dimanche 20 mai 2018

Une explosion artistique et poétique au coeur du XXe siècle : CoBrA

Après le Festival (de Cannes) - et sa "grande famille du cinéma", Mmm! - quel bonheur de vivre cette journée  Estivale à Pont-Aven.


Venir à Pont-Aven un dimanche de Pentecôte, il faut être fou. Je m'étais dit qu'en arrivant le matin, je trouverais facilement une place pour me garer. Tsss! Bon, j'avais mis des baskets et la marche ne m'a pas posé de problème, j'ai trouvé une place tout au bout du port, à l'opposé du Musée ! le temps d'une exposition où les couleurs explosent sur les cimaises. Le Musée de Pont-Aven présente des œuvres d'artistes du mouvement CoBrA. Ça m'a mis la tête à l'envers cette exposition mais il y a déjà bien longtemps que j'aime cette bande d'artistes et (certaines de) leurs œuvres ! Le Clown de Karel Appel dans mon profil (colonne de droite de ce blog) m'a toujours mis en joie (dommage qu'il ne figurait pas dans l'exposition) ! Tête à l'envers, donc aucune chronologie logique (comme d'habitude) pour les textes et photos qui suivent.




"Le Mouvement CoBrA, acteur essentiel dans l'histoire de l'art moderne n'aura duré que trois ans, de 1948 à 1951. Les six artistes cofondateurs et initiateurs signataires du Manifeste et texte fondateur de CoBrA intitulé "La Cause était entendue", furent Christian Dotremont, Joseph Noiret (Belgique), Asger Jorn (Danemark), Karel Appel, Constant Nieuwenhuys, dit Constant et Guillaume Corneille van Berverloo, dit Corneille, (Pays Bas). Ils créent ainsi en novembre 1948 à Paris, au Café de l'Hôtel Notre-Dame, sur le Quai Saint Michel, le "Mouvement CoBrA" , à partir du nom des villes d'où ils viennent : Copenhague, Bruxelles, Amsterdam.
 Ils vivent pour la plupart alors dans la "grande capitale culturelle", qu'est encore Paris à ce moment là, mais aucun d'entre eux n'est Français. D'autres artistes - belges, danois, néerlandais, suédois, tchèques, allemands et français - se joindront plus tard à eux, comme Pierre Alechinsky, Jan Nieuwenhuys ou Théo Wolvecamp, ainsi que de nombreux autres tels que Tajiri, Henry Heerup, Egille Jacobsen, Carl-Henning Pedersen, Jacques Doucet, Jean-Michel Atlan, Michel Ragon, lesquels participeront également à l'aventure CoBrA.

A l'origine de leur activité artistique, se trouve donc une réflexion politique engendrée par une analyse marxiste révolutionnaire de la société, et contre toute spécialisation de l'art : ils s'intéressent  à la réalisation en commun  d’œuvres de poèmes, d'écritures, de peintures en s'opposant à tout formalisme stylistique ou esthétique.
Classé aux États-Unis dans une continuité de l’expressionnisme abstrait défini aussi par le terme d' "Action painting", CoBrA sera perçu en France comme une prolongation du surréalisme, que l'on baptisera  ensuite
" l' Abstraction Lyrique ".
(Source : Le Monde des Arts, la suite ici)

Quelques photos, prises sans flash



Karel Appel / 1921-2006
Chat 
(Photo recadrée)



Corneille / 1992-2010
Le Montagnard
1950
Huile sur toile
Collection particulière 

 
Cobra, la couleur spontanée 
Ci-dessus, Affiche de l'exposition




On comprendra pourquoi ces deux œuvres
sont présentées côte à côte.
Un fil les relie...



