dimanche 6 mai 2018

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"Au fond, si la mort n'existait pas, la vie perdrait son caractère comique."

vendredi 4 mai 2018

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Samedi 1er mai 1841 -  La vie dans les jardins et les salons n'a pour moi aucune saveur; il lui manque rudesse et nécessité pour lui donner du goût - j'aimerais enfoncer ma bêche dans la terre avec la même bonne volonté que le pic-vert met à planter son bec dans un arbre.
[...]
Mercredi 23 mars 1842 - Le franc-parler est toujours un desideratum. Les hommes écrivent dans un style fleuri uniquement parce qu'ils désirent se rapprocher des beautés simples du véritable franc-parler.
Ils préfèrent être mal compris, plutôt que de se montrer à cours d'exubérance.
[...]
Je découvre de temps à autre que je ne suis rien, parce que les dieux ne m'ont rien donné à faire. Je ne puis me vanter, je puis juste féliciter mes maîtres.
[...]
Nous avons nos moments d'action et nos moments de réflexion et l'état d'esprit qui conduit les uns pourvoit aux besoins des autres. Tantôt je suis Alexandre, tantôt je suis Homère. Le premier quand ma main est impatiente de manier la hache ou la houe, et le second quand elle est pressée d'écrire. Je suis certain d'écrire la vérité brute à cause de ces cals dans mes paumes. Ils donnent de la fermeté à la phrase.
Les phrases d'un homme qui travaille sont comme des lanières renforcées, les tendons du cerf ou les racines du pin.

H.D.Thoreau, in Journal 1841-1843.

mardi 1 mai 2018

... corps et âmes

Déjà sur la blancheur des mers s'épand en silence 
la pourpre de ton amour, 
suprême adieu de ta félicité qui s'attarde encore.

Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos.




Extrait du film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (revu ce jour).

Vertige des regards aimants.

vendredi 9 mars 2018

"La vie privée des morts"







Vendredi 9 mars 2018.

Je viens de terminer le livre autobiographique de Alexandre Diego Gary : S. ou l'espérance de Vie.

"Ses parents, l'écrivain Romain Gary et l'actrice Jean Seberg, se sont suicidés quand il était adolescent. Après trente années de silence, [en 2009] Diego Gary se livre dans un récit autobiographique." (Lire l'article du Monde, par Alain Abellard : Sa vie à lui, enfin).

Cette phrase, ci-dessous, résume on ne peut mieux ce que j'ai ressenti - pendant plusieurs jours - à la lecture :
"En lisant le livre, j'ai été tétanisée, j'ai pris la mesure de toute sa douleur. J'ai été triste et j'ai eu un sentiment de culpabilité." (Myriam Anissimov).

J'ai compris la souffrance de Diego Gary :

- Tu n'y arrives plus, à te taire.
- Mais il y a des choses que je ne veux pas entendre dire, sous aucun prétexte, dont je ne veux pas entendre parler. Et il y a des choses pour lesquelles je me bats. Le respect dû aux morts. Le droit à une vie privée pour les morts, oui, la vie privée des morts. Les morts, tous les morts sont des nôtres. On ne peut pas laisser dire, écrire, faire tout et n'importe quoi avec eux. Le droit des morts, la vie privée des morts, voilà ce qu'il est temps d'instaurer.
Page 44.

"Moi-même, je vécus des moments de grande violence [...]. Je ne les regrette pas. J'en ai même parfois la nostalgie, quand le quotidien vient frapper trop brutalement à ma porte, dans mon appartement d'une petite rue paisible du VIIe désormais, où je vis avec Ludmilla, main dans la main. Un article diffamatoire, une atteinte à la vie privée des morts dans une biographie et je me sens prêt à revêtir mes oripeaux et ma hargne de Matamore, à enfiler les gants, ou même à poings nus, c'est mieux, ça fait encore plus mal. [...] le gentil petit garçon de la rue du Faubourg-Saint-Germain, timide et complexé, mais bouillonnant de rage à l'intérieur, une rage qui l'effrayait et le contraignait à se montrer encore plus docile pour la contenir, [...]
J'avais la haine [...]
Plénipotentiaire la haine.
J'ai beaucoup appris à Los Alamos, [...]
Paris,  le Landerneau littéraire, République des Lettres qui n'est qu'une compagnie d'ascenseur, le parisianisme, le respect écrasant dû à l'image et à la mémoire de mes parents qui me paralysait, ne me fait plus peur.
Je n'ai plus peur de rien. Pas même d'écrire.
[...]
J'emportais de nouveaux morts avec moi [...]. Mais ce que j'emportais de plus précieux, c'était bien entendu Ludmilla et sa promesse d'avenir - l'espérance de vie."
Pages 167-168.

