"Au fond, si la mort n'existait pas, la vie perdrait son caractère comique."
Romain Gary, La danse de Gengis Cohn.
"Ses parents, l'écrivain Romain Gary et l'actrice Jean Seberg, se sont suicidés quand il était adolescent. Après trente années de silence, [en 2009] Diego Gary se livre dans un récit autobiographique." (Lire l'article du Monde, par Alain Abellard : Sa vie à lui, enfin).
- Tu n'y arrives plus, à te taire.- Mais il y a des choses que je ne veux pas entendre dire, sous aucun prétexte, dont je ne veux pas entendre parler. Et il y a des choses pour lesquelles je me bats. Le respect dû aux morts. Le droit à une vie privée pour les morts, oui, la vie privée des morts. Les morts, tous les morts sont des nôtres. On ne peut pas laisser dire, écrire, faire tout et n'importe quoi avec eux. Le droit des morts, la vie privée des morts, voilà ce qu'il est temps d'instaurer.Page 44."Moi-même, je vécus des moments de grande violence [...]. Je ne les regrette pas. J'en ai même parfois la nostalgie, quand le quotidien vient frapper trop brutalement à ma porte, dans mon appartement d'une petite rue paisible du VIIe désormais, où je vis avec Ludmilla, main dans la main. Un article diffamatoire, une atteinte à la vie privée des morts dans une biographie et je me sens prêt à revêtir mes oripeaux et ma hargne de Matamore, à enfiler les gants, ou même à poings nus, c'est mieux, ça fait encore plus mal. [...] le gentil petit garçon de la rue du Faubourg-Saint-Germain, timide et complexé, mais bouillonnant de rage à l'intérieur, une rage qui l'effrayait et le contraignait à se montrer encore plus docile pour la contenir, [...]J'avais la haine [...]Plénipotentiaire la haine.J'ai beaucoup appris à Los Alamos, [...]Paris, le Landerneau littéraire, République des Lettres qui n'est qu'une compagnie d'ascenseur, le parisianisme, le respect écrasant dû à l'image et à la mémoire de mes parents qui me paralysait, ne me fait plus peur.Je n'ai plus peur de rien. Pas même d'écrire.[...]J'emportais de nouveaux morts avec moi [...]. Mais ce que j'emportais de plus précieux, c'était bien entendu Ludmilla et sa promesse d'avenir - l'espérance de vie."Pages 167-168.Alexandre Diego Gary, in S. ou l'espérance de vie, éditions Gallimard, 2009.
"Si j'ai d'autres projets en vue ? Bien sûr que oui. C'est la question la plus sotte que j'aie jamais entendue." (Marcel Remy)
Un écrivain écrit des livres. Parfois, il se peut qu'il les relise. Mais jamais publiquement.Or, c'est exactement ce que Françoise Sagan a entrepris de faire [dans son ouvrage Derrière l'épaule...]. Constatant qu'au fond, les dates de ses œuvres sont les "seules bornes vérifiables, ponctuelles" de l'histoire de sa vie, de Bonjour tristesse à Un chagrin de passage, la voilà qui replonge dans ses célèbres romans, et qui les commente tout haut, avec une sincérité décapante. Elle réfléchit sur leurs qualités, leurs défauts, refait la critique des critiques, laisse son esprit flâner, par associations d'idées, sur les gens, les événements, l'époque environnante. [...]... en somme, la mémoire de sa vie. Un ouvrage extrêmement "saganesque" : nostalgique, drôle, lucide.4e de couverture
"[...] 68 fut une année des plus amusantes et peut-être plus libératrice que je ne le pensais. Je reçus des bombes lacrymogènes chez Régine et je fis le taxi, des journées entières, dans Paris, allant où désiraient aller les auto-stoppeurs les plus divers. Certains d'entre eux, qui avaient bravement défié les forces de l'ordre, cédaient parfois à l'effroi une fois dans ma voiture. Je conduisais très librement et mes jouets favoris me furent reprochés un soir, à l'Odéon, où une joyeuse et vociférante assemblée se passait le micro de l'un à l'autre, applaudis ou hués, pour évoquer la liberté, les régicides, le prix des pommes de terre et le cinéma muet. Il s'en trouva un parmi eux qui, brandissant un micro à l'autre bout de la salle, s'écria : "Madame Sagan est venue en Ferrari, bien sûr, apprécier la révolte des camarades étudiants !" Des vociférations dont j'ignorais le sens s'ensuivirent. On m'envoya le micro, auquel il fallut deux bonnes minutes pour me rejoindre, ce qui me donnait le temps de chercher une parade cinglante (que je ne trouvai pas). Je me bornai à me lever et à m'écrier dans le micro d'un air sévère : "C'est faux ! C'est une Maserati !" Comme on le sait, le rire est le plus fort argument, en France tout au moins."Pages 103-104, chapitre Un peu de soleil dans l'eau froide.