Jacques Doucet / 1924-1994
Sans titre
1949
Huile sur toile
Collection particulière 



 Corneille / 1922-2010
Le Cerf-volant
1950
Huile sur toile
Collection particulière



COBRA, 
La couleur spontanée

Le groupe réunit des artistes et des écrivains européens qui revendiquent une entière liberté de création. Ils se présentent comme une Internationale des artistes expérimentaux [...].
Entre 1948 et 1951, COBRA rassemble plus de cinquante artistes et poètes représentés dans la revue Cobra et lors des expositions internationales organisées par le groupe. En 1951, les membres du groupe se séparent à la suite de la IIe Exposition internationale d'art expérimental de Liège. Néanmoins l'esprit de Cobra perdure et irrigue l'art des décennies suivantes.
Les œuvres de l'exposition [du Musée de Pont-Aven], réalisées depuis l'immédiat après-guerre jusqu'aux années 1990, retracent cette aventure artistique et poétique qui est aujourd'hui l'une des sources de l'art contemporain.



 Les membres danois de Cobra
"Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les artistes danois, réunis autour de la revue Helhesten (Cheval d’enfer), pratiquent un art abstrait libre, nourri de spontanéité populaire, de préhistoire et de mythologie scandinave, ce qui constitue l’une des origines de Cobra.
Le 8 novembre 1948, à Paris, Asger Jorn est le seul danois à signer le texte de fondation du nouveau groupe. Grâce à l’énergie qu’il déploie, il invite les artistes de Helhesten à participer aux expositions et aux publications Cobra. Asger Jorn peint directement sur la toile dans une démarche expérimentale. Il cherche à laisser s’exprimer la pensée spontanément, hors de tout contrôle exercé par la raison, dans le but d’atteindre la source vitale de l’être.


Asger Jorn / 1914-1973
La Peur
1950
Huile sur toile
Collection particulière
(Photo recadrée)


  
 
Asger Jorn / 1914-1973 
Caractère joyeux
1945
Huile sur panneau
Collection particulière

Parmi les autres membres danois, Egill Jacobsen rejette toute référence à la réalité. Il adopte un style expressif très coloré, fondé sur le motif du masque africain. Henry Heerup, peint des images naïves sur les grands thèmes de la vie. En tant que sculpteur, il travaille le granit qui est, selon lui, un matériau vivant auquel il donne une forme nouvelle pour libérer les êtres cachés qui l’habitent. Carl-Henning Pedersen crée des paysages imaginaires de couleurs et de lumière. Pour lui, l’art est la négation de la nuit  lorsqu’il déclare : « Je veux capturer le soleil pour que jamais le jour ne disparaisse. »"





Le Groupe expérimental hollandais
"Les membres néerlandais de Cobra appartiennent au Groupe expérimental hollandais fondé en juillet 1948 à Amsterdam par Karel Appel, Constant et Corneille.




Lors d’un séjour à Copenhague en novembre 1948, quelques semaines après la fondation de Cobra, les jeunes peintres néerlandais sont profondément bouleversés par la découverte des œuvres des peintres danois. L’emploi spontané de la couleur et la référence aux arts populaires et aux dessins d’enfants influencent fortement leur travail. Il s’agit désormais pour eux de faire confiance à la matière et au pouvoir de l’imagination.
Le travail de la matière et de la couleur donne ainsi naissance à un monde peuplé de créatures fabuleuses. « Un tableau n’est pas une construction de couleurs et de lignes, mais un animal, une nuit, un cri, un homme et tout cela en même temps » affirme Constant. Associant l’art populaire et le dessin d’enfant, ils explorent le plaisir de la matière. Ils s’inspirent de formes artistiques non occidentales, dites primitives, qui sont à leurs yeux l’expression d’une liberté qui ouvre de nouvelles possibilités artistiques."


Corneille / 1922-2010
La cité
1950


Corneille / 1922-2010
Constant / 1920-2005
Sans titre
1950

Gouache sur papier usagé et réutilisé
Galerie Michel Rooryck, Courtrai  

Interlude, pause café
avec un film (extrait) de Luc de Heuch.
Dotremont, les-logogrammes, 1972 

Fonds Henri Storck, Bruxelles




Christian Dotremont / 1922-1979
Tes jours sont comptés mais non les siècles
qu'il y a dedans
1971

Encre de Chine et crayon sur papier
Collection Niels, Bruxelles




Asger Jorn,
Christian Dotremont 
Dentelles de foudre
1948
Huile sur toile

Collection fonds Christian Dotremont,
Fondation roi Baudouin, en dépôt aux Archives et
Musée de la Littérature, Bruxelles

 


Pont-Aven et Cobra
« A travers la référence aux arts dits primitifs et aux dessins d’enfants, les artistes de Cobra réaffirment leur filiation avec les pionniers de la modernité qui ont trouvé dans les arts extra-occidentaux et naïfs les termes d’un renouveau artistique Vassily Kandinsky, Paul  Klee, Joan Miro, Pablo Picasso et leurs prédécesseurs tels que Paul Gauguin font partie du panthéon des artiste de Cobra.

