mardi 31 octobre 2017

"Halloween n'a rien de drôle...

... Ce festival sarcastique reflète plutôt une soif de revanche des enfants sur le monde adulte."
(Jean Baudrillard).


lundi 30 octobre 2017

Le divan du XXIe siècle

"Vous mentez... et Google le sait

Sexualité, boulot, loisirs... On passe notre temps à enjoliver la réalité sur les réseaux sociaux. Le chercheur Seth Stephens-Davidowitz s’est immergé dans le moteur de recherche de Google. Et a tiré un livre de ces petits arrangements avec la vérité.

«Sur les réseaux sociaux, chacun est heureux en ménage, en vacances dans les Caraïbes et lit la presse quotidienne. Dans le monde réel, beaucoup sont en colère, en train de faire la queue au supermarché, un œil sur un tabloïd et ignorant l’appel d’un conjoint avec qui ils n’ont pas couché depuis des années», affirme Seth Stephens-Davidowitz. On se doutait de cette dichotomie entre mythe personnel et réalité, mais ce data analyst a passé quatre ans immergé dans les recherches Google de ses contemporains pour en mesurer l’ampleur. Et publier ses conclusions, fin juin, aux Etats-Unis, dans un ouvrage intitulé Everybody lies, big data, new data, and what the internet can tell us about who we really are (Tout le monde ment, big data, nouvelles données, et ce qu’Internet peut nous apprendre sur ce que nous sommes vraiment).
[...]
«Lorsque nous interrogeons Google, cela ne dit rien de nos états d’âme [...]. Or pour en faire un indicateur de vérité sociale, il faudrait identifier le contexte. D’autant plus que Google suggère des termes associés qui peuvent dévier les recherches individuelles.»

– Pourquoi certains en arrivent-ils à prétendre être dans des lieux où ils ne sont même pas?

– Nous sommes arrivés à la société de l’affabulation, du simulacre: notre rapport à l’identité passe désormais par tout un panel de médias qui deviennent des prothèses narcissiques où l’on peut inventer une nouvelle narration de soi pour soutenir un narcissisme défaillant. Et l’on finit presque par croire qu’on est cet alter ego qui passe ses vacances à l’autre bout du monde, car nous sommes aussi dans la société du faux self qui répond à l’exigence sociétale actuelle de triomphe, performance, jouissance… Mais en réalité, feindre finit par épuiser."

(Article de Julie Rambal, la suite : Le Temps.ch)

(A lire sur le sujet : Google révèle nos recherches secrètes Les Echos.)


samedi 28 octobre 2017

C'est trop facile... de faire semblant

Mercredi 25 octobre.

Petit tour à la médiathèque. Visite rapide (j'y retournerais... peut-être) de l'exposition en cours.


Je prends quelques photos. Les ouvrages précieux sont présentés sous verre. J'aurais aimé respirer leur odeur. Certains devaient sentir la poussière, le renfermé, une odeur indéfinissable. Quand je lis un livre, souvent je le respire.





"Durant la Révolution, les livres sont exposés à leur plus grand prédateur : l'homme. Ils subissent également des dégradations provoquées par l'humidité, le feu mais aussi les rongeurs et les insectes qui s'en nourrissent."


  Max Jacob
Photographié par Rogi André, 1936


"Dès 1939, face aux menaces du siècle, le poète souhaite voir ses ouvrages rassemblés à la bibliothèque de sa ville natale (Quimper)."

.../... Puis, j'allais déjeuner Chez Max, pour prolonger ma visite.


Après le déjeuner, rapide mais bon, dans cette salle où flotte une âme, je traînais en ville en faisant du lèche-vitrines.



NAIDEE CHANGMOH (Vidéo sur l'artiste)


 



Plus loin, encore une image insolite, sur le parvis de la cathédrale, ces prêtres en soutane (mais ils ne faisaient pas de trottinette !).


En les voyant, je pense à une chanson de Jacques Brel qui pourtant n'a rien à voir avec ces prêtres. Je la connais par cœur, je la chantais souvent (quand j'étais jeune; elle me plaisait, je l'aime toujours). En faisant ma recherche de Brel l'interprétant, je découvre, par hasard, ce merveilleux entretien avec François Mitterrand, à propos de Jacques Brel.