" Pour en finir avec Des bleus à l'âme dont j'ai peu parlé, je dirais quand même que c'est peut-être le seul livre que je pourrais opposer à un détracteur de mon œuvre. [...] Enfin, pour les gens qui ont envie de me connaître, c'est peut-être le plus personnel de mes livres. Voilà huit lustres (défense de prendre le dictionnaire) que l'on me somme ou que l'on me demande de parler de moi, de me mettre moi-même en scène, de me livrer; bref, d'écrire mes mémoires, ce qui m'est impossible []. Plus simplement, on me demande de me démasquer, de montrer mon vrai visage qui, pendant ces huit lustres, aurait été soigneusement dissimulé. Je ne crois pas que l'on puisse afficher si longtemps une apparence mensongère, car il est vrai que je ressemble beaucoup à la personne un peu incertaine, excessive et contradictoire, telle que l'on m'a si souvent décrite, et avec raison. Mais en fait, je n'ai aucune envie de parler de moi ni de ma vie passée. C'est l'une des grandes récompenses, l'un des grands avantages de la célébrité : elle vous fatigue de vous. Quand on vous présente cinq ou douze images, vraies ou fausses, de vous-même, vous finissez par vous en dégoûter et vous en détourner : c'est qu'on ne cherche plus dans l’œil des autres cet éternel adolescent que nous avons été et qui ne survit que sous le triste nom de prétention.Je connais cette faim, ou je l'ai connue plutôt jusqu'à dix-huit ans. Les mille reflets que l'on m'a présentés depuis cette époque, dans des miroirs plus ou moins flatteurs et plus ou moins exacts, m'ont rendue parfaitement indifférente à mon sujet. Ma vérité, si on admet qu'un être humain puisse vivre une vérité claire et durable, ma vérité se trouve sans doute dans mes livres, aussi primaires qu'ils paraissent être parfois à ma sensibilité ou à mon intelligence initiales. Écrire, ce n'est pas se révéler, c'est projeter de soi-même l'image que l'on voudrait voir retenue par les autres, une image essentielle à découvrir pour chacun. Peut-être ces propos sont-ils confus et peu compréhensibles, mais quiconque fait attention ou se comprend lui-même avec quelque froideur ou quelque sévérité, quiconque se voit, un jour ou l'autre, dans une glace marchant à côté de lui-même comme d'un autre, ce quelqu'un-là me comprendra très bien.Pages 112-113-114-115, chapitre Des bleus à l'âme.Françoise Sagan, in Derrière l'épaule..., éditions Plon, 1998.
"On a l'impression d'être dans la maltraitance parce qu'on doit aller vite. On ne couche pas les résidents, on les jette au lit. On ne leur donne pas à manger, on les gave" témoigne Sylvie, aide-soignante dans l'Ehpad Saint-François à Rennes."
Organiser des obsèques simulées : comment en profiter pour mieux préparer ses proches à son départ prochain ?
Simuler ses obsèques et observer leur déroulement de son vivant est un bon moyen pour combler les failles et éviter les erreurs d’organisation quand l’inéluctable survient ; c’est aussi l’occasion de préparer son entourage afin de mieux accepter un décès. En quelque sorte, une personne commence à travailler le deuil et aide les autres à gérer sa disparition.Ce genre d’obsèques simulées à l’avance est bénéfique quand la famille compte des personnes psychologiquement fragiles ou de jeunes enfants. Ces derniers peuvent ainsi assimiler le sens d’un décès et le vivre sans éprouver de malaise persistant.Les coûts d’une simulation d’obsèques sont raisonnables, il suffit de payer :
- La location d’un cercueil vide
- L’achat de quelques bouquets de fleurs
- Les services d’un maître de cérémonie.