En 1950, Corneille et Theo Wolvecamp séjournent à Pont-Aven et à Concarneau. Ils se rendent sur les traces de Paul Gauguin qui fut l’un des précurseurs de cette nouvelle conception de l’art. En déclarant qu’il fallait tout oser et qu’il était à la fois « un enfant et un sauvage », Gauguin apparaît pour certains des jeunes artistes de Cobra comme un véritable modèle. Les formes simples et les aplats de couleurs pures des œuvres de Gauguin ouvrent ainsi la voie aux couleurs libres et spontanées de celles de Cobra dont les peintres voient également en lui un exemple de vie entièrement dédiée à l’art. »



Svavar Gudnason / 1909-1988
Peur de la mort
1947
Huile sur toile
Collection particulière

(Je la trouvais d'humeur joyeuse, cette mort)



A droite, une huile  sur toile de Pierre Alechinsky 
Au fond, une huile sur toile de Asger Jorn 


 Asger Jorn / 1914-1973
La victoire de l'erreur
1960
Huile sur toile
Collection Ellen et Jan Nieuwenhuizen Segaar

Ci-dessous : détail








Anton Rooskens / 1906-1976
A la plage
1970
Huile sur toile
Collection particulière




(Source des textes : Musée de Pont-Aven)
 
Exposition : 
Du samedi 10 mars au dimanche 10 juin 2018

En quittant le musée j'allais me restaurer aux Ajoncs d'or, pourquoi changer : même clientèle que la dernière fois, ambiance du dimanche dans un restaurant au charme désuet et bonne table. Puis je flânais, jetais un regard sur quelques galeries, je m'arrêtais sur celle-ci :





Sur le trottoir, un tapis rouge le long des vitrines (je montais les la marche... du palais trottoir, hum!), un vernissage allait avoir lieu, j'entrais dans la galerie, j'avais envie de mettre mes lunettes de soleil, la peinture acrylique trop brillante m'aveuglait; en légende : "technique mixte" . Ce que je voyais ne me touchait pas. Des tableaux de décoration. Quelques jolies sculptures, signées d'autres artistes. En parlant de sculpture, je me réjouis de voir bientôt la prochaine exposition à Landerneau, consacrée à Henry Moore. Mon premier contact - si j'ose dire - avec Henry Moore, c'était à Dublin en 1977. Coup de foudre ! (l'année de mon coup de foudre pour toi mon aimé). Puis, à Paris, exposition de ses sculptures dans le Parc de Bagatelle en 19... Recherche faite, c'était en 1992. (Et toi tu n'étais déjà plus de ce monde...).

Avant de rejoindre ma voiture, je marchais le long de la rivière, au soleil, à l'ombre l'air était frais.



Je remarquais cette femme, elle était ce que j'aimais : solitaire, contemplative, loin de la foule, lectrice.





 

Et dans ce silence qui émanait d'elle, j'avais envie de chanter :

Y'a d'la joie bonjour bonjour les hirondelles 
Y'a d'la joie dans le ciel par-dessus le toit 
Y'a d'la joie et du soleil dans les ruelles



***




Capharnaüm de Nadine Labaki

"On n'est jamais suffisamment triste pour que le monde soit meilleur"
Jean-Luc Godard

mardi 15 mai 2018

***

" Dans la solitude, le solitaire se ronge le cœur; dans la multitude, c'est la foule qui le lui ronge.
Choisis donc ! "

Friedrich Nietzsche, Humain trop humain.