Alexandre Diego Gary, in S. ou l'espérance de vie, éditions Gallimard, 2009.

Un sentiment de culpabilité, oui, je l'ai eu aussi en lisant certains passages du livre de Diego Gary. Je repensais à ce beau documentaire que j'avais vu et dont j'avais parlé. Le documentaire a disparu, il n'est plus visible et, je comprends pourquoi après avoir lu ces mots de Diego Gary sur "la vie privée des morts". Mon admiration, ma passion pour l'écrivain Romain Gary avait masqué ce vol (ce viol?) que j'avais commis en capturant de mon écran quelques scènes du quotidien de Romain Gary, comme ce déjeuner dans leur appartement avec le jeune Diego. J'avais été très heureuse d'avoir pu visionner ce documentaire. Il m'avait inspiré ce billet Le fou d'absolu, le mangeur d'étoiles. Je parlais du livre de Diego Gary mais je ne l'avais pas encore lu. Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu si longtemps. Je retire immédiatement de ce billet les deux photos que j'avais capturées : Romain et Diego (enfant) déjeunant chez eux (je les garde pour moi, Diego a des yeux verts, superbes (il les a toujours) ; ce billet a été lu (et vu) 5646 fois (une goutte d'eau dans l'océan du web). Je ne voudrais pas avoir "la haine" de Diego Gary.  Je le remercie de m'avoir fait comprendre - par son ouvrage - qu'il "était temps d'instaurer le droit des morts, la vie privée des morts" et je rajoute, celle des vivants aussi car vous l'êtes, bien vivant et avez, je l'espère, vous la souhaite, une longue "espérance de vie". Oubliez le S.


mardi 27 février 2018

Composition






L'original de la photo qui a retenu mon attention
(Cliquer sur Le Temps pour voir la photo)
"L'Italie va mieux, les Italiens en doutent."
Par Antonio Galofaro pour Le Temps.ch

samedi 24 février 2018

Ô temps, suspends ton vol

" Les femmes désirables d'hier sont les femmes oubliées de demain. "
Salman Rushdie

jeudi 22 février 2018

Rencontre fortuite ?

Rencontré par hasard aujourd'hui sur le parking... 
Déjà deux ans depuis..
Mon cœur ne bat plus la chamade; mais ce fut une vraie joie de prendre un café avec lui.

" Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle évidemment que de celles qui comptent). "
Nathalie Sarraute


Katharine Hepburn 

et Sam Snead


(Ben oui, faut pas rêver!)



mardi 20 février 2018

Le patriarche des cimes



Marcel Remy

On va finir par croire que je suis une correspondante de ce journal.
Mais, a-t-on une chance de découvrir un article sur Marcel Rémy dans un journal français? Ah si ! dans le journal La Croix , par Jean-François Fournel, envoyé spécial à Lausanne. Et même dans L’Équipe, de plus l'article date du 24 novembre 2017. Ouille ! les Suisses sont donc en retard pour la publication de cette performance. Mais, la photo du patriarche sur le balcon de son chalet est tellement belle que ma préférence va à cet article, d'autant que L’Équipe s'est contenté de ne mettre que la vidéo que l'on peut voir aussi dans Le Temps.ch.

Caroline Christinaz, Le Temps, extraits :

Marcel Rémy*, patriarche des cimes

A 94 ans, l’homme a gravi le Miroir de l'Argentine* dans les Alpes vaudoises. Pour son âge, c’est une expédition qui a demandé l’appui de ses fils, eux-mêmes sommités de l’escalade suisse.

Un entraînement sévère

S’il voulait retourner sur cette paroi une fois de plus, c’était pour déguster, une dernière fois peut-être, l’ascension pas après pas. L’argument n’a toutefois d’abord pas suffi à ses fils pour céder à son caprice. «Nous avions peur qu’un accident ne survienne. A son âge, il aurait pu y rester», explique Claude, l’aîné. Mais il a vu que Marcel s’entraînait selon le programme que lui et son frère lui avaient imposé: améliorer la durée de sa randonnée entre le col de Jaman et le départ de l’arête des Gais Alpins. «La première fois, ça m’a pris 1h30. J’étais mécontent!» explique Marcel Remy*. «Mais j’ai réussi à réduire mon temps d’une demi-heure.» L’homme s’est aussi plié à des séances hebdomadaires de grimpe en salle. Finalement, ses fils ont cédé et ont fini par élaborer un plan d’ascension avec lui. Le 22 août 2017, après près de sept heures d’escalade le patriarche et son équipe débouchaient au sommet du Miroir.