Il est aussi inutile de réserver un funérarium vu la possibilité de tout organiser à domicile ou au jardin et d’inviter les personnes les plus intimes. Au final, les funérailles simulées se terminent généralement dans la bonne humeur et l’organisateur est sûr dès son vivant du bon déroulement de sa cérémonie d’adieu.Organiser des obsèques factices : comment observer les réactions de ses proches et réagir en conséquence ?
La mode d’organiser des enterrements factices vient de la Corée du Sud et elle sert surtout pour redonner goût à la vie ou prendre de nouvelles résolutions. Il est aussi possible de s’en inspirer pour découvrir les pensées et les réactions des membres de la famille et de l’entourage pour réagir en conséquence de son vivant ou leur préparer des surprises après son décès ; pour cela, il est nécessaire de :
- Demander les services d’une véritable entreprise de pompes funèbres :
Le recours à une agence spécialisée permet de donner un aspect réaliste aux obsèques factices. De plus, il est plus facile de convaincre les gens d’un décès quand il est annoncé par des professionnels.Les moindres détails sont revus pour qu’une cérémonie d’adieu soit organisée et qu’un cercueil scellé soit présenté à la vue de tous.
- Choisir scrupuleusement ses complices et les mettre au secret :
Deux ou trois personnes de confiance sont à choisir pour permettre une meilleure organisation du faux enterrement et convaincre les autres personnes qu’un décès a bien eu lieu. Elles sont menées à bien coordonner leur scénario pour éviter de se contre dire en cas de questionnement.
- Recourir aux nouvelles technologies pour espionner les personnes présentes à distance :
L’installation de mini-caméras et de micros dissimulés est nécessaire pour observer et entendre ce qui se passe. Les déclarations des présents révèlent parfois des surprises intéressantes. De plus, l’absence de certains sans raison est le signe d’indifférence.
- Savoir apparaître au bon moment avec de bonnes explications après le simulacre :
Les complices ont à préparer les personnes en deuil pour la résurrection du « pseudo-défunt » ; ils leur déclarent qu’il s’agit d’une cérémonie funéraire factice. Par la suite, le « faux-décédé » présente ses remerciements et des explications convaincantes sans annoncer ses résolutions et ses impressions envers qui que ce soit.Il est aussi possible de prévoir une réception et de sabrer le champagne pour fêter l’évènement et faire oublier l’amertume d’un décès.L’organisation de fausses funérailles du genre permet à une personne vivante de savoir à qui faire confiance ou les personnes les plus méritantes pour leur léguer son héritage. Néanmoins, une question est à se poser : « Est-il bon de découvrir ce que pensent les autres de moi, au risque de découvrir leurs sentiments les moins affectueux ? »(Source : Blog Zen-Obsèques)
"Faire sauter les plombs du langage, passer la douane en fraudeur, cultiver la solitude qui fait notre énergie, avoir la passion de la clandestinité : Georges Perros s’en sera tenu à ces règles qu’il s’était fixées d’un jeu périlleux, pour aboutir à cette conclusion : « Écrire, c’est accepter d’être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l’absurde et du précaire de notre condition."(Source : l'article de Linda Lê (ponctué de belles photos), Délit de fuite.)
KEN AVOJ'avais quitté la Seine-et-Oise de bon matinMa mansarde là-haut, sur la collineOù l'on observe les astres et les fuséesMon poêle à pétrole, mes pipesMes livres, mes poussières, ma fenêtreD'où je pouvais ne pas regarder la Tour EiffelQui tourne de l’œil tous les soirsLe Panthéon, le Sacré-Coeur, ce fromage blancD'autres choses encore, indiciblesPour le moment,Les toits de Paris.J'allais une fois encore vers cette BretagneQui m'a très jeune fascinéQui m'est aimant quand je suis loinQui m'est douleur quand de trop prèsJ'en subis la loi inflexibleDe pierres de ciels d'horizons.[...]