  


"La solitude, la vie, la mort. [...] 
L'homme tout seul devant la force des éléments."

(Jacques Brel  Pourquoi ont-ils tué Jaurès)

vendredi 20 octobre 2017

Ma maison, où est ma maison...





Quand je me tourne vers mes souvenirs
je revois la maison où j'ai grandi
Il me revient des tas de choses
je vois des roses dans un jardin
Là où vivaient des arbres, maintenant
la ville est là
et la maison, les fleurs que j'aimais tant
n'existent plus
Ils savaient rire, tous mes amis
ils savaient si bien partager mes jeux
mais tout doit finir pourtant dans la vie
et j'ai dû partir, les larmes aux yeux
Mes amis me demandaient "Pourquoi pleurer?"
et "Couvrir le monde vaut mieux que rester
Tu trouveras toutes les choses qu'ici on ne voit pas
toute une ville qui s'endort la nuit dans la lumière."
Quand j'ai quitté ce coin de mon enfance
je savais déjà que j'y laissais mon cœur
Tous mes amis, oui, enviaient ma chance
mais moi, je pense encore à leur bonheur
à l'insouciance qui les faisait rire
et il me semble que je m'entends leur dire:
"Je reviendrai un jour, un beau matin
parmi vos rires,
oui, je prendrai un jour le premier train
du souvenir."
La temps a passé et me revoilà
cherchant en vain la maison que j'aimais
Où sont les pierres et où sont les roses
toutes les choses auxquelles je tenais?
D'elles et de mes amis plus une trace,
d'autres gens, d'autres maisons ont volé leurs places
Là où vivaient des arbres, maintenant
la ville est là
et la maison , où est-elle, la maison
où j'ai grandi?
Je ne sais pas où est ma maison
la maison où j'ai grandi
Où est ma maison?
Qui sait où est ma maison?
Ma maison, où est ma maison?
Qui sait où est ma maison?

samedi 14 octobre 2017

Dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite


Photos du jour. C'est l'automne ?








A quoi, à qui songe ce promeneur avec son petit chien ?


Que les fins de journées d'automne sont pénétrantes! Ah! pénétrantes jusqu'à la douleur! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur! une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite!); elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle me révoltent... Ah! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.

Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose, III, le Confiteor de l'artiste.

 

jeudi 12 octobre 2017

Never complain, never explain



       Emmanuel Carrère. Photo Jean-François Joly (Le Monde)

 

                                     Hélène Carrère d'Encausse, Photo AFP/Franck Fife (Le Point)


"Je me trompe peut-être, mais je crois que dans ces rares moments où tu es seule face à toi-même, tu souffres. Et d'une certaine façon, tu sais, cela me rassure.