"Si j'ai d'autres projets en vue ? Bien sûr que oui. C'est la question la plus sotte que j'aie jamais entendue." (Marcel Remy)

Assis à sa table, il maintient qu’il n’a jamais douté de ses capacités. Rien n’était, selon lui, laissé au hasard. Même le bivouac précédant la journée de grimpe avait été préparé en dormant déjà trois nuits dans son jardin avant le jour de l’ascension. Maintenant le projet mené à bien, s’estime-t-il aujourd’hui comblé? Il tique. «Vous, vous ne pouvez pas comprendre!»
(Pour la suite  et voir la vidéo c'est ici)

C'est sûr qu'il vaut mieux escalader le Miroir d'Argentine* que de passer son temps à se mirer dans le miroir de Bécassine. Tsss!

  
 L'arête de l'Argentine (Haute Pointe et Cheval Blanc) vue de Haute Corde.

* Rémy ou Remy selon les différents articles. 
*Miroir d'Argentine ou Miroir de l'Argentine, également selon... 

samedi 3 février 2018

Chère Madame Sagan...

... je vous adore ! 



Et je regrette, ô combien, de ne pas vous avoir croisée en 68 quand je faisais du stop dans le 15e, pour aller rue Saint-Jacques non loin de la Sorbonne. J'aurais peut-être "cédé à l'effroi" dans votre "jouet", mais avec jubilation.

Un écrivain écrit des livres. Parfois, il se peut qu'il les relise. Mais jamais publiquement.
Or, c'est exactement ce que Françoise Sagan a entrepris de faire [dans son ouvrage Derrière l'épaule...]. Constatant qu'au fond, les dates de ses œuvres sont les "seules bornes vérifiables, ponctuelles" de l'histoire de sa vie, de Bonjour tristesse à Un chagrin de passage, la voilà qui replonge dans ses célèbres romans, et qui les commente tout haut, avec une sincérité décapante. Elle réfléchit sur leurs qualités, leurs défauts, refait la critique des critiques, laisse son esprit flâner, par associations d'idées, sur les gens, les événements, l'époque environnante. [...]... en somme, la mémoire de sa vie. Un ouvrage extrêmement  "saganesque" : nostalgique, drôle, lucide.
4e de couverture
Extraits :
"[...] 68 fut une année des plus amusantes et peut-être plus libératrice que je ne le pensais. Je reçus des bombes lacrymogènes chez Régine et je fis le taxi, des journées entières, dans Paris, allant où désiraient aller les auto-stoppeurs les plus divers. Certains d'entre eux, qui avaient bravement défié les forces de l'ordre, cédaient parfois à l'effroi une fois dans ma voiture. Je conduisais très librement et mes jouets favoris me furent reprochés un soir, à l'Odéon, où une joyeuse et vociférante assemblée se passait le micro de l'un à l'autre, applaudis ou hués, pour évoquer la liberté, les régicides, le prix des pommes de terre et le cinéma muet. Il s'en trouva un parmi eux qui, brandissant un micro à l'autre bout de la salle, s'écria : "Madame Sagan est venue en Ferrari, bien sûr, apprécier la révolte des camarades étudiants !" Des vociférations dont j'ignorais le sens s'ensuivirent. On m'envoya le micro, auquel il fallut deux bonnes minutes pour me rejoindre, ce qui me donnait le temps de chercher une parade cinglante (que je ne trouvai pas). Je me bornai à me lever et à m'écrier dans le micro d'un air sévère : "C'est faux ! C'est une Maserati !" Comme on le sait, le rire est le plus fort argument, en France tout au moins."
Pages 103-104, chapitre Un peu de soleil dans l'eau froide.

On peut voir ici Françoise Sagan au volant de la "petite" Ferrari California 250 vers 1966
©Tous droits réservés - Reproduction interdite

" Pour en finir avec Des bleus à l'âme dont j'ai peu parlé, je dirais quand même que c'est peut-être le seul livre que je pourrais opposer à un détracteur de mon œuvre. [...] Enfin, pour les gens qui ont envie de me connaître, c'est peut-être le plus personnel de mes livres. Voilà huit lustres (défense de prendre le dictionnaire) que l'on me somme ou que l'on me demande de parler de moi, de me mettre moi-même en scène, de me livrer; bref, d'écrire mes mémoires, ce qui m'est impossible []. Plus simplement, on me demande de me démasquer, de montrer mon vrai visage qui, pendant ces huit lustres, aurait été soigneusement dissimulé. Je ne crois pas que l'on puisse afficher si longtemps une apparence mensongère, car il est vrai que je ressemble beaucoup à la personne un peu incertaine, excessive et contradictoire, telle que l'on m'a si souvent décrite, et avec raison. Mais en fait, je n'ai aucune envie de parler de moi ni de ma vie passée. C'est l'une des grandes récompenses, l'un des grands avantages de la célébrité : elle vous fatigue de vous. Quand on vous présente cinq ou douze images, vraies ou fausses, de vous-même, vous finissez par vous en dégoûter et vous en détourner : c'est qu'on ne cherche plus dans l’œil des autres cet éternel adolescent que nous avons été et qui ne survit que sous le triste nom de prétention.