Just a PERFECT DAY




Perfect Day
(Une Journée Idéale)


Just a perfect day
Rien qu'une journée idéale
Drink sangria in the park
A boire de la sangria dans le parc
And then later, when it gets dark, we'll go home
Et plus tard, quand la nuit tombe, rentrer chez soi
Just a perfect day
Rien qu'une journée idéale
[...]
Then later a movie too, and then home
Plus tard, regarder un film et rentrer.


Lou Reed


Photos du jour : Just a perfect day










dimanche 6 mai 2018

***

"Au fond, si la mort n'existait pas, la vie perdrait son caractère comique."

vendredi 4 mai 2018

***


Samedi 1er mai 1841 -  La vie dans les jardins et les salons n'a pour moi aucune saveur; il lui manque rudesse et nécessité pour lui donner du goût - j'aimerais enfoncer ma bêche dans la terre avec la même bonne volonté que le pic-vert met à planter son bec dans un arbre.
[...]
Mercredi 23 mars 1842 - Le franc-parler est toujours un desideratum. Les hommes écrivent dans un style fleuri uniquement parce qu'ils désirent se rapprocher des beautés simples du véritable franc-parler.
Ils préfèrent être mal compris, plutôt que de se montrer à cours d'exubérance.
[...]
Je découvre de temps à autre que je ne suis rien, parce que les dieux ne m'ont rien donné à faire. Je ne puis me vanter, je puis juste féliciter mes maîtres.
[...]
Nous avons nos moments d'action et nos moments de réflexion et l'état d'esprit qui conduit les uns pourvoit aux besoins des autres. Tantôt je suis Alexandre, tantôt je suis Homère. Le premier quand ma main est impatiente de manier la hache ou la houe, et le second quand elle est pressée d'écrire. Je suis certain d'écrire la vérité brute à cause de ces cals dans mes paumes. Ils donnent de la fermeté à la phrase.
Les phrases d'un homme qui travaille sont comme des lanières renforcées, les tendons du cerf ou les racines du pin.

H.D.Thoreau, in Journal 1841-1843.

mardi 1 mai 2018

... corps et âmes

Déjà sur la blancheur des mers s'épand en silence 
la pourpre de ton amour, 
suprême adieu de ta félicité qui s'attarde encore.

Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos.




Extrait du film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (revu ce jour).

Vertige des regards aimants.

vendredi 9 mars 2018

"La vie privée des morts"







Vendredi 9 mars 2018.

Je viens de terminer le livre autobiographique de Alexandre Diego Gary : S. ou l'espérance de Vie.

"Ses parents, l'écrivain Romain Gary et l'actrice Jean Seberg, se sont suicidés quand il était adolescent. Après trente années de silence, [en 2009] Diego Gary se livre dans un récit autobiographique." (Lire l'article du Monde, par Alain Abellard : Sa vie à lui, enfin).

Cette phrase, ci-dessous, résume on ne peut mieux ce que j'ai ressenti - pendant plusieurs jours - à la lecture :
"En lisant le livre, j'ai été tétanisée, j'ai pris la mesure de toute sa douleur. J'ai été triste et j'ai eu un sentiment de culpabilité." (Myriam Anissimov).

J'ai compris la souffrance de Diego Gary :

- Tu n'y arrives plus, à te taire.
- Mais il y a des choses que je ne veux pas entendre dire, sous aucun prétexte, dont je ne veux pas entendre parler. Et il y a des choses pour lesquelles je me bats. Le respect dû aux morts. Le droit à une vie privée pour les morts, oui, la vie privée des morts. Les morts, tous les morts sont des nôtres. On ne peut pas laisser dire, écrire, faire tout et n'importe quoi avec eux. Le droit des morts, la vie privée des morts, voilà ce qu'il est temps d'instaurer.
Page 44.