C'est de cela que je voulais te parler dans cette lettre, de notre souffrance. [...] Ce que je crois, c'est que tu as dû affronter très tôt une souffrance épouvantable et que cette souffrance, ce n'est pas seulement la disparition tragique de ton père, mais tout ce qu'il était : son tourment, sa noirceur, son horreur de la vie dont il t'a fait la confidente. L'homme que tu aimais le plus au monde se voyait comme une chose irrémédiablement pourrie - ce qu'il m'arrive, à moi, de penser pour mon compte. Tu as dû porter cela. Et tu as fait, très tôt aussi, le choix de nier la souffrance. Pas seulement de la cacher et d'appliquer ce que tu dis toi-même être la maxime de ta vie, never complain, never explain : non, de la nier. De décider qu'elle ne devait pas exister. C'était un choix héroïque. Je trouve que tu as été héroïque. De la jeune fille pauvre et radieuse dont j'aime tant regarder les photos jusqu'à l'apothéose sociale de ces dernières années, tu as suivi ta route sans jamais en dévier, avec une détermination et un courage qui me laissent pantois, mais sur cette route, forcément, tu as fait beaucoup de dégâts. Tu t'es interdit de souffrir mais tu as interdit aussi qu'on souffre autour de toi. [...] Tu ne nous a pas niés, non, tu nous a aimés, [...] mais tu nous a dénié le droit de souffrir et notre souffrance t'entoure au point qu'il fallait bien qu'un jour quelqu'un la prenne en charge et lui donne voix.
Tu étais fière que je devienne écrivain. Il n'y a rien de mieux, à tes yeux. C'est toi qui m'as appris à lire et à aimer les livres. Mais tu n'as pas aimé la sorte d'écrivain que je suis devenu, la sorte de livres que j'ai écrits. Tu aurais voulu que je sois un écrivain, comme, je ne sais pas, Erik Orsenna : un type heureux ou qui, en tout cas, le paraît. Moi aussi, j'aurais bien voulu. Je n'ai pas eu le choix. J'ai reçu en héritage l'horreur, la folie, et l'interdiction de les dire. Mais je les ai dites. C'est une victoire.
Je voudrais te raconter un souvenir d'enfance. C'était à la piscine, en vacances, au soleil. Je devais avoir cinq ou six ans, j'apprenais à nager. Le moniteur, tout en me soutenant, me faisait traverser le petit bain. Tu étais assise, toi, à l'extrémité du bassin, sur les marches, les pieds dans l'eau, et tu ne me quittais pas des yeux pendant que je prenais une leçon. Tu portais un maillot une pièce à rayures noires et blanches. Tu étais jeune, tu étais belle, tu me souriais et je t'aimais comme, depuis, je n'ai jamais pu aimer aucune femme, aucune n'a jamais fait le poids, sauf, maintenant, ma fille. Traverser le bassin, cela voulait dire aller vers toi. Tu me regardais approcher, et moi, le menton hors de l'eau, la main du moniteur sous mon ventre, je te regardais me regarder et j'étais incroyablement fier et heureux de m'approcher de toi en nageant, d'être regardé par toi en train de nager.
C'est étrange, mais parfois, en écrivant ce livre, j'ai retrouvé cette sensation inoubliable : celle de nager vers toi, de traverser le bassin pour te rejoindre."

Emmanuel Carrère, in Un Roman russe, éditions P.O.L., 2007.

Le livre se termine par cette lettre sublime à sa mère, Hélène Carrère d'Encausse. (Extraits ci-dessus).
J'en suis sortie bien secouée (et je me suis trouvée "héroïque" d'aller jusqu'au bout mais il faut y aller, sans regret). Les dernières pages de l'ouvrage (cette lettre donc) sont relativement, très relativement apaisantes, après 360 pages assassinent. "De la littérature considérée comme une tauromachie", Michel Leiris


En découvrant certaines critiques de ce livre, je constate que le "Je" de l'auteur exaspère certains. J'aime son je. Ce qu'il en dit :

"Dans Un roman russe, j'ai fait le pari de rassembler des choses qui pouvaient paraître hétérogènes : d'un côté l'histoire au sens large de la Russie contemporaine, de l'autre celle de ma famille, mes rapports avec la langue russe, ma vie amoureuse... Tout cela, j'espère, est unifié par le "je". Le "je" de ce livre-là, c'est vrai, est à la fois narrateur et protagoniste : non seulement c'est moi qui parle, mais encore je parle de moi. Mais je ne l'ai fait qu'une fois, un peu pour déblayer le terrain, et plus j'avance plus je pense que l'usage de la première personne n'est pas forcément lié à l'épanchement autobiographique. Le "je" peut s'éloigner de soi, devenir de plus en plus un témoin, une plaque d'enregistrement, une voix."

(Entretien avec Raphaëlle Rérole, Le Monde)

mardi 10 octobre 2017

***

Ce matin, dans Boomerang :

Quel est le geste le plus érotique pour vous Charles Dantzig ?
- C'est une main qui caresse une joue.

(Le grand frisson le merveilleux frisson...)

Charles Dantzig, Traité des gestes.

vendredi 6 octobre 2017

***

Photos du jour



sur le vert gazon
agonise le mulot
- la roue tourne

mercredi 20 septembre 2017

Picasso : Préambule ou/et Mise en bouche (1)








Picasso, Jacqueline assise de profil, 1954
Huile sur toile 

(J'ai recadré et donc rogné ma photo 
qui était légèrement convexe avec le cadre)

L'affiche de l'exposition (plus réussie que ma photo. Hum!)
a été tirée de ce tableau.