Je connais cette faim, ou je l'ai connue plutôt jusqu'à dix-huit ans. Les mille reflets que l'on m'a présentés depuis cette époque, dans des miroirs plus ou moins flatteurs et plus ou moins exacts, m'ont rendue parfaitement indifférente à mon sujet. Ma vérité, si on admet qu'un être humain puisse vivre une vérité claire et durable, ma vérité se trouve sans doute dans mes livres, aussi primaires qu'ils paraissent être parfois à ma sensibilité ou à mon intelligence initiales. Écrire, ce n'est pas se révéler, c'est projeter de soi-même l'image que l'on voudrait voir retenue par les autres, une image essentielle à découvrir pour chacun. Peut-être ces propos sont-ils confus et peu compréhensibles, mais quiconque fait attention ou se comprend lui-même avec quelque froideur ou quelque sévérité, quiconque se voit, un jour ou l'autre, dans une glace marchant à côté de lui-même comme d'un autre, ce quelqu'un-là me comprendra très bien.
Pages 112-113-114-115, chapitre Des bleus à l'âme.

Françoise Sagan, in Derrière l'épaule..., éditions Plon, 1998.


Françoise Sagan, 1937



LA VITESSE par Françoise Sagan : 
«Elle aplatit les platanes au long des routes, elle allonge et distord les lettres lumineuses des postes à essence, la nuit, elle bâillonne les cris des pneus devenus muets d'attention tout à coup, elle décoiffe aussi les chagrins: on a beau être fou d'amour, en vain, on l'est moins à 200 à l'heure».
«La vitesse rejoint le bonheur de vivre et par conséquent le confus espoir de mourir».

mercredi 31 janvier 2018

Faire semblant de mourir avant de mourir. Tsss !

Hier, journée de manifestations du personnel soignant-aidant dans les Ehpad (et autres mouroirs résidences médicales pour vieillard(e)s en fin de vie).


"On a l'impression d'être dans la maltraitance parce qu'on doit aller vite. On ne couche pas les résidents, on les jette au lit. On ne leur donne pas à manger, on les gave" témoigne Sylvie, aide-soignante dans l'Ehpad Saint-François à Rennes."


 Hum !  Chut(e)


Joseph Ducreux, Le Discret, 1790


Au secours ! Fuyons la terre et songeons à passer dans l'autre monde à temps pour échapper à cette étape. Non mais !

Quant à celle proposée ci-dessous, je la laisse aux marchands de soupe qui vendent le parfum de leurs chers disparus aux familles éplorées... L'argent n'a pas d'odeur...




Organiser des obsèques simulées : comment en profiter pour mieux préparer ses proches à son départ prochain ?

Simuler ses obsèques et observer leur déroulement de son vivant est un bon moyen pour combler les failles et éviter les erreurs d’organisation quand l’inéluctable survient ; c’est aussi l’occasion de préparer son entourage afin de mieux accepter un décès. En quelque sorte, une personne commence à travailler le deuil et aide les autres à gérer sa disparition.
Ce genre d’obsèques simulées à l’avance est bénéfique quand la famille compte des personnes psychologiquement fragiles ou de jeunes enfants. Ces derniers peuvent ainsi assimiler le sens d’un décès et le vivre sans éprouver de malaise persistant.
Les coûts d’une simulation d’obsèques sont raisonnables, il suffit de payer :
  • La location d’un cercueil vide
  • L’achat de quelques bouquets de fleurs
  • Les services d’un maître de cérémonie.
Il est aussi inutile de réserver un funérarium vu la possibilité de tout organiser à domicile ou au jardin et d’inviter les personnes les plus intimes. Au final, les funérailles simulées se terminent généralement dans la bonne humeur et l’organisateur est sûr dès son vivant du bon déroulement de sa cérémonie d’adieu.

Organiser des obsèques factices : comment observer les réactions de ses proches et réagir en conséquence ?