"Moi-même, je vécus des moments de grande violence [...]. Je ne les regrette pas. J'en ai même parfois la nostalgie, quand le quotidien vient frapper trop brutalement à ma porte, dans mon appartement d'une petite rue paisible du VIIe désormais, où je vis avec Ludmilla, main dans la main. Un article diffamatoire, une atteinte à la vie privée des morts dans une biographie et je me sens prêt à revêtir mes oripeaux et ma hargne de Matamore, à enfiler les gants, ou même à poings nus, c'est mieux, ça fait encore plus mal. [...] le gentil petit garçon de la rue du Faubourg-Saint-Germain, timide et complexé, mais bouillonnant de rage à l'intérieur, une rage qui l'effrayait et le contraignait à se montrer encore plus docile pour la contenir, [...]
J'avais la haine [...]
Plénipotentiaire la haine.
J'ai beaucoup appris à Los Alamos, [...]
Paris,  le Landerneau littéraire, République des Lettres qui n'est qu'une compagnie d'ascenseur, le parisianisme, le respect écrasant dû à l'image et à la mémoire de mes parents qui me paralysait, ne me fait plus peur.
Je n'ai plus peur de rien. Pas même d'écrire.
[...]
J'emportais de nouveaux morts avec moi [...]. Mais ce que j'emportais de plus précieux, c'était bien entendu Ludmilla et sa promesse d'avenir - l'espérance de vie."
Pages 167-168.

Alexandre Diego Gary, in S. ou l'espérance de vie, éditions Gallimard, 2009.

Un sentiment de culpabilité, oui, je l'ai eu aussi en lisant certains passages du livre de Diego Gary. Je repensais à ce beau documentaire que j'avais vu et dont j'avais parlé. Le documentaire a disparu, il n'est plus visible et, je comprends pourquoi après avoir lu ces mots de Diego Gary sur "la vie privée des morts". Mon admiration, ma passion pour l'écrivain Romain Gary avait masqué ce vol (ce viol?) que j'avais commis en capturant de mon écran quelques scènes du quotidien de Romain Gary, comme ce déjeuner dans leur appartement avec le jeune Diego. J'avais été très heureuse d'avoir pu visionner ce documentaire. Il m'avait inspiré ce billet Le fou d'absolu, le mangeur d'étoiles. Je parlais du livre de Diego Gary mais je ne l'avais pas encore lu. Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu si longtemps. Je retire immédiatement de ce billet les deux photos que j'avais capturées : Romain et Diego (enfant) déjeunant chez eux (je les garde pour moi, Diego a des yeux verts, superbes (il les a toujours) ; ce billet a été lu (et vu) 5646 fois (une goutte d'eau dans l'océan du web). Je ne voudrais pas avoir "la haine" de Diego Gary.  Je le remercie de m'avoir fait comprendre - par son ouvrage - qu'il "était temps d'instaurer le droit des morts, la vie privée des morts" et je rajoute, celle des vivants aussi car vous l'êtes, bien vivant et avez, je l'espère, vous la souhaite, une longue "espérance de vie". Oubliez le S.


mardi 27 février 2018

Composition






L'original de la photo qui a retenu mon attention
(Cliquer sur Le Temps pour voir la photo)
"L'Italie va mieux, les Italiens en doutent."
Par Antonio Galofaro pour Le Temps.ch

samedi 24 février 2018

Ô temps, suspends ton vol

" Les femmes désirables d'hier sont les femmes oubliées de demain. "
Salman Rushdie

jeudi 22 février 2018

Rencontre fortuite ?

Rencontré par hasard aujourd'hui sur le parking... 
Déjà deux ans depuis..
Mon cœur ne bat plus la chamade; mais ce fut une vraie joie de prendre un café avec lui.

" Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle évidemment que de celles qui comptent). "
Nathalie Sarraute


Katharine Hepburn 

et Sam Snead


(Ben oui, faut pas rêver!)



mardi 20 février 2018

Le patriarche des cimes



Marcel Remy

On va finir par croire que je suis une correspondante de ce journal.
Mais, a-t-on une chance de découvrir un article sur Marcel Rémy dans un journal français? Ah si ! dans le journal La Croix , par Jean-François Fournel, envoyé spécial à Lausanne. Et même dans L’Équipe, de plus l'article date du 24 novembre 2017. Ouille ! les Suisses sont donc en retard pour la publication de cette performance. Mais, la photo du patriarche sur le balcon de son chalet est tellement belle que ma préférence va à cet article, d'autant que L’Équipe s'est contenté de ne mettre que la vidéo que l'on peut voir aussi dans Le Temps.ch.