Force est d'admettre le Génie absolu de l'artiste. En commençant ma visite de l'extraordinaire exposition (25 juin - 1er novembre 2017) vue avant-hier, je pensais ne pas pouvoir occulter le bruit infernal des enfants présents dans les salles. Je précise que ces enfants excités étaient avec leurs parents qui n'intervenaient pas pour les calmer voire les faire taire et qu'il y avait également des classes de maternelles avec leur "maîtresse" qui, eux (les enfants), étaient absolument silencieux ou, parlant tout bas, observant parfois judicieusement les détails d'un tableau. Je me suis permise de faire part (gentiment) de ce bruit auprès d'une jeune femme, agent de surveillance qui m'a répondu plutôt vivement que "les enfants" sont rois "ont le droit de s'exprimer" (sic).
N'oublions pas que nous sommes à Landerneau, la ville qui "fête le bruit" chaque année. Mais bon, j'ai rarement entendu une telle cacophonie dans un musée ou autre lieu d'exposition importante
L'heure du déjeuner approchait et je pris mon mal en patience en me disant que les enfants commençaient à avoir faim et allaient sans doute - avec leurs parents - quitter les lieux et s'exprimer tout leur soûl dans une crêperie en ville. Ouf ! 
J'avais raison, à midi et demie le calme est revenu, j'étais là depuis une heure, j'avais tout de même réussi à m'extraire de ce vacarme en fuyant les zones occupées par les hyperactifs et j'allais poursuivre ma visite durant une heure.


J'aurais pu chanter, en voyant toutes ces œuvres - des premières aux dernières périodes - Tu me fais tourner la tête, tellement je ne m'attendais pas à voir une si belle exposition. J'ai compris assez rapidement que, exceptionnellement, j'allais devoir suivre la chronologie des années pour mesurer l'évolution des créations et l'inspiration suscitée par les différentes muses.

L'intérêt de cette exposition est "qu'elle est constituée des seuls "Picasso de Picasso", soit uniquement à partir des œuvres qu'il avait gardées toute sa vie auprès de lui dans ses différents ateliers, et dont, à sa mort, sa veuve Jacqueline [Roque] hérita en partie. Celle-ci, à partir de ce très important ensemble, organisera ou participera activement à plusieurs expositions de l’œuvre  de son mari, jusqu'à sa propre disparition.
C'est une rétrospective de l’œuvre qui est rendue possible ici grâce à la seule collection particulière de sa fille, Catherine Hutin."
"La rencontre avec Jean-Louis Andral, directeur du musée Picasso d'Antibes, commissaire de l'exposition, a permis de mûrir ce projet depuis l'été 2015."
(Source : Brochure de l'exposition)

Il va falloir que je potasse un peu mes notes, fasse le tri de mes photos pour reparler de cette exposition, plus sérieusement (mais je ne promets plus rien).
En attendant, ce tableau que  j'aime (et pas vraiment dans la veine de ceux qui suivront une dizaine d'années plus tard) :


Femme à la robe rouge, 1946
Huile sur bois


Détail

Après le préambule, et presque deux heures de visite, le ciel était couvert à Landerneau et il était trop tard pour y déjeuner, je tentais tout de même un restaurant, complet et en fin de service. J'avais faim. Je décidais de refaire la route  et même de la prolonger jusqu'à ma cantine où l'on sert en service continu. Quelle bonne idée! Le soleil m'attendait, j'oubliais l'heure de route que je venais de faire, le ciel tristounet de Landerneau et je jubilais d'être là. Mon assiette, ÉNORME, était plus qu'une mise en bouche, j'allais faire le plein d'Oméga 3. Bigre, j'aurais bien demandé un doggy-bag mais je n'ai pas osé; il était 14 h 45. Et les chiens préfèrent le poulet...




Je contemplais ce ciel à la Eugène Boudin avant de rentrer...


(À suivre... ?!)

samedi 16 septembre 2017

Le ciel, mon patrimoine


Ce week-end, Journées du Patrimoine.
Il y a quelques années, j'avais encore l'envie d'aller voir de plus près certains domaines seulement accessibles ces jours-là.
Aujourd'hui, je me contente me satisfais de ça :






Patrimoine, définition :

"Ce qui est considéré comme un bien propre, une richesse : Son patrimoine, c'est son intelligence."