La mode d’organiser des enterrements factices vient de la Corée du Sud et elle sert surtout pour redonner goût à la vie ou prendre de nouvelles résolutions. Il est aussi possible de s’en inspirer pour découvrir les pensées et les réactions des membres de la famille et de l’entourage pour réagir en conséquence de son vivant ou leur préparer des surprises après son décès ; pour cela, il est nécessaire de :
  • Demander les services d’une véritable entreprise de pompes funèbres :
Le recours à une agence spécialisée permet de donner un aspect réaliste aux obsèques factices. De plus, il est plus facile de convaincre les gens d’un décès quand il est annoncé par des professionnels.
Les moindres détails sont revus pour qu’une cérémonie d’adieu soit organisée et qu’un cercueil scellé soit présenté à la vue de tous.
  • Choisir scrupuleusement ses complices et les mettre au secret :
Deux ou trois personnes de confiance sont à choisir pour permettre une meilleure organisation du faux enterrement et convaincre les autres personnes qu’un décès a bien eu lieu. Elles sont menées à bien coordonner leur scénario pour éviter de se contre dire en cas de questionnement.
  • Recourir aux nouvelles technologies pour espionner les personnes présentes à distance :
L’installation de mini-caméras et de micros dissimulés est nécessaire pour observer et entendre ce qui se passe. Les déclarations des présents révèlent parfois des surprises intéressantes. De plus, l’absence de certains sans raison est le signe d’indifférence.
  • Savoir apparaître au bon moment avec de bonnes explications après le simulacre :
Les complices ont à préparer les personnes en deuil pour la résurrection du « pseudo-défunt » ; ils leur déclarent qu’il s’agit d’une cérémonie funéraire factice. Par la suite, le « faux-décédé » présente ses remerciements et des explications convaincantes sans annoncer ses résolutions et ses impressions envers qui que ce soit.
Il est aussi possible de prévoir une réception et de sabrer le champagne pour fêter l’évènement et faire oublier l’amertume d’un décès.
L’organisation de fausses funérailles du genre permet à une personne vivante de savoir à qui faire confiance ou les personnes les plus méritantes pour leur léguer son héritage. Néanmoins, une question est à se poser : « Est-il bon de découvrir ce que pensent les autres de moi, au risque de découvrir leurs sentiments les moins affectueux ? »
(Source : Blog Zen-Obsèques)


mercredi 24 janvier 2018

Une nuit avec Georges Perros

Georges Perros
(23 août 1923 - 24 janvier 1978)



"La poésie ce n'est pas écrire, 
la poésie c'est le fait d'exister."
Georges Perros

Georges Perros est enterré à Douarnenez dans le beau cimetière de Tréboul, face à la mer. J'avais cherché sa tombe cette année-là et ne l'avais pas trouvée. J'avais oublié que son patronyme était Poulot, Georges Poulot.  Ce sera sans doute l'objet d'une prochaine promenade, d'aller déposer sur sa tombe... un galet, sans histoire.




Cette tombe faite de pierres sèches et d'une stèle "poètrustique" est belle dans sa nudité, sa simplicité, sa modestie. Les promeneurs des cimetières qui découvrent cette tombe, savent-ils que c'est le poète-écrivain Georges Perros qui est enseveli dans ce cimetière marin? Sauront-ils que Gallimard vient de publier, dans la collection Quarto, la totalité de l’œuvre de l'artiste, dans un volume de 1600 pages : Œuvres.
Georges Perros, je vous vois sourire... Pour ma part, je jubile.

"Faire sauter les plombs du langage, passer la douane en fraudeur, cultiver la solitude qui fait notre énergie, avoir la passion de la clandestinité : Georges Perros s’en sera tenu à ces règles qu’il s’était fixées d’un jeu périlleux, pour aboutir à cette conclusion : « Écrire, c’est accepter d’être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l’absurde et du précaire de notre condition."
(Source : l'article de Linda Lê (ponctué de belles photos), Délit de fuite.) 


Autour du livre

  • Agenda
    • Thierry Gillyboeuf sur Radio Aligre
      pour les Œuvres de Georges Perros en Quarto

      Le 1 Février 2018
      Les jeudis littéraires de 11h à 12h
      Médias Plus d'infos


lundi 22 janvier 2018

Georges Perros, Une vie (pas si) ordinaire

Journal.
31 décembre 2017.

Je relisais depuis deux jours Poèmes Bleus de Georges Perros.

KEN AVO

J'avais quitté la Seine-et-Oise de bon matin
Ma mansarde là-haut, sur la colline
Où l'on observe les astres et les fusées
Mon poêle à pétrole, mes pipes
Mes livres, mes poussières, ma fenêtre
D'où je pouvais ne pas regarder la Tour Eiffel
Qui tourne de l’œil tous les soirs
Le Panthéon, le Sacré-Coeur, ce fromage blanc
D'autres choses encore, indicibles
Pour le moment,
Les toits de Paris.
J'allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m'a très jeune fasciné
Qui m'est aimant quand je suis loin
Qui m'est douleur quand de trop près
J'en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d'horizons.
[...]