Caroline Christinaz, Le Temps, extraits :

Marcel Rémy*, patriarche des cimes

A 94 ans, l’homme a gravi le Miroir de l'Argentine* dans les Alpes vaudoises. Pour son âge, c’est une expédition qui a demandé l’appui de ses fils, eux-mêmes sommités de l’escalade suisse.

Un entraînement sévère

S’il voulait retourner sur cette paroi une fois de plus, c’était pour déguster, une dernière fois peut-être, l’ascension pas après pas. L’argument n’a toutefois d’abord pas suffi à ses fils pour céder à son caprice. «Nous avions peur qu’un accident ne survienne. A son âge, il aurait pu y rester», explique Claude, l’aîné. Mais il a vu que Marcel s’entraînait selon le programme que lui et son frère lui avaient imposé: améliorer la durée de sa randonnée entre le col de Jaman et le départ de l’arête des Gais Alpins. «La première fois, ça m’a pris 1h30. J’étais mécontent!» explique Marcel Remy*. «Mais j’ai réussi à réduire mon temps d’une demi-heure.» L’homme s’est aussi plié à des séances hebdomadaires de grimpe en salle. Finalement, ses fils ont cédé et ont fini par élaborer un plan d’ascension avec lui. Le 22 août 2017, après près de sept heures d’escalade le patriarche et son équipe débouchaient au sommet du Miroir.

"Si j'ai d'autres projets en vue ? Bien sûr que oui. C'est la question la plus sotte que j'aie jamais entendue." (Marcel Remy)

Assis à sa table, il maintient qu’il n’a jamais douté de ses capacités. Rien n’était, selon lui, laissé au hasard. Même le bivouac précédant la journée de grimpe avait été préparé en dormant déjà trois nuits dans son jardin avant le jour de l’ascension. Maintenant le projet mené à bien, s’estime-t-il aujourd’hui comblé? Il tique. «Vous, vous ne pouvez pas comprendre!»
(Pour la suite  et voir la vidéo c'est ici)

C'est sûr qu'il vaut mieux escalader le Miroir d'Argentine* que de passer son temps à se mirer dans le miroir de Bécassine. Tsss!

  
 L'arête de l'Argentine (Haute Pointe et Cheval Blanc) vue de Haute Corde.

* Rémy ou Remy selon les différents articles. 
*Miroir d'Argentine ou Miroir de l'Argentine, également selon... 

samedi 3 février 2018

Chère Madame Sagan...

... je vous adore ! 



Et je regrette, ô combien, de ne pas vous avoir croisée en 68 quand je faisais du stop dans le 15e, pour aller rue Saint-Jacques non loin de la Sorbonne. J'aurais peut-être "cédé à l'effroi" dans votre "jouet", mais avec jubilation.

Un écrivain écrit des livres. Parfois, il se peut qu'il les relise. Mais jamais publiquement.
Or, c'est exactement ce que Françoise Sagan a entrepris de faire [dans son ouvrage Derrière l'épaule...]. Constatant qu'au fond, les dates de ses œuvres sont les "seules bornes vérifiables, ponctuelles" de l'histoire de sa vie, de Bonjour tristesse à Un chagrin de passage, la voilà qui replonge dans ses célèbres romans, et qui les commente tout haut, avec une sincérité décapante. Elle réfléchit sur leurs qualités, leurs défauts, refait la critique des critiques, laisse son esprit flâner, par associations d'idées, sur les gens, les événements, l'époque environnante. [...]... en somme, la mémoire de sa vie. Un ouvrage extrêmement  "saganesque" : nostalgique, drôle, lucide.
4e de couverture
Extraits :
"[...] 68 fut une année des plus amusantes et peut-être plus libératrice que je ne le pensais. Je reçus des bombes lacrymogènes chez Régine et je fis le taxi, des journées entières, dans Paris, allant où désiraient aller les auto-stoppeurs les plus divers. Certains d'entre eux, qui avaient bravement défié les forces de l'ordre, cédaient parfois à l'effroi une fois dans ma voiture. Je conduisais très librement et mes jouets favoris me furent reprochés un soir, à l'Odéon, où une joyeuse et vociférante assemblée se passait le micro de l'un à l'autre, applaudis ou hués, pour évoquer la liberté, les régicides, le prix des pommes de terre et le cinéma muet. Il s'en trouva un parmi eux qui, brandissant un micro à l'autre bout de la salle, s'écria : "Madame Sagan est venue en Ferrari, bien sûr, apprécier la révolte des camarades étudiants !" Des vociférations dont j'ignorais le sens s'ensuivirent. On m'envoya le micro, auquel il fallut deux bonnes minutes pour me rejoindre, ce qui me donnait le temps de chercher une parade cinglante (que je ne trouvai pas). Je me bornai à me lever et à m'écrier dans le micro d'un air sévère : "C'est faux ! C'est une Maserati !" Comme on le sait, le rire est le plus fort argument, en France tout au moins."
Pages 103-104, chapitre Un peu de soleil dans l'eau froide.