Mon patrimoine, mais non, ce n'est pas mon intelligence (Tsss!), c'est le ciel.  Celui qui me laisse baba, chaque jour, quand je lève les yeux.
Le ciel, ma richesse.

mercredi 13 septembre 2017

What a lovely day...

... comme se plaisent à dire les Irlandais quand il pleut.

Photos du jour prises dans ma voiture.
J'avais espéré que le ciel aurait été plus clément sur la côte. Que nenni !




Je faisais alors demi tour et j'allais au cinéma voir un film brésilien : Gabriel et la montagne. En VO of course !

"En s'inspirant d'un fait divers, Fellipe Barbosa reconstitue magistralement un voyage bouleversant vers la mort.
En 2009, Gabriel Buchman, un étudiant brésilien, est retrouvé mort sur le mont Mulanje, au Malawi, au terme d'un an de voyage autour du monde. Un fait divers très médiatisé dans son pays. Mais pour Fellipe Barbosa, Gabriel était bien plus qu'un nom à la une des journaux : son ami d'enfance."

Deux heures quinze de déconnexion totale, très beau film, Gabriel est interprété par un fabuleux acteur, Joao Pedro Zappa (ci-dessous).




"Avant d’intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde."

Coïncidence, ce soir sur Arte à 23 h 30, est programmé le précédent film de Fellipe Barbosa Case Grande. Il sera visible pendant sept jours en replay sur Arte/web.

 

"L'artiste [...] est un accident. Rien ne l'attend dans le monde social." (Odilon Redon)


Anonyme, Odilon Redon dans son atelier parisien en 1913.
Paris, bibliothèque de l'INHA,
collections Jacques Doucet.
INHA, dist. RMN-Grand Palais/Martine Becq-Coppola





Odilon Redon, Tête d'Orphée
 Huile sur toile

Paris, Musée d'Orsay


( A suivre)

dimanche 10 septembre 2017

"Portrait d'un génial salaud"

Cet été France-Culture a lancé les Masterclasses que l'on peut réécouter et qui ne sont pas du tout ennuyeuses et sont à la portée du grand public (intéressé tout de même par le processus de création d'une œuvre dans divers domaines artistiques).

" France Culture lance un grand projet inédit en France : une collection de master-classes avec quarante personnalités majeures de la création culturelle dans tous les domaines : littérature, cinéma, arts de la scène, arts plastiques, architecture… Nous entrerons dans l'atelier de fabrication intime des artistes, qui nous expliqueront de façon très concrète comment elles/ils travaillent, de l'idée de départ jusqu'à la finalisation d'une œuvre. Une entreprise collective qui a pour vocation de constituer une collection d’entretiens de référence sur la culture."

J'écoutais hier cette Masterclass avec Pierre Michon invité de Arnaud Laporte.
Extrait ci-dessous (retranscription telle quelle), à propos des Onze.



-  A.L. Pas mal de texte vous ont résisté, celui-là – même s’il n’y a eu que deux parties sur trois – on a eu la chance qu’il nous arrive. Il y en a tant que ça qui ne sont pas arrivés au bout ?



-  P.M. Oui, il y en a. Mais Les Onze, c’est très particulier.  Les Onze, j’ai écrit en 92, j’ai écrit ce qui est maintenant la première partie – pas tout à fait mais une grande partie  de la première partie des Onze – j’ai écrit l’hiver 92/93, pour marquer le coup de l’année 93, qui n’avait pas été marquée suffisamment à mon avis. Mais, je me suis arrêté. Je ne voyais pas comment raconter l’enfance de ce peintre [François-Elie Corentin], j’invente un peintre, dont je racontais l’enfance de ce peintre dans la première partie, et après il fallait faire le moment où il peint le tableau, sous la Terreur. Et ça, j’avais mille solutions pour le faire mais je ne voyais pas laquelle. Donc j’ai abandonné ça, je l’ai mis dans un coin, j’y pensais de temps en temps et, en 2008, Bob [Gérard Bobillier, fondateur des éditions Verdier] – encore lui – Bob a été atteint d’une maladie très grave et m’a dit : « il faut qu’on publie Les Onze ». Et, je l’ai fini, en partie, pour lui, avant qu’il ne meure l’année d’après. Et la deuxième partie est venue très vite et très bien. Enfin, très bien [rire moqueur de P. Michon], elle est venue très vite en tout cas.



-  A.L. C’est vrai qu’il y a cette première partie, vous le disiez, le parcours de François-Elie Corentin, que vous imaginez, avec des résonances très fortes avec votre vie : un père absent, un amour très fort des mères…



-   P.M.  Oui, c’est parce que c’était en 92 que j’écrivais ça ; donc j’étais encore dans cette théologie du père du fils et du Saint-Esprit etc., mais dans la deuxième partie, comment dire, dans la deuxième partie c’est le portrait d’un génial salaud. J’ai beaucoup pensé, j’ai beaucoup pensé, comme personne, comme homme, dans la deuxième partie, à Picasso. C’est, c’est… et d’ailleurs la « vitre blindée » vient de Guernica. J’ai beaucoup pensé au caractère, à l’homme qu’a été Picasso : c’est-à-dire à la fois un génie à peu près absolu et … je m’abstiens de porter un jugement…
 

Je ne cacherai pas ma satisfaction d'entendre, enfin, quelqu'un - et pas n'importe qui - oser dire de vive voix  (et pourtant si douce), par écrit c'est déjà fait, que ce "génie absolu" fut aussi "un salaud" (là, c'est moi qui termine sa phrase). Il fut l'ami de Max Jacob et on connaît la suite ou plutôt la fin qui, même si elle fait polémique, ne nie pas la réalité des faits. Mais il n'y a pas qu'avec Max que le génie a montré son vrai caractère d'homme, avec ses femmes et particulièrement Dora Maar qui vécut dans l'ombre du génie auquel elle avait voué sa vie.
Zoé Valdès écrit dans son ouvrage La Femme qui pleure :

"J'ai aimé Picasso, maintenant je m'arrête froidement devant son œuvre avec admiration, sans plus. La tendresse m'a abandonnée. Pourtant Je ne peux concevoir l'art sans amour. Mais je ne ressens plus ce profond amour. Peut-être arriverai-je, avec le temps, à me réconcilier avec son œuvre." (Page 144).
"Jaume [ou Jaime] Sabartés, le secrétaire de Picasso, a dû en voir des choses, mais il a préféré se taire. Il se devait d'être fidèle au Grand Génie, à l'homme monument, à l'artiste historique. J'écris le mot "Génie" avec une majuscule et sans aucune hésitation, car c'est ce qu'il était; mais j'hésite à écrire le mot "homme", avec cette simplicité apparente et grandiose qui élève l'être humain quand il décide de lutter pour la vérité." (Page 146).
Je me suis légèrement écartée de mon sujet, Pierre Michon et ces Masterclasses qui valent vraiment le coup d'une écoute attentive : Denis Podalydès, génial et pas...; Sylvain Tesson, habité par ce qu'il raconte et souvent très drôle; Olivier Assayas...; Patrick Chamoiseau... ceux que j'ai écoutés, et les autres qu'il me reste à découvrir. Je suis en excellente compagnie à l'heure du dîner et c'est tellement mieux que tout ce qu'on peut voir à la télévision à cette heure-là !


jeudi 7 septembre 2017

"Les mots ne sont que de la spéculation. Ils cherchent mais ne trouvent pas le sens de la musique" *


* John Ashbery, in 


En 2012, Barack Obama remettait la National Humanities Medal
à John Ashbery (décédé le 3 septembre 2017 à 90 ans)

"Dans le New York Times, un professeur et poète note qu'Ashbery est devenu (relativement) célèbre en dépit d’une écriture exigeante, ses poèmes n’offrant “pas de réponses faciles, pas d’affirmations confortables”. Et il insiste lui aussi sur l’expérience singulière que constitue leur lecture.
[...]
Il est un poète singulier capable d’être à la fois élégiaque et léger, parfois même bouffon. Il est, après tout, l’auteur de ‘Paysage avec outils agricoles et rutabagas’ et de ‘Daffy Duck à Hollywood’. Si vous pouviez trouver un espace impossible à l’intersection entre Franz Kafka et l’artiste pop Roy Lichtenstein, John Ashbery y serait joyeusement assis comme le chat du Cheshire [d’Alice au pays des merveilles].”