Georges Perros (1923-1978)



Photos capturées lors de l'exposition (2016)  à Douarnenez
A hauteur d'homme
qui rendait hommage au  photographe Michel Thersiquel



Michel Thersiquel (1944-2007), Autoportrait 

"Avant d'entamer une carrière d'écrivain, Georges Perros étudie d'abord le piano puis l'art dramatique au Centre du Spectacle de la Rue Blanche avant d'être reçu à la Comédie-Française. Ce qui lui permettra de rencontrer Jean Grenier lors d'une tournée de la compagnie au Caire. Puis, aux côtés de son ami Gérard Philipe, il est au festival d'Avignon avec Jean Vilar, Maria Casares, Maurice Jarre le musicien, la photographe-cinéaste Agnès Varda, Jeanne Moreau et beaucoup d'autres jeunes artistes dont beaucoup deviendront célèbres. Il devient lecteur pour Jean Vilar au TNP du théâtre de Chaillot. S'ennuyant à la figuration théâtrale, il décide de quitter la scène pour se consacrer à la littérature, publiant dès 1953 ses premières notes dans La Nouvelle Revue Française de Paulhan, et traduisant des pièces de Tchekhov et Strindberg." (La suite sur Wikipédia).
C'était la première fois que j'entendais la voix, grave, de Perros, grâce à cette épatante vidéo. Je ne connaissais de lui que ses livres, sa poésie et des photos, figées. J'étais un peu émue par sa simplicité, sa pudeur, son humour et son sourire indicibles.

"Tout m'émeut comme si j'allais disparaître dans le moment ce n'est pas toujours amusant." (Georges Perros)




En rédigeant ce billet, je découvrais qu'il existait une carte postale sonore (un CD de 28 minutes) réalisée en 1983 par un admirateur de Georges Perros : Yann Parenthoën "immense producteur de Radio France, qui reçu en 1984 le prix des Gens de Lettre pour cette pièce". 
Pour écouter le court extrait de ce documentaire Georges au Sporting, c'est ici. Et pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas ses Papiers mâchés (sic) *sourire*, se référer à ses Papiers collés et à cette biographie sur le site Esprits nomades.
Pour poursuivre mon immersion, je cédais, ce 31 décembre, à l'envie de découvrir ce café Le Sporting "où Georges Perros avait ses habitudes". Je partais en voiture en milieu d'après-midi, je tenais le volant fermement, je n'étais pas vraiment rassurée dans ma petite automobile; j'avais l'impression qu'elle allait s'envoler, le vent soufflait en tempête depuis deux jours. On avait eu Bruno, Carmen (0_0) suivait... en attendant Eleanor (quelle fin d'année!). Le 1er janvier à 8 heures, un orage magnifique me laissa dans le noir une bonne heure avec un grille-pain, une bouilloire et un téléphone détériorés par la foudre; je n'avais rien débranché, ça m'apprendra! J'avais eu le temps de chauffer de l'eau dans la bouilloire pour mon thé, de griller mes toasts, j'allumais des bougies et je commençais l'année 2018 ainsi, c'était bonnard! Bizarrement, je jubilais. Donc, le 31 décembre - j'y reviens  à Georges Perros - je roulais dans la tempête; tant pis, je fonçais. Je n'avais rien trouvé sur Internet, pas de café Le Sporting à Douarnenez; j'espérais tout de même le trouver, j'avais le nom de la rue.
Je me garais dans cette rue en arrivant. En ouvrant la portière, celle-ci m'échappa des mains brutalement par la puissance du vent. Bon, va falloir s'accrocher! Sûr que Bécassine, ce jour, aurait pu faire sa maline Marilyn !



La rue n'était guère avenante, le temps n'arrangeait rien. Chercher ce bistrot à l'aveuglette n'était pas une bonne idée. Je décidais d'aller sur la petite place devant les Halles et de demander le renseignement dans un des cafés - qui me rappelait de bons souvenirs : un ami parisien, artiste, originaire de Douarnenez m'y avait emmenée, il connaissait tout le monde et ce jour-là, la terrasse était pleine. Mais aujourd'hui le café était fermé. Une affiche indiquait : 31 décembre, ouvert de 17 h à 22 h. Il était 15 h 29 minutes 14 secondes (hi!) horaire exact de ma prise de vue. Je n'allais pas poireauter dans ce vent fou et, glacial. Je collais mon objectif contre la vitre et photographiais l'intérieur (Miss Marple a toujours besoin de justificatifs de recherches. Non mais! A vrai dire, je n'ai rien d'une Miss Marple, moi j'ai la bougeotte et je serais plus proche du grain de folie de ... ).




J’aperçus alors un petit café à cinq mètres de celui-ci, avec de la lumière, Le Malamock j'entrais pour demander où - s'il existait toujours - se trouvait le bar Le Sporting? Une femme était derrière le zinc, seule, pas un client, "accompagnée" d'une musique tonitruante. Je la saluais avec le sourire et lui posais ma question. - Il n'existe plus depuis longtemps me dit-elle. Je lui parlais de Perros pour expliquer ma démarche mais j'ai eu l'impression que ce nom n'évoquait pas grand chose pour elle : - je ne suis ici que depuis cinq ans dit-elle en s'excusant de ne pouvoir m'aider. Je la remerciais - elle était aimable - et ne prenais pas le temps d'y prendre un café, la musique agressait mes oreilles. Je n'osais pas photographier la devanture en partant. Je trouvais celle-ci sur Internet (avec un ciel bleu qui n'était pas du tout celui du jour).



Donc, pas de bar Le Sporting où Perros allait prendre son café thé le matin, il n'existait plus. Mais non, je n'avais pas fait ce trajet pour rien, je n'étais pas restée à regarder mollement le vent souffler sur ma terrasse, j'avais pris un bol une soupière d'air, je remontais vers ma voiture, avec mes lunettes de soleil pour empêcher mes yeux de couler et le vent de les fouetter. Même pas envie de traîner ni d'aller prendre un thé pour me réchauffer; c'est glauque d'entrer, seule, dans un café un 31 décembre. Vite, à la maison, in my sweet home. J'allais passer un bon réveillon, j'avais emprunté à la médiathèque un film de 3 h 30!!! de Manoel de Oliviera : Val Abraham, d'après l’œuvre originale de Agustina Bessa-Luis, roman d'après Madame Bovary de Flaubert. Mmm! Je devais avoir envie de me "prendre la tête" (j'adore les films de Oliviera), mais là j'ai dû voir le film en deux soirées. Pour un 31 décembre c'était sacrément intellectuel. Bouh!  Les plans étaient tellement lents, j'avais l'impression de vivre un temps réel, impressionnant. Intéressant mais, trop long. Vu il y a quelques semaines, toujours de Manoel de Oliviera, Film parlé, que j'ai beaucoup aimé, et en bonus une interview du réalisateur. Comment font-ils ces nonagénaires (cf. Jean d'Ormesson) pour être si brillants, pour avoir l’œil aussi vif et le verbe aussi facile à cet âge. Oliviera est mort en 2015, à 106 ans. Le 24 décembre j'avais regardé un film-documentaire sur Roy Lichtenstein, plus reposant (quoique avec une longue séquence où la journaliste-galeriste visite l'atelier de l'artiste dans un bruit de perceuse, de ponceuse épouvantable qui ne semble pas gêner Lichtenstein puisqu'il n'intervient pas pour faire cesser ce bruit, auquel se rajoute un téléphone (fixe) qui ne cesse de sonner).

Journal
Du 2 au 19 janvier 2018.

Je tentais d'en finir avec ce billet, je n'y arrivais pas, passant d'un sujet (personnage) à l'autre, mes recherches n'en finissaient pas; du coup, je procrastinais, non ce n'est pas vrai, la vérité : j'avais trop mal aux bras pour continuer de taper sur mon clavier.. J'avais terminé de relire Poèmes Bleus depuis longtemps, je les aimais. Coïncidence, le 5 janvier, France Culture diffusait une émission, Poésie et ainsi de suite : Dans les pas de Georges Perros, que j'écoutais. Décidément, mon immersion perrossienne était totale et j'apprenais par ailleurs que, dans quelques jours, le 24 janvier cela fera 40 ans que le poète a disparu. Sans le savoir ni préméditation, je lui rendais hommage. Je revisionnais les photos que j'avais faites à l'exposition Michel Thersiquel et cela m'amenait vers d'autres poètes bretons...

Xavier Grall, (1930-1981) dont j'ai souvent parlé 
et dont la culture va bien au-delà de la Bretagne 



Photos Michel Thersiquel



Glenmor, que je connais moins
et qui est pourtant une figure importante
de la culture bretonne


Glenmor, le barde dit Milig (1931-1996)
Photo Michel Thersiquel 

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Et voilà, je ne devais parler que de Georges Perros, mon je a repris le dessus. Durant cette longue et pénible période de fêêêêttttes, vu quelques films au cinéma: : Santa & Cie (mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller voir ce film mortel destiné aux enfants, tsss! me suis ennuyée), Un homme intègre, film iranien de Mohammad Rasoulof, magnifique, révoltant, désespérant (à voir absolument)  et Vers la lumière film japonais de Naomi Kawase, les critiques ne sont pas enthousiastes mais j'ai aimé ce film; peut-être parce que c'est un artiste (photographe) qui perd la vue et qu'un artiste qui ne peut plus créer ni s'adonner à sa passion me touche, particulièrement. La relation qui se noue entre les deux personnages du film (la jeune fille qui fait de l'audiodescription de film pour des aveugles et, le photographe qui peu à peu perd la vue) était bouleversante, sans tomber dans le pathos (prétendu par certains critiques en France, en Suisse on aime). Cet appareil de photo, superbe, le "cœur" de l'artiste (un Rolleiflex), c'est bien son cœur qu'il tient dans sa main quand il le manipule... bon je ne raconte pas la fin (et je raconte si mal) mais je t'ai revu mon Amour quand tu ne pouvais plus tenir ton pinceau, ta brosse, ni soulever une toile pour la poser sur ton chevalet. Je comprenais d'autant mieux pourquoi le photographe refusait l'aide de la jeune Misako. Alors, oui, j'ai eu de la glycérine aux mirettes durant une bonne partie du film. J'avais regardé la bande-annonce avant d'aller le voir et j'avais prévu des kleenex. Mmm ! De plus, je crois que j'avais envie de pleurer, depuis... longtemps et que le film n'était peut-être qu'un prétexte pour laisser couler ces larmes. En sortant de la salle obscure, il tombait des cordes, une aubaine, je me cachais sous mon parapluie.

Journal.
Dimanche 21 janvier 2018.

C'était donc il y a 41 ans...


Lundi 22 janvier.

Aujourd'hui, ça fait exactement 85 jours que je n'ai pas joué au golf, et je ne constate guère d'amélioration pour mes (oui, mes, les deux bras sont atteints) tendinites. Enfin, j'exagère un peu, il y a une amélioration, les douleurs diminuent. Mes séances chez le kiné tous les deux jours me remontent le moral - je n'y vais pas à reculons - et le temps pourri me console.

=0=0=0=0= 

L'amour qu'on éprouve pour un pays
Cela tient à rien
A un bout de ciel détaché
Qui vous prend le cœur en écharpe
Les hommes s'éloignent un peu
L'homme que l'on se sent parfois être
On se hait plutôt que l'on s'aime
Entre nous, entre soi et soi
C'est grand dommage
Mais comment faire pour s'aimer
Plus qu'il n'est permis entre humains?
[...]
[...]

=0=0=0=0=

[...]
Je t'invite à te recueillir
A t'introduire
A l'intérieur de cette région en toi
Restée vierge
Cette région de confidence indicible
Que le rêve habite
Où il revient faire son lit
Ou son nid car il est oiseau
Au rythme de la pulsation horizontale
Quand le sablier se retourne du bon côté
Quand cesse le bruit
De ce langage de politesse et d'ennui
Qui nous va si mal et si bien
Cela dépend des circonstances
[...]
Ce langage inoffensif et roucoulant
Que l'on connaît :
" J'ai vraiment été très heureux de vous connaître...
Vous avez le téléphone?
Il faudra que vous veniez avec votre femme un soir.
Vous jouez au bridge?
Vous travaillez en ce moment?
On devrait vivre six mois à Paris et six mois à la campagne.
Je me demande s'il a vraiment quelque chose à dire...
On ne se voit pas assez, mais Paris...
Il faut absolument que je vous le fasse connaître, un type délicieux.
Et ce prochain livre, il avance?
On vit vraiment comme des fous...
Téléphonez-moi, téléphonez-moi..."

Et ce langage chuchoté 
Dans la chambre à côté
Qu'on entend sans le faire exprès
Ce langage des couples chez eux...
"Tu n'aurais pas dû lui raconter ça, il a fait une drôle de tête.
Elle est plus sympathique que lui, tu ne trouves pas?
Dans le fond, on ne devrait recevoir personne...
Le gigot était un peu trop cuit...
Je me demande s'ils s'aiment toujours...
Qu'est-ce qu'elle te racontait dans la cuisine?
Il a pris un coup de vieux, tu ne trouves pas?"

La vie est longue ainsi parlée
O le froissement des mots
Et des vêtements que l'on retire
Avec difficulté
Les bruits de chaussures qui tombent
Sur le parquet
Le bruit que font les ressorts du lit
Quand les corps s'y couchent ensemble
Et qu'un grand soupir salutaire
Vient sonner le carillonnement
De la journée enfin finie
O le sommeil tonitruant

Des deux corps comme deux semelles
Sous les draps de la nuit tombée
O les corps que nous transportons...

[...]

Poèmes bleus (extraits)
Georges Perros (23 août 1923, Paris - 24 janvier 1978, Douarnenez)