On peut voir ici Françoise Sagan au volant de la "petite" Ferrari California 250 vers 1966
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" Pour en finir avec Des bleus à l'âme dont j'ai peu parlé, je dirais quand même que c'est peut-être le seul livre que je pourrais opposer à un détracteur de mon œuvre. [...] Enfin, pour les gens qui ont envie de me connaître, c'est peut-être le plus personnel de mes livres. Voilà huit lustres (défense de prendre le dictionnaire) que l'on me somme ou que l'on me demande de parler de moi, de me mettre moi-même en scène, de me livrer; bref, d'écrire mes mémoires, ce qui m'est impossible []. Plus simplement, on me demande de me démasquer, de montrer mon vrai visage qui, pendant ces huit lustres, aurait été soigneusement dissimulé. Je ne crois pas que l'on puisse afficher si longtemps une apparence mensongère, car il est vrai que je ressemble beaucoup à la personne un peu incertaine, excessive et contradictoire, telle que l'on m'a si souvent décrite, et avec raison. Mais en fait, je n'ai aucune envie de parler de moi ni de ma vie passée. C'est l'une des grandes récompenses, l'un des grands avantages de la célébrité : elle vous fatigue de vous. Quand on vous présente cinq ou douze images, vraies ou fausses, de vous-même, vous finissez par vous en dégoûter et vous en détourner : c'est qu'on ne cherche plus dans l’œil des autres cet éternel adolescent que nous avons été et qui ne survit que sous le triste nom de prétention.

Je connais cette faim, ou je l'ai connue plutôt jusqu'à dix-huit ans. Les mille reflets que l'on m'a présentés depuis cette époque, dans des miroirs plus ou moins flatteurs et plus ou moins exacts, m'ont rendue parfaitement indifférente à mon sujet. Ma vérité, si on admet qu'un être humain puisse vivre une vérité claire et durable, ma vérité se trouve sans doute dans mes livres, aussi primaires qu'ils paraissent être parfois à ma sensibilité ou à mon intelligence initiales. Écrire, ce n'est pas se révéler, c'est projeter de soi-même l'image que l'on voudrait voir retenue par les autres, une image essentielle à découvrir pour chacun. Peut-être ces propos sont-ils confus et peu compréhensibles, mais quiconque fait attention ou se comprend lui-même avec quelque froideur ou quelque sévérité, quiconque se voit, un jour ou l'autre, dans une glace marchant à côté de lui-même comme d'un autre, ce quelqu'un-là me comprendra très bien.
Pages 112-113-114-115, chapitre Des bleus à l'âme.

Françoise Sagan, in Derrière l'épaule..., éditions Plon, 1998.


Françoise Sagan, 1937



LA VITESSE par Françoise Sagan : 
«Elle aplatit les platanes au long des routes, elle allonge et distord les lettres lumineuses des postes à essence, la nuit, elle bâillonne les cris des pneus devenus muets d'attention tout à coup, elle décoiffe aussi les chagrins: on a beau être fou d'amour, en vain, on l'est moins à 200 à l'heure».
«La vitesse rejoint le bonheur de vivre et par conséquent le confus espoir de mourir».