LE PEINTRE

Assis entre la mer et les immeubles
Il se plaisait à peindre le portrait de la mer,
Mais comme les enfants imaginent qu’une prière
N’est que silence, il s’attendait à ce que son sujet
Surgisse sur la sable, et, saisissant son pinceau,
Se colle en autoportrait sur sa toile.
Il n’y a pas eu de trace de peinture sur la toile
Jusqu’au moment où les habitants des immeubles
L’ont encouragé : « Tentez de vous servir du pinceau
Comme d’un moyen vers une fin. Désignez, pour le portrait,
Un sujet moins furieux, moins ample, un sujet
Plus à l’écoute de vos humeurs changeantes, où peut-être d’une prière. »
Comment leur expliquer qu’il priait déjà
Pour que la nature plus que l’art naisse sur sa toile ?
Il choisit son épouse comme nouveau sujet
L’amplifiant, à l’image de bâtiments en ruines
Comme si s’oubliant, le portrait
S’était exprimé de lui-même sans pinceau.
Encouragé il a trempé son pinceau
Dans la mer, murmurant une prière lui montant du fond du cœur :
« Mon âme, la prochaine fois que je peindrai un portrait
Que tu viennes dévaster la toile. »
Les nouvelles se sont répandues comme de la poudre, enflammant les bâtiments :
Cet artiste avait retrouvé son sujet auprès de la mer.
Imaginez un peintre crucifié par son sujet !
Trop épuisé pour lever son pinceau,
Son attitude attire des artistes penchés aux fenêtres des immeubles
Avec des rires cruels : « Nous n’avons plus aucune chance
Maintenant de nous étaler sur la toile
Ni d’engager la mer à s’asseoir pour qu’on fasse son portrait. »
On l’a décrit comme un autoportrait,
Et à la fin toute trace de sujet
Commença à s’évanouir, laissant la toile
Parfaitement blanche. L’artiste posa son pinceau.
Et soudain un hurlement en forme de prière
Monta des immeubles grouillant de monde.
Ils l’ont jeté, le portrait, de la plus haute des tours ;
Et la mer a dévoré la toile et la brosse
Le sujet ayant pris la décision de demeurer prière.
John Ashbery, traduction en français du poème original The Painter, 1956, par Elizabeth Brunazzi (2012), relue par Matthieu Baumier


John Ashbery, 28 juillet 1927 - 3 septembre 2017
Source photo

— Est-ce qu’il vous est possible d’évaluer l’influence de l’École de New York, ou tout du moins de cette nébuleuse d’écrivains sur la poésie contemporaine américaine? Votre propre influence peut-être? 

— C’est difficile à dire, je suis plutôt mal placé pour juger, je pense que vous l’êtes mieux que moi. Je lis de la poésie contemporaine, mais pas énormément. Je ne sais pas, peut-être que nos expériences verbales et langagières, nos expérimentations non-systématiques ont contribué à la naissance de la  L=A=N=G=U=A=G=E poetry  bien que cette dernière ait pris une tournure radicalement différente ensuite. Ce qui a compté aussi, c’est sans doute notre rébellion contre la poésie conventionnelle, en particulier celle de Robert Lowell dont l’œuvre me laisse vraiment froid!  Ce genre de poésie est malheureusement toujours présent; cependant, et peut-être est-ce là que notre influence se fait sentir, il y a différentes sortes de poésies expérimentales et d’expériences poétiques qui se font un peu partout, pas uniquement aux États-Unis d’ailleurs. Ce n’était pas le cas quand nous avons commencé à écrire et à expérimenter avec le langage il y a cinquante ans.

Extrait d'un entretien avec John Ashbery, par Olivier Brossard en 2001 dans la revue L'Oeil de boeuf.

***

Il n'y a pas de bonheur de vivre, sans amour.
Mieux vaut mourir que vivre sans aimer.

lundi 4 septembre 2017

"Devant ce paysage où tout remue en moi"




L'EXTASE

Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent
Reflétant deux corps nus saisons contre saisons

J'ai tant de raison de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belle raison que j'ignorais hier
Et que je n'oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne

Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse

Étoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous

Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.

24 novembre 1946

(1947)
(Le Temps déborde)
Paul Eluard