"Avant d'entamer une carrière d'écrivain, Georges Perros étudie d'abord le piano puis l'art dramatique au Centre du Spectacle de la Rue Blanche avant d'être reçu à la Comédie-Française. Ce qui lui permettra de rencontrer Jean Grenier lors d'une tournée de la compagnie au Caire. Puis, aux côtés de son ami Gérard Philipe, il est au festival d'Avignon avec Jean Vilar, Maria Casares, Maurice Jarre le musicien, la photographe-cinéaste Agnès Varda, Jeanne Moreau et beaucoup d'autres jeunes artistes dont beaucoup deviendront célèbres. Il devient lecteur pour Jean Vilar au TNP du théâtre de Chaillot. S'ennuyant à la figuration théâtrale, il décide de quitter la scène pour se consacrer à la littérature, publiant dès 1953 ses premières notes dans La Nouvelle Revue Française de Paulhan, et traduisant des pièces de Tchekhov et Strindberg." (La suite sur Wikipédia).C'était la première fois que j'entendais la voix, grave, de Perros, grâce à cette épatante vidéo. Je ne connaissais de lui que ses livres, sa poésie et des photos, figées. J'étais un peu émue par sa simplicité, sa pudeur, son humour et son sourire indicibles.
"Tout m'émeut comme si j'allais disparaître dans le moment ce n'est pas toujours amusant." (Georges Perros)
L'amour qu'on éprouve pour un paysCela tient à rienA un bout de ciel détachéQui vous prend le cœur en écharpeLes hommes s'éloignent un peuL'homme que l'on se sent parfois êtreOn se hait plutôt que l'on s'aimeEntre nous, entre soi et soiC'est grand dommageMais comment faire pour s'aimerPlus qu'il n'est permis entre humains?[...][...]=0=0=0=0=[...]Je t'invite à te recueillirA t'introduireA l'intérieur de cette région en toiRestée viergeCette région de confidence indicibleQue le rêve habiteOù il revient faire son litOu son nid car il est oiseauAu rythme de la pulsation horizontaleQuand le sablier se retourne du bon côtéQuand cesse le bruitDe ce langage de politesse et d'ennuiQui nous va si mal et si bienCela dépend des circonstances[...]Ce langage inoffensif et roucoulantQue l'on connaît :" J'ai vraiment été très heureux de vous connaître...Vous avez le téléphone?Il faudra que vous veniez avec votre femme un soir.Vous jouez au bridge?Vous travaillez en ce moment?On devrait vivre six mois à Paris et six mois à la campagne.Je me demande s'il a vraiment quelque chose à dire...On ne se voit pas assez, mais Paris...Il faut absolument que je vous le fasse connaître, un type délicieux.Et ce prochain livre, il avance?On vit vraiment comme des fous...Téléphonez-moi, téléphonez-moi..."
Et ce langage chuchoté
Dans la chambre à côté
Qu'on entend sans le faire exprès
Ce langage des couples chez eux...
"Tu n'aurais pas dû lui raconter ça, il a fait une drôle de tête.
Elle est plus sympathique que lui, tu ne trouves pas?
Dans le fond, on ne devrait recevoir personne...
Le gigot était un peu trop cuit...
Je me demande s'ils s'aiment toujours...
Qu'est-ce qu'elle te racontait dans la cuisine?
Il a pris un coup de vieux, tu ne trouves pas?"
La vie est longue ainsi parlée
O le froissement des mots
Et des vêtements que l'on retire
Avec difficulté
Les bruits de chaussures qui tombent
Sur le parquet
Le bruit que font les ressorts du lit
Quand les corps s'y couchent ensemble
Et qu'un grand soupir salutaire
Vient sonner le carillonnement
De la journée enfin finie
O le sommeil tonitruant
Des deux corps comme deux semelles
Sous les draps de la nuit tombée
O les corps que nous transportons...
[...]
Poèmes bleus (extraits)
Georges Perros (23 août 1923, Paris - 24 janvier 1978, Douarnenez)