendredi 30 septembre 2016

***

Elle lui avait dit : si vous m'aimez un peu si vous avez un peu d'affection pour moi, aidez-moi à vous oublier.

Il ne l’appela plus.

Il l'aimait donc... un peu?

***

Je leur parlais tout haut sur le parcours, je leur posais des questions. 
L'un était mort, l'autre vivant.
Un seul me répondait.

mercredi 28 septembre 2016

De, la poésie du golf

Ce n'est pas l'automne aujourd'hui. C'est l'été indien!
J'avais autant de plaisir à taper dans la balle qu'à marcher et m'arrêter pour prendre le temps de faire ces quelques photos (oui oui, toujours les mêmes). Pas de tondeuses ou autres engins d'entretien bruyants sur le parcours (hier j'avais tout de même eu ma dose) : calme, silence, soleil, douceur de l'air.  Les fairways étaient secs, manquaient d'arrosage, seuls les greens et avant-greens étaient bien verts. Je pensais aux deux parcours de Royan, si verts, les arrosages devaient être fréquents. Nous ne jouons pas ici dans la même cour, si j'ose dire; néanmoins, ce golf, mon golf et son côté rustique, ne manque pas de charme, de poésie* et a l'avantage d'être jouable toute l'année, même en hiver.


"Le golf s'appuie sur l'intégrité,
 où ailleurs admettrions-nous un sept sur une normale trois?"


"Le golf est une affaire de cœur. 
Si vous ne le prenez pas au sérieux, il ne sera pas amusant. 
 Si vous le faites, il vous brisera le cœur."
(Arthur Daly) (? Pas trouvé d'Arthur mais un John)






(Cliquer sur les images pour agrandir)
Pas de canards sur le petit étang. Étaient-ils planqués? S'étaient-ils envolés vers d'autres horizons?
Je me suis approchée du bord en espérant pouvoir prendre des petites grenouilles en photo. Hier, je les voyais bondir dans l'étang quand je m'approchais mais je n'avais pas mon appareil de photo. Aujourd'hui, elles étaient sur l'herbe mais dès qu'elles sentaient ma présence, hop! et que je te saute dans l'eau, impossible de les voir ensuite. Pfff!
Je les cherchais mais ne les voyais pas. Ah mais! J'en ai tout de même chopé  capturé une. Elle ne bougeait plus et semblait me regarder avec ses yeux globuleux. Il s'agissait bien de grenouilles et pas de crapauds si j'en crois ce que j'ai lu ici. Une jolie libellule passait par là, mais elle aussi, comme une flèche. Pas pu la photographier.
La partie qui me suivait approchait, il était temps que j'aille à ma balle de l'autre côté du ruisseau, j'avais réussi mon drive.

*"Ce que certains découvrent dans la poésie et les musées, je le ressens dans un bon coup de départ." (Arnold Palmer).


lundi 26 septembre 2016

"Ce bruit mystérieux sonne comme un départ"

C'est l'automne. Et je crains qu'il n'y ait jamais plus de jours heureux, en aucune saison. Snif!


Chant d'automne, texte intégral ici.

[...]
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

[...]

[...]

II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


Charles Baudelaire, Chant d'automne, Les Fleurs du mal.

Un autre départ, hier... The King


Arnold Palmer (1929-2016) ici en 1953



Arnold Palmer en 2009, à côté de sa statue 
sculptée par Zenos Frudakis au centre.
(Photos ci-dessus Wikipédia)



 Golf Club in Augusta, Ga., Wednesday, April 8, 2009. 
(AP Photo/Chris O’Meara)

"Palmer a marqué l'histoire du golf par son palmarès où figurent 95 titres dont sept tournois du Grand Chelem, le Masters à quatre reprises (1958, 1960, 1962 et 1964), deux éditions du British Open (1961, 1962) et l'US Open 1960."

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Bon, c'est quand qu'on fait un match-play (*_